Friche la Belle de Mai : le plus grand terrain de jeu culturel de Marseille
Publiée le mar 23/06/2026 - 15:11 / mis à jour le mar 23/06/2026 - 16:11
À Marseille, il existe peu d’endroits où l’on peut assister à une expo, croiser des artistes en résidence, regarder des skateurs s’envoyer en l’air, déjeuner sous une ancienne charpente industrielle et terminer la journée face au coucher de soleil sur les toits de la ville. Bienvenue à la Friche la Belle de Mai !
D’usine à tabac à laboratoire culturel géant
Pour beaucoup de Marseillais, la Friche la Belle de Mai représente plus qu’un simple lieu culturel. C’est devenu un point de rendez-vous aux multiples facettes : terrasse, salle de concert, skatepark, galerie d’expo, restaurant, place de village et même rooftop. Bref, un petit morceau de ville dans la ville. Pourtant, rien ne prédestinait cette ancienne manufacture de tabac à devenir l’un des symboles les plus forts du renouveau culturel marseillais.
Quand les machines de la Seita s’arrêtent définitivement en 1990, personne n’imagine vraiment l’avenir de ces 12 hectares de bâtiments industriels qui dominent les voies ferrées derrière la gare Saint-Charles.
Pendant plus d’un siècle, des milliers d’ouvriers, principalement des femmes, nommées les cigarières, ont fabriqué ici les mythiques Gauloises et Gitanes. Puis le géant industriel ferme ses portes, laissant derrière lui une cathédrale de béton et de briques à l’abandon.
C’est là qu’intervient un groupe de doux rêveurs particulièrement obstinés. Philippe Foulquié, fondateur du Théâtre Massalia, Christian Poitevin et quelques autres voient dans ces hangars désertés non pas une friche, mais un immense terrain d’expérimentation artistique. Ils investissent les lieux dès 1992 avec l’ambition simple mais révolutionnaire de créer un espace où les artistes pourraient produire autant que montrer leurs œuvres.
Près de trente-cinq ans plus tard, le pari semble presque évident. Pourtant, la Friche reste un ovni. Un lieu qui continue de se construire au fil des usages, des rencontres et des idées plutôt que selon un plan parfaitement établi et c’est probablement ce qui fait son charme. Sous l’impulsion de Philippe Foulquié disparu en avril 2026, l’ancienne manufacture est devenue l’un des plus grands laboratoires culturels européens.
Une architecture qui ne ressemble à rien d’autre à Marseille
La plupart des anciennes usines réhabilitées finissent par perdre leur âme industrielle. La Friche a fait exactement l’inverse.
Ici, les immenses volumes de la manufacture ont été conservés, détournés et apprivoisés. On circule entre les bâtiments comme dans un quartier à part entière. Escaliers métalliques, passerelles, murs de béton, graffs, ateliers, cours ouvertes et terrasses se succèdent sans véritable frontière. A l’entrée rue Jobin, la place joue le rôle d’agora contemporaine. Les enfants courent sur le city-stade, tandis les résidents en pause refont le monde au café de la salle des Machines. Un peu plus haut les familles pique-niquent à sur la place des quais et les visiteurs découvrent les jardins qui adoucissent progressivement le décor industriel.
En contrebas, le skatepark rappelle que la Friche a toujours laissé une place aux cultures urbaines. Ici, le skate n’est pas un décor. Il fait partie du paysage depuis plus de quinze ans.
Impossible également de manquer le Module, cette étrange construction futuriste qui semble avoir atterri au milieu des anciens bâtiments de la manufacture. Ce bâtiment spectaculaire abrite le GMEM, Centre national de création musicale, et symbolise parfaitement la philosophie du lieu : faire dialoguer patrimoine industriel et architecture contemporaine.
Tout comme la Panorama, énorme parallélépipède en équilibre au-dessus du vide qui accueil des installations d’art contemporain. Plus discrète mais tout aussi essentielle, la Villa accueille écrivains et auteurs en résidence. Une autre facette de la Friche, moins visible mais tout aussi importante : celle d’un lieu où l’on vient créer avant même de venir montrer.
Et puis il y a le toit. Les Marseillais parlent souvent du rooftop de la Friche comme d’un spot à part entière. Avec ses 8 000 m² ouverts sur la ville, c’est sans doute l’une des plus belles vues sur Marseille.
