La Durance, histoire et biodiversité au fil de l’eau

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Publiée le mar 09/12/2025 - 12:01 / mis à jour le mar 09/12/2025 - 15:26

Longtemps crainte, souvent méconnue, aujourd’hui redécouverte : la Durance n’est pas une simple rivière. C’est une colonne vertébrale, une énergie brute, un paysage vivant qui a façonné la Provence autant que ses villages perchés et ses champs d’oliviers. Mirabeau la décrivait comme l’un des trois fléaux de la région, avec le Parlement et le Mistral. Trois siècles plus tard, on la regarde comme un trésor : une ressource vitale, un refuge de biodiversité, un espace de liberté où l’homme et la nature se retrouvent enfin.

Longue de plus de 300 km, la Durance traverse ou longe 5 départements sur les 6 que compte la région Provence-Alpes Côte d’Azur. Elle est tout d’abord un torrent de montagne qui prend sa source à Montgenèvre, en limite de la frontière italienne. Résultat de la fonte des neiges sur les massifs des Hautes Alpes, son volume grossit au fil de l’eau, alimenté par plusieurs affluents dont l’Ubaye, la Bléone ou encore le Buech sur les Alpes-de-Haute-Provence.

Le plus grand lac artificiel d’Europe

Sur son parcours, le barrage de Serre-Ponçon, au sud d’Embrun, change la donne. C’est à partir de ce verrou que sa structure se modifie : son lit se réduit, 85% de son flux est détourné dans le canal de l’EDF sur lequel se succèdent 16 barrages de production d’énergie hydroélectrique. Les grands travaux menés dans les années 60 pour sécuriser l’approvisionnement en eau, répondre aux besoins agricoles et en énergie de la basse vallée de la Durance, ainsi que la nécessité de dompter ses crues parfois violentes ont justifié ce chantier titanesque qui fait de Serre-Ponçon le plus grand lac artificiel d’Europe.

L’enjeu désormais est de lui rendre un peu de sa splendeur d’antan mais surtout ses capacités écosystémiques : restaurer sa ripisylve afin qu’elle retrouve ses fonctions écologiques, hydrauliques ou paysagères ou encore favoriser l’installation en période de reproduction des espèces migratrices en installant des radeaux de nidification. Sans oublier la remise en état de l’ancien pont suspendu de Mallemort, classé aux Monuments Historiques et destiné à devenir une voie douce pour passer d’une rive à l’autre. Il a subi depuis sa construction en 1840 plusieurs crues dont 4 l’ont emporté. La dernière en 2024 l’a une nouvelle fois mise à rude épreuve.

Élément clé du paysage, la Durance est au cœur de multiples enjeux y compris touristiques. Le « slow tourisme » est passé par là, faisant d’elle une destination touristique à part entière : ses berges font l’objet d’aménagements, avec notamment la véloroute qui se déploie sur chaque rive ou encore les itinéraires de randonnée jalonnés de panneaux d’interprétation et d’aires de pique-nique. Les provençaux se réapproprient leur rivière. Afin qu’elle continue à répondre aux attentes et besoins de tous, la Durance fait l’objet d’une attention partagée par tous les acteurs du territoire : habitants, agriculteurs, acteurs économiques, naturalistes, et ce pour le plus grand bonheur des visiteurs venus d’ici ou d’ailleurs pour la contempler.

Une rivière cependant toujours à surveiller

La Durance est donc une rivière qui reste sous surveillance. Même si son régime en tresses a comme principal avantage celui de faciliter la gestion des crues. Elles sont de fait moins destructrices qu’avant, avec cependant des différences de niveau et de débit encore

remarquables entre l’été et l’hiver. Son débit moyen peut ainsi varier de 18 à 1800 m3 secondes selon la période : fonte des neiges au printemps et pluies en automne. Sa période d’étiage étant sans surprise l’été. Il se raconte même qu’il lui arrivait d’être à sec dans des temps anciens… Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Malgré ses caprices, la Durance a de tout temps été utilisée : le premier canal d’irrigation, le canal Saint Julien, date du XIème siècle. Il sera suivi par le célèbre Canal de Craponne qui a fait de la Crau ce paysage de vergers et de prairies. Puis des canaux secondaires vont se multiplier entre Crau, Durance et Rhône, dont l’usage était l’alimentation des moulins, puis l’irrigation, puis l’alimentation en eau de la population en forte augmentation.

Aujourd’hui, elle alimente en eau plus de trois millions de personnes, et 90% de la surface régionale sont des terres irriguées grâce à elle et au Verdon. S’emparer du sujet de la gestion de la ressource est donc essentiel, et le partage entre habitants des Alpes et des plaines est désormais sur la table.

Les modélisations réalisées par les acteurs en charge de sa gestion sont sans appel : selon l’option de température retenue, ce serait de 10 à 25% de précipitations en moins sur notre région, et la disparition de 50 à 80% du manteau neigeux au-delà de 2 000 m. « Avant d’envisager des restrictions, la recherche de solutions est un défi majeur. Toutes les options sont sur la table, que ce soit l’amélioration de l’accès à la ressource par l’ingénierie ou l’efficacité des usages », explique Philippe Picon, directeur Ressource en eau et environnement au sein du SMAVD (Syndicat Mixte d’Aménagement de la Vallée de la Durance).

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