Marseille, doyenne des Chambre du Commerce

Publié le 2 août 2017 Mis à jour le 9 avril 2019

Depuis plus de 400 ans, l’institution consulaire, installée au Palais de la Bourse, à Marseille, encadre, oriente, aiguillonne l’activité économique locale. Mais depuis l’origine, elle fait sentir son influence bien au-delà du Vieux-Port. La Chambre de Commerce de Marseille a été créée le 5 août 1599 pour organiser la protection des navires marchands français contre les pirates en mer Méditerranée. Elle est reconnue par lettres patentes d’Henri IV le 15 avril 1600. Au fil des siècles, prenant modèle sur Marseille, les autres villes de France se doteront à leur tour d’une organisation identique.

“Les pirates barbaresques rodaient jusque dans la rade de Marseille. Les navires revenant des Échelles du Levant - tous ces grands ports de l’Empire Ottoman, de Smyrne à Alexandrie en passant par Beyrouth, avec lesquels Marseille entretenait d’étroites relations depuis les croisades- se faisaient systématiquement piller. Les équipages étaient réduits en esclavage.
L’économie s’effondrait. À l’Hôtel de Ville, on décide de créer un Bureau du commerce pour trouver des solutions.

”1599 : Marseille vient de décider de créer l’ancêtre de l’actuelle Chambre de commerce et d’industrie Marseille Provence. La première Chambre de commerce... du monde ! Alors c’est sûr, Patrick Boulanger, qui nous raconte cette histoire, est un conservateur du patrimoine et un archiviste heureux : plus de 400
ans d’économie, de diplomatie, de navigation, de grande et de petites histoires reposent derrière les cinq portes cintrées du Palais de la Bourse, siège de la Chambre depuis 1860.

Dès 1600, Henri IV reconnait par lettre patente la toute jeune institution qu’il charge de “défendre le commerce de toute avarie et le remettre dans sa splendeur”.
Ses membres, qui organisent la défense des convois, iront jusqu’à rencontrer en personne la Reine d’Angleterre Elizabeth Ière pour exiger des réparations : la piraterie en Méditerranée n’était en effet le monopole de personne...

Le temps des colonies

Mais lorsque survient la Révolution, la Chambre est supprimée, car considérée comme une administration et un rouage de l’Ancien régime” raconte Patrick Boulanger. Certes, Napoléon Bonaparte la rétablit bien vite mais elle prend alors une toute autre forme. Plus vraiment de mission pour les Affaires étrangères, plus de franchise du port... Une page se tourne. Avec des attributions plus locales, la Chambre devient en fait une sorte de puissant lobby de l’économie marseillaise. Il faut désormais peser à Paris, et bientôt il faudra y défendre les intérêts du premier port colonial français, expansion au Maghreb comme en Afrique et en Asie oblige. La Chambre, depuis son Palais de la Bourse inauguré en 1860, sera en première ligne pour organiser les Expositions coloniales de 1906 et de 1922.

La chambre au défi de la métropole

Cette “assemblée économique”, à la tête de laquelle toutes les grandes familles rêvent alors de placer l’un des leurs, développe aussi une expertise reconnue par tous. Et du percement du Canal de Suez aux nouveaux bassins de la Joliette au XIXe, de la création de l’aéroport de Marignane en 1934 (elle participe toujours à son administration) au développement de la zone industrialo-portuaire de Fos et des croisières au XXe, la Chambre joue un rôle décisif dans tous les grands choix stratégiques de l’aire métropolitaine marseillaise.

À l’heure où Jacques Pfister achève le plus long mandat (12 ans) de président qu’ait connu la Chambre dans toute son histoire, on retrouve dans son bilan la preuve de cette influence inentamée, malgré les restrictions budgétaires subies ces dernières années. Président de l’Association Marseille Provence 2013 Capitale européenne de la culture, l’ancien patron d’Orangina a été de toutes les batailles qui ont permis la mise en place de la réforme portuaire. Il a aussi accompagné l’entrée de Kedge dans le “top 10” des écoles françaises de management, lancé mp2, première aérogare française dédiée au low-cost... tout en jouant pleinement son rôle de “guerrier Jedi de la Métropole Aix-Marseille-Provence”

  • le mot est de lui - tant il fut avec son équipe l’un des plus ardents promoteurs de ce big bang territorial.
    Tout en prévenant : “Nous avons besoin d’une vision économique sans laquelle nous ne ferons rien de cette métropole”.