D’un côté Notre-Dame de la Garde, de l’autre les quartiers nord, les collines et les voies ferrées qui rappellent le passé industriel du site. Un panorama brut, profondément marseillais.
En redescendant, impossible de résister aux Grandes Tables. Installé dans l’ancienne salle des rouleaux de la manufacture, ce restaurant est devenu au fil des années l’un des véritables poumons du lieu.
On y vient autant pour déjeuner que pour prolonger une expo, refaire le monde après un concert ou simplement profiter de l’ambiance si particulière de la Friche.
Un lieu ouvert à toutes et tous
L’une des plus grandes réussites de la Friche est sans doute d’avoir réussi à éviter le piège du lieu culturel réservé aux initiés. Les espaces culturels y sont très nombreux et variés.
Bien sûr, on y trouve des expositions d’art contemporain, des résidences d’artistes et des créations expérimentales. Mais on y trouve aussi des ateliers pour enfants, des marchés créatifs, du cinéma en plein air , des concerts électro, du hip-hop, des festivals de danse, des spectacles jeune public et des événements gratuits tout au long de l’année.
Cette capacité à mélanger les publics est devenue sa marque de fabrique. Le même soir, on peut y croiser un collectionneur d’art contemporain, une famille du quartier, un groupe d’étudiants et des touristes fraîchement débarqués du train.
Une programmation méditerranéenne qui fait vibrer la Friche tout l’été
Cette année plus que jamais, la Friche affirme son rôle de carrefour culturel méditerranéen avec la Saison Méditerranée 2026.
Le point d’orgue de la saison ? Cinq grandes expositions qui investissent les différents espaces de la Tour et de la Salle des Machines. Parmi elles, « Les rêves n’ont pas de titre » de Zineb Sedira, adaptation monumentale de l’installation présentée à la Biennale de Venise. Une petite salle de cinéma a été récrée au cœur même du Panorama dans laquelle projette ses mémoires postcoloniales et les récits d’un cinéma militant. A voir !
Autre temps fort : « Sur les ruines, les pierres fleurissent » d’Abdessamad El Montassir, une exposition immersive entre films, sons et nouvelles créations en verre qui explore les mémoires enfouies du désert saharien et les récits laissés hors-champ par l’Histoire officielle.
« Avec Jouer la montre », l’artiste palestinienne Mona Benyamin détourne les codes des sitcoms, clips et journaux télévisés pour raconter avec humour et mélancolie les traumatismes et transmissions liés à l’expérience palestinienne.
La Friche accueille également « Autoroute Tanger–Marseille », projet hybride imaginé par Think Tanger qui transforme la Salle des Machines en territoire flottant entre les deux villes, à travers cartographies, vidéos, sons et récits issus de résidences croisées. Enfin, « Sur la frontière du temps », une relève méditerranéenne réunit seize jeunes artistes issus des écoles des Beaux-Arts du Liban, du Maroc, d’Algérie et du sud de la France autour des notions de mémoire, de seuil et de circulation entre les territoires méditerranéens.
Et quand le soleil décline, direction le toit-terrasse pour les soirées ON AIR. Véritable rituel estival marseillais, cette programmation de concerts et DJ sets met chaque été en lumière les scènes musicales du pourtour méditerranéen.
Entre live orientaux hybrides, électro nord-africaine, raï revisité, musiques expérimentales ou DJ sets vinyles au coucher du soleil, le rooftop devient l’un des plus beaux dancefloors à ciel ouvert de Marseille avec vue jusqu’au Port autonome.
La fin de l’été prolonge cette effervescence artistique avec Art-o-rama, la foire internationale d’art contemporain portée par Fræme, devenue l’un des rendez-vous majeurs de la rentrée culturelle marseillaise.
Comme chaque année à la rentrée, l’exposition des diplômé·es des Beaux-Arts de Marseille transforme également la Friche en immense laboratoire de création émergente, offrant une première grande visibilité à la nouvelle génération d’artistes du territoire.
Enfin, l’exposition Unworlding viendra poursuivre cette réflexion sur les récits, les identités et les imaginaires contemporains qui traversent aujourd’hui toute la programmation de la Friche.
📍Friche de la Belle de Mai, 41 rue Jobin 13003 Marseille
☎️04 95 04 95 04
🕐Ouverte 7j/7 de 8h à 23h.


