Un autre regard sur l'actualité aux Rencontres à l'échelle

du 15 au 26 novembre 2017

Depuis 12 ans, les Rencontres à l’échelle inscrivent dans le paysage marseillais un rendez-vous international et pluridisciplinaire au mois de novembre et se prolongent avec une exposition jusqu’en février 2018. Un autre regard sur l'actualité pour ouvrir les esprits et les consciences.

Festival dédié à la création contemporaine internationale, Les Rencontres circulent librement entre les disciplines et les horizons géographiques. Chacune des éditions se compose à partir d'artistes peu connus en Europe et de personnalités confirmées. Pour cette douzième année, la programmation réunit plusieurs créations et premières en France, avec des artistes qui, depuis divers endroits du Monde, convoquent une Europe en mouvement : en Egypte, en Algérie, en Turquie, au Liban et dans différents pays européens.

A l’instar de Massimo Furlan, artiste suisse imprévisible, qui retrace dans Hospitalités l’expérience vécue par les habitants d’un village basque devenu terre d’accueil de familles syriennes. Il dresse ainsi le portrait d'une société, de ses acteurs, de ses peurs et de ses désirs.
C’est aussi à partir de l’intime que les spectacles d'Ahmed El Attar questionnent le collectif, à partir de la cellule familiale qu’ils envisagent la société et la politique. Pour
Avant la révolution, le metteur en scène ravive l'Egypte avant la révolution de 2011 pour mieux évoquer son présent.
Les chorégraphes invités bousculent nos représentations sur les récits d'exil, la tradition, la religion. Présent au festival en 2015, le jeune danseur libanais Ali Chahrour revisite les traditions solidement ancrées dans la culture arabe en s’attachant à la figure de la masculinité et ses attributs de supériorité dans un requiem sublime et trangressif.

Sa prière

Ahmed Badreddine

Cette édition est marquée par une exposition d’envergure présentée pendant trois mois à la Friche la Belle de Mai. Sous le commissariat de Bruno Boudjelal, Ikbal - Arrivées révéle un panorama de la photographie algérienne, réunissant 400 oeuvres réalisées par 20 jeunes artistes algériens qui nous offrent un regard multiple sur leur pays aujourd’hui.

Espace de rencontres et de réfléxion, le festival s'attache à ouvrir un dialogue entre les artistes et les publics notamment lors d'une rencontre qui réunira des intervenants autour de la création arabe contemporaine.

D'autres spectacles, lectures, projections nourrissent cette édition qui s’ouvre à Montévideo, fait escale au Merlan et s’installe ensuite à la Friche la Belle de Mai et au Gyptis.

À découvrir entre autres :

Still in Paradise

Still in Paradise

Still in Paradise

Performance

Qui est l’Autre et comment pense-t-il ? Cette interrogation est le leitmotiv de la performance
à deux têtes née de la rencontre entre Yan Duyvendak et Omar Ghayatt. Still in Paradise prolonge Made in Paradise, créée en 2008 avec Nicole Borgeat, qui dénonçait déjà l’idée d’un soi-disant “choc des civilisations” au lendemain du 11 septembre. Or, depuis cette première création, les antagonismes entre le monde occidental et le monde musulman, loin de se résorber, nourris par les médias et l’actualité, n’ont fait que se creuser. Yan Duyvendak et Omar Ghayatt ont donc senti l’urgence et l’absolue nécessité de reprendre le spectacle.

Au cours d’une foire d’empoigne affublée d’un masque démocratique, les spectateurs sont amenés à voter pour voir cinq des douze fragments imaginés au fil des ans par les artistes, garantissant ainsi l’unicité de chaque représentation. Entre récits documentaires, autofiction, travail à partir d’images, interaction avec le public, les scènes possèdent chacune leur unité, leur fonctionnement, leurs règles. Par leur mise en jeu, les deux performeurs, et leur interprète Georges Daaboul, invitent les spectateurs à se déplacer au sens propre comme au sens figuré, tel un groupe d’individus, à travers leurs préconceptions, à questionner leur rapport à une altérité et une identité prétendues.
Montévidéo les 15 & 16 novembre

