Le téléscaphe de Callelongue, une légende marseillaise ?

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Publiée le mar 22/03/2022 - 11:17 / mis à jour le jeu 07/04/2022 - 14:21

On croirait entendre une légende à la marseillaise tant l'histoire nous parait incroyable... A la fin des années 60, la Calanque de Callelongue aurait accueilli une invention unique au monde : le téléscaphe. Quesaco ? D'où ça sort ?

Direction tout au bout du bord de mer avec Jean Semeria, témoin à l'époque, pour en savoir plus sur ce mystérieux téléphérique sous-marin.

Cette calanque, c’est son paradis, mais surtout son chez lui. « Je suis né ici, j’ai habité quelque temps en centre-ville mais je suis vite revenu, que voulez-vous aller chercher ailleurs ? » nous confie Jean Semeria avec le sourire. Callelongue, c’est pour lui une histoire de famille : dans les années 1900, lors de la fermeture des usines de soude anciennement situées dans la calanque, son oncle récupère les bâtiments avec l’idée un peu folle de s’y installer. Rapidement, la famille y a pris ses quartiers et n’a depuis jamais quitté les lieux. Ici, tout le monde connait « Jeannot », et il connait tout le monde. Installé sur sa terrasse ensoleillée, il n’hésite pas à renseigner les promeneurs venus découvrir ce port du bout du monde.

Devant sa maison, baptisée Sian Fatiga, il nous dévoile son trésor : un grand classeur d’archives et autres documentations précieusement conservées sur sa calanque bien aimée. En découvrant cette mine d’or du passé, nous tombons sur une certaine brochure publicitaire : « Téléscaphe de Marseille-Callelongue, l’aventure sous-marine en complet veston ». Ah, il a donc bien existé ce fameux funiculaire sous-marin !

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Jean Semeria devant son bateau et sa maison
Jean devant sa maison Sian Fatiga

Découvrir le grand bleu en complet veston

« Le téléscaphe, c’est pas une légende ! » nous explique Jean. Et il est bien placé pour le savoir. A l’âge de 12 ans, il a été l’un des premiers à tester cette incroyable aventure à mille lieues sous la mer. En 1967, l’ancien champion de ski James Couttet et l’ingénieur spécialisé dans les remontées mécaniques Denis Creissels ont le projet un peu fou d’installer une sorte de téléphérique sous l’eau, qui permettrait aux visiteurs non-expérimentés en plongée de découvrir les fonds marins marseillais sans même se mouiller. A bord de la cabine vitrée, les visiteurs embarquent pour un voyage sous-marin d’une dizaine de minutes, allant jusqu’à 10 mètres de profondeur pour la modique somme de 10 francs en semaine (l'équivalent d'environ 1,52€), et 12 pour le week-end.

Alors, lorsque les ingénieurs sont venus lui proposer de tester cette innovation mondiale, il n’a pas hésité une seconde ! « Un truc comme ça, on pouvait pas le manquer ! La première fois, on était 8 minots dans la cabine : mon frère, mes 3 cousins et d’autres petits du coin ». Pour Jean et ses copains, les premiers tests ne s’avèrent pas de tout repos ! Au premier essai, premier couac : la cabine se décroche du câble auquel elle est reliée. « Je vous le garantis, c’était pas rigolo du tout ! On s’est retrouvés au fond de l’eau et les plongeurs ont dû venir nous chercher ». Mais les minots ne sont pas impressionnés et repartent pour de nouveaux essais. La deuxième fois, la cabine n’est pas étanche, et ils se retrouvent avec de l’eau jusqu’aux jambes. Le troisième coup, les ingénieurs oublient d’ouvrir les bouteilles d’air comprimé, et les jeunes garçons commencent à manquer d’oxygène : « on commençait un peu à devenir bleu, blanc, vert… mais enfin, sans problèmes aucuns ».

Fier de nous montrer son diplôme de baptême de plongée, remis à la fin de ses traversées, il tourne les pages de son classeur l’air de rien, alors que nous restons bouche bée.

"Les premières cabines qui sont descendues sous l'eau, j'étais dedans !"

La folie des grandeurs

Cette expérience, Jean en garde, un très bon souvenir et continue à faire vivre ce trésor oublié et méconnu de nombreux Marseillais à travers ses témoignages et sa collection d’archives. Même s’il fut un succès, avec plus de 30 000 visiteurs en un an seulement, l’aventure s’est très vite arrêtée pour le téléscaphe. Avec des coûts d’entretien très élevés, il va être délaissé et abandonné. Une tempête, un « coup de labé » (fort vent pluvieux) va venir enterrer le projet en 1969, comme Jean nous l’explique : « on a retrouvé les cabines jaunes sur la route ». Après avoir fait la "une" de l'actualité internationale, le téléscaphe de Callelongue ferme définitivement.

Aujourd’hui, il ne reste rien d’autre que des roues rongées par l’érosion que l’on peut apercevoir sous la table d’orientation en face de l’Ile Maire. Il demeure le premier et le seul téléphérique sous-marin au monde. Malgré sa disparition prématurée, cette invention continue d’attiser la curiosité et sa mémoire est honorée par des amoureux du quartier, comme Jean. Encore une fois, Marseille, à jamais les premiers !

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