Guy Carrara, le cirque...encore

Publié le 28 décembre 2016 Mis à jour le 3 janvier 2019

Guy Carrara est cofondateur et codirecteur artistique d'Archaos, compagnie fondatrice du cirque contemporain implantée à Marseille. Alors que Cirque en Capitales a constituer le premier temps fort de Marseille Provence 2013, Guy Carrara nous éclaire sur son parcours, son rôle dans cette année Capitale et la vision qui l'en a.

Pouvez-vous avant tout présenter votre parcours. Comment êtes-vous devenu un homme de cirque?

Au départ je n'aimais pas le cirque. J'étais un homme de l'écrit, de l'abstrait, du théâtre. Mais ces formes m'ont rapidement confronté à la barrière de la langue, des frontières. J'ai donc cherché un langage plus universel, et je me suis intéressé au langage du corps. Mais là non plus je ne me suis pas tout de suite dirigé vers le cirque : j'ai d'abord pensé à la danse, ou au théâtre de rue. Ce sont ces recherches qui m'ont amené à rencontrer des artistes de cirque. Et j'ai été fasciné : par leur autodiscipline, par le travail qu'ils fournissent pendant des années pour quelques applaudissements – un artiste de cirque ne sera jamais une star. Mais surtout par le langage du corps avec lequel ils s'expriment, l'engagement de leur corps, ce qu'ils lui font subir. Le vieillissement de l'artiste de cirque est d'ailleurs particulier, leur corps ne ressemble à aucun autre.

Comment est né Archaos ?

Nous avons été parmi les tous premiers à vouloir raconter avec les codes du cirque des choses, des histoires qui n'avaient pas pour habitude d'être abordées au cirque. Des sujets universels, comme on peut en voir dans le théâtre ou dans la danse. Avec Pierre Bidon nous avons donc cofondé Archaos en 1986. Le succès a été fulgurant. En trois ans Archaos est devenu le plus gros cirque d'Europe : nos deux spectacles en tournée dans le monde entier généraient 10 millions d'euros de billetterie directe. Sur les routes notre convoi était long de 5km.

Et Archaos aujourd'hui ?

Aujourd'hui Archaos se définit comme un projet artistique élargi. On offre un lieu de résidence, d'accompagnement et de transmission aux compagnies, ainsi qu'un espace approprié d’entraînement aux artistes individuels. Il est très important qu'il y ait des lieux pour les artistes, et il est primordial que des artistes s'impliquent pour cela, nous ne pouvons laisser cela aux seuls administrateurs. C'est dans cette optique qu'est né en 2001 le CREAC (centre de recherche européen des arts du cirque). Et évidemment Archaos reste une compagnie qui continue à proposer de nouvelles représentations et créations.

Un mot sur le Pôle Cirque Méditerranée ?

Le Pôle National des Arts du Cirque Méditerranée fait partie des douze pôles nationaux des Arts du Cirque labellisés par le Ministère de la Culture et de la Communication. C'est le seul pôle constitué de deux structures associées : le CREAC et Théâtre Europe à la Seyne-sur-Mer. Théâtre Europe a crée en 2000 le festival international de cirque contemporain Janvier dans les Étoiles. La complémentarité des deux structures permet de mutualiser les moyens : techniques, communication, résidence d'artistes … D'autant que le CREAC dispose d'un bâtiment dur et Théâtre Europe d'un chapiteau, répondant ainsi à toutes les attentes des artistes.Une telle cohésion n'est possible que grâce à la complicité du CREAC et de Théâtre Europe qui travaillent ensemble depuis une douzaine d'années déjà, notamment dans l'accompagnement de jeunes projets en recherche de moyens.

Cirque en Capitales a marqué le premier temps fort de Marseille Provence 2013. Comment est né l’événement ?

Nous avons proposé en 2007 à Bernard Latarjet (ndlr, alors directeur général de MP 2013) une biennale international des Arts du Cirque. Ce gros projet a été validé dans le cadre de la candidature pour un budget de 10 millions d'euros. Il a intéressé les organisateurs dans la mesure où toutes les capitales européennes de la culture doivent proposer un événement novateur, quelque chose qui n'a pas été fait auparavant. Quand le jury européen est venu à Marseille juste avant la décision finale, il a visité trois lieux d'artistes, dont le CREAC. C'est l'acte fondateur de l'événement d'aujourd'hui.

La Biennale du cirque a débuté en tant que Cirque en Capitales. Comment s'est elle retrouvé à ouvrir les festivités ? Et était-ce davantage une pression ou une opportunité ?

Cela s'est fait naturellement. MP 2013 avait envie de le faire assez tôt. Et puis Janvier dans les Étoiles, ainsi que le festival Les Élancés à Istres, existaient déjà depuis plusieurs années. Donc plutôt que de déplacer ces manifestions on a collé la programmation autour. Par ailleurs ce n'est pas facile de commencer, d'essuyer les plâtres, car tout le monde est en retard. Donc cela ne gênait personne que le cirque commence. C'était plutôt une opportunité d'être programmé à ce moment-là parce qu'on sentait que les gens étaient enthousiastes, impatients de voir de la culture, du spectacle, surtout depuis le week-end d'ouverture. Et puis le fait d'être le premier temps fort scelle l'importance accordée au cirque.

Un événement tel que MP 2013 suscitent immanquablement attentes, espoirs, mais également des regrets chez les artistes. Pouvez-vous nous faire part des vôtres ?

Le regret c'est la confiance tardive accordée aux opérateurs locaux. Nous avons travaillé cinq ans sur ce projet, depuis 2007, mais la confiance accordée est bien plus récente. Et quand on organise un festival c'est difficile : maintenir les accords avec les artistes en ayant pas de contrat signé six mois avant c'est très compliqué. S'il y avait eu des décisions prises plus rapidement on aurait pu créer des compagnonnages à long terme qui n'ont finalement pas existé. Mais cela dit il y a toujours eu la volonté de la part de MP 2013 de faire quelque chose d'important sur le cirque. Pour nous et tous les autres opérateurs MP 2013 c'était l'espoir d'une mise en place d'une nouvelle politique culturelle.
La transformation de la ville a été très intéressante, il y a eu beaucoup d'investissements structurels, d'équipements, qui se sont faits.

Comment convaincre les collectivités de continuer à accompagner la culture ?

Le meilleur argument reste de faire complet, salle comble !

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