Soprano, la positive attitude

En pleine tournée “Everest” et après son concert mémorable en octobre au stade Orange Vélodrome, l’artiste marseillais, parmi les plus populaires de France, affiche ses ambitions et sa volonté de s’investir en faveur de la jeunesse, en organisant des grands événements culturels.

"Sopra", le marseillais star

Soprano, de son vrai nom Saïd M’Roubaba, 38 ans, fête cette année ses 20 ans de carrière à l’occasion de sa tournée “Everest”. Après un triomphe devant plus de 50 000 personnes au stade Orange Vélodrome, il poursuit sa marche en avant et s’impose désormais comme l’un des artistes français les plus populaires.
Originaire des Comores et né à Marseille, Soprano a grandi dans la cité populaire Le Plan d’Aou, dans le quartier de Saint-André. Il connaît ses premiers succès avec le groupe “Psy 4 de la rime”, avant son premier album solo, édité en 2007.

À la différence de certains artistes de sa génération, Soprano assume un discours et un comportement résolument positifs, qu’il affiche dans ses chansons et ses concerts.
Il vient d’accepter de faire partie du jury de l’émission “The Voice Kids” sur TF1. Une manière de se rapprocher un peu plus de son jeune public.

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Vous êtes très attaché à Marseille, pour quelles raisons ?

Soprano : J’y suis né, j’aime beaucoup les gens d’ici. J’aime bien ce côté cosmopolite, mélangé, l’accent, le côté relax, à la “bien cool”. J’aime aussi cette ville par rapport à son histoire, à ses quartiers. Et puis faire un concert dans un Vélodrome totalement plein, c’est exceptionnel.

"C’est très important pour moi d’avoir un message positif dans mes textes."

Ne contribuez-vous pas aussi à donner une autre image de votre ville ?

Oui, c’est très important. Parce que l’image qu’on voit dans les médias est souvent fausse. Je me souviens d’un ami qui était descendu à Marseille et sa mère lui avait dit : “Fais attention, ne va pas dans les quartiers Nord, tu risques d’avoir une balle perdue !”
Bien sûr, il y a des problèmes comme dans toutes les grandes villes, mais il ne faut pas généraliser. C’est important de casser cette image et de montrer qu’on vit ensemble et qu’il y a des choses positives qui se font.

Justement, ce bien-vivre ensemble, comment pourrait-il être davantage répandu ?

Déjà, c’est essayer de connaître son voisin. C’est un truc simple. Partager un peu sa culture, ses origines, essayer de discuter, ça détend beaucoup ! Nous, on a grandi dans des quartiers où le voisin d’en haut c’était un “Bagdad”, celui d’en bas un Turc, à droite un Algérien, à gauche un Malien, on a grandi comme ça, les portes étaient ouvertes, on s’offrait les repas de temps en temps.
Parfois, mes parents gardaient les enfants des voisins, donc on apprenait la culture et la religion de chacun et petit à petit on a réussi à vivre ensemble, sans forcer. Jusqu’à aujourd’hui, dès qu’on croise des amis d’enfance, on demande des nouvelles de la famille. On a tous grandi de manière différente et pourtant on est toujours lié. Je pense que c’est ça la recette : essayer de s’écouter et de respecter les gens qui sont autour de nous.

Selon vous, est-ce que ce discours continue de bien passer à l’école ou au collège ?

C’est un peu compliqué… Je ne vais pas faire le “vieux” qui dit “à l’époque c’était un peu plus facile, c’était mieux, etc”. Chaque époque est différente. Mais aujourd’hui, la meilleure façon de faire passer le message, c’est en voyageant. Si on réussit à faire ça en expliquant l’histoire de chaque pays, pourquoi ses habitants sont parfois venus émigrer en France, les jeunes vont se sentir concernés, vont comprendre et vont trouver des similitudes avec leur vie ou leur famille. À un moment donné, tu commences à t’ouvrir et à respecter ton prochain, pour bien vivre avec lui.

Ce comportement là, au-delà de vos chansons, vous essayez de le diffuser ailleurs, dans des associations ?

Avant, je m’investissais dans beaucoup d’associations, et petit à petit, j’ai réduit pour me concentrer sur l’aide aux enfants. Beaucoup d’entre eux, et surtout les enfants malades n’ont pas l’occasion d’assister à mes concerts ou tout simplement voir des artistes. Ce sont eux qui leur donnent de la force.

