Jean-Paul Belmondo, une vraie histoire avec Marseille
Publiée le mar 04/07/2017 - 02:00 / mis à jour le lun 02/08/2021 - 02:00
Jean-Paul Belmondo, 84 ans, a accordé une interview exclusive à Accents de Provence, à son domicile parisien, pour évoquer « Marseille fête Belmondo ». Une rétrospective inédite organisée au Château de la Buzine, de juillet à novembre, en hommage à sa carrière et à celle de son père, Paul, grande figure de la sculpture française.
« L'homme de Rio » nous raconte son histoire. Sur le canapé, dans le salon lumineux d’un hôtel particulier, l’acteur Charles Gérard, l’ami de toujours, dévore les premières pages du quotidien L’Equipe. Jean-Paul Belmondo est assis à côté de lui, dans un grand fauteuil, avec ce sourire immense, dont il ne se sépare jamais. La gouaille n’est plus la même, mais « L’homme de Rio » se raconte avec une incroyable vivacité. D’un regard, il vous replonge dans ses plus belles aventures, dans ses plus belles histoires, celles qui l’ont porté sur le sommet du 7e art. Avec une simplicité et une gentillesse rares, la légende du cinéma français évoque ses passions, son rapport au cinéma, sa relation avec l’autre monstre sacré, Alain Delon et son désir de faire revivre la mémoire de son père.
Jean-Paul Belmondo : Nous nous sommes battus durant des années avec ma sœur Muriel et mon frère Alain pour que ce musée voie le jour, afin que l’œuvre de notre père puisse être découverte par le plus grand nombre. On nous a longtemps promis beaucoup de choses, sans que cela ne se concrétise. L’ouverture de ce musée a été pour nous une immense fierté afin de pouvoir rendre hommage à notre père.
J.-P. B. : J’ai une vraie histoire avec cette ville. J’ai tourné mon premier film à Marseille, avec un petit rôle. ça s’appelait « Drôle de dimanche ». Je me souviens, je descendais au Grand Hôtel Noailles, avec Arletty, Danièle Darrieux et Bourvil. On faisait la fête (rires) ! Et puis, il y a eu sept films tournés à Marseille, comme « Le Marginal », « Un nommé La Rocca » et « Borsalino ». La première scène de « A bout de souffle », c’était sur le Vieux-Port, ça laisse des traces. J’ai aussi fait des tournées en tant que comédien avec Galabru et Annie Girardot, mais je ne me souviens plus dans quel théâtre on avait joué… Mon père aussi avait ses habitudes là-bas, il venait souvent.
J.-P. B. : J’en sais rien (rire) ! Je crois qu’il n’y a pas de raison. C’est le naturel qui fait la différence. Et si je connaissais la recette, si je vous disais quel est mon secret, ce ne serait plus naturel d’ailleurs ! La popularité que j’ai acquise, je ne m’en suis rendu compte qu’il y a peu de temps. Je ne m’attendais pas du tout à ça. C’est la relation avec le public qui a construit ça. Cet amour-là, il est venu en fin de carrière et j’en suis très content !
J.-P. B. : C’est le public qui me porte beaucoup. Quand je vois des gens s’arrêter dans la rue, pour moi, ça me fait chaud au cœur. À 84 ans, cela me touche toujours autant. Et puis il y a les enfants et les petits enfants. Ça, c’est de l’émotion pure.
J.-P. B. : Les acteurs jouent pour tout le monde. Je vote, j’ai mes opinions, mais je trouve que nous ne sommes pas dans notre rôle en nous engageant. Encore une fois, on joue pour tous les publics. On ne peut pas faire des clans quand les gens viennent vous voir au cinéma. Je pense que ça énerve les spectateurs quand on prend position.
J.-P. B. : Je crois d’abord qu’il y a moins de gangsters, non (rires) ? Oui, c’est plus calme. Mais il y a toujours cette vie, cette gaieté, malgré les drames qui peuvent toujours se produire. Vous n’avez pas eu d’attentat. C’est terrible de vivre ça. J’étais à Nice, le 14 juillet dernier, comment peut-on s’attendre à ça ?
J.-P. B. : Il y a de bons jeunes. Je pense à Jean Dujardin, à Albert Dupontel et à Guillaume Canet, j’aime cette génération. Ils ont envie de faire les choses eux-mêmes, ça me ressemble. Les trois sont venus me voir, on a discuté gentiment. Les acteurs français sont bons. Ce sont les scripts qui ne sont pas au niveau. Tourner avec Verneuil, passer aussi facilement du classique à la comédie, c’était extraordinaire.
J.-P. B. : D’abord avec Georges Lautner, Jacques Deray, Philippe de Brocca et Henri Verneuil, on s’entendait vraiment bien. Jean-Luc Godard aussi, mais il était différent au début, il faisait vivre les personnages. Après, celui qui reste, c’est Jean Gabin. On n’a fait qu’un film ensemble, « Un singe en hiver ». Au départ, quand on ne se connaissait pas bien, il disait sur les plateaux : « Faites moi un jambon-salade ». Après, c’était plutôt : « Je vais prendre un petit whisky ». Il en prenait quelques autres... C’était le bon temps…
J.-P. B. : Un acteur ne doit jamais dire : « C’est la fin », alors ce n’est pas fini. Si on me propose un film sur 14-18, dans un rôle de Poilu, je prends (rires) ! Mais je baigne toujours dans le monde du cinéma, je vois des films, des acteurs.
J.-P. B. : Oui, je le vois assez souvent, il n’y a pas d’animosité entre nous. Il m’a offert cette sculpture, là. C’est l’artiste qui a réalisé le christ rédempteur à Rio (il se tourne vers la cheminée et montre un bronze représentant un boxeur à genoux). C’est Georges Carpentier, au 4e round, contre Jack Dempsey. Un combat historique. Moi, je lui ai donné un tableau de Vlaminck. Je pense qu’il n’a pas perdu au change. En fait, il est content de ma réussite et je suis content de la sienne (rires) !
Propos recueillis par Romain Luongo
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