ZIG-ZIG © Ruud Gielens

ZIG-ZIG © Ruud Gielens

Zig Zig

Théâtre

Tristement d'actualité. Zig zig. Une onomatopée cinglante prononcée par un soldat britannique envers une paysanne égyptienne qui lui offrait à manger, avant de la violer elle et sa belle-fille, et de tuer son mari et son fils. La scène se passe le 30 mars 1919, dans un village de la région de Gizeh en Egypte, pillé et saccagé par des officiers anglais.
A cette époque, Saad Zaghzoul, leader du parti nationaliste égyptien, mène la révolution contre le colonialisme britannique. Fait rarissime, une douzaine des villageoises saisirent la justice pour faire reconnaître ces crimes, leurs interrogatoires ayant été retranscrits et conservés dans les Archives du bureau des affaires étrangères à Londres. Au cours de son travail sur son précédent spectacle, Whims of Freedom, Leila Soliman a mis la main sur ces archives, et s’en sert de matériau textuel pour sa pièce qui braque un regard chirurgical sur ce drame oublié de la guerre d’indépendance égyptienne.

Sur un plateau quasi nu, quatre actrices soutenues par la musique et les chants d’une violoniste, donnent corps au courage et à l’abnégation de ces femmes. Tantôt inquisitrices ou victimes, leurs paroles se conjuguent par moments au présent, ouvrant un parallèle avec la culture contemporaine du viol. En se basant sur des faits perpétrés il y a 100 ans, la metteuse en scène pose ainsi la question : de quoi l’Histoire se souviendra-t-elle ?
Le Merlan le vendredi 17 nov

Love and Revenge

Love and Revenge

Ciné Concert Electro pop music and cinema from the arab world

Ciné-concert performatif alliant musique électronique et montage vidéo en live, Love and Revenge emprunte son titre au film de la sulfureuse chanteuse syrienne Asmahan.
Le duo libanais composé de Rayess Bek, figure incontournable du mouvement hip-hop et rap dans son pays, et de la photographe et vidéaste Randa Mirza, revisitent l’âge d’or de la musique et du cinéma arabe. Accompagnés par le oud électrique de Mehdi Haddab façon Hendrix, et les nappes synthétiques des claviers de Julien Perraudeau, les machines électroniques de Rayess Bek galvanisent les standards de la chanson populaire arabe de l’époque.
Sur la toile, La Mirza remixe des séquences filmiques de comédies musicales surgies du passé où apparaissent les icônes de la danse, de la variété et du septième art égyptiens, irakiens ou libanais, telle la diva Oum Kalthoum dans sa prime jeunesse ou les danseuses Samia Gamal et Tahia Carioca. Leur sensualité sans fard crève l’écran et nous rappelle à des jours baignés dans un nationalisme laïc où les moeurs étaient plus libérés tout en questionnant les contradictions présentes dans cette époque fantasmée où les femmes, bien que plus légèrement vêtues, étaient mises en scène par des hommes pour un public masculin.

Un voyage en terres nostalgiques où une partie du patrimoine culturel oriental flirte avec des influences anglo-saxonnes, et où glamour rétro et mélo suranné ouvrent une échappée aussi érotique que politique.
Friche la Belle de Mai grandes tables le 18 novembre

Transaction © Didier Nadeau

Transaction

Danse

Pour sa deuxième pièce après Déplacement en 2016, où il explorait les trajectoires d’exil et de migration forcés, Mithkal Alzghair, chorégraphe et danseur syrien exilé en France, puise à nouveau dans son héritage fracturé pour Transaction, une installation chorégraphique performative.
Obsédé par l’omniprésence des images dans notre quotidien, qui finit par vider de leurs significations ce qu’elles montrent, et la déshumanisation opérée par les médias des victimes de conflits, Mithkal Alzghair crée “des images qui murmurent pour rendre mieux audibles les cris d’effroi qui se cachent derrière”.