Pour aller plus loin

La Canebière
Site

La Canebière

Marseille

La Canebière est ouverte en 1666 lors de l'agrandissement de la ville ordonné par Louis XIV. Son nom vient du provençal "Canebe", chanvre, qui perpétue le souvenir des cordiers installés ici depuis le Moyen-Age. Mais ce n'est qu'avec le départ du Grand Arsenal à la fin du XVIIIe siècle que la Canebière est prolongée jusqu'au port et que de beaux immeubles y sont construits. Le Second Empire et l'expansion coloniale bouleversent la ville : de grandes percées sont ouvertes, de riches bâtiments sont construits, un nouveau port est créé. La Canebière connaîtra ses heures de gloire sous la Troisième République grâce à l'intense activité intellectuelle et commerçante régnant dans les cafés, grands hôtels et grands magasins. La Canebière acquiert une réputation internationale et devient très vite un lieu-symbole de Marseille et de son port. Ce n'est, officellement, qu'en 1928 que la Canebière s'étendra du Vieux-Port jusqu'à l'église des Réformés englobant ainsi la rue Noailles et les allées de Meilhan. Certains immeubles sont classés Monument Historique. Un des premiers grands cafés installés sur la Canebière, le café turc (à l'emplacement actuel de l'Office du Tourisme et des Congrès) est dès 1850, le passage obligé des voyageurs pour l'Orient. Un salon à l'orientale ouvrait sur la rue Prince de Beauvau. Au centre de la salle principale donnant sur la Canebière, trônait une fontaine monumentale surmontée d'une horloge à quatre cadrans. Symbole de l'ouverture de Marseille sur le monde, elle marquait à la fois l'heure turque, chinoise, arabe et européenne. Son décor fastueux et son ambiance ont été souvent évoqués dans la littérature. Le café turc disparut au lendemain de la Première Guerre Mondiale. La rue Beauvau fut ouverte en 1785 sur les terrains de l'Arsenal des Galères, elle porte le nom d'un gouverneur de Provence. Elle fut l'une des premières rues de Marseille équipées de trottoirs. A noter au numéro 4 l'Hôtel Beauvau qui hébergea Lamartine en 1832 ainsi que George Sand et Frédéric Chopin en 1835. L'Opéra. Les Marseillais ont toujours été des amateurs de théâtre et d'opéra. Plusieurs salles de spectacle furent d'ailleurs construites en divers points de la ville pour répondre à cet engouement local. Mais il faudra attendre la vente des terrains de l'Arsenal des Galères en 1781 pour permettre la construction du Grand Théâtre (une des clauses de l'acte de vente stipulait l'obligation de construire un opéra selon le principe de la concession à perpétuité). L'ensemble des terrains est cédé par le Ministère de la Marine à la ville qui les revend trois ans plus tard à une Compagnie dirigée par le génois Rapalli. Il procède à la construction d'immeubles qui vont donner lieu à d'extraordinaires flambées de prix. Tout le quartier va dès lors s'organiser autour de cette vaste parcelle et les rues seront dédiées au théâtre et à la musique (Corneille, Molière, Lully ...) ainsi qu'aux grands représentants de la Royauté en Provence. Le Grand Théâtre, inauguré en 1787, était l'oeuvre de l'architecte Benard. De style néo-classique, il l'avait conçu comme un temple de la musique et de la danse. En 1919, un incendie détruisit entièrement la salle et la scène seuls furent conservés les murs maîtres, la colonnade ionique et la façade principale en pierre de taille. L'architecte Gaston Castel associé à Raymond Ebrard fût désigné pour reconstruire l'opéra de 1921 à 1924 dans un style Art Déco. L'idée de Castel fût d'ouvrir ce chantier à une pléiade de créateurs et de techniciens qui vont intervenir dans tous les domaines : peinture, sculpture, mosaïque, ferronnerie. Sur la façade, on peut voir les quatre allégoriques de Sartorio ainsi que la phrase inscrite sur la corniche supérieure : " L'Art reçoit la Beauté d'Aphrodite, le rythme d'Apollon, l'équilibre de Pallas, et doit à Dionysos le mouvement et la vie ". Dans la salle surmontant le cadre de la scène " la naissance de la beauté " réalisée par Antoine Bourdelle, en stuc rouge sur fond or dans le grand foyer, deux superbes vases spécialement conçus pour ce vaste espace par la manufacture de Sèvres et le décor plafonnant de Carrera illustrant dans des tons acidulés le mythe d'Orphée et d'Eurydice. L'originalité du bâtiment est d'avoir réussi à mêler le style néo-classique du XVIIIe siècle et le style Art Déco du XXe siècle. Les grands hôtels Une des plus belles réalisations est sans aucun doute l'ancien Hôtel du Louvre et de la Paix de l'architecte Pot occupé aujourd'hui par le magasin C&A. La façade offre aux visiteurs une entrée monumentale encadrée par quatre opulentes cariatides représentant les quatre continents (l'Europe, l'Asie, l'Amérique et l'Afrique). Cet hôtel était classé parmi les hôtels de première classe et avait 250 chambres, 20 salons et 2 salles de restaurants. Il fonctionne jusqu'en 