Trames d’Aubusson le renouveau de la tapisserie contemporaine

jusqu'au sam 15 avr 2017
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Le centre d’art Les Pénitents Noirs s’associe à la Cité Internationale de la Tapisserie - Aubusson pour présenter une exposition, inédite en région, de tapisseries de grands maîtres du XXe siècle et de contemporains. Rendez-vous au centre d’art Les Pénitents Noirs du 10 décembre 2016 au 15 avril 2017.

Arp, Vasarely, Braque, Gleb... Autant de noms que l’on aurait tendance à associer à la peinture, à la sculpture alors que là il est question de tapisseries. Grâce au partenariat entre la Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson et la Ville d’Aubagne, le centre d’art Les Pénitents Noirs présente du 10 décembre au 15 avril une quinzaine de tapisseries que l’on classe chez les modernes et les contemporains.

La tapisserie est un patrimoine de plus de cinq siècles, un savoir-faire multiséculaire. Les organisateurs de l’exposition aubagnaise auraient pu faire le choix d’exposer les « verdures », les scènes de chasse ou religieuse des artistes du XVIe siècle. Mais non, ils ont choisi de poser la lumière sur le renouveau contemporain de la tapisserie au moment même où le musée d’Aubusson fait peau neuve et où l’on inaugure (10 juillet dernier) la Cité internationale de la tapisserie au sein de l’ancienne École nationale d’Art Décoratif réhabilitée, réponse à la labellisation par l’UNESCO en 2009 de ce savoir-faire mondialement reconnu comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

La tapisserie a connu un renouveau dans les années 40 grâce à l’apport d’artistes comme Jean Lurçat puis Jean Picart Le Doux. Aujourd’hui cet artisanat d’art est un artisanat de grand luxe honorant des commandes prestigieuses.

À Aubagne, les deux institutions partenaires ont décidé d’offrir une proposition artistique forte qui s’appuie sur ce savoir-faire ancestral. Le commissariat a été confié à Jacques Dubois, un aubagnais depuis toujours impliqué dans les milieux artistiques et à l’initiative de nombreuses expositions dans sa ville. Il a invité un de ses amis, Marc Petit, lui-même peintre-cartonnier dont l’ensemble des oeuvres ont été tissées dans les ateliers d’Aubusson. Six d’entre elles seront présentées au centre d’art, à côté de ses cartons et dessins.

Mais afin de faire découvrir l’inédit, une pièce tout juste sortie des ateliers Bernet à Aubusson, sera présentée à Aubagne. "Toute personne 2 - Tissage métissage" est une oeuvre de Vincent Bécheau et Marie-Laure Bourgeois, architectes, qui a été primée lors d’un appel à la création contemporaine 2012 d’Aubusson. Cette oeuvre monumentale a été exposée pour la première fois lors de l’inauguration de la Cité de la tapisserie en juillet 2016. Son deuxième accrochage est donc prévu, ici, à Aubagne, aux côtés d’oeuvres de Georges Braque, Victor Vasarely, Hans Arp, Mathieu Matégot ou Thomas Gleb.

Cette exposition n’est pas seulement celle des artistes précités. C’est aussi un moment pour mettre en avant un travail en collaboration où les uns dépendent des autres –artistes, lissiers- pour un résultat final dont les derniers sont souvent absents. A moins qu’ils soient eux-mêmes devenus artistes-lissiers.
Un travail fait d’humilité, d’abnégation, de pa- tience. Une exposition qui met en lumière des hommes, des métiers et un support souvent confidentiel.

Le parcours de l'exploitation

Le processus de fabrication d'une tapisserie

Jacques Dubois et Marc Petit à l’atelier de la Lune (Aubusson) avec la lissière Nadia Petkovic
Jacques Dubois et Marc Petit à l’atelier de la Lune (Aubusson) avec la lissière Nadia Petkovic

L’exposition Trames d’Aubusson a pour vocation de montrer la tapisserie des années 50 à aujourd’hui en présentant le processus de fabrication d’une oeuvre à travers le travail de l’artiste Marc Petit, peintre cartonnier, mais aussi celles de grands maîtres du XXe siècle.

