Juan Carmona, l’une des plus belles guitares du Flamenco

Après avoir parcouru le monde à travers la musique, le guitariste Juan Carmona présente son nouvel album Perla de Oriente.
A travers cet opus, le flamenquiste mondialement connu revient sur sa carrière. A cette occasion nous l’avons rencontré pour en savoir plus sur cet artiste, ce « curieux de la musique » comme il se définit lui-même.

Si Juan Carmona devait écrire le livre de sa vie, le titre pourrait être « La Belle Histoire », comme ce film de Claude Lelouch dont il interprétera la musique en 1992.

La famille Carmona a du émigrer de l’Afrique du Nord vers la France après l’exil du début des années 60.
Juan, né à Lyon, a tout juste dix ans quand son père lui offre sa première guitare. Sa passion pour cet instrument et ses aptitudes ne démentiront pas au fil du temps et sa virtuosité, vite repérée par les professionnels.

Devenu guitariste confirmé, il fera le chemin en sens inverse, vers l’Espagne, éprouvant le besoin de rejoindre la terre de ses ancêtres pour renouer avec ses racines et s’abreuver à la source du flamenco, à Jerez de la Frontera. Son talent et l’originalité de son art seront rapidement reconnus dans cette ville, considérée comme le berceau du flamenco.

« Il concilie dans sa musique à la fois un esprit créateur et un langage personnel : fluidité mélodique, richesse harmonique, puissance et complexité rythmique appuyée par la voix granulée du cante flamenco. »
Les Grandes Voix du Monde, août 2011

Pendant 9 ans, s’imprégnant de leur savoir dans la pure tradition flamenca, il accompagnera les plus grands noms du flamenco tels que Joaquin Grilo, Agujetas, Duquende, Antonio Canales, Chano Dominguez et bien d’autres.
Il enregistrera ses premiers albums et remportera des prix internationaux dont les prestigieux concours de guitare International de Jerez, finaliste des concours de la Union de Cordoba ou encore le grand prix Paco de Lucia.
A son long palmarès de prix et de récompense, il faudra rajouter une particularité unique : un triomphe définitif en Espagne, une consécration pour ce gitan d’origine française.
A son retour en France, il enchaine les collaborations musicales et chaque nouvelle rencontre enrichit sa palette sonore.

Créatif et curieux, sa soif d’apprendre semble inextinguible et l’amène à ce qu’il est aujourd’hui : l’une des plus belles guitares de la scène internationale.

Sa musique, il l’écrit avec sa mémoire, ses oreilles, son cœur et sa passion. Musicien autodidacte, il peut s’enorgueillir d’avoir composé ses œuvres Sinfonia Flamencaet Orillas, aujourd’hui interprétées par de nombreux orchestres dans le monde comme le St Louis Symphony Orchestra (USA), le Russian Philarmony (Russie) ou encore l’Orchestre National de Lyon (France).

En tournée avec ses musiciens à travers le monde (Etats-Unis, Chine, Canada...), ses albums Alchemya, Orillas, Sinfonia Flamenca et El Sentido del Aire ont été nominés aux Latin GRAMMY Awards catégorie « Meilleur Album Flamenco de l’année».
Lauréat du Grand Prix Charles Cros 2015, l’UNESCO lui décerne également le Grand Prix des Zyriab des Virtuoses.

Son nouvel opus Perla de Oriente (sorti en septembre 2016), enregistré à l’occasion de sa dernière tournée en Asie, fait revivre la magie de ses concerts.
Plébiscité par les plus grandes figures du flamenco, Juan Carmona vagabonde sur les chemins aériens du duende.

Au croisement entre modernité musicale et traditions flamencas les plus anciennes et les plus vivantes d’Andalousie, Juan Carmona est un novateur, un des maillons les plus vaillants de sa génération.

"Perla de Oriente", la guitare en fil rouge

Enregistré en studio dans des conditions de live, à l’occasion de sa dernière tournée en Asie, l’artiste nous livre la substantifique moelle de sa musique et fait revivre la magie de son concert.

Artiste de scène, Juan Carmona parvient avec brio à faire ressentir sur son album l’émotion et la complicité de ses musiciens en téléportant l’auditeur dans sa tournée, comme un concert privé imaginaire.

Corée du Sud, Taiwan, Chine ... un véritable carnet de route musical. « Perla de Oriente » est un enchevêtrement d’énergie, de connivence, de symbiose ... un album qui sent la complicité de toutes ces années sur la route avec ses musiciens.

Sans fioritures, loin des orchestrations et des albums sophistiqués, l’artiste revisite son répertoire pour réinterpréter et réinventer sa musique. Sa guitare en fil rouge, chaque titre évoque le voyage, rappelle un souvenir de la tournée : « Mar de China » pour une Alegria qui rappelle la mer de Cadiz, « Bulerias prohibidas » une interprétation « osée » de la buleria traditionnelle, « Casa de té » ou l’artiste s’est inspiré d’une scène pendant la cérémonie du thé et qui reflète la finesse et délicatesse de sa musique.

Pour clôturer le voyage, un dernier titre inédit composé en escale, comme une perle rare posée quelque part, au carrefour entre l’Asie et l’Orient...

