Arnaud Jerald, au plus profond de lui-même

Publiée le ven 24/06/2022 - 14:04 / mis à jour le mar 28/06/2022 - 16:57

Champion du monde d’apnée bi-palmes en 2021, le marseillais remettra son titre en jeu à Kas (Turquie), début octobre. My Provence l’a rencontré, entre deux séances d’entraînement. Portrait d’un atypique plus que jamais attaché à son territoire.

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Arnaud Jerald, champion de plongée

Il lui suffit de fermer les yeux pour se retrouver instantanément perché sur les collines du massif de l’Étoile ou de celle d’Allauch. C’est là, dans son fief, que le natif de Château-Gombert (dans le 13e arrondissement de Marseille, où il habite toujours), aime se projeter lors d’exercices de visualisation lui permettant, avant une plongée, de se détendre, de rester concentrer, et surtout de n’emmener avec lui que des pensées positives. « Ces endroits, ce sont un peu mes madeleines de Proust », raconte celui qui, depuis gamin, aime avaler à VTT les pentes d’un terrain n’ayant plus de secret pour lui. Comme pour prendre de la hauteur avant de plonger vers les abysses. Car malgré un visage d’ange, presque poupon, Arnaud Jerald a déjà marqué de son empreinte l’histoire de son sport. Alors que la maturité d’un apnéiste se situe généralement au cœur de la trentaine, le marseillais, qui a soufflé sa 26ième bougie en février, compte en effet quatre records du monde dans sa discipline à son actif. Un ovni.

Une hypersensiblité qui s’apaise sous l’eau

Ses premiers liens avec la grande bleue, Arnaud Jerald les tisse à 7 ans. « J’accompagnais mon père chaque week-end lors de ses sessions de chasse sous-marine. Je l’observais depuis la surface ». Une époque d’insouciance bénie qui, chaque année, se ponctue en famille. « Grands-parents, oncles, petits-cousins : tout le monde se retrouvait sur un week-end. Le samedi était dédié à la préparation du plat. On laissait reposer toute la journée, et le dimanche, bouillabaisse pour tout le monde ! ».

Plus encore qu’une tradition familiale qu’il perpétue encore aujourd’hui, l’apprenti poisson trouve dans les eaux de la côte bleue et de l’île Maïre un univers qui changera sa vie. Le déclic ? Un stage effectué sous la houlette de Massilia Sub (un club du 8e arrondissement de Marseille où il est toujours licencié). C’est là qu’il rencontre Florent Pascal, son premier mentor. Et c’est là, surtout, que son potentiel se dévoile au grand jour. « J’avais déjà des facilités à descendre à 15-20m. Et ce jour-là, j’arrive à -30, et je me sens bien. En bas, je me suis retrouvé face à moi-même. Ça a été instantané, comme une vision. Très vite, j’ai eu en moi cette détermination à faire que ma vie tourne autour de l’apnée ».

Plus qu’un coup de foudre, cette découverte marque aussi la transformation d’un jeune garçon de 16 ans à qui l’hypersensibilité et la dyslexie avaient jusqu’alors joué des tours, au point de le rendre très timide. « Sous l’eau, mes sens, habituellement exacerbés, avaient soudain tendance à être plus étouffés ». Avant les records, c’est donc pour apprendre à se découvrir et être aligné avec lui-même qu’Arnaud Jerald a continué à plonger. « L’apnée a été mon école de la vie. Elle m’a appris à mieux contrôler mes émotions. Très vite, les bienfaits se sont fait ressentir dans mon rapport avec mes camarades de classe et ma famille », se remémore celui qui aborde désormais une vingtaine d’heures de plateau télé chaque année d’une voix aussi détendue que posée. 

« C’est en voyageant que j’ai ouvert les yeux sur Marseille, son histoire, et ce qu’elle représente dans le monde. Cette ville bouillonne, est toujours en mouvement. Je me retrouve en elle ».

Marseille et la Méditerranée dans le sang

La quête de performance, elle, s’installe avec le temps. À 18 ans, Arnaud Jerald flirte avec les -70m. Une performance, qui à l’époque, le place aux portes de l’équipe de France. Il décide alors « de tout donner. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire, alors j’ai joué ma carte à fond ». Huit ans et quatre records du monde plus tard (son dernier à -117m), l’ambassadeur de Pure Ocean Found profite plus que jamais d’un territoire dont il affectionne le caractère. « C’est en voyageant que j’ai ouvert les yeux sur Marseille, son histoire, et ce qu’elle représente dans le monde. Cette ville bouillonne, est toujours en mouvement. Je me retrouve en elle ».

Parmi les spots qu’il continue à pratiquer entre deux rencontres avec les élèves des établissements scolaires marseillais qu’il a fréquentés, le champion du monde en titre cite « évidemment » les calanques, mais aussi l’île Jarre. « J’ai plongé à Tahiti, aux Bahamas… mais cette roche unique, cette gorgone, ce bleu et cette sensation d’être à 100m de profondeur alors qu’on est à -20 : il n’y a que chez nous que l’on voit ça ! ». De belles images à avoir en tête pour ses prochains exercices de visualisation… 

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