Le phénomène Quartiers Nord

Quartiers Nord est LE groupe de rock marseillais mythique et unique en son genre. Fer de lance de la scène marseillaise depuis 1977, ils ont inspirés bon nombre de groupes actuels. 36 ans d’existence…
Un nom légendaire, un pan de l’histoire de Marseille. La seule évocation de ce groupe culte sépare entre deux clans irréductibles, prêts à en découdre, n’importe quel auditoire un tant soit peu féru de riffs et de tchac-poum-tchac !
C'est dans l'ambiance feutrée du théâtre Toursky où ils préparaient leur dernier spectacle que Culture 13 a approché Robert (Rock) Rossi et Gilbert Donzel (Tonton), piliers du groupe depuis 37 ans, et André Lévêque metteur en scène de leur spectacle "Tous au piquet! ".
18 albums, 9 spectacles, 7 DVDs, 9 livres et pas une rides !

Est-ce que le nom de « Quartiers Nord » a le même sens aujourd’hui que lorsque vous vous êtes formés en 1977 ?
Rock : Ce sont toujours les mêmes quartiers populaires, qui sont toujours aux mêmes endroits.
Nous étions tous des quartiers Nord et on y habite encore ! Par contre la différence, c’est que même si nous étions fils d’ouvriers, on ne vivait pas dans les cités à proprement parler. Ça nous a valu quelques critiques. En fait en tant que fils d’ouvriers on était considéré comme des bourgeois, même si on ne l’était pas en réalité, par rapport à ceux qui vivaient dans les cités.
On a choisi le nom de « Quartiers nord » parce qu'à l’époque nous étions fans de cinéma italien et que nous voulions revendiquer notre identité en nous exprimant en marseillais, ce qui aujourd’hui peut paraitre un peu « tarte à la crème ». C’est nous qui avons commencé à faire de la musique « en marseillais ». Nous voulions aussi intégrer une connotation sociale tout en gardant la dimension «déconnante », la galéjade marseillaise, ce que l’on retrouvait dans les films italiens de l’époque. C’est un nom de groupe de Rock, mais ce n’est pas un nom pris au hasard, il avait un vrai sens de départ.
Tonton: Il y avait aussi la référence au groupe napolitain « Napoli Centrale » qui parlait des problèmes napolitains. De l’immigration vers le nord de l’Italie. Et ils chantaient en napolitain et ils faisaient du Jazz-Rock.
Rock : Le plus amusant c'est que la musique des quartiers nord n’a jamais été le Rock. Maintenant c’est le rap, mais avant c’était le Disco, la Soul… mais jamais le Rock.
Très vite quand on a créé le groupe, les amphis d'étudiants, où l'on jouait, étaient pleins à craquer car on jouait surtout dans les facs.
Nous on habite toujours dans les quartiers nord, mais on ne sélectionne pas nos musiciens en fonction de là où ils habitent, ni en fonction de leurs origines.

Par rapport au spectacle « Tous au piquet ! », comment avez-vous recueilli les témoignages de la mémoire ouvrière de Marseille ?

**Rock **: D’abord on a fait des interviews, parce que même si nos parents étaient ouvriers, nous n’avions aucune idée de la vie dans les usines. Je suis allé voir deux personnes de la sidérurgie Solmer à Fos sur Mer. Et à la fin de l’interview, ils m’ont parlé du grand conflit de 1979. Selon eux, ce conflit a fait évoluer les méthodes de management, il a été une césure, et les méthodes mises en place depuis lors sont toujours en vigueur aujourd’hui. On s’est donc dit qu’il serait intéressant de partir de cet événement. Pour en savoir plus sur son déroulement on est ensuite allé voir Jean-Paul Leroy, qui avait tout suivi à l’époque. Finalement c’est son interview qui nous a le plus servi.
Nous avons également consulté les archives départementales, surtout pour des photos, car Jacques Windenberger nous a ouvert son fond de photographie.

Tonton : Nous sommes également allés au musée de La Ciotat pour récupérer des photos et aussi des vidéos.

