Aux Baumettes, ce restaurant pas comme les autres va vous faire oublier où vous êtes

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Publiée le lun 23/03/2026 - 15:47 / mis à jour le lun 23/03/2026 - 16:23

Passer un portique de sécurité pour aller déjeuner, ce n’est pas franchement l’idée qu’on se fait d’un bon resto marseillais. Et pourtant. Derrière les murs de la Prison des Baumettes, il existe une adresse qui mérite largement le détour : Les Beaux Mets. Un lieu où l’on vient autant pour ce qu’il y a dans l’assiette… que pour ce que ça raconte. Une table cachée là où on ne l’attend pas. 

L’histoire des Beaux Mets commence comme une rencontre improbable. D’un côté, l’association Festin, qui œuvre depuis plus de 35 ans pour l’inclusion sociale à travers la cuisine. À Marseille, on lui doit notamment les Tables de Cana ou encore “Des étoiles et des femmes”, des projets qui remettent des publics éloignés de l’emploi sur le chemin d’une nouvelle vie. De l’autre, l’administration pénitentiaire, dont la mission ne s’arrête pas aux murs des cellules : accompagner la sortie, préparer l’après, c’est aussi un de leurs objectifs.

Au croisement de ces deux mondes, une idée : créer un restaurant ouvert au public, au cœur même d’une structure dédiée à la réinsertion. Le projet mûrit dès 2016, inspiré d’expériences similaires à Milan ou Londres. 

Trois ans et demi après l’ouverture, le pari est tenu. Chaque midi, des clients “de l’extérieur” viennent s’attabler ici, dans une ambiance qui a tout d’un restaurant classique : chaleureuse, vivante, ou en oubli presque le contexte. Et c’est bien là toute l’idée. Faire vivre une expérience de restauration normale… dans un lieu peu banal.
 

Une cuisine locale, exigeante… et pleine de sens

Aux Beaux Mets, pas de folklore ni de carte gadget. Ici, on joue la carte courte, maîtrisée, efficace : trois entrées, trois plats, trois desserts. Toujours une option viande, poisson et végétarienne. Dans les assiettes ? Des produits de saison, locaux, rien qui traverse la planète. Une cuisine méditerranéenne retravaillée, soignée, labellisée Écotable et pensée pour être aussi belle que bonne.
Derrière cette exigence, il y a une contrainte devenue force : la brigade est composée en grande partie de personnes détenues en formation.  Ici, tout est pensé pour transmettre : des plats accessibles techniquement, mais exigeants dans l’exécution. Une cuisine bistronomique, oui, mais surtout une cuisine qui forme.

Le matin, les commis arrivent, enfilent leur tenue et prennent leur poste.Au début, ils apprennent les bases. Très vite, ils gagnent en autonomie. En cuisine comme en salle, ils sont 16 à se relayer dans deux brigades. Encadrés par des professionnels, dont le chef Valentin Majan, ils apprennent un métier, mais aussi ses codes : ponctualité, rigueur, esprit d’équipe. Des fondamentaux qui changent tout une fois dehors. 

Une expérience qui dépasse largement l’assiette

Ce qui se joue ici ne tient pas seulement dans un dressage d’assiette. Les Beaux Mets, c’est un tremplin. Depuis l’ouverture, environ 120 personnes ont été accompagnées. Et parmi celles sorties, 75 % ont trouvé soit un emploi, soit une formation. Un chiffre qui parle. Mais ce sont surtout les histoires qui marquent. Comme celle de cette commis, repérée lors d’un “café emploi” organisé avec des recruteurs. Elle aime chanter, faire le show. Ce jour-là, elle repart avec une promesse d’embauche dans un village vacances : service… et animation. Un déclic. Une trajectoire qui change. Le projet fonctionne aussi grâce à un écosystème local bien présent. Des chefs marseillais viennent animer des masterclass, rencontrer les équipes, transmettre. Certains, comme le chef Sylvain Touati, repartent même avec l’envie d’embaucher. Petit à petit, des ponts se créent entre “dedans” et “dehors”. Et les regards évoluent. 

Alors oui, venir déjeuner ici, c’est particulier. Mais pas pour les raisons qu’on imagine. Très vite, les murs s’effacent. L’ambiance est celle d’un restaurant vivant, les échanges sont naturels, les sourires sincères. Et quand vient le moment de repartir, quelque chose reste. “Une évasion”, résument les équipes. Une évasion culinaire, bien sûr. Mais aussi une évasion des idées reçues. On entre curieux. On ressort un peu changé. Et avec, en bonus, le sentiment d’avoir vécu une expérience marseillaise comme aucune autre.

 

INFOS PRATIQUES

✍️Procédure de réservation :


Réservation obligatoire en avance via le site web (a minima J-4)
Présentation d’une pièce d’identité à l’entrée et dépôt des effets personnels 
Passage sous un portique de sécurité.

⏲️ Ouverture : 

Du lundi au vendredi
1e service 12h30
2e service 13h15
 

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