La Provence source d’inspiration de Nicolas de Staël

du 27 avril au 23 septembre 2018

Publié le 12 avril 2018 Mis à jour le 29 juin 2018

A travers 71 peintures et 26 dessins provenant de prestigieuses collections internationales publiques et privées, cette exposition se concentre, pour la première fois et de manière exclusive, sur le développement de l’œuvre de Nicolas de Staël lors de son séjour en Provence, entre juillet 1953 et octobre 1954.

La période provençale de Nicolas de Staël marque un tournant essentiel, aussi bien dans sa vie que dans son œuvre. Entre juillet 1953 et juin 1954, l’artiste y puise une nouvelle source d’inspiration. La découverte de la lumière du Midi, la beauté exceptionnelle de ce pays, la rencontre amoureuse d’une femme et l’épreuve de la solitude qui lui permet de répondre à sa future exposition à New York à la galerie Paul Rosenberg, sont autant d’expériences qui nourrissent son imaginaire et le rythme spectaculaire de sa production artistique. La renommée internationale de Nicolas de Staël prend son élan au cœur de la Provence.

Nicolas de Staël, Le soleil, 1953, huile sur toile, 16 x 24 cm, collection privée © Adagp, Paris, 2018, photo : © Jean Louis Losi

À Lagnes, en juillet 1953, le regard du peintre s’intensifie. Les paysages sont saisis au plus près de leur motif avec une attention portée sur l’évolution de la lumière au fil de la journée. En août, le peintre voyage jusqu’en Sicile. Son appréhension des paysages, des sites archéologiques et des musées, lui permet, une fois de retour à Lagnes, de mettre en chantier une série de tableaux parmi les plus importants de sa carrière, notamment à partir des notes prises dans ses carnets à Fiesole, Agrigente, Selinonte et Syracuse. À la même époque, son intérêt pour l’étude du nu trouve son expression la plus accomplie dans les grands tableaux de figures et de nus qui dialoguent souvent avec le paysage.

Au terme de cette année intense de travail, le peintre a la certitude, en 1954, d’avoir donné le maximum de sa force. Préparant son exposition à New-York, il écrit à Paul Rosenberg : « Je vous donne là, avec ce que vous avez, de quoi faire la plus belle exposition que je n’ai jamais faite. »

L’exposition Nicolas de Staël en Provence rend compte des plus hautes envolées picturales du peintre. Ici, la précision d’un regard révèle la nature dans son expression la plus inventive.

Nicolas de Staël,
Paysage de Provence,
1953,
Huile sur toile,
33x46 cm,
Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid
© Adagp, Paris, 2018
Photo : © Museo Thyssen- Bornemisza, Madrid

Nicolas de Staël, Paysage, 1953, huile sur toile, 100 x 73 cm, collection privée © Adagp, Paris, 2018, photo : © Jean Louis Losi

Parcours de l'exposition

Paysages de marche, à la découverte du Vaucluse

« Pas de projets immédiats. Me suis mis aux paysages de marche et aux fleurs du marché à l’usine. Peints dans une odeur unique de fumier sec agrémenté d’herbages. » Nicolas de Staël écrit ces mots au poète Pierre Lecuire, alors qu’il vient tout juste de s’installer en Provence, en juillet 1953. Sur les conseils de son ami, le poète René Char, il s’installe dans une ancienne magnanerie, « Lou Roucas », à la sortie du village de Lagnes. Depuis 1952, Staël invite le paysage dans sa peinture et quitte régulièrement Paris à la recherche de plus larges espaces et de nouvelles lumières.

Les tableaux de cette première salle traduisent les impressions saisies en marche sur les sentiers des Monts du Vaucluse attenants à Lagnes et révèlent la fascination immédiate de Staël pour le caractère de ce pays et les couleurs de la Provence. Le peintre y développe une palette aérienne à base de verts et de bleus, qui absorbent et transforment la lumière du Midi tout en allégeant progressivement l’épaisseur et l’onctuosité de la matière. Dans certaines compositions dominées par la présence du ciel, la ligne d’horizon fluctue et le regard plonge dans la profondeur des plaines.

