Jean-Paul Belmondo, une vraie histoire avec Marseille

Jean-Paul Belmondo, 84 ans, a accordé une interview exclusive à Accents de Provence, à son domicile parisien, pour évoquer “Marseille fête Belmondo”. Une rétrospective inédite organisée au Château de la Buzine, de juillet à novembre, en hommage à sa carrière et à celle de son père, Paul, grande figure de la sculpture française.

Sur le canapé, dans le salon lumineux d’un hôtel particulier, l’acteur Charles Gérard, l’ami de toujours, dévore les premières pages du quotidien L’Equipe. Jean-Paul Belmondo est assis à côté de lui, dans un grand fauteuil, avec ce sourire immense, dont il ne se sépare jamais. La gouaille n’est plus la même, mais «L’homme de Rio” se raconte avec une incroyable vivacité. D’un regard, il vous replonge dans ses plus belles aventures, dans ses plus belles histoires, celles qui l’ont porté sur le sommet du 7e art. Avec une simplicité et une gentillesse rares, la légende du cinéma français évoque ses passions, son rapport au cinéma, sa relation avec l’autre monstre sacré, Alain Delon et son désir de faire revivre la mémoire de son père.

Le musée Paul Belmondo consacré à l’oeuvre de votre père a ouvert à Boulogne-Billancourt il y a déjà 6 ans. Pourquoi ce projet vous tenait-il à coeur ?

Jean-Paul Belmondo : Nous nous sommes battus durant des années avec ma soeur Muriel et mon frère Alain pour que ce musée voie le jour, afin que l’oeuvre de notre père puisse être découverte par le plus grand nombre. On nous a longtemps promis beaucoup de choses, sans que cela ne se concrétise. L’ouverture de ce musée a été pour nous une immense fierté afin de pouvoir rendre hommage à notre père.

Le 30 juin prochain la ville de Marseille organise l’événement “Marseille fête Belmondo”. Quel lien avez-vous avec Marseille ?

J.-P. B. : J’ai une vraie histoire avec cette ville. J’ai tourné mon premier film à Marseille, avec un petit rôle. ça s’appelait “Drôle de dimanche”. Je me souviens, je descendais au Grand Hôtel Noailles, avec Arletty, Danièle Darrieux et Bourvil. On faisait la fête (rires) ! Et puis, il y a eu sept films tournés à Marseille, comme “Le Marginal”, “Un nommé La Rocca” et “Borsalino”. La première scène de “A bout de souffle”, c’était sur le Vieux-Port, ça laisse des traces. J’ai aussi fait des tournées en tant que comédien avec Galabru et Annie Girardot, mais je ne me souviens plus dans quel théâtre on avait joué… Mon père aussi avait ses habitudes là-bas, il venait souvent.

Votre père était un des grands sculpteurs français. Que vous a-t-il légué qui a compté dans votre carrière d’acteur ?

J.-P. B.: Mon père, comme ma mère d’ailleurs, m’ont d’abord appris la volonté, la persévérance. Dans le cinéma, on ne voulait pas de moi au début, mais j’y suis arrivé !

Comment expliquez-vous qu’aujourd’hui, vous restez l’acteur français le plus populaire ?

J.-P. B. : J’en sais rien (rire) ! Je crois qu’il n’y a pas de raison. C’est le naturel qui fait la différence. Et si je connaissais la recette, si je vous disais quel est mon secret, ce ne serait plus naturel d’ailleurs ! La popularité que j’ai acquise, je ne m’en suis rendu compte qu’il y a peu de temps. Je ne m’attendais pas du tout à ça. C’est la relation avec le public qui a construit ça. Cet amour-là, il est venu en fin de carrière et j’en suis très content !

On vous a vu très ému, récemment, lors de l’hommage qui vous a été rendu à la cérémonie des César. Qu’est ce qui vous apporte les plus grandes émotions aujourd’hui ?

J.-P. B. : C’est le public qui me porte beaucoup. Quand je vois des gens s’arrêter dans la rue, pour moi, ça me fait chaud au coeur. À 84 ans, cela me touche toujours autant. Et puis il y a les enfants et les petits enfants. Ça, c’est de l’émotion pure.

Vous ne vous êtes jamais engagé politiquement, à la différence d’autres acteurs. Pourquoi ?

