Grotte Cosquer : l’homme derrière le mythe !

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Publiée le mar 31/05/2022 - 13:32 / mis à jour le ven 03/06/2022 - 14:11

La Grotte Cosquer apparaît comme l'une des découvertes majeures du 21ème siècle. Découvrez notre entretien exclusif et personnel avec Henri Cosquer, le célèbre plongeur qui a découvert la grotte éponyme. 

De nos jours, le mythe de la Grotte Cosquer ne se présente plus. Découvert en 1985 par Henri Cosquer, ce lieu si spécial a fait couler beaucoup d’encre et a permis des avancées sans pareilles dans le monde scientifique. À la rédaction, nous nous sommes demandé qui était cet homme, cet aventurier, qui avait permis une des plus grandes découvertes de notre époque. Je suis donc allé à sa rencontre au port de Martigues où a été réalisée la réplique du bateau qui a permis la découverte de la grotte, et le moins que l’on puisse dire, c’est que je n’ai pas été déçu du voyage !

Cosquer : les premiers pas sur la scène

Même si la plongée dans les eaux provençales n’a plus de secrets pour Henri Cosquer, une vie ne s’arrête pas à la pratique stricte d’une seule et unique activité. En effet, Henri est quelqu’un d’entreprenant qui a toujours travaillé et autant vous dire qu’il en a fait des choses, un tas même.

Après avoir travaillé quelques temps dans le pétrole et la pétrochimie pour subvenir à ses besoins, il commence très jeune à faire de la plongée et des travaux immergés. Amateur d’art et de l’émotion qu’il suscite, Henri se laisse vite envelopper par la douce passion du théâtre et des spectacles. 

« Petit à petit j'ai fait des spectacles, des théâtres d'eau à Martigues. J'avais construit des monstres avec toute une équipe, celle du théâtre d’Eau Riosorius qui a tourné pendant 3 ans à Martigues. Suite à cela, nous avons fait 70 spectacles en France et à la fin on a capoté. A l'époque il était implanté à Vitrolles mais maintenant tout a été vendu. C'était basé sur des histoires de légendes, surtout la tarasque des eaux de Tarascon en Provence, qui sortait un peu partout et qui mangeait les gens. La tarasque c'était une grosse bestiole. Ma machine faisait 9 mètres de long, elle avançait, elle reculait, elle montait et elle descendait. Moi je faisais la technique et après je formais les comédiens en plongée car tous ces spectacles avaient lieux uniquement la nuit. On était 28 à travailler là -dessus. Entre les comédiens, le son, les plongeurs... Moi je me suis beaucoup amusé à faire tout ça ! Il y avait des jongleurs, des cracheurs de feu, il y avait de tout. Beaucoup d'artistes. C'est vrai que le monde du spectacle, j'ai vraiment trouvé ça fabuleux. Tu crées quelque chose et après tu as la sanction des gens, du public, du « monsieur tout le monde ». Donc si tu es mauvais, tu es mauvais, tu le sais tout de suite. Et en même temps c'est la réalité des choses et puis tu recommences. »

À la suite de cette parenthèse enchantée et fortifié par son apprentissage, l’envie de plonger plus profond, de se dépasser, devient de plus en plus présente pour Henri Cosquer.

Henri

C'est vrai que le monde du spectacle, j'ai vraiment trouvé ça fabuleux. Tu crées quelque chose et après tu as la sanction des gens, du public, du « monsieur tout le monde »

Cosquer : la plongée aux 4 coins du monde

Suite à son expérience dans le théâtre, Henri Cosquer commence à travailler comme scaphandrier. Pour ce faire, il entre à l’école des scaphandriers. « Tu as beau être plongeur, tu fais l'école des scaphandriers. À Marseille il y a même un institut national de plongée professionnelle (INPP) ». À côté de ses études, il continue de travailler sur des chantiers pour gagner quelques sous et poursuivre son rêve. Après ses études à Marseille, il est appelé par l'INPP pour devenir instructeur. De là, s’enchainent de très nombreux stages dont il est en charge. De Chine ou bien d’Afrique, les plongeurs viennent du monde entier emmagasiner le savoir et les bonnes pratiques dont il est détenteur. 

Henri Cosquer plonge beaucoup, de plus en plus longtemps, de plus en plus profondément et de plus en plus loin. Il entame ainsi un tour du monde pour découvrir les plus beaux sites de plongée que recèle notre planète : Afrique du sud, Polynésie, Nouvelle-Calédonie, Mexique, Cuba, les Antilles, Henri est un homme aux mille et une vies ! 