À l’origine, les peintres fournissent des modèles sous forme d’huiles ou de gouaches, ou encore de peintures en grisaille, laissant au soin des ateliers l’adaptation de la maquette aux dimensions de la tapisserie.

Les peintres-cartonniers transforment une maquette en carton, à l’échelle de la future tapisserie, inversé gauche/droite pour correspondre au tissage sur l’envers. C’est une réécriture de l’oeuvre originale adaptée aux spécificités de la technique de la tapisserie, qui donnera des indications de tissage au lissier. Ce travail préparatoire à la tapisserie peut être considéré comme un simple outil que l’on jette s’il est abîmé à force d’être accroché sous le métier, après avoir refait une copie « propre ».

La rénovation de la tapisserie initiée par l’École Nationale d’Arts Décoratifs d’Aubusson, puis par Jean Lurçat, a modifié la méthode d’élaboration des cartons. Cela a permis à de nombreux artistes de se former à l’écriture du carton, devenant ainsi de véritables «peintres-cartonniers» intégrant la matérialité de la laine dans leur processus de création et se distinguant des peintres qui créaient seulement une maquette en petit format. À partir des années 1980, du rang de simple modèle, le carton a parfois pris le statut d’oeuvre artistique. Certaines ventes publiques ont reflété cette évolution avec des cartons dont le prix de vente dépassait parfois leur double tissé.

Le carton peut être plus ou moins éloigné de l’oeuvre originale, d’un simple agrandissement à l’échelle de la tapisserie avec quelques indications, transcription fidèle de l’image modèle et de ses couleurs telles que les a conçues l’artiste, à une traduction complète de l’oeuvre, dont les variations, dégradés, etc., sont transposés en codes graphiques indiquant des techniques de tissage particulières, et les couleurs peuvent être remplacées par des numéros. Chaque numéro correspond alors à une couleur de laine provenant de l’assortiment en chapelet obtenu grâce aux re- cherches d’un coloriste.

Aujourd’hui, même si les cartonniers restent d’habiles dessinateurs, la plupart des cartons sont réalisés au moyen d’impressions numériques ou de tirages photographiques.

LA TAPISSERIE CONTEMPORAINE LE TAPIS - PORTE

On constate avec un certain étonnement que la tapisserie va évoluer de manière concomitante en Europe de l’est et aux États Unis. Ces différentes évolutions de la tapisserie vont se rencontrer grâce à la biennale de la tapisserie créée à Lausanne en 1962 par Jean Lurçat et Jean Pauli.
Les différentes expositions qui vont se dérouler à Lausanne à partir des années 60 vont permettre de faire connaître la révolution de la tapisserie contemporaine. La tapisserie alors tenture murale depuis le moyen-âge, va être interrogée dans son rapport à l’architecture, elle va s’affranchir du mur, et devenir une oeuvre indépendante.

Aux Pénitents Noirs, l’oeuvre de Vincent Bécheau et Marie-Laure Bourgeois, 3e Prix – Appel à la création contemporaine 2012 d’Aubusson – il- lustre parfaitement ce propos.
Le projet monumental Tapis-porte allie trois dimensions de la tapisserie d’Aubusson : la tapisserie murale, la tapisserie d’ameublement (dans l’esprit d’une portière) et le tapis.

Cette oeuvre baptisée Toute personne 2 – tis- sage métissage a été créée dans les ateliers Bernet à Felletin. Commencée en janvier 2014, la tapisserie est tombée du métier en mars 2016. De dimension imposante, elle mesure 8 m de long, 2,50 m de haut et 2 m de large, elle occupera la première salle de la chapelle des Pénitents Noirs.

Le projet est constitué d’une tapisserie avec une découpe en U pour en dresser une partie sur le modèle d’une porte. Sur la partie verticale, l’envers de la tapisserie est également pensé en termes graphiques, faisant partie intégrante de l’oeuvre. Les fils de trame de l’envers du tissage sont laissés suffisamment longs pour être noués en pompons réguliers. Environ 70 couleurs sont nécessaires à la réalisation de cette tapisserie aux motifs calligraphiques complexes.