1941 où il est réquisitionné et acheté par la Marine Nationale, puis occupé par la Kriegsmarine. Après la guerre et jusqu'en 1977 la Marine revient, installe ses bureaux, utilise les salles de réception pour les manifestations officielles, le mess des officiers... Le décor est alors tel qu'il était sous le Second Empire. En 1980, après 3 ans d'abandon et de dégradations, le bâtiment est vendu les architectes ne garderont que les façades, l'escalier et deux salons classés Monuments Historiques et en 1984 le magasin C&A ouvre ses portes. À l'intérieur, à gauche l'escalier est toujours visible et au fond du magasin des portes banales dissimulent ces deux magnifiques salons, témoins de l'époque fastueuse du Grand Hôtel du Louvre et de la Paix. C'est dans cet hôtel qu'en 1896, eut lieu la première représentation cinématographique des frères Lumière à Marseille "Entrée en gare de La Ciotat". L'Hôtel Noailles fut édifié par l'architecte Bérengier en 1865. C'est un très beau bâtiment, beaucoup plus sobre dans son architecture que le Louvre et Paix, avec un avant-corps central surmonté d'un fronton triangulaire. La façade est rythmée par l'alternance de frontons triangulaires et curvilignes. C'était autrefois un hôtel très luxueux et jusqu'en 1979 les grands de ce monde, qu'ils soient artistes ou hommes politiques, "descendaient" au Noailles. Tous les hôtels de la rue Noailles étaient d'ailleurs si réputés qu'une rubrique quotidienne leur était consacrée dans le journal. Aujourd'hui transformé en commissariat, le Noailles reste néanmoins une adresse prestigieuse. Les allées de Meilhan L'agrandissement de 1666 prévoyait la création d'une promenade publique au-delà des remparts. Les travaux ne furent achevés qu'en 1775 grâce à l'intendant de Provence, Sénac de Meilhan. Ces allées étaient alors réputées pour leurs guinguettes où les jeunes gens venaient s'amuser et danser. Le style des immeubles est très différent de celui de la Canebière et de la rue Noailles et ils datent pour la plupart de la fin du XVIIIe siècle. On retrouve d'ailleurs le type du "3 fenêtres marseillais" que l'on rencontrera plus loin sur le boulevard Longchamp. C'est sur cette partie de La Canebière que se tenait la foire aux santons. Elle est l'une des traditions les plus vivantes et les plus populaires de Marseille. Les origines de la foire aux santons remontent au lendemain de la Révolution et en font la plus vieille foire aux santons de Provence. La foire aux santons de Marseille est ouverte chaque année du dernier dimanche de novembre au 31 décembre. Son inauguration s'effectue, au son des tambourins et en présence d'une foule joyeuse, à l'issue de la messe des santonniers célébrée en provençal, en l'église Saint-Vincent de Paul les Réformés. Le kiosque à musique Le kiosque à musique en métal remplace depuis 1911 un kiosque en bois plus ancien. Une fontaine Wallace, que l'on retrouvera dans le parc Longchamp, a été mise en place ici dans les années 1930. Le Monument aux Mobiles Il a été érigé ici en 1894 en souvenir des soldats marseillais morts pendant la guerre de 1870. On reconnaît la France Armée avec à ses pieds les vaillants soldats. Le Monument aux Mobiles est le point de départ des manifestations qui descendent la Canebière vers le Vieux-Port, puis souvent se dirigent vers l'Hôtel de Ville ou vers la préfecture selon la nature des doléances ! Mais c'est aussi là que se forment les défilés, que ce soit pour le 14 juillet ou pour le carnaval quand les héros du jour pavoisent fièrement sur La Canebière, applaudis par la foule toujours prête à faire la fête ! Les Réformés Au XIVe siècle, les ermites de Saint Augustin s'installent à l'emplacement de l'église Saint-Ferréol les Augustins, située sur le Vieux-Port. Au XVIe siècle, une réforme de leur culte s'organise les Augustins Déchaux bâtissent un autre couvent au-delà de la Canebière. Sous la Révolution, les moines sont dispersés. En 1803, une nouvelle paroisse est créée dans ce quartier dont la population augmente. Un prêtre de la Mission, congrégation fondée en 1625 par Saint-Vincent de Paul en devient le premier curé. La construction de la nouvelle église d'inspiration néo-gothique se fera selon les plans de l'architecte Reybaud. L'église est consacrée en 1888. En 1989, l'ASPRA est créée pour la sauvegarde de l'édifice. En 1998, un carillon de quatre cloches est enfin placé dans l'une des deux flèches. Leur hauteur, 69 mètres au-dessus du sol de la crypte donne une idée des dimensions imposantes de l'église. À l'intérieur, les vitraux réalisés par Didron évoquent les principales scènes de la bible et les saints de Provence. Les fonts baptismaux, le maître autel en marbre, lapis-lazuli, onyx, bronze doré orné d'émaux, la chaire en bois sculpté, l'autel en marbre réalisé en 1999 avec l'ancienne table de communion, le Christ du Saint Suaire du sculpteur marseillais Botinelly.