Les pieds dans la terre de ses ancêtres et la tête dans la modernité, tel est Juan Carmona : Intemporel, insaisissable, indéniablement flamenco.

www.juancarmona.com

JUAN CARMONA • Perla de Oriente

Pour commencer racontez nous votre parcours

En fait, c’est simple car depuis que je suis tout petit j’ai une guitare dans les mains.
Le souvenir que j’ai c’est quand j’étais petit au moment des fêtes de Noël, on prenait la guitare et tout le monde jouait et chantait. Donc à cette époque là, j’attendais Noël pour la musique et la guitare plus précisément plus que pour les cadeaux. Un jour, quand j’avais 8 ans mon père m’a offert ma première guitare.
Mais en fait elle n’était pas pour moi, c’était la sienne. Elle était pendue au mur et nous ne pouvions pas la toucher, c’était son jouet à lui. Et quand il partait travailler le matin, je la prenais en cachette pour jouer, jusqu’au jour où il m’a vu et au lieu de punir, il a vu que j’en prenais soin, il m’a dit « prends la, joue. »
A partir de là j’ai enfin pratiqué ma passion sans avoir peur de me faire gronder par mon père parce que je prenais son instrument. A partir de ce moment là, dès qu’il y avait une fête de famille, Noël, des mariages, des baptêmes je jouais de la guitare.

Plus tard, quand j’ai eu 14 ans, un de mes amis m’a proposé d’organiser un concert. A cette époque je faisais de la musique pour me faire plaisir je n’envisageais pas de faire des concerts et d’en faire mon métier. Il m’a finalement organisé un concert au Temple de la rue Grignan à Marseille. Le soir même la salle était pleine, il devait y avoir 400 ou 500 personnes. J’étais jeune et j’étais impressionné car jusqu’à présent je ne jouais que devant ma famille. Je me souviens que ce soir là a été une révélation : voir que je pouvais rendre heureux autant de monde ça m’a beaucoup touché. En plus le soir de ce concert il y avait le directeur de l’Académie de guitare de Marseille, François Tomasi, qui m’a demandé d’enseigner à l’académie. Donc à 16 ans je me suis retrouvé enseignant. Ensuite je suis devenu professeur à l’Institut européen de la guitare, à Marseille. C’est à cette période que j’ai commencé à faire des concerts en dehors de la région.
Ensuite, j’ai rencontré Jean-Felix Lalanne qui m’a proposé de monter un trio pour faire une rencontre entre la guitare flamenca et deux guitaristes jazz. C’est à partir de là que j’ai commencé à faire des grandes salles, à connaitre Paris. Je me souviens qu’on avait fait la première partie d’un concert de Francis Lalanne. C’est le lancement de ma « carrière nationale ».

C’est aussi à ce moment là que j’ai décidé de partir m’installer en Espagne, la terre du flamenco, et sans le vouloir, j’ai atterri dans une ville qui est considérée comme le berceau du flamenco : Jerez à côté de Séville. Mais je ne connaissais pas la renommée de cette ville en matière de flamenco, les plus grandes stars du flamenco sont originaire de Jerez. Là bas, je me suis inscrit à un concours de guitare, sans savoir de quoi il s’agissait. En fait je ne savais pas que j’allais participer à l’un des plus grand concours de guitare du monde flamenco. Et j’ai gagné le premier prix.
Ça a entrainé un chamboulement immense dans ma vie. C’est à partir de là que j’ai eu des contrats internationaux. J’ai rencontré beaucoup de grands musiciens, comme Vladimir Cosma par exemple. J’ai fait énormément de musiques de films. Et puis j’ai commencé à faire des albums qui ont été nominé au Grammy Awards, et surtout j’ai commencé à me produire dans les plus grandes salles du monde entier. C’est allé très vite.
J’ai résumé 40 ans de carrière, mais je passe les détails. Les détails dans ma curiosité de la musique. Je suis un joueur de flamenco mais je n’hésite pas à jouer avec des jazzman, avec des musiciens classiques, des musiciens du Maghreb… Je suis un curieux de la musique. Et tout au long de ma carrière j’ai eu la chance de parcourir le monde avec les plus grands musiciens dans tous les domaines.

Comment définissez-vous votre musique ?

Je suis flamenquiste avant tout, et je ne sais rien faire d’autre. J’ai beaucoup de respect pour toutes les musiques et je pense qu’on ne peut pas dissocier la musique de la culture. Autrement dit bien jouer du flamenco c’est bien connaitre la culture flamenca. J’ai tellement de respect pour cette musique que j’imagine que dans toutes les musiques c’est pareil. Et je pense que ce n’est pas parce que je fais deux accords de rock ou de jazz que je suis un rocker ou un jazzman. Je ne suis qu’un flamenquiste.
Là où on peut dire que j’ai une personnalité, c’est que je suis un des rares à aller me confronter à d’autres musique. Il faut savoir que le flamenco est une tradition orale, je ne connais pas le solfège. Tout ce que je fais, je le fais à l’oreille. Mais cela ne m’a pas empêché de jouer avec un orchestre symphonique de 80 musiciens qui jouent ma musique avec des partitions. Souvent ils sont impressionnés parce qu’ils arrivent avec leurs partitions et moi je joue sans. C’est atypique de prendre les risques que je prends, mais ça fait partie de ma personnalité.

Où puisez-vous vos inspirations ?

Justement pas que dans la culture flamenca. J’ai eu l’occasion de beaucoup voyager et chaque fois la musique du pays où je suis m’intéresse. Je ne veux pas qu’on dise de moi que je fais de la fusion, ça ne me plait pas, mais je suis quelqu’un qui se cultive musicalement.

Quel souvenir gardez-vous de votre participation aux Chants de Noël du Conseil départemental ?

J’ai pris énormément de plaisir à y participer.
Ça me touche beaucoup car cela correspond à la période où j’ai découvert la musique.
J’en garde un très bon souvenir, je trouve que c’est une belle initiative car c’est une période de l’année où les gens ont besoin de se retrouver en famille pour écouter de la musique.

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