La Vénus d'Arles à l'honneur au Musée Bleu

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Publiée le lun 13/04/2026 - 16:12 / mis à jour le mar 14/04/2026 - 15:40

Oubliez celle de Milo ! Dès ce printemps, c’est la Vénus d’Arles qui fera tourner les têtes lors de son passage pour une durée de six mois au Musée départemental Arles antique.

« Tu es belle, ô Vénus d’Arles, à faire devenir fou ! » déclarait le poète provençal Théodore Aubanel, symbolisant la dévotion portée par les habitants depuis toujours et qui aurait inspiré la figure de l’Arlésienne.

Oui mais voilà. À peine découverte lors des fouilles du Théâtre antique en 1651, la belle statue de marbre attribuée au sculpteur Praxitèle a été victime d’un véritable rapt. Le roi Louis XIV en personne s’en est entiché, au point de se faire offrir « la plus belle statue découverte en France » pour orner la Galerie des Glaces à Versailles, non sans la faire compléter à son goût (avec des bras tenant une pomme d’une part et un miroir de l’autre) par le sculpteur vedette de l’époque François Girardon. Exposée à Versailles pendant plus d’un siècle, elle est transférée en 1797 dans les collections nationales et conservée depuis lors au musée du Louvre.

Plus de trois siècles plus tard, la voilà de retour sur ses terres natales, mais seulement pour un temps. Au cœur de l’exposition Le Passage de Vénus, la déesse retrouve Arles pour mieux raconter son histoire mouvementée et ses multiples métamorphoses.
Entourée d’œuvres antiques et contemporaines, elle dialogue avec les artistes d’hier et d’aujourd’hui, de Gustave Moreau à Andy Warhol en passant par Nikki de Saint Phalle, révélant combien son image continue de fasciner et d’évoluer.

Sarcophage de Prométhée (dépôt du Louvre)

Car ici, Vénus n’est pas qu’une icône figée de beauté antique. Elle devient un miroir : celui du désir, du pouvoir, de la représentation du corps féminin à travers les siècles. Une exposition qui dépasse la simple admiration pour interroger notre regard et rappeler qu’une déesse, même de marbre, n’a jamais fini de faire parler d’elle.


Servie par une scénographie immersive faite de lignes courbes et de perspectives mouvantes, Le Passage de Vénus se déploie en trois temps, comme un récit à travers les siècles.


D’abord, le mythe. La première section remonte aux origines d’Aphrodite, de sa naissance dans l’écume à son triomphe avec la Vénus d’Arles. Entre sculptures antiques et œuvres contemporaines, la déesse apparaît dans toute sa puissance : désir, beauté, fécondité, mais aussi figure politique. Une entrée en matière spectaculaire qui pose les bases d’une icône.


Puis vient le temps des métamorphoses. Vénus change de visage, se réinvente, se fragmente. Les artistes modernes et contemporains s’emparent de son image pour la détourner, la questionner, parfois la contester. Derrière l’idéal de beauté, c’est toute une réflexion sur le corps féminin et ses représentations qui se dessine.


Enfin, l’exposition se resserre autour de la Vénus d’Arles elle-même. Dans une dernière partie plus immersive, presque intime, le visiteur suit le destin singulier de la statue, de sa découverte à ses multiples identités : Diane à sa découverte, Vénus à son arrivée à Versailles, Aphrodite au Louvre, puis la Vénus d’Arles en Provence.

5 questions à Romy Wyche

Curieux d'en savoir plus sur cette sculpture hors du commun nous avons posé quelques questions à Romy Wyche, directrice du Musée départemental Arles Antique et co-comissaire de l'exposition. 

Romy Wyche, directrice du MDAA

La Vénus d’Arles a disparu du paysage arlésien pendant très longtemps. Le fait de la faire revenir un temps est-il une réparation ou un hommage ?