J.-P. B. : Les acteurs jouent pour tout le monde. Je vote, j’ai mes opinions, mais je trouve que nous ne sommes pas dans notre rôle en nous engageant. Encore une fois, on joue pour tous les publics. On ne peut pas faire des clans quand les gens viennent vous voir au cinéma. Je pense que ça énerve les spectateurs quand on prend position.

Vous connaissez Marseille et sa région depuis plus de soixante ans. Comment analysez-vous leur évolution ?

J.-P. B. : Je crois d’abord qu’il y a moins de gangsters, non (rires) ? Oui, c’est plus calme. Mais il y a toujours cette vie, cette gaieté, malgré les drames qui peuvent toujours se produire. Vous n’avez pas eu d’attentat. C’est terrible de vivre ça. J’étais à Nice, le 14 juillet dernier, comment peut-on s’attendre à ça ?

Quels sont les acteurs que vous appréciez et dans lesquels vous vous retrouvez ?

J.-P. B. : Il y a de bons jeunes. Je pense à Jean Dujardin, à Albert Dupontel et à Guillaume Canet, j’aime cette génération. Ils ont envie de faire les choses eux-mêmes, ça me ressemble. Les trois sont venus me voir, on a discuté gentiment. Les acteurs français sont bons. Ce sont les scripts qui ne sont pas au niveau. Tourner avec Verneuil, passer aussi facilement du classique à la comédie, c’était extraordinaire.

Avec quels réalisateurs ou quels acteurs avez-vous aimé tourner ?

J.-P. B. : D’abord avec Georges Lautner, Jacques Deray, Philippe de Brocca et Henri Verneuil, on s’entendait vraiment bien. Jean-Luc Godard aussi, mais il était différent au début, il faisait vivre les personnages. Après, celui qui reste, c’est Jean Gabin. On n’a fait qu’un film ensemble, “Un singe en hiver”. Au départ, quand on ne se connaissait pas bien, il disait sur les plateaux : “Faites moi un jambon-salade”. Après, c’était plutôt : “Je vais prendre un petit whisky”. Il en prenait quelques autres... C’était le bon temps…

Pourriez-vous tourner dans un nouveau film ?

J.-P. B. : Un acteur ne doit jamais dire : “C’est la fin”, alors ce n’est pas fini. Si on me propose un film sur 14-18, dans un rôle de Poilu, je prends (rires) ! Mais je baigne toujours dans le monde du cinéma, je vois des films, des acteurs.

Vous êtes toujours ami avec Alain Delon ?

J.-P. B. : Oui, je le vois assez souvent, il n’y a pas d’animosité entre nous. Il m’a offert cette sculpture, là. C’est l’artiste qui a réalisé le christ rédempteur à Rio (il se tourne vers la cheminée et montre un bronze représentant un boxeur à genoux). C’est Georges Carpentier, au 4e round, contre Jack Dempsey. Un combat historique. Moi, je lui ai donné un tableau de Vlaminck. Je pense qu’il n’a pas perdu au change. En fait, il est content de ma réussite et je suis content de la sienne (rires) !

Propos recueillis par Romain Luongo

Pour aller plus loin

La Buzine Maison des Cinématographies de la Méditerranée
Cinéma

La Buzine Maison des Cinématographies de la Méditerranée

Marseille

Le Château de La Buzine est situé au cœur d’un vallon entre Saint-Menet et les Camoins, dans le 11ème arrondissement de Marseille. C’est à Henry de Buzens, noble propriétaire du domaine au XVII ème siècle, que le domaine doit son nom. Marcel Pagnol achète La Buzine en 1941. Son…

Le château de la Buzine célèbre Belmondo
Actualité

Le château de la Buzine célèbre Belmondo

Première mondiale, le Château de la Buzine accueille l’exposition « Il Bel Mondo di Belmondo » consacrée à la vie de Jean-Paul Belmondo, le célèbre acteur français passionné de photographies.

Agenda

Expositions

Art, histoire ou sciences naturelles : découvrez toutes les dates des expositions en Provence.

Voir le guide Expositions

Marseille

Un film au Prado, une expo à La Friche Belle de Mai ou un concert au Dôme, sans oublier les festivals d'été et marchés d'hiver : tout l'agenda culturel.

Voir le guide Marseille

Projections - Cinéma

Et si on se faisait une toile sous les étoiles de Provence ? Listes les salles de cinéma et projections en plein air dans les Bouches-du-Rhône.