Entre Lagnes et Ménerbes, en un peu moins d’un an, Staël réalisera pas moins de 254 tableaux et environ 300 dessins.

Nicolas de Staël, Paysage de Provence, 1953, huile sur toile, 81 x 65 cm, collection privée/Courtesy Applicat-Prazan, Paris © Adagp, Paris, 2018, photo : © Applicat-Prazan

Nicolas de Staël, Arbre rouge,
1953,
Huile sur toile,
46 x 61 cm, Collection privée
© Adagp, Paris, 2018 Photo : © Christie’s

Entre nature morte et paysage, le travail en atelier

Le travail réalisé dans l’intimité de son atelier représente le prolongement des paysages « de marche ». Si ces derniers témoignent d’une prise de conscience physique et directe avec le paysage environnant, les tableaux représentant des natures mortes : fleurs, bouquets, bols, nappes et carafes rendent compte d’une conversion du regard vers un espace intérieur. La frontière entre les différents motifs picturaux semble cependant s’ouvrir dans la peinture de Nicolas de Staël. Une ligne d’horizon, évocation d’un paysage de plein air ou d’intérieur, fait son apparition en tant qu’élément nécessaire à la plupart des compositions.

Les valeurs s’inversent : les arbres deviennent bleus, les ciels verts ou rouges. C’est notamment dans le motif de l’arbre ou des natures mortes que l’artiste focalise à ce moment-là sa recherche vers une synthèse radicale de la lumière et des formes.

Nicolas de Staël, Ciel de Vaucluse, 1953, huile sur toile, 16 x 24 cm © Adagp, Paris, 2018 photo : © Jean Louis Losi

Nicolas de staël

La cuvette du Vaucluse, à l'infini

« La cuvette du Vaucluse à l’infini, de bons rochers, du marbre blanc, trois ou quatre essences de bois différents et la mer verte dedans. » À Jean Bauret, Lagnes, Juillet 1953.

De la Drôme au Vaucluse, Nicolas de Staël est fasciné par la lumière et les ciels de la Provence, mais aussi par ses terres et la matière de sa végétation. Entre les plaines, les vallons et les montagnes de la région, le peintre affine son regard, de l’horizon lointain au détail le plus proche, tel un arbre, un mur ou des pierres. En novembre 1953, le peintre achète le Castelet, à Ménerbes, où il installe son nouvel atelier. A l’extrémité du village, du haut de son rocher, cette bâtisse domine le paysage minéral du Luberon dont il saisira les nuances chromatiques.

De la Drôme au Vaucluse, Nicolas de Staël est fasciné par la lumière et les ciels de la Provence, mais aussi par ses terres et la matière de sa végétation. Entre les plaines, les vallons et les montagnes de la région, le peintre affine son regard, de l’horizon lointain au détail le plus proche, tel un arbre, un mur ou des pierres. En novembre 1953, le peintre achète le Castelet, à Ménerbes, où il installe son nouvel atelier. A l’extrémité du village, du haut de son rocher, cette bâtisse domine le paysage minéral du Luberon dont il saisira les nuances chromatiques.

Nicolas de staël

Nicolas de Staël,
Sicile, Vue d’Agrigente,
1954,
Huile sur toile,
114 x 146 cm,
MG 4063, Musée de Grenoble
© Adagp, Paris, 2018,
Photo : © Ville de Grenoble/Musée de Grenoble - J.L. Lacroix

Paysages au couchant, de Provence en Sicile

Le ciel et les percées de lumière ont toujours été au centre du travail du peintre. Sous le ciel provençal, le soleil fait son apparition dans une série de paysages au crépuscule, peints sur le motif et réunis dans cette exposition pour la première fois. Dans ces œuvres, le regard du peintre semble suivre l’évolution rapide de la lumière un soir de fin d’été ; ce qui lui permet d’atteindre des moments de lumière mystérieuse grâce à son incomparable talent de coloriste.

