Sur la terre...comme à La Criée

du 3 au 11 mars 2017

L'année du sol !

La Criée nous offre 2 spectacles et une conférence autour du thème de la planète bleue !

« Plus important, c’est l’année où, partout dans le monde, une phrase a commencé à résonner : « Nous sommes tous des graines. » Et bien que nous dormions dans la terre, au moment opportun nous germerons et nous émergerons avec tout notre potentiel.
Je tiens à vous saluer, pour cette année à venir ; une année déclarée « année du sol », l’année où nous trouvons notre contact avec la terre, de notre ancrage, de notre enracinement ; l’année où les graines d’espoir et d’amour, les graines d’abondance et de créativité, que nous semons, se multiplieront et nous montreront le chemin à suivre, et pas seulement à nous, mais aussi au monde qui veut fermer les yeux et qui persiste dans son aveuglement. »
Vandana Shiva

Les guerriers Massaï... avant le départ des gazelles

3, 7 et 8 mars – Petit Théâtre

Massai-©P.Geslin
Massai-©P.Geslin

Tarif de 6 à 13 € – Petit Théâtre – Mar-Mer 20h, Jeu 19h – Durée 1h

De et avec l’ethnologue Philippe Geslin
Mise en sène, sénographie, costumes Macha Makïeff

Troisième temps du triptyque Les Âmes Offensées, formes légères et plastiques, voyages où se mêlent exploration ethnologique, narration scientifique et imaginaire d’un explorateur poète, sur l’effacement des mondes.

Dire la continuité des mondes

Massai-©P.Geslin
Massai-©P.Geslin

Rechercher dans les moindres détails les attitudes intactes du passé. Celles décrites par nos aînés. Celles de nos rêves de gosses. En ethnologue, je sais que cette collecte est vaine ou presque. Et pourtant chacun de mes périples est un recommencement, un quasi entêtement. Prendre le temps, en vagabond sensible, curieux et exigeant.

Déplier les territoires des êtres et des choses, en révéler les coulisses, en restituer le sensible et l’anodin. Dans ces contrées lointaines, c’est dans l’imperceptible et le ténu qu’on saisit l’univers. Mon appareil photographique en carnet d’aquarelle plus qu’en carnet de note. Elle permet la caresse et le chevauchement, à la touche de lumière, avec cette palette étrange réduite au noir et blanc pour dire l’inquiétude.
J’aime l’effort d’exploration, le temps de pause qu’elle demande à ceux qui la regardent.
La photographie, écrit Pierre Mac Orlan, remet l’homme à sa place dans le décor. Cette place n’est pas celle d’un dieu créateur, mais d’un dieu mélancolique victime de ses créations.

Massai-©P.Geslin

Massai-©P.Geslin
Massai-©P.Geslin

Je suis né entre Mon oncle et Playtime de Jacques Tati. Mon métier, l’ethnologie, me permet de bourlinguer en observateur attentif, en acteur inquiet, toujours soucieux de rendre compte avec minutie des liens qui se tissent entre les Hommes et les choses dans des univers contrastés. Des portions de vie partagées, au bout du Monde, en Afrique, en Asie, en Amérique, au Groenland. Des rencontres surtout, au fil de terrains incroyables. Je change parfois d’horizon. Je pose régulièrement mon bagage dans les coulisses de la création, dans les « arrière-boutiques » d’artistes reconnu(e)s.

J’y retrouve plus encore cette combinaison subtile qui fait de l’ethnologue un glaneur d’émotions, celles d’autrui façonnées par les siennes propres. Ces terrains éphémères sont des « performances » dans le sens artistique du mot. Des paris sur la fin attendue. L’intention y est sans cesse en sursis. Nous nous penchons trop peu sur ces mondes en mouvement, aux pas de temps très courts. La photographie m’accompagne toujours dans ces vies entre deux cultures. Elle est pour moi un véritable mode d’expression littéraire.»

Philippe Geslin

« Ici, en Tanzanie, entre le Rift et le Kilimandjaro, au cœur de la savane vivent les Massai. Peuple mille fois décrit, qualifié. Peuple de guerriers. Peuple d’éleveurs. Peuple nomade. Hommes libres. Ils parcourent la brousse au rythme de leurs troupeaux, à celui des points d’eau, au fil de la traque des derniers grands gibiers. Zèbres, buffles, lions et éléphants. On touche du doigt un mythe. L’impression de « rencontrer l’Afrique ». Le sentiment de renouer le fil avec les origines. Celles d’une humanité rêvée. Rideau.
Le rêve a fait long feu, depuis longtemps déjà. Leurs longues silhouettes rouges font les délices des médias. Les « Safari » ne seraient pas complets sans une visite éclair dans un de leurs villages. Mise en scène. Le mythe au bout de l’objectif. Les animaux « sauvages » sont protégés, des terres confisquées et ces peuples sédentarisés. L’ ocre de la terre et des rocs, le vert des herbes hautes et des buissons tordus attendent en orphelins l’éclat familier du métal des lances, la sueur et le pourpre des corps. Vivre dans le souvenir est un curieux destin. »
Philippe Geslin

Globetrotter sensible et curieux, Philippe Geslin est ethnologue

Massai-©P.Geslin
Massai-©P.Geslin

De ses terrains lointains, il rapporte des carnets de notes, des photos, témoins éloquents de ses observations et rencontres. Avec la complicité de Macha Makeïeff, le récit de ses voyages gagne aujourd’hui la scène, à la faveur de deux conférences imagées où les mots de Philippe Geslin entrent en résonance avec tout un univers visuel et sonore.
À mi-chemin entre le récit et le théâtre, une façon différente d’appréhender l’art de « déplier les territoires des êtres et des choses ».