Palais de la Bourse
Monument

Palais de la Bourse

Marseille

La Chambre de Commerce de Marseille, doyenne de France, a été créée en 1599 avec la désignation de quatre députés chargés de défendre les intérêts du commerce, et par conséquent le port. Elle est installée au rez-de-chaussée du Palais Communal puis plus tard de l'Hôtel de Ville. Devenant de plus en plus puissante, la Chambre de Commerce décide au début du XIXe siècle de se faire construire un bâtiment digne de la puissance commerciale de la ville. En attendant, la Chambre de Commerce siège dans un édifice provisoire sur l'actuelle place Général de Gaulle. Il y eut 24 projets mais c'est celui de l'architecte Pascal Coste qui sera retenu en 1852. Le Palais de la Bourse est inauguré en 1860 lors de la venue de Napoléon III à Marseille. La Chambre de Commerce voulait un palais imposant sans bouleverser les habitudes des négociants qui traitaient leurs affaires en plein air : Coste propose un plan qui permet d'organiser tous les services autour d'une grande salle de bourse prévue pour deux mille cinq cents négociants tandis que les bureaux des courtiers sont situés à l'extérieur, sous des portiques, espaces intermédiaires où chacun peut circuler ou discuter à son gré. Les élévations traduisent les différentes fonctions du bâtiment : sur la façade principale, marquée par l'avant-corps à colonnade d'ordre colossal corinthien, donnent les bureaux des administrateurs, la salle de réception ouverte sur la Canebière, la Place, avec une échappée sur le port, l'ensemble desservi par un escalier monumental en marbre. Les façades latérales sur galeries, plus dépouillées uniquement scandées de pilastres corinthiens, abritent les autres services commerciaux auxquels on accède par des escaliers secondaires. La Chambre de Commerce a abrité également le Musée de la Marine et de l'économie marchande jusqu'au mois de mai 2018. Ses collections seront abrités auprès des réserves de la Ville de Marseille, et du fonds du Mucem. Le bâtiment est accessible librement tous les jours.

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