Un mois après son arrivée à Lagnes, Nicolas de Staël entreprend un voyage en Italie qui l’amène en Sicile en août 1953. Il est accompagné par sa femme Françoise, ses enfants, Anne, Laurence et Jérôme, son amie Ciska Grillet et Jeanne Polge. Le paysage traversé pendant le voyage trouve son expression à travers une série de trois tableaux. Ceux-ci amorcent de la série des tableaux de Sicile, souvenirs fidèles des bruns, ton calcinés et dorés de l’été sicilien. Les couleurs vives et pures de la grande série des Agrigente, présentée dans les prochaines salles, n’apparaîtront qu’au cœur de l’hiver 1954.

Dans l’œuvre de Staël, tout paysage est un lieu physique et conceptuel à la fois : lorsqu’il s’éloigne de la Provence, c’est pour mieux saisir, avec du recul, la réalité de ce lieu, et c’est lorsqu’il revient à Lagnes, au mois de septembre, qu’il trouve les moyens de déployer les visions reçues lors du voyage sicilien.

Vidéo Nicolas de Staël en Provence

Dans un film de 7 minutes produit spécialement pour l’exposition, sous la direction de Jérôme Cassou, les enfants de Nicolas de Staël ouvrent les portes du Castellet de Ménerbes, là où il peignit ses plus beaux paysages de Provence.

Nicolas de Staël, Bateaux Rouges, 1954,
Huile sur toile, 81 x 60,3 cm,
Milwaukee Art Museum
Gift of Mr. and Mrs. Harry Lynde Bradley, 1959-1960 © Adagp, Paris, 2018
Milwaukee Art Museum, Photo : © Dedra Walls

Nicolas de Staël, Sicile, 1954, huile sur toile, 60 x 81 cm, collection privée © Adagp, Paris, 2018, photo : © Jean Louis Losi

La Sicile en Provence, paysages et figures

Le voyage en Sicile se termine et la route du retour les amènent à passer par Gênes, Naples, puis encore Rome et Florence. Arrivé à Lagnes, puis à Ménerbes, c’est à partir des nombreux dessins au feutre, pris sur le vif, que Staël peint ses grands tableaux. La montée de la couleur pure témoigne du choc reçu dans l’intensité particulièrement lumineuse de la Sicile. La puissance de perception contenue dans le trait épuré de ses carnets de dessins trouve son équivalent dans la couleur. Les rouges, les jaunes et les violets s’imposent pour structurer ses compositions d’une façon nouvelle et radicale, tandis que la lumière prend le pas sur la matière. En délaissant la texture granuleuse de ses pigments, la matière se déploie désormais en aplats purs et essentiels. Ce travail autour des valeurs constructives de la couleur nous mène en 1954, vers la sérénité et l’équilibre de Figure à Cheval.

Nus dans le paysage

A l’automne 1953, sa femme Françoise rentre seule à Paris avec les enfants. La solitude « atroce » dans laquelle Nicolas de Staël se trouve plongé est vécue comme une expérience nécessaire à un dépassement de soi. C’est à travers la relation passionnée qui s’avèrera impossible avec Jeanne Polge que le peintre accélère encore le rythme de sa création. L’amour pour cette femme semble irradier jusqu’à sa perception du paysage, lorsqu’il écrit à son ami Char : « Jeanne est venue vers nous avec des qualités d’harmonie d’une telle vigueur que nous en sommes encore tous éblouis. Quelle fille, la terre en tremble d’émoi. Quelle cadence unique dans l’ordre souverain (...). Quel lieu, quelle fille ».

Certains de ces nus apparaissent dans l’espace d’un ciel orageux où le paysage se trouve incarné dans la chair d’un corps éphémère ou fantomatique. La présence féminine dans l’espace permet au peintre d’exprimer un idéal, véritable apothéose qui réunit le ciel, les montagnes et la féminité.

Les nus que nous exposons permettent au peintre de prendre momentanément une distance par rapport aux couleurs vives et éblouissantes des paysages.