Des palettes de bois noires et deux corps jonchent le plateau dans ce qui s’apparente à un paysage après une explosion. Les danseurs harnachés à des poulies sont manipulés à vue dans une danse macabre qui joue sur des rapports de gravité et de transfert de poids. Passif ou actif, mort ou vivant, les corps s’éloignent et convergent à travers l’espace dessiné par le plasticien Khaled Dawa, tandis que les râles de la chanteuse syrienne Noma Omran se muent parfois en vocalises. Cet équilibre précaire révèle les liens d’interdépendance unissant des êtres aux prises avec un même système et une même réalité, comme si nos yeux, accoutumés à des images coupées toutes les trois secondes, avaient besoin de ce temps de suspens pour recouvrer la vue.
Friche la Belle de Mai grand plateau les 23 & 24 novembre

Hospitalité @ Pierre Nydegger Laure Cellier

Hospitalité @ Pierre Nydegger Laure Cellier

Hospitalités

Théâtre

Une réflexion sincère engendrée par un canular, la réalité qui transcende la fiction, le personnel qui confère à l’universel, l’antique qui se rappelle au contemporain…
Dans Hospitalités, les petites et les grandes histoires s’entrecroisent, pour n’en faire qu’une. C’est celle de La Bastide-Clairence, bourgade du pays basque classée parmi Les Plus Beaux Villages de France, que Massimo Furlan, lors de sa résidence là-bas, est venu transformer. Interrogeant ses habitants sur leurs préoccupations, il leur pose la question : de quoi avez-vous peur aujourd’hui ? Une inquiétude principale a alors surgi : la hausse du prix de l’immobilier qui prohibe l’accès à la propriété à leurs descendants. L’artiste italo-suisse imagine alors une fausse annonce à l’attention des villageois, appuyée par l’aide de complices locaux tels le maire actuel, l’ancien maire, l’esthéticienne, la potière… : l’ouverture d’un centre d’accueil pour migrants, afin de décourager les investisseurs. Rattrapés par une actualité de plus en plus pressante et l’urgence de venir en aide aux réfugiés, les protagonistes décident de muer la farce en action concrète. Ainsi l’association Bastida Terre d’Accueil est créée et une famille syrienne accueillie dans le bourg.

Hospitalités prend la forme d’une polyphonie basque, convoquant sur scène neuf villageois, acteurs de cet épisode de politique-fiction. A travers leurs récits personnels, leurs anecotes et leurs témoignages, se fraient jusqu’à nous les valeurs de partage et d’entraide des habitants de La Bastide-Clairence, village dont l’histoire est intrinsèquement à celle de l’immigration.
Friche la Belle de Mai grand plateau les 25 & 26 novembre

©-Youssef Krache

Yanis Kafiz

« Ces jeunes artistes nous parlent, à travers leurs images, d’eux-mêmes et des lieux dans lesquels ils vivent. C’est là un précieux témoignage de la grande vitalité et de la richesse de ce courant photographique qui traverse le pays. Il est essentiel que l’Algérie, comme de nombreux autres pays à travers le continent africain, soit aussi racontée, décrite, photographiée… par les Algériens eux-mêmes. » Bruno Boudjelal

Ikbal / Arrivées

Expo Pour une nouvelle photographie algérienne

A travers les objectifs de la jeune garde des photographes algériens, Ikbal - Arrivées offre un regard croisé sur l’Algérie contemporaine.

Une exposition de grande envergure, regroupant 400 clichés sélectionnés par Bruno Boudjelal, qui avait mené en 2015 un atelier de formation à la villa Abdellatif à Alger, en vue des Rencontres Photographiques de Bamako.

Au final vingt photographes, pour la plupart âgés entre 20 et 30 ans, offrent un témoignage vibrant de la vie du pays et de sa scène photographique, marquée historiquement par l’impact et le quasi monopole du photojournalisme. A l’instar de Fethi Sahraoui, Abdo Shanan, Youcef Krache et Sonia Merabet du Collectif 220, ces flamboyants représentants portent pour certains des noms ayant déjà ostensiblement voyagé. Déterminés à s’affranchir d’un néo-colonialisme artistique qui les assujettit aux standards et aux goûts occidentaux, ces photographes ouvrent et s’emparent d’autres possibles de représentation plus authentique du monde qu’ils côtoient et dans lequel ils vivent.

Animés par “une envie forte de montrer, de dire et de raconter leur pays”, leurs regards capturent tour à tour des fragments de vie intime ou sociale, des instantanés de réel citadin ou rural, visitant les thèmes du chômage, des migrants, de l’exil ou de la religion, dans des versions brutes ou poétiques. Des récits photographiques expérimentaux d’une justesse indispensable.
Friche la Belle de Mai tour panorama du 25 nov 2017 > 18 février 2018

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