Les deux artistes ont puisé leur inspiration dans le Salon de la Guerre de Robert Bonfils , affiche pour l’exposition des arts décoratifs et industriels de 1925, illustrant la victoire des alliés à l’issue de la Première Guerre mondiale, exposé au Musée de la tapisserie d’Aubusson, en 2012. Ils ont mené une réflexion sur la guerre, la paix, la notion de frontière et la représentation du dia- logue. Le Tapis-Porte met en exergue la double nature de la frontière, ligne de séparation déclarée par les états et zone d’échanges investie par les individus.

S’appuyant sur l’étymologie commune des mots « texte » et « tissu », en cohérence avec le symbolisme de la guerre et de la frontière, les deux artistes ont choisi pour motif la multitude des écritures. C’est la matérialité de la lettre qui a guidé la conception de l’oeuvre : les lettres sont seulement des signifiants de l’universalité du langage, les caractères ne sont pas porteurs d’un message qui serait écrit. Ainsi, les alphabets du monde entier se croisent, se côtoient et se mêlent jusqu’à l’effacement de l’écriture. Ils sont visibles de près mais laissent de loin place à un graphisme dense, jusqu’à former un paysage.

Vincent Bécheau et Marie-Laure Bourgeois sont artistes, architectes DPLG de formation. En 2013, ils sont lauréats du concours pour la réalisation d’un mémorial de la Résistance à Saint- Étienne de Puycorbier et publient l’essai Glossaire du designer (Éd. La Muette/Le Bord de l’eau). En 2009, ils sont lauréats du concours pour la com- mémoration du Cinquantenaire de l’École Nationale de la Magistrature à Bordeaux. Leur projet Toute personne consiste en l’inscription au sol du préambule et des 30 articles de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme entre l’École et le Palais de Justice. Entre 2009 et 2010, ils créent et organisent MONC à Bergerac, réflexion menée par une trentaine d’artistes sur les relations entre espaces privés et espaces publics dans la ville.

MARC PETIT PEINTRE CARTONNIER

Marc Petit a, à son actif, 183 cartons de tapisserie réalisés entre 1954 et 1968, puis 550 autres dans les années qui ont suivi. Autant dire que plusieurs milliers de tapisseries de Marc Petit sont tombées de métier. L’artiste a ensuite pris du recul avant d’effectuer un retour éphémère en 1995 en réinventant des verdures. Depuis un an, il habite en permanence à Aubusson où, dans son atelier, il travaille chaque jour, préparant de nouveaux projets, comme Dunes. Son retour s’appuie sur les Ateliers Pinton, une manufacture avec laquelle il a, par le passé, beaucoup travaillé, même si à l’origine, il faisait équipe avec Raymond Picaud, son fidèle ami, disparu depuis longtemps. Aujourd’hui il fait tisser dans les ateliers Bernard Battu.

L’oeuvre tissée de Marc Petit est colossale, tant par l’importance numérique que par la qualité.
Pourtant, rarement des tapisseries de lui arrivent dans les ventes aux enchères, contrairement à celles de Lurçat. Elles sont aux mains de collectionneurs privés ou publics, tout heureux de les conserver précieusement.

Marc Petit qui, au fil des années et des décennies, a réalisé des tissages monumentaux et d’autres destinés aux appartements et maisons, a toujours travaillé par thèmes : les oiselés, les funambules, les animaux combattants, les aubes, les verdures. Il a connu un formidable succès tant en France qu’à l’étranger (USA, Allemagne, Australie...). Il s’est comporté également en ambassadeur d’Aubusson-Felletin en exposant dans des galeries (dont la Galerie Verrière) et des musées, en France et à l’étranger. Le grand critique Pierre Mastaud affirmait alors : «Progressivement, Marc Petit dépouille l’anecdote, et par des orchestrations de nuances de plus en plus franches, de plus en plus nues, recrée un monde imaginaire et invisible, tout d’espace, de profondeur et de lumière ».