Massai-©P.Geslin
Massai-©P.Geslin

Macha : Pourquoi tu pars, Philippe ?

Philippe : Pour chambouler mon regard et me connaître, aussi. M. : Pourquoi tu repars ?

P. : Je repars pour ne pas limiter mon horizon à ma seule culture, rencontrer, prendre des risques, physiques, intellectuels. À propos de risque, Macha, tu es sûre que je dois faire ça sur scène ?

M. : Oui, il y a quelque chose de lyrique dans le discours scientifique et il faut le faire entendre sur scène, avec ta vraie voix, celle qu’on entend, là-bas. Et puis tu as accepté de prendre le risque, non ?

P. : Le risque dans les coulisses et sur scène, j’y joue ma peau ! Ou ce qu’il en reste !

M. : Les Âmes Offensées, j’aime bien ce titre que tu as trouvé !

P. : Oui, les communautés du bout du monde ont une capacité incroyable de survie, on devrait s’en inspirer au lieu de vouloir refaire le monde à leur place.

M. : On les offense, ces âmes, alors.

P. : Nos décisions les offensent, elles offensent celles de leurs ancêtres.

M. : Au bout du compte, artistes et ethnologues, nous sommes tous des mélancoliques, non ?

P. : Mélancolique parce que j’ai conscience, après d’autres, que ces peuples, ont beaucoup à nous dire, de si loin, de si près, en s’effaçant peu à peu de la planète..

Terre Noire

9 > 11 mars – Grand Théâtre

Tarif de 9 à 25 € – Grand Théâtre – Jeu 20h30, Ven-Sam 20h – Durée 1h05

De Stefano Massini
Traduction de l’italien Pietro Pizzuti
Mise en scène Irina Brook
Avec Romane Bohringer Odela Zaqira, avocate Hippolyte Girardot Wilson Helmett, avocat de Earth Co Jeremias Nussbaum Dalmar Khamisi, agent commercial Babetida Sadjo Fatissa Nassor, femme de Hagos Pitcho Womba Konga Hagos Nassor, petit propriétaire terrien

L’épopée contemporaine d’un paysan sud-africain contre une multinationale par Stefano Massini, l’une des voix fortes du jeune théâtre italien. Une pièce engagée défendue par Irina Brook qui invite avec lyrisme et sensibilité à conjurer le cynisme et le pouvoir de l’argent.

Hagos, cultivateur de canne à sucre sud-africain, rencontre l’avocate Odela Zaqira. Ils entament un combat de longue haleine contre la Earth corporation, entreprise multinationale qui convoite sa terre et dont les pesticides polluent ses champs. À travers un puzzle de trente-et-un tableaux, Irina Brook fait de cette crise politique et écologique une épopée contemporaine.

Terre noire ©Jean-Claude Fraicher
Terre noire ©Jean-Claude Fraicher

Tout commence lorsqu’une voiture s’arrête au bord du champ de canne à sucre de Hagos.
L’agent commercial d’Earth Corporation lui fait miroiter de l’argent, beaucoup d’argent. Son voisin a déjà capitulé : il exhibe une voiture flambant neuve devant son terrain qui donne cinq récoltes par an.
Comme tous les paysans de la région, Hagos tombe dans le piège. Il rêve de récoltes miraculeuses.
Mais la réalité s’avère tout autre : ses cannes à sucre se dessèchent, la terre de ses ancêtres est meurtrie par les produits chimiques et les dettes l’étranglent. Contraints à céder leur terre pour une bouchée de pain, le fermier et sa femme décident de faire appel à une jeune avocate déterminée, Odela Zaqira.

La pièce nous embarque dans une bataille psychologique digne d’un thriller hollywoodien : celle d’une femme seule contre les multinationales impitoyables. En trente-et-un tableaux, Stefano Massini campe l’histoire réelle et terrible d’un couple de paysans sud-africains devenus le jouet de grandes firmes. Il construit l’intrigue avec brio, comme un puzzle sombre et subtil. Irina Brook s’empare de ces scènes intenses et morcelées pour reconstruire, à travers un théâtre d’actualité, l’image d’un monde en péril où l’humanité perd sa place face au pouvoir de l’argent.

La terre est-elle condamnée à devenir l’objet d’un marché de dupe ? Comment résister à la mondialisation et retrouver nos racines ?

« Il n’y a personne qui soit né sous une mauvaise étoile, il n’y a que des gens qui ne savent pas lire le ciel. »
Le Dalaî Lama

Entretien avec Irina Brook

Terre noire ©Jean-Claude Fraicher
Terre noire ©Jean-Claude Fraicher

Terre Noire est une création originale pour le tnn ?
Oui, pour le réveillons-nous !, je cherchais un texte fort sur la Terre et l’environnement, avec un nouvel auteur. Stefano Massini, l’un des meilleurs jeunes auteurs de théâtre du moment, s’est très vite imposé. J’ai été frappée par la brillance de son écriture et son implication dans les sujets d’actualité. Dans son œuvre, il y a la renaissance d’un théâtre qui serait le reflet de la société, sans jamais perdre la dimension de spectacle.

Le théâtre engagé de Massini vous a-t-il également séduite par une écriture qui se prête à l’imagination du metteur en scène ?
Son écriture cinématographique, vivante, au rasoir, m’a tout de suite plu.
Son théâtre encourage une réflexion et un questionnement permanents sans tomber dans une froideur intellectuelle. Ce qui me fascine, c’est la richesse de son style et des ambiances que lui seul sait créer : des scènes cinématographiques et minimalistes succèdent à des monologues et des images poétiques. Cette juxtaposition entre le naturalisme et le théâtral est extrêmement intéressante pour la mise en scène et la direction d’acteurs. Son écriture m’offre un cadre très précis, ce qui est un challenge artistique fascinant pour quelqu’un qