Ils ont du flair : interview croisée entre Magali Fleurquin et Alexandre Mazzia

Publiée le mer 09/11/2022 - 12:01 / mis à jour le jeu 10/11/2022 - 17:39

Quels sont les points communs entre une parfumeuse renommée et un chef étoilé ? Au premier abord on peut bien se le demander. Entre souvenirs d'enfance et délicieuses odeurs de Provence, rencontre avec deux personnalités talentueuses de notre territoire.

Bonjour Magali, Alexandre, pouvez-vous nous raconter cette collaboration surprenante entre une parfumeuse et un chef *** ?

Magali Fleurquin : Bien sûr. Nous nous sommes rencontrés avec Alexandre pendant la crise sanitaire, lorsqu’il cherchait à développer un gel hydroalcoolique. Nous avions en collection un gel hydroalcoolique parfumé au vin rosé, donc une odeur assez puissante et l’idée était de réfléchir à une odeur plus discrète afin qu’elle ne vienne pas perturber l’expérience gustative, pour son restaurant l’AM. Nous avons donc avancé ensemble avec le parfum qui s’appelle « jardin d’eau » à base de gingembre, coriandre et de cardamome.

 

Alexandre Mazzia : Comme on était dans une période Covid, avec cette difficulté notoire du gel hydroalcoolique, on cherchait un produit particulier. Une expérience éphémère qui s’estompe sur les mains. Il ne fallait pas que l’odeur persiste lors de la dégustation. 
 

Vous êtes tous les deux de grands amoureux de la Provence, quels sont les odeurs qui la symbolisent le mieux pour vous ?

M.F : Les odeurs sont pour moi liées aux saisons. J’aime la délicatesse de l’odeur du mimosa en hiver qui nous offre les premières fleurs de l’année avec ses notes poudrées. En été, l’opulence du laurier rose avec ses notes mielées et sucrées sont hypnotiques ou bien encore les fleurs de fenouil sauvage qui emplissent l’air de notes anisées qui se révèlent dans la chaleur de l’été. Pas facile de choisir car on a la chance d’être dans un endroit béni des dieux avec toutes ces merveilleuses odeurs qui nous entourent.

 

A.M : L’odeur qui me vient tout de suite à l’esprit c’est celle de la mer. Quand je vais dans les Calanques, ça me rappelle mon enfance au Congo. J’adore aussi l’Immortelle, que l’on trouve dans les milieux arides. Ca me rappelle lorsqu’on se baladait avec mon grand-père étant plus jeune, c’est une odeur végétale typique de la Provence, elle rappelle là d’où je viens. 

 

M.F : C’est étonnant car nous venons de lancer une eau de parfum qui s’appelle « une escale dans les Calanques » et justement l'accord de ce parfum est  fleur d’Immortelle, fleur de fenouil et notes iodées. Pas l’iode côté Atlantique mais bien l’iode de notre Méditerranée ! Je vous ferai sentir à l’occasion, je pense que ça devrait vous plaire.

Et vous, Magali y a-t-il des odeurs qui vous rappellent votre enfance ?

M.F : Justement, j’ai créé la marque Rose et Marius pour recréer les odeurs de mes souvenirs d’enfance chez ma Grand Mère Rose et plus largement de  l’Art de vivre en Provence, par le biais de parfums.

Les deux premiers parfums à l’origine de Rose et Marius il y a 10 ans sont le parfum au vin rosé avec des notes de raisin, fruits rouges, fruits noirs et bois précieux qui rappellent les notes lors de la dégustation du vin rosé de Palette que j’adore !  Ce parfum est aujourd’hui notre parfum best seller qui est présent jusqu'au Palais de l’Elysée ! Quant à l’autre parfum c’est un merveilleux souvenir d’enfance : l’odeur des feuilles de figuier au soleil, lorsque nous faisions la sieste sous le figuier centenaire avec mes cousines. Nous avons mis 18 mois à mettre ce parfum au point et je reconnais qu’il est très fidèle à l’odeur de mon enfance... et des jours heureux.
 

Alexandre, pensez-vous que votre nez influence votre carte ?

A.M : Indirectement oui. On a tout le temps des parfums en tête donc ça influence forcément mes créations. Ce qui est intéressant c’est de se dire que vous n’avez presque jamais l’odeur que vous allez déguster. Ici, ce ne sont pas vraiment les odeurs qui dirigent, je pense que c’est surtout l’émotion.  