Comme vous à ce moment même, je me dis « Mais quel aventurier ! Est-ce qu’il en a conscience ? ». Ma curiosité étant piquée à vif, je m’empresse de lui poser la question, ce à quoi il me répond : « C'est vrai que je suis un aventurier parce que j’en ai fait des choses, j’y suis allé dans beaucoup d’endroits. Je me suis assez documenté et j'arrive à faire des plongées que personne ne fait. Par exemple en nouvelle Calédonie j'ai plongé dans une grotte où tu es obligé de faire coutume (acte qui consiste à accomplir un ensemble d'actes indispensables pour entrer dans le monde kanak) avec le grand chef. J'ai été formé par un kanak sur le terrain ! Nous avons fait connaissance et je lui ai fait découvrir sa grotte en plongée. À l'intérieur des grottes tout est blanc, du sol au plafond ! C'est exceptionnel ! Après comme il était gentil il m'a prêté sa plage qui fait 12km de long. En nouvelle Calédonie la particularité c'est que lorsque tu vois une plage tu ne vas pas dessus. Tu es obligé de demander l'autorisation à un kanak pour y aller. Et tu ne t'amuses pas. S'il te dit oui ça va et des fois il a le coupe-coupe sur l'épaule et tu ne lui demandes même pas. »

Après avoir sillonné les plus beaux endroits de la planète, il est temps pour Henri de rentrer chez lui, en Provence.
 

Cosquer : retour aux sources provençales

Le temps passe et l’âge commence à se faire ressentir physiquement. Henri est un aventurier hors pair mais il reste avant tout un homme comme vous et moi. Il paraîtrait même que l’âge amène la sagesse avec lui. Henri décide donc de monter sa propre école de plongée et voyage moins. En effet, il devient plus compliqué de plonger loin de chez soi lorsque l’on gère une affaire, des moniteurs de plongée et que l’on travaille 7/7j. Puis certaines plongées sont plus difficiles que d’autres car elles demandent une tranquillité d’esprit absolue  : « Tu ne fais pas ça à des moments où t'as plein de trucs qui circulent dans le cerveau. Il faut être zen, concentré sur ce que l'on fait. Donc je faisais ça plus en intersaison. »

Désormais, Henri fait principalement des plongées dites de loisir mais il précise qu’il peut faire du loisir compliqué comme du loisir simple : « C’est un peu la vie que j’ai mené entre l’un et l’autre ». L’an dernier, il dit avoir quand même fait 3 plongées et souligne en riant : « Les gens ont eu peur, ils m’ont vu passer dans l’eau avec des tendeurs à moins 40 mètres. Le club de plongée me regardait avec de grands yeux plaqués contre le masque. ». On ne se refait pas ! Le goût de l’aventure est éternel ! 
 

Grotte Cosquer : la réplique en bonne et due forme

Pendant que j’échange avec Henri, se dessinent derrière lui les douces courbes d’un bateau et pas n’importe lequel. Il s’agit de la réplique du Cromagnon, embarcation devenue célèbre car ayant amené notre plongeur préféré jusqu’à la découverte de la Grotte Cosquer. L’original datait de 1954 et avait été refait à neuf, utilisé pendant des décennies puis finalement vendu. 

En effet, c'est en 1985 qu'Henri Cosquer découvre la grotte après avoir traversé un tunnel de 175 mètres à 37 mètres de profondeur. Il y reviendra régulièrement jusqu'en 1991, avant que l’État n'en devienne le propriétaire et la ferme définitivement au public afin de protéger et de conserver ce patrimoine préhistorique.

La particularité de la grotte Cosquer vient de plusieurs faits :

  • C’est la seule cavité préhistorique engloutie connue à ce jour (seulement un cinquième de la cavité est immergée aujourd’hui)
  • Les datations qui ont été faites montrent que la première occupation humaine remonte à -33 000 ans.
  • Plus de 270 œuvres rupestres exceptionnelles ont été découvertes dont des représentations uniques d’animaux marins tels que des phoques, des méduses ou des grands pingouins. C’est d’ailleurs la mascotte du projet qui trône actuellement sur le toit de la Villa Méditerranée.

En 1992 l’État la classe Monument Historique pour la préserver. 

Pour Henri Cosquer, ce projet de réplique de la grotte apparait comme une consécration, l’accomplissement d’une vie bien remplie pour un homme hors du commun. Un chapitre se termine tandis qu’un autre commence à s'écrire. Ce qui est certain, c’est que plonger, il n’arrêtera jamais ! 

Dès le 4 juin il sera possible d'aller visiter la reconstitution de la Grotte Cosquer à la Villa Cosquer Méditerranée. Cette visite s'inscrit avec justesse dans les nouveaux lieux culturels à ne pas manquer en 2022.

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