A Martigues, Jordan Ortiz, le vétéran de la pêche au calen

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Publiée le jeu 17/07/2025 - 15:25 / mis à jour le mar 22/07/2025 - 16:54

Héritiers d’une méthode de pêche devenue rare, Jordan Ortiz, Jean-Sébastien et leur équipe, maintiennent en vie des gestes séculaires. La qualité des eaux et la pêche au muge, pour réaliser sur place des poutargues, en font les gardiens d’un patrimoine vivant mais menacé

Le filet mesure 80 mètres de long pour 14 mètres de large. Il est hissé par ses quatre côtés et laisse peu de chances aux poissons qui passent le chenal à ce moment-là.

Debout sous le viaduc, Jordan Ortiz regarde le soleil qui se lève sur Martigues. « Il est beau ce métier, on est près de la mer, c’est un métier de liberté », dit-il, un brin songeur. Jordan est né ici, il y a 32 ans. Il est l’un des derniers à pratiquer la pêche au calen, « avec quelques collègues de Port-de-Bouc ». Cette technique consiste à poser un filet au fond du canal puis à tirer les quatre coins du filet par des câbles depuis les rives. Le filet remonte à la surface, capturant quelques poissons. « A l’époque, le canal était moins profond et moins large, il ne plongeait qu’à 4 mètres de profondeur mais, pour satisfaire les besoins industriels, on a élargi et approfondi le chenal ». 

Jordan

Il est beau ce métier, on est près de la mer, c’est un métier de liberté

« Avant » tout se faisait à la force des bras, c’est désormais un ingénieux système de treuils, entraînés par des poulies et autres essieux, mus par un moteur, qui hisse les filets à la surface. « Le calen est un mode de pêche rare, je pense que ce système motorisé est unique au monde », explique le jeune pêcheur qui justifie la rareté des vocations par la nécessité de demander une autorisation d’installation au Port autonome… « Nous, on avait une antériorité historique ». Dans ce cabanon au bord de l’eau, Jordan travaille avec son associé, Jean-Sébastien B., sa fille, Morgane B., Guillaume et Matteo, le stagiaire. Sept jours sur sept, ils se retrouvent ici et ne regardent pas la montre : - On est là en moyenne 12 heures par jour », glisse Morgane qui dit être née sur un bateau et a suivi les traces de son père, sans trop savoir pourquoi. Ce sont les marées rentrantes et descendantes qui rythment les journées teintées d’incertitudes : - Le métier est de plus en plus dur, on ne sait jamais si les pêches seront bonnes ou pas et on a toujours en tête le souci des charges fixes », dit Jean-Sébastien. Juin, juillet et août sont les meilleurs mois de l’année, c’est en été que l’équipe se fait un petit pécule pour l’année, 50% du chiffre d’affaires se jouent en un trimestre !

Depuis quelques années, la ressource halieutique est stable, la qualité de l’eau s’avère même bonne, voire très bonne. Daurades, saupes, loups, marbrés, anguilles, favouilles ou soles témoignent de la présence d’une grande variété d’espèces. Les crabes bleus sont arrivés voilà 4 ans, « c’est une espèce invasive qui n’a pas de prédateur sauf l’homme, car ils sont délicieux », confie Jordan. Beaucoup de particuliers viennent acheter ici même leurs poissons, des restaurateurs aussi, des mareyeurs et même des acheteurs de la criée d’Agde « puisque celle de Port-de-Bouc a fermé », souffle Jean-Sébastien. L’année 2025 restera dans les mémoires pour sa météo pourrie.

"On n’a eu que du vent, que du vent, que du vent. ", se désole Jordan qui tripote nerveusement un essieu du fameux moteur de Dodge 1960, « un système qui doit bien avoir cent ans maintenant ».

L’œil brillant et sourire en coin, le pêcheur reconnaît que la présence d’hippocampes et d’étoiles de mer prouvent encore la bonne santé de l’eau.

Les pêcheurs du petit cabanon de Martigues ont encore de belles années devant eux.

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