Conférence : De l’ironie « pratique » à l’ironie verbale : Socrate entre aveu d’ignorance et accusation d’imposture

Socrate entre aveu d’ignorance et accusation d’imposture.
Dans le système institutionnel complexe que Platon met en place pour gouverner la cité décrite dans les « Lois », les « euthunoi » (vérificateurs) occupent une place mal définie par rapport aux autres magistratures (« Lois », XII, 945 b – 948 a). Platon accorde plus d’attention à leur sélection et aux honneurs qui leur sont rendus — de leur vivant ou après leur mort — qu’à la description précise de leurs fonctions. En conséquence, les analyses dont ils font l’objet n’expliquent pas suffisamment les taches de ces magistrats dans la cité platonicienne.
Selon Platon, les « euthunoi » sont « divins », et en tant que tels ils connaissent les nombres et les mouvements des astres (« Lois », VII, 818 c). Ces deux formes de savoir se concrétisent dans deux missions spécifiques. D’une part, ils doivent garantir l’unité de la cité, mission qui découle probablement de leurs connaissances arithmétiques, et, de fait, le texte des Lois regorge de références numériques destinées à réguler la vie sociale et institutionnelle. D’autre part, leurs connaissances astronomiques sont liées au fait qu’ils sont prêtres d’Hélios. Cependant, Platon n’explique pas leurs fonctions religieuses. Dans cette communication, je tenterai de démontrer à l’aide de trois arguments que le culte d’Hélios est fondamental dans le projet philosophique et politique platonicien.
Je me propose tout d’abord de montrer que Platon exploite de manière originale deux sources d’inspiration distinctes. Je montrerai, d’une part, que Platon recycle la fonction d’Hélios dans le panthéon athénien et la relation privilégiée que ce dernier entretient avec Athéna, et je m’emploierai à montrer, d’autre part, que Platon se sert d’idées qu’il tire de l’ethnographie égyptienne d’Hérodote. Je tenterai, dans un deuxième temps, d’expliquer que, si Platon propose cette magistrature à Magnésie, c’est pour répondre à des questions laissées en suspens dans des dialogues antérieurs. En effet, dans la « République », il avait présenté une longue définition de l’astronomie comme discipline abstraite et dissociée de la vie sociale ordinaire, tandis que dans le « Timée », il donnait la première définition philosophique du concept de « temps » et décrivait un cosmos dans lequel Hélios jouait un rôle fondamental. Or, les « euthunoi », en tant que prêtres d’Hélios, relient la cité idéale de la « République » au cosmos imaginé dans le « Timée » en se configurant comme l’expression de la forme sociale du temps.
En troisième lieu, je m’attarderai sur la figure Démétrios de Phalère, philosophe et tyran d’Athènes entre 317 et 307. Démétrios de Phalère encourage en effet l’érection de nombreuses statues de lui-même, non seulement à Athènes, mais partout dans l’Attique, et réalise une performance solaire dans le cadre de l’exercice de son archontat en 309-308. Ces actions, animées par un exhibitionnisme grandiloquent, sont l’image déformée de deux modèles philosophiques : la politique culturelle du tyran Hipparque, présentée dans le dialogue pseudo-platonicien du même nom, et la définition des « euthunoi » comme représentants de l’espace-temps de la cité en tant qu’intermédiaires entre la polis et Hélios.
Je conclurai ma communication en soulignant que l’importante réflexion sur Hélios présentée par Platon n’empêche pas de constater que la vie de Magnésie était régie par la succession des mois lunaires, c’est-à-dire que Platon conservait la forme traditionnelle de gérer l’ordre du temps à Athènes.

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Socrate entre aveu d’ignorance et accusation d’imposture.
Dans le système institutionnel complexe que Platon met en place pour gouverner la cité décrite dans les « Lois », les « euthunoi » (vérificateurs) occupent une place mal définie par rapport aux autres magistratures (« Lois », XII, 945 b – 948 a). Platon accorde plus d’attention à leur sélection et aux honneurs qui leur sont rendus — de leur vivant ou après leur mort — qu’à la description précise de leurs fonctions. En conséquence, les analyses dont ils font l’objet n’expliquent pas suffisamment les taches de ces magistrats dans la cité platonicienne.
Selon Platon, les « euthunoi » sont « divins », et en tant que tels ils connaissent les nombres et les mouvements des astres (« Lois », VII, 818 c). Ces deux formes de savoir se concrétisent dans deux missions spécifiques. D’une part, ils doivent garantir l’unité de la cité, mission qui découle probablement de leurs connaissances arithmétiques, et, de fait, le texte des Lois regorge de références numériques destinées à réguler la vie sociale et institutionnelle. D’autre part, leurs connaissances astronomiques sont liées au fait qu’ils sont prêtres d’Hélios. Cependant, Platon n’explique pas leurs fonctions religieuses. Dans cette communication, je tenterai de démontrer à l’aide de trois arguments que le culte d’Hélios est fondamental dans le projet philosophique et politique platonicien.
Je me propose tout d’abord de montrer que Platon exploite de manière originale deux sources d’inspiration distinctes. Je montrerai, d’une part, que Platon recycle la fonction d’Hélios dans le panthéon athénien et la relation privilégiée que ce dernier entretient avec Athéna, et je m’emploierai à montrer, d’autre part, que Platon se sert d’idées qu’il tire de l’ethnographie égyptienne d’Hérodote. Je tenterai, dans un deuxième temps, d’expliquer que, si Platon propose cette magistrature à Magnésie, c’est pour répondre à des questions laissées en suspens dans des dialogues antérieurs. En effet, dans la « République », il avait présenté une longue définition de l’astronomie comme discipline abstraite et dissociée de la vie sociale ordinaire, tandis que dans le « Timée », il donnait la première définition philosophique du concept de « temps » et décrivait un cosmos dans lequel Hélios jouait un rôle fondamental. Or, les « euthunoi », en tant que prêtres d’Hélios, relient la cité idéale de la « République » au cosmos imaginé dans le « Timée » en se configurant comme l’expression de la forme sociale du temps.
En troisième lieu, je m’attarderai sur la figure Démétrios de Phalère, philosophe et tyran d’Athènes entre 317 et 307. Démétrios de Phalère encourage en effet l’érection de nombreuses statues de lui-même, non seulement à Athènes, mais partout dans l’Attique, et réalise une performance solaire dans le cadre de l’exercice de son archontat en 309-308. Ces actions, animées par un exhibitionnisme grandiloquent, sont l’image déformée de deux modèles philosophiques : la politique culturelle du tyran Hipparque, présentée dans le dialogue pseudo-platonicien du même nom, et la définition des « euthunoi » comme représentants de l’espace-temps de la cité en tant qu’intermédiaires entre la polis et Hélios.
Je conclurai ma communication en soulignant que l’importante réflexion sur Hélios présentée par Platon n’empêche pas de constater que la vie de Magnésie était régie par la succession des mois lunaires, c’est-à-dire que Platon conservait la forme traditionnelle de gérer l’ordre du temps à Athènes.

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Mercredi 27 mai 2026 à partir de 18h.
Gratuit. Sur réservation.

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