Quelles sont vos adresses fétiches en Provence ? Celles qui reflètent tout ce que l’on vient de se raconter ?

A.M : Je ne vais pas vous les donner sinon il y aura trop de monde ;). En tout cas, j’adore les parties de GR des Calanques, les balades en mer aussi. Je pense que la Provence en mer ce n’est pas la même chose que sur terre. Se balader sur l’eau c’est fantastique. J’aime particulièrement les Goudes, c’est un quartier typique où l’on ressent bien l’état d’esprit Marseillais. 

 

M.F : J'aime beaucoup me balader sur la Côte bleue et il y a de très belles calanques, très sauvages. J’ai un bon ami, Jean, qui est un formidable pêcheur Nous faisons griller, au bord de l’eau, le fruit de sa pêche autour d’une bonne bouteille, en observant la mer qui scintille. J’aime beaucoup également me balader à la montagne Sainte Victoire. Dès que commence la saison de la cueillette des haricots verts, nous avons une tradition : préparer la soupe au pistou et la partager en famille et entre amis lors d’un pique nique sous les pins. On mange, on boit, on rit, on fait la sieste en se délectant des belles odeurs qui nous entourent : c’est ça l’art de vivre à la provençale !

Magali Fleurquin

Dès que commence la saison de la cueillette des haricots verts, nous avons une tradition : préparer la soupe au pistou et la partager en famille

Et côté artisanat, y a t-il des personnes qui vous inspirent ?

A.M : Ça me fait penser à Fabien Gardon, le plus jeune pêcheur de Marseille qui vit dans la Calanque de Sormiou. Un homme formidable qui pêche à la Palangre, une technique respectueuse des habitats marin. Vous avez aussi des maraichers incroyables dans les 1er et 15ème arrondissements de Marseille, j’aime les appeler « les marchands de bonbons intemporels », un bonheur de trouver des produits exceptionnels à chaque saison. Je collabore aussi avec Martina Cristofani de l’Atelier Riou, une potière céramiste indépendante d’origine italienne basée à Marseille qui fait des créations très organiques, très subtiles.  

 

M.F : Je rebondis sur ce qu’Alexandre vient de dire. Je travaille avec une personne talentueuse qui s’appelle Elisabeth à côté d’Aix-en-Provence. Elle a notamment planté des roses centifolia. Il n’y a pas qu’à Grasse que l’on cultive la reine des fleurs. Il y en a aussi sur notre territoire ! De plus elle les cultive sans eau, ce qui intensifie leur parfum et c'est une belle démarche éco-responsable.

Pour finir, quelles sont vos actualités en cette fin d’année 2022 ?

M.F : Nous allons lancer fin novembre dans notre boutique à Aix en Provence un Bar à Parfums, pour que vous puissiez créer très facilement et rapidement votre  parfum sur mesure pour votre maison. Parmi 21 matières premières issues de la Haute Parfumerie, vous pourrez ainsi composer votre diffuseur de parfum maison sur mesure en choisissant 1 note de tête, 1 note de coeur et 1 note de fond. La base est sans alcool uniquement avec des huiles bio, donc non toxique.

Notre deuxième actualité c’est que nous lançons des gels douche naturels parfumés faits en Provence. Ils sont assortis à nos eaux de parfum et à base d’huile d’olive de Provence, pour rendre la peau toute douce. Ils sont rechargeables, comme la plupart de nos collections, pour inciter les gens à consommer moins de plastique. Cela fait 10 ans que nous proposons des produits rechargeables car nous essayons, à notre modeste mesure, de diminuer au maximum notre impact sur l’environnement. 

 

A.M : Nous allons bientôt ouvrir un nouvel établissement dans la continuité du restaurant. Une ambiance guitoune avec des sandwichs et des belles pâtisseries qui vont être réalisés évidemment maison, comme on le faisait cet été avec notre foodtruck itinérant. Il y a aussi les JO 2024, on va travailler quelques réalisations pour le village Olympique, c’est une vraie fierté de savoir qu’on amènera un peu de Provence dans le village à Paris. On réfléchit aussi à des chambres d’hôtes pour prolonger l’expérience AM sur tout le territoire… Stay tuned. 
 

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