Je me suis aussi concentré sur les associations des Comores ou dans d’autres pays en Afrique. Après, mon message sur la “Cosmopolitanie” (le nom d’un de ses albums, NDLR), cela passe surtout par mon comportement. C’est très important pour moi d’avoir un message positif dans mes textes, parce qu’on voit que je ne suis pas qu’un jeune black avec une casquette.

Il faut donc un comportement qui casse les clichés. Ça donne beaucoup de force aux jeunes des quartiers ou aux jeunes immigrés. Cela ouvre aussi les yeux de ceux qui ne sont pas des quartiers et qui se disent : “Ah tiens, ces jeunes-là sont intéressants”. Et puis le concert au stade Orange Vélodrome, c’est aussi un beau symbole. Le jeune qui vient des quartiers Nord et qui remplit le stade, c’est super fort socialement.

Qu’est-ce qui vous rend optimiste aujourd’hui, vous donne envie de croire qu’il n’y a pas que les attentats, la violence ou la pauvreté dans les quartiers ?

Je ne vais pas mentir. Je n’ai pas le choix. J’ai des enfants et je veux qu’ils vivent des trucs positifs, je veux leur montrer que leur avenir est très loin de tout ce qu’il se passe en ce moment.
Si un artiste connu, populaire commence à être négatif, ce n’est pas bon. En revanche, si tu amènes quelque chose de positif à quelqu’un qui aime ta musique, la personne qui se lève le matin va se dire : “C’est possible, on peut changer les choses !”. Encore une fois, je n’ai pas le choix, tout simplement.

Quelle vision avez-vous de Marseille et sa région aujourd’hui ?

Franchement, je pense qu’il y aura toujours des problèmes. Cela fait partie de la vie ici, ça ne s’arrêtera jamais. Après, plus largement, quand tu regardes le centre-ville, c’est autre chose. J’ai un ami qui n’était pas venu depuis 10 ans, il a pété les plombs ! Il m’a dit : “Marseille, c’est un truc de fou !” Quand tu arrives aux Terrasses du Port ou sur le Vieux-Port, tu te dis que la ville a vraiment changé.

Après, dans les quartiers Nord, on sent que ça commence à bouger. On sent les travaux, on se dit que petit à petit ça va être super beau. Mais le bilan, politiquement parlant ou socialement parlant, je ne peux pas dire si c’est mieux ou pas mieux. On voit quand même un écart entre ceux qui vivent dans les quartiers Nord et le reste de la ville.

"Faire sortir les jeunes de leurs quartiers, ce serait génial. J’ai eu cette chance quand j’étais jeune, je veux la partager."

En matière de solidarité, quelle serait la priorité?

Il y a un truc important, c’est de ne pas négliger les jeunes des quartiers. Ils sont totalement en rupture avec le reste de la population. Pas uniquement par rapport à l’islamisme. Ils vont vers les extrêmes dans tout, dans la violence comme dans la religion. Ils sont un peu délaissés, il n’y a plus de solidarité entre eux.

Quand j’étais plus jeune, il y avait des associations qui les aidaient, pour les faire sortir, pour leur faire découvrir des choses nouvelles. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’elles sont moins présentes et ils se sentent abandonnés, il y a moins de solidarité et cela crée cette violence qu’on peut ressentir dans certains quartiers.

Soprano au Vélodrome

SI on vous donnait les clés pour diriger la ville, quelle serait votre première action ?

Je suis très sensible à la jeunesse. C’est l’avenir et si on abandonne les jeunes, c’est très grave. Il est très important de tendre l’oreille et d’essayer de les comprendre. Je leur permettrais de pouvoir facilement sortir de leur quartier, tout simplement. Leur faire comprendre qu’il se passe des choses ailleurs, que tout le monde ne vit pas de la même manière. Le fait de sortir de l’endroit où tu as grandi, ça te change de fond en comble, cela te fait considérer les choses autrement.

“Je voudrais organiser un grand festival au vélodrome.”

Comment pourriez-vous vous investir après votre carrière d’artiste ?

Déjà, je pense que je serai encore dans la musique une demi-heure avant de rendre l’âme (rires) ! En fait, j’ai des idées, c’est déjà en route dans ma tête. J’aimerais bien développer des choses à Marseille, dans la culture. Créer un festival au stade Vélodrome, par exemple. Avec plein d’artistes, qui pourraient se produire, venus de toute la France et même du monde entier. Il faut des budgets, mais faire sortir les jeunes de leurs quartiers, ce serait génial. J’ai eu cette chance quand j’étais jeune, je veux la partager.

Propos recueillis par Romain Luongo pour Accents de Provence

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