La provence au cinema

TRADITION & CULTURE

Mis à jour le 18 janvier 2020

Et les Lumière furent

Le cinéma dans le sud est une histoire ancienne. Comme pour la peinture, son origine tient à la lumière. Car il est de notoriété publique que la première projection du cinématographe Lumière se fit le 21 septembre 1895 à La Ciotat. Le Cinéma Eden, rénové en 2013 en cultive la mémoire, ainsi qu’une vision novatrice du 7ème art. Auguste et Louis Lumière, ciotadens d’adoption, tournent ensuite une œuvre qui fait date.

L'Arrivée d'un train à La Ciotat (1895) des Frères Lumière

L'Arrivée d'un train à La Ciotat des Frères Lumière (1895)

Mais la lumière qui intéresse le cinéma, c’est surtout l’ensoleillement de la région qui permet de tourner en extérieurs toute l’année. On y associe volontiers l’accent et les figures locales, surtout quand du muet on passe au parlant. « La France, sans Marseille, n’aurait pas de cinéma. J’entends du vrai, du populaire, de l’inusable. Du film qu’on rediffuse sans fin. Des répliques qui tournent au dicton. » s’amuse Olivier Boura (1). Cette terre nourrit aussi des drames sublimes comme le Toni de Jean Renoir (1935) tourné à Martigues.

cinema des saintes-maries
pop corn

Le combo idéal d'un dimanche pluvieux ? Un ciné et des pop-corn

Marcel Pagnol et l’âge d’or de la comédie méridionale

Le verbe haut pousse ce terroir en haut de l’affiche, comme le fit en 1937 Maurice de Canonge avec Un de la Canebière, inspiré de l’opérette. Bien sûr, c’est Marcel Pagnol qui a su le mieux retranscrire l’universalité de la tragi-comédie méridionale, entre bonheur solaire et tourments crépusculaires, réalisant de 1931 à 1936 Marius, Fanny et César.

La Trilogie Marseillaise

La Trilogie Marseillaise (Marius, Fanny et César)

Avec Le Schpountz ou la Fille du Puisatier, l’aubagnais s’appuie aussi sur la culture pastorale de l’arrière-pays et la popularité naissante de comédiens hors normes comme le Marseillais Fernandel (200 millions d’entrées de cinéma cumulées dans sa carrière !). Mais Pagnol tourne aussi sur sa terre natale en implantant ses studios du côté du Prado, puis en rachetant le Château de La Buzine. Rendu célèbre par son récit autobiographique « Le Château de ma Mère », il abrite aujourd’hui un complexe de cinéma.

Marseille, côté obscur du terroir

Dès l’entre-deux-guerres, on exploite à l’excès le décor urbain de la ville portuaire. Le scénario édifiant de Justin de Marseille (1934) y institue même, avec talent, le gangster d’honneur comme garant de la justice sociale !

Justin de Marseille Maurice Tourneur (1934)

Justin de Marseille Maurice Tourneur (1934)

Ensuite, polars et films noirs situés à Marseille constituent une matière classique du film d’après-guerre tel Le Port du Désir de Jean Gréville avec Jean Gabin (1954). Styliste du genre, Jean-Pierre Melville offre d’autres perspectives à la ville notamment à travers le noir et blanc épuré du Deuxième Souffle (1966). En 1970, le regain du genre culmine avec Borsalino de Jacques Deray, qui sacralise la rencontre à l’écran de Delon et Belmondo. Enfin, les deux volets de French Connection en 1971 et 1975 écrivent dans le marbre une période noire : si le film de Friedkin remporte cinq Oscars, le second chapitre signé Frankenheimer radiographie une cité marquée par la crise, le personnage de Popeye Doyle (Gene Hackman) entérinant la mythologie d’un Marseille “Chicago du sud” labellisé par Hollywood.

Trailer French Connection 2

Trailer French Connection 2

Nouvelle vague et ciné populaire

Même la contre-culture s’empare du genre noir : dans À Bout de Souffle (1959) qui révèle Jean-Luc Godard, Belmondo vole une voiture sur le port de Marseille pour regagner Paris. Cet esprit arty se retrouve plus tard dans Cap Canaille (1983), polar rock signé Juliet Berto, interprète-muse de La Chinoise. Pendant les années 80, la mauvaise réputation s’étale sur pellicule : le ciné grand public s’empare d’événements sanglants (Le Bar du Téléphone en 1980, Le Juge en 1984) ou établit Marseille en décor de spectacles pétaradants tel Le Marginal de Jacques Deray (1983). Attirante ou infréquentable, la ville se fait tirer le portrait par un cinéma populaire porté par un autre enfant du pays, Henri Verneuil qui signe Le Clan des Siciliens en 1969 (le réfugié arménien racontera l’histoire familiale dans la saga Mayrig en 1991). C’est avec les codes efficaces du polar hexagonal que s’imposera plus tard La French de Cédric Jimenez (2014).