Voir le guide Projections - Cinéma
Tout l'agenda culturel

Autres articles

Langages Machines, L'ère des œuvres 2.0

Langages Machines, L'ère des œuvres 2.0

Du 15 septembre au 22 octobre 2017

À l'heure où les smartphones sont légion, la communication numérique est devenue la principale forme d'échanges de notre société. Pour explorer la question, l'association Seconde Nature investit la fondation Vasarely avec l'exposition «Langages Machines» qui pose la question de l'importance du texte dans notre société où nos plus belles plumes seraient transformées par les plus beaux claviers.

Actoral définit l'écriture sous toutes ses formes

Actoral définit l'écriture sous toutes ses formes

Du 26 septembre au 14 octobre 2017

Actoral interroge les écritures contemporaines dans tous les domaines artistiques et propose de découvrir chaque automne à Marseille, à travers le travail d’une cinquantaine d’artistes, la richesse et la diversité des écritures d’aujourd’hui.

Le RIAM Festival, le rendez-vous des Arts Multimédia

Le RIAM Festival, le rendez-vous des Arts Multimédia

Du 5 au 28 octobre 2017

Comme chaque année, les Rencontres Internationales des Arts Multimedia occupent le mois d’octobre en proposant des expositions d’art contemporain, des concerts que des conférences et débats sur des sujets préoccupant concernant l'avenir de la culture.

Arlatensis, le rêve d’un artiste

Arlatensis, le rêve d’un artiste

Du 16 septembre au 7 janvier 2018

Le musée Réattu redonne vie à une trentaine d’œuvres en restauration depuis les années 80 avec l’exposition Arlatensis, le rêve d’un artiste.

La Friche fait sa rentrée de l’art contemporain

La Friche fait sa rentrée de l’art contemporain

Du 26 août au 5 novembre 2017

Cinq artistes prennent les rênes de la Friche la Belle de Mai. Résident de la Friche ou artiste international ils ont pour point commun l’art de mettre en œuvre leurs rêves et obsessions.

Jack London nous raconte les mers du sud

Jack London nous raconte les mers du sud

Du 8 septembre au 7 janvier 2018

L’auteur américain Jack London était un véritable aventurier des mers. Afin de découvrir ses plus belles découvertes rapportées de ses voyages en mers du sud, la Vieille Charité lui consacre une exposition sur son périple dans les îles du pacifique à bord de son voilier le Snark

13 lieux insolites à visiter pour les journées du patrimoine

13 lieux insolites à visiter pour les journées du patrimoine

Du 16 au 17 septembre 2017

Le week-end du 16 et 17 septembre 2017, comme chaque année environ 17 000 sites publics ou privés seront ouverts au public en France. My Provence Culture vous a sélectionné 13 lieux ou activités insolites à découvrir gratuitement.

13 musées à découvrir dans le département !

13 musées à découvrir dans le département !

Le département des Bouches-du-Rhône n’est pas avare en proposition culturelle. My Provence Culture vous propose un petit guide des 13 musées immanquables lors de votre séjour dans le département.

André Marchand de retour au Musée Estrine

André Marchand de retour au Musée Estrine

Du 29 juillet au 26 novembre 2017

Pour fêter les 10 ans de la donation Menu-Branthomme, le musée Estrine propose une rétrospective du peintre aixois André Marchand longtemps inspiré par la ville de St-Rémy de Provence.

Les Baux-de-Provence plongent dans l'imaginaire

Les Baux-de-Provence plongent dans l'imaginaire

Du 4 mars 2017 au 07 janvier 2018

Avec 3 expositions tournées vers l'imaginaire et le fantastique, les Baux-de-Provence proposent cette année encore une riche programmation estivale dans l'un des plus beaux villages de France.

Jean-Pierre Raynaud rencontre Le Corbusier

Jean-Pierre Raynaud rencontre Le Corbusier

Du 1er juillet au 2 octobre 2017

Pour sa cinquième collaboration artistique, le MAMO a choisi Jean-Pierre Raynaud pour investir le toit terrasse de la cité radieuse.

Les archives du Mucem se dévoilent au Fort Saint-Jean

Les archives du Mucem se dévoilent au Fort Saint-Jean

Du 7 juillet au 13 novembre 2017

Avec l'ouverture d'un concept store et la programmation de deux expositions, le fort Saint-Jean est une des destinations incontournables de l'été.

Tous les articles