LE RENOUVEAU DE LA TAPISSERIE ET LES GRANDS ARTISTES DU XXE SIÈCLE

En France le renouveau de la tapisserie, lente- ment initié par les nabis, et l’art nouveau, va surtout se concrétiser aux lendemains de la première guerre mondiale. En effet avec les nabis, puis le fauvisme, le cubisme, l’espace du tableau est ré-interrogé par les artistes. Le tableau « fenêtre », où est construit un espace illusionniste est remis en question, il devient pour eux un espace plan, bidimensionnel.

Cette nouvelle conception conduira certains artistes vers l’abstraction. Mais c’est aussi un moyen pour les abstraits d’inscrire leur démarche dans une tradition. Le renouveau des arts décoratifs a ouvert une porte aux artistes qui voient le moyen de conjuguer arts et décoration et ainsi mettre de l’art dans la vie.

La tapisserie va permettre aux artistes modernes de combiner différents aspects de leurs recherches plastiques et esthétiques. Mettre la peinture dans l’architecture et l’y intégrer au moyen du décora- tif. Cette démarche est commune à de nombreux artistes modernes qui ont tous à un moment ou un autre interrogé la tapisserie. Marie Cuttoli ouvre un atelier galerie dans les années 30, Denise Majorel aura une influence particulière des années 50 à 80 et Denise René développera la tapisserie abstraite avec Vasarely. Elles ont toutes les trois contribué à ce renouveau.

Autour de l'exposition

Le centre d’art Les Pénitents Noirs organise à chaque exposition des moments où les arts se croisent, où les connaissances s’échangent.

Mercredi 11 Janvier
16h. Trames en musique par le conservatoire de mu- sique, de théâtre et de danse d’Aubagne.

Jeudi 19 janvier
18h. Soirée-échange autour de l’histoire et des pratiques de la tapisserie. Présentation du catalogue de l’exposition.

Jeudi 9 février
18h30.Conférence d’Emmanuelle Luciani et Charlotte Cosson, historiennes de l’art. Une brève histoire de la tapisserie et de ses significations sociétales, son rôle à travers les siècles. Comment com- prendre le regain d’intérêt pour le textile dans l’art contemporain ?

Vendredi 10 mars
16h. Visite guidée particulière. Mise en situation de non-voyance. Tout public sur inscription.
18h. Trames en musique par le conservatoire de mu- sique, de théâtre et de danse d’Aubagne.

Vendredi 24 mars
18h. « Mystérieuse tapisserie ». Lecture à voix haute par Jean-François Lucido du passage de L’Odyssée sur l’Outre des vents. Introduction à un échange sur la tapisserie de basse lisse du XVIe siècle, L’outre des vents.

Jeudi 6 avril
18h. Trames en musique par le conservatoire de mu- sique, de théâtre et de danse d’Aubagne

Mercredi 10 mai
9h-17h. L’Art des possibles. Création d’une oeuvre collective et éphémère tissée. Espace des Libertés.

Informations Pratiques

Horaires
du mardi au samedi de 10h à 12h et de 14h à 18h

Tarifs
entrée gratuite
Entrée libre, les visites guidées ont lieu tous les samedis à 15h sans inscription (à l’exception de celle du 10 mars à 16h).

La programmation « Autour de l’exposition » est libre.

Tel 04 42 18 17 26
Courriel du centre d’art : chapelle.penitents@aubagne.fr
(http://www.aubagne.fr/aubusson)

Pour aller plus loin

20 mars au 25 mars
18e Festival International du Film d'Aubagne
Cinéma - documentaire

18e Festival International du Film d'Aubagne

Aubagne

Le Festival International du Film d'Aubagne présente grâce aux compétitions et aux projections thématiques, des premiers films (courts et longs métrages). Il soutient la jeune création cinématographique et la création sonore/musicale pour l'image.

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