Je dirais que c’est un hommage. Quand on crée une expo en tant que conservateur, on a une idée, puis on la propose au public. Là, c’était vraiment une demande à la fois politique mais aussi populaire, formulée depuis longtemps : un projet ascendant plutôt que descendant. Ça me paraissait absolument nécessaire de la faire revenir. Mais pas comme une pièce comme une autre : comme LA star, celle que les autres œuvres accompagnent en regard.

Quel a été le parti pris de l’expo ?

Cette copie romaine d’un original de Praxitèle est une sculpture fascinante que l’on peut raconter de mille façons : l’Aphrodite grecque originelle qui incarne les dieux, la Vénus romaine devenue une figure impériale au service du discours de la romanité, ou encore cette histoire un peu folle de sa découverte en 1651 dans le théâtre antique.

Nous aurions pu aussi la raconter à travers les nombreux écrivains et artistes qui l’ont prise pour modèle. Quand on regarde dans l’histoire de l’art, Vénus est probablement la figure la plus représentée après la Vierge Marie, mais aussi l’une des moins connues. Nous avons donc voulu aborder non pas un, mais tous ces aspects : dire ce qu’elle représentait durant l’Antiquité, mais aussi ce qu’elle est aujourd’hui, à travers un jeu de regards.

Romy Wyche

On a voulu renverser le regard : c’est Vénus qui vous regarde, et non l’inverse. Un regard puissant de déesse, et non une Vénus passive.

Comme la Bonne-Mère, Vénus a été représentée jusqu’à saturation, souvent de façon assez clichée ?

Au bout d’un moment, quand une figure devient une icône, elle emporte tout : elle fige certains sens et en efface d’autres. En réalité, elle est partout, jusque sur des rasoirs. Il y a une saturation totale.

Mais ce qui est intéressant, c’est qu’elle porte un discours polymorphe. Quand j’ai commencé à parler du projet, beaucoup de militantes féministes m’ont dit : « Ah non, pas Vénus », parce qu’elles avaient une image figée, disons-le, un peu « cucul » de la déesse.

Alors qu’elle permet d’aborder des sujets fondamentaux comme la nudité. Pendant longtemps, dans l’Antiquité, seules les figures masculines étaient jugées dignes d’être représentées nues. C’est Praxitèle qui a changé la donne. Sa nudité incarnait alors la puissance, alors qu’aujourd’hui, on est passé à une hypersexualisation du corps féminin

Comment avez-vous pensé ce dialogue entre l’Antiquité et l’art contemporain sans tomber dans la simple juxtaposition ?

On a voulu renverser le regard : c’est Vénus qui vous regarde, et non l’inverse. Un regard puissant de déesse, et non une Vénus passive.

Cette idée résonne par exemple avec l’œuvre contemporaine de l’artiste Serena Carone, Ce que je vois, qui fait apparaître deux yeux dans une découpe murale et semble suivre le visiteur.

On a aussi souhaité créer un dialogue entre les collections permanentes et des artistes contemporains qui utilisent la figure de Vénus pour questionner ou dénoncer certaines représentations. C’est ce que l’on a appelé « les métamorphoses de Vénus ».

L’expo s’appelle « Passage de Vénus » car elle est amenée à retourner au Louvre dans six mois. N’est-ce pas un peu frustrant pour la ville où elle a été découverte ?

La Vénus a sa place au Louvre, c’est évident, car elle fait partie de son histoire. Mais elle a aussi sa place à Arles. C’est pour cela que ce projet se fait en bonne intelligence avec le Louvre.

Dans quelques années, nous referons peut-être une exposition, en abordant cette fois le sujet à travers le sculpteur, Louis XIV ou encore l’Antiquité romaine. Ce sera alors un

Infos Pratiques

📍Musée départemental Arles antique, Avenue Jean Monnet, Presqu'Ile du Cirque Romain, 13200 Arles

🗓️Du 24/04 au 31/10/2026 le lundi, mercredi, jeudi, vendredi et les week-ends de 9h30 à 18h. sauf le 1er mai.

🎫 Plein tarif : 8 €, Tarif réduit : 5 €.

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