La French bande-annonce

La French bande-annonce

Allio, Carpita, Guédiguian et l’utopie cinéma

Mais nul n’a parlé de Marseille aussi passionnément que René Allio, « cinéaste de la contestation et de la mémoire » (2). De La Vieille Dame Indigne à L’Heure Exquise, il retrace les contours d’une ville humble et laborieuse. Il n’est pas seul puisque Paul Carpita a évoqué ce Marseille “authentique” dans Marseille Sans Soleil (1960) après avoir été censuré pour son militantisme anti-guerre avec Le Rendez-Vous des Quais (1954). Social, Allio l’est aussi dans son souci du collectif en fondant sa société de production à Fontblanche à Vitrolles. Le Centre Méditerranéen de Création Cinématographique sombrera en 1984 avec l’échec du Matelot 512, non sans avoir passé le relais à Robert Guédiguian. Ce communiste convaincu situe ses films à l’Estaque, préoccupé par ce qui fait et défait les communautés. Avec le succès de Marius et Jeannette (1996), il confère à Marseille une image positive et offre le César de la meilleure actrice à Ariane Ascaride.

Marius et Jeannette

Marius et Jeannette

La Provence: Terre de tournages

Précédé par la comédie musicale Trois Places pour le 26, dernière œuvre du cinéaste Jacques Demy et de l’acteur Yves Montand, Marseillais d’origine, en 1988, Bertrand Blier fait de Marseille son sujet en s’installant dans les quartiers nord pour tourner Un, deux, trois soleils en 1993, avant d’obliquer vers les quartiers sud pour Trop Belle pour Toi cinq ans plus tard.

Trois place pour le 26 (Bande-annonce)

Trois place pour le 26 (Bande-annonce)

Les débuts d’une tendance qui ne s’est pas démentie puisque Marseille devient la deuxième la ville de France la plus filmée. On mentionnera bien sûr la série des Taxi produite par Luc Besson (un Taxi 5 est annoncé pour 2018) qui cumule près de 28 millions d’entrées dans l’hexagone. Plus réalistes, les films de Karim Dridi (Bye Bye, Khamza et Chouf) cernent les marges paupérisées de la cité. Parallèlement, les adaptations d’œuvres littéraires se multiplient, de Total Kheops (Jean-Claude Izzo) par Alain Bévérini en 2002 à Corniche Kennedy (Maylis de Kerangal) par Dominique Cabrera en 2017, en passant par Immortel (Franz-Olivier Giesbert) par Richard Berry en 2010. Aix tire son épingle du jeu en recevant des tournages de qualité comme Le Hussard sur le Toit de Jean-Paul Rappeneau en 1995 jusqu’à Cézanne et moi de Danièle Thompson en 2016.

Corniche Kennedy

Corniche Kennedy

(1) Olivier Boura Marseille ou la mauvaise réputation (Arléa)
(2) « Le cinéma d’Allio ou les fantômes du transbordeur » article de Pierre Murat dans « Le Cinéma à Marseille » La Revue Marseille mars 2010

Ecrit par Hervé Lucien, Journaliste-rédacteur & auteur
Ecrit par Hervé Lucien, Journaliste-rédacteur & auteur

Dès 1994, je participe à l’aventure pionnière d’un gratuit culturel : Taktik, une première en France qui marquera mon approche journalistique : entretenir les correspondances entre les pratiques artistiques les plus exigeantes et les cultures populaires, avec une préférence régionale : je suis né à Marseille et je défends ma ville, avec lucidité mais obstination.
Actuellement, j'écris pour le magazine des musiques électroniques Trax, l’hebdomadaire culture et société Les Inrockuptibles et pour le city news papier/web Mars En Ville. J’ai plusieurs projets de livres autour de Marseille et son histoire, notamment.

Autres articles

En attendant la réouverture, visitez les jardins de Montmajour

En attendant la réouverture, visitez les jardins de Montmajour

L'abbaye arlésienne, en plein air

Du 8 au 19 mai, retrouvez l'Abbaye de Montmajour, en plein air ! Visitez les jardins en partant sur les traces des moines et profitez d'un magnifique panorama sur la campagne arlésienne.

L'œuvre déconfinée du Museon Arlaten

L'œuvre déconfinée du Museon Arlaten

Exposition d'une œuvre cachée, épisode 11

Dernier épisode de l'oeuvre déconfinée ! Direction le Museon Arlaten qui raconte les us et coutumes de la grande Provence du 18e siècle à nos jours. Il nous présente un objet en bois sculpté par un berger...

