Le musée Réattu, entre photographies et peintures

Édifié dans la courbe du grand Rhône, au point exact où l'axe de la coulée du fleuve rejoindrait sur la carte le Cardo de la ville antique, l’ancien Grand-Prieuré de l’Ordre de Malte, bâti à la fin du XVe siècle, a toutes les données d'un lieu historique. Aujourd'hui, le musée peut compter sur une collection permanente solide où le travail de Jacques Réattu est à l'honneur.

Un lieu lié au Rhône

Il se signale d’emblée par le point précis qu’il s’est choisi, au centre de la courbe que dessine soudain le Rhône avant de filer droit vers la mer : un vis-à-vis unique, que vient parfaire l’orientation du bâtiment, posé clairement de biais, face au courant, et qui a donné à l’édifice cette figure de navire à l’ancre qui se ressent si fort de l’intérieur.

L’orientation affirmée vers le nord n’y fait qu’aiguiser la dimension d’un paysage dont toutes les composantes – l’intensité lumineuse du ciel, la force tumultueuse du courant, la puissance du vent ici à son maximum d’intensité… – n'ont cessé d'inspirer tous ceux qui l'ont pensé, habité, arpenté et nourri. C'est dans cette orientation géographique et cette dédicace au fleuve que le musée a puisé son histoire et inscrit aujourd’hui son projet de développement. Fondamental dans l’esprit des lieux, le bâtiment y figure bien comme objet premier de la collection.

Par un étrange parallélisme, le palais des bords du Rhône aura été, pour les premiers comme pour leur successeur, à la fois un refuge, un repli – dans une bâtisse aux allures de forteresse et l’instrument d’un idéal. En branchant son grand atelier sur la ligne de flottaison du paysage, Jacques Réattu le dédiait définitivement à la création ; mais à l’intérieur de cette histoire – plus de deux siècles pour les Grands Maîtres, une trentaine d’années pour Réattu, mort en 1833, un moment vibre, plus qu’un autre, celui où le peintre, porté par le désir que lui inspirent les lieux, rêva d’y accueillir en résidence des artistes, pour leur offrir la lumière et l’ampleur de son paysage ; en somme, 60 ans avant l’heure, l’idée-même de “l’Atelier du Midi” qui hantera Van Gogh. C’est de ce souffle-là que le musée a hérité en même temps que tout l’œuvre du peintre.

Une collection sans cesse enrichie

Grâce aux succès de ses collections temporaires, le musée a pu acquérir des œuvres convoité par bon nombre de concurrents. On peut citer l'artiste Katerine Jebb a qui le musée a consacré une exposition en 2016. Artiste complètement autodidacte, Katerina Jebb s'approprie le médium photographique à l'âge de 26 ans. Elle l'appréhende de manière expérimentale et construit un travail en partie fondé sur le photomontage. Outre la photographie, la collection recense une grande partie des œuvres de Jacques Réattu.

Jacques Réattu

La tombe de Balthus Katerina Jebb

Jacques Réattu, académie sanguine

Jacques Réattu est né en Arles en 1760. Dès 1775, il entre à l'académie royale de peinture et de sculpture. Il se destine à la carrière de « Peintre d'histoire » le plus noble des « Genres » dans la classification donnée alors à la peinture.

Cette ambition passe par l'obtention du Grand Prix de Rome attribué par concours, auquel il participe dès 1782. Il n'obtiendra le succès tant espéré, lui ouvrant les portes d'un séjour en Italie en tant que pensionné du Roi, qu'en 1790, année où le concours fut tout de même ouvert malgré les événements révolutionnaires. Malheureusement le contexte politique ne lui permettra pas de séjourner comme prévu quatre années dans la capitale pontificale.

Ce séjour sera néanmoins l'occasion pour Jacques Réattu de réaliser une œuvre majeure, Prométhée protégé par Minerve et élevé au Ciel par le Génie de la Liberté dérobe le feu, première œuvre à discours révolutionnaire de l'artiste. De retour en France en 1793, il séjourne d'abord à Marseille où il obtient en 1795 la commande pour le décor du Temple de la Raison de huit tableaux monumentaux « peints en grisaille » à l’imitation de bas reliefs illustrant les idéaux révolutionnaires.

Des chefs d'oeuvres à découvrir

Aujourd'hui, le musée comprend essentiellement une grande partie de l’œuvre du peintre, mais aussi le chef-d'œuvre du peintre arlésien Antoine Raspal : Atelier de couture à Arles. Il abrite également une collection de dessins de Picasso et des collections photographiques. Il a été précurseur en France en s'ouvrant à la photographie dès 1965 grâce à l'initiative de Jean-Maurice Rouquette et de Lucien Clergue. Il l'est à nouveau en 2007, en créant le premier fonds d'art sonore dans un musée des beaux-arts, en collaboration avec l'association Phonurgia Nova. En 2008, carte blanche est donnée à Christian Lacroix pour s'approprier le musée de son enfance en offrant au public une occasion unique de lui faire partager son univers créatif : le pari est réussi avec plus de 130 000 visiteurs. Parallèlement, le musée qui s'oriente vers l'art contemporain a entrepris une politique de commande invitant sculpteurs, photographes et artistes sonores à créer des œuvres en résonance avec le patrimoine de la ville. L'architecture est devenue également un fil conducteur dans le développement du musée.

Antoine Raspal

Picasso

Fabien Cassar

Informations pratiques

Musée Réattu
10, rue du Grand Prieuré
13200 Arles - France
Tél : 04 90 49 37 58 - Fax : 04 90 49 36 97

HORAIRES
Ouvert du mardi au dimanche
Du 02 novembre au 28 février : 10h-17h
Du 1er mars au 31 octobre : 10h-18h
Fermé le lundi. Fermé les 1er janvier, 1er mai, 1er novembre et 25 décembre.
L'établissement, sur 3 niveaux, comporte de nombreux escaliers qui peuvent rendre difficile la visite pour les personnes à mobilité réduite

TARIFS

Plein : 8€ - Réduit* : 6€ Juillet - août : plein: 9 € - Réduit: 7

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