Nicolas de Staël, Agrigente,
1954,
Huile sur toile,
60 x 81 cm,
Collection Privée/ Courtesy Applicat-Prazan, Paris © Adagp, Paris, 2018,
Photo : © Comité Nicolas de Staël

Nicolas de Staël, Les Martigues, 1954, huile sur toile, 61 x 50,5 cm, collection privée/Courtesy Applicat-Prazan, Paris © Adagp, Paris, 2018, photo : © Applicat-Prazan

La couleur juste et vibrante : Marseille et Martigues, la face méditerranéenne de la Provence

Depuis le Castelet, à Ménerbes, Staël se rend régulièrement à Marseille et à Martigues et ouvre les frontières de la Provence. Dans les tableaux de barques et de bateaux inspirés par ces vues maritimes, l’artiste cherche à composer un nouvel espace correspondant à une synthèse de sa vision soutenue par un amour immodéré de la couleur. L’intensité de la palette et la disparition de la matière onctueuse marquent cette série, tandis que la planéité et la simplicité du trait semblent être suggérées par la clarté des dessins que l’artiste réalise à la même époque. Des ciels rouges ou noirs, des mers vertes ou bleu de Prusse, Staël dispose des couleurs avec de plus en plus de liberté maîtrisée. Pensant avoir atteint un idéal, il écrit à Jeanne, en juin 1954 : « Les bateaux, jamais je n’ai peint comme cela. (...) La couleur claque, dure, juste, formidablement vibrante, simple, primaire (...), j’ai fait en une nuit de détresse une après-midi et au retour de Marseille les plus beaux tableaux de ma vie ».

Nicolas de Staël,
Marseille,
1954,
Huile sur toile,
80,5 x 60 cm
Collection privée/ Courtesy Applicat-Prazan, Paris © Adagp, Paris, 2018 Photo : © Comité Nicolas de Staël

Nicolas de Staël, Agrigente, 1953, huile sur toile, 59 x 77,7 cm, Henie Onstad Kunstsenter, Hövikodden, Norway © Adagp, Paris, 2018, photo : © Henie Onstad Kunstsenter, Hövikodden, Norway

Les Nuits d'Agrigente

L’hiver 1954, en Provence, est particulièrement rigoureux. Pour Nicolas de Staël, la clarté et la pureté de la neige qui recouvre la campagne environnante a pu paradoxalement lui rappeler l’intensité de la lumière estivale et des couleurs perçues en Sicile quelques mois auparavant. Entre le souvenir de l’été et le présent de l’hiver, la palette trouve une expression d’une intensité hors du commun.

Au paroxysme des couleurs pures, le peintre revient à sa gamme noire. On voit apparaître des ciels nocturnes qui éteignent le feu des couleurs, pour les inscrire dans un crépuscule. L’obscurité du ciel et du néant de la nuit révèle l’impact coloré des collines avec une puissance neuve qui peut aller jusqu’à faire disparaître le motif. La simplicité qu’implique la nuit permet l’éloquence absolue de la couleur, dans la représentation la plus profonde du sentiment de l’espace. Plus que jamais, ces tableaux donnent à voir ce que Staël écrivait en 1950 : « On ne peint jamais ce qu’on voit ou croit voir, on peint à mille vibrations le coup reçu, à recevoir, semblable, différent ».

Infos pratiques

Hôtel de Caumont-Centre d’Art

3, rue Joseph Cabassol 13100 Aix-en-Provence
Tél. : 04.42.20.70.01
www.caumont-centredart.com

L’Hôtel de Caumont-Centre d’Art est ouvert tous
les jours y compris les jours fériés.

Pendant toute la durée de l’exposition : 10h-19h et nocturne le vendredi jusqu’à 20h30.

Visite de l’Hôtel de Caumont-Centre d’Art + exposition Nicolas de Staël en Provence:
14 € en plein tarif / 10 € en tarif réduit (Gratuit - de 7 ans).

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