On est sur le style de l’opérette marseillaise comme vos précédents spectacles?

André : On n'est pas vraiment sur une opérette, ça serait difficile avec un tel sujet.
Rock : Au départ nous voulions faire une opérette rock marseillaise, dans un esprit d’autodérision.
Le problème c’est que l’opérette a une connotation très négative dans le milieu théâtral. Du coup on va dire que c'est un Opéra Rock !!

Votre spectacle est l’un des premier après Marseille-Provence 2013, pouvez-vous nous dire ce que vous avez pensé de cette année ?
Rock : Pour nous 2013, 2014, c’est la même chose. Ce sont de dates, c’est tout. Personnellement je compare ce genre de manifestation aux jeux olympiques. C’est-à-dire qu’il y a des gens à qui cela rapporte beaucoup. Mais il ne faut pas oublier que c’est un projet très largement financé par nos impôts locaux, alors que de nombreuses compagnies locales ont des problèmes d’infrastructure et de financement. MP2013, cela va avec de la spéculation immobilière, euro méditerranée, la paupérisation des zones en périphérie de la ville etc. Cela a énormément profité au secteur privé. Cela a apporté une vitrine à la ville par des lieux comme le MuCEM, mais c’est tout.

Est-ce que cela vous a freiné pour jouer ailleurs qu’à Marseille et dans la région ?

Rock : Nous on vient de la musique, on invente le terme d’opérette rock parce que ça nous correspond. Mais ça ne plaît pas forcément à tous les programmateurs. A Marseille, on pose nos valises chez Richard Martin au théâtre Toursky qui nous soutient à chaque création. Le plus dingue c'est que c'est complet à chaque fois !
André : Oui, et puis c’est un spectacle qui réuni 14 personnes sur scène. Cela représente une difficulté supplémentaire pour tourner, car en ce moment on voit plutôt des one-man shows ou des pièces à 2 ou 3 acteurs!

Vous êtes proches d’autres groupes et compagnies, pensez-vous que MP2013 leur a ouvert des portes ?
Rock: Non, c’est un peu le néant. A part peut-être pour quelques compagnies de théâtre de rue. Mais parce que le théâtre de rue se prête bien à ce genre de manifestations.
Tonton: Sinon, je n’ai pas en tête un groupe marseillais qui aurait profité de MP2013.

Est-ce que vous identifiez certains groupes marseillais ou nationaux, comme vos héritiers ? On a beaucoup rapproché Zebda de vous, qu’en pensez-vous ?

Tonton: Je crois que c’est eux qui s’identifient comme nos héritiers. Je me définis comme le Romain Bouteille du Rock’n’roll, parce qu’il a découvert énormément d'artistes qui sont devenus bien plus connus que lui. Pour nous c’est pareil, on a peut-être insufflé quelque chose, on a peut-être des héritiers comme vous dites, mais ils sont largement plus connus que nous.
Rock: Les gars de Massilia qu’on connait nous on dit qu’ils venaient nous voir en concert. Gari Greu dans un de ses morceaux remercie Quartiers Nord. Les gars d’IAM aussi peut-être.

Vous n’avez jamais eu envie de vous exporter ?

Rock: Si, dans les années 80, on est allé à Paris démarcher les maisons de disques. C’est à ce moment là que nous nous sommes rendu compte que les producteurs n’étaient pas là pour faire connaitre tout ce qui se faisait de bien, mais pour prendre une personne ou un groupe et faire une grosse promo. En fait, ils mettent la majorité de l’argent et du temps sur la promo et le reste sur les concerts, nous on fait le contraire.
A l’époque on nous a proposé des contrats mais nous n’avons pas voulu nous plier à toutes les exigences des producteurs. Ce n’est pas que nous n’avions pas envie, nous n’avons pas voulu nous corrompre, on voulait rester fidèle à ce qu’on était et ce n’était pas compatible.

Après « Tous au piquet ! » vous avez des projets ?

Oh ! On vient juste de terminer la création de « Tous au piquet ! ». 2014 c'est la promo, après on verra !

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