La mythologie de la tarasque

La mythologie de la tarasque

Une légende de Provence à découvrir au Museon Arlaten - Musée de Provence

Dragon ? Monstre ? Mais qui est donc la tarasque que l'on célèbre chaque année à Tarascon ? On vous en dit plus sur cette mythologie de Provence

L’électro-pop vocale au musée Grobet Labadié !

L’électro-pop vocale au musée Grobet Labadié !

Museosonic#3 un concert inédit en ligne aujourd'hui à 17h

La Ville de Marseille et ses musées, en coopération avec Grand Bonheur et en association Transfuges, proposent au public une troisième session de Museosonic, dédiée à l’univers électro-pop vocale de Minimum Ensemble avec Martin Mey, au musée Grobet Labadié.

L'oeuvre déconfinée du Musée de la Camargue

L'oeuvre déconfinée du Musée de la Camargue

Exposition d'une œuvre cachée, épisode 10

Chaque semaine, découvrez en exclusivité une œuvre « cachée » d’un musée des Bouches-du-Rhône afin de vous en révéler ses secrets. Une œuvre, bien rangée au fond des collections, qui a rarement vu la lumière des salles. Pour ce dixième épisode, on vous amène au Musée de la Camargue.

L'œuvre déconfinée du Mucem

L'œuvre déconfinée du Mucem

Exposition d'une œuvre cachée, épisode 9

Chaque semaine, découvrez en exclusivité une œuvre « cachée » d’un musée des Bouches-du-Rhône afin de vous en révéler ses secrets. Une œuvre, bien rangée au fond des collections, qui a rarement vu la lumière des salles. Pour ce neuvième épisode, direction le MUCEM, Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée

Saint-Rémy-de-Provence : une artothèque prête des œuvres d'art gracieusement

Saint-Rémy-de-Provence : une artothèque prête des œuvres d'art gracieusement

Et si l’art entrait chez tous les Saint-Rémois ?

La bibliothèque de Saint-Rémy a mis en place l’Artothèque avec une collection d’œuvres d'art destinée au prêt. Un service gratuit pour les usagers de la bibliothèque et en faveur des artistes locaux.

Entretien avec Dominique Bluzet, Directeur des Théâtres

Entretien avec Dominique Bluzet, Directeur des Théâtres

Une année formidable !

"L’art c’est un rapport au rêve et à l’émotion et avoir le temps de retrouver le rêve et l’émotion, c’est formidable" nous dit Dominique Bluzet, Directeur des Théâtres (du Gymnase, des Bernardines, du Grand Théâtre de Provence et celui du Jeu de Paume). Contrairement à bon nombre de Directeurs de théâtre, pour qui cette année 2020-21 de crise sanitaire (et culturelle) a été une catastrophe ; Dominique Bluzet, lui, a trouvé cette année formidable. Il s’en explique dans cet entretien.

L'oeuvre déconfinée du Musée Cantini

L'oeuvre déconfinée du Musée Cantini

Exposition d'une œuvre cachée, épisode 8

Chaque semaine, découvrez en exclusivité une œuvre « cachée » d’un musée des Bouches-du-Rhône afin de vous en révéler ses secrets. Une œuvre, bien rangée au fond des collections, qui a rarement vu la lumière des salles. Pour ce huitième épisode, direction le Musée Cantini en plein cœur de Marseille.

PAC 2021 : la 13e édition du Printemps de l’Art Contemporain

PAC 2021 : la 13e édition du Printemps de l’Art Contemporain

Du 13 mai au 13 juin 2021

Pendant un mois et sous forme festivalière, le Printemps de l’Art Contemporain 2021 rythme la vie culturelle de Marseille, Aix-en-Provence, Arles, La Ciotat, Martigues, Aubagne… Top départ le 13 mai 2021 !

Mars en Baroque, l'édition 2021

Mars en Baroque, l'édition 2021

Les nouvelles dates dévoilées

En 18 ans, le Festival Mars en Baroque est devenu un rendez-vous incontournable de la vie musicale et culturelle marseillaise. Ses dates sont dévoilées et la programmation ne va plus tarder !

L'oeuvre déconfinée du Musée Départemental Arles Antique

L'oeuvre déconfinée du Musée Départemental Arles Antique

Exposition d'une œuvre cachée, épisode 7

Chaque semaine, découvrez en exclusivité une œuvre « cachée » d’un musée des Bouches-du-Rhône afin de vous en révéler ses secrets. Une œuvre, bien rangée au fond des collections, qui a rarement vu la lumière des salles. Pour ce septième épisode, rdv au MDAA, Musée Départemental d'Arles Antique dit « le Musée bleu », construit à Arles en 1995 sur la presqu'île où se trouvait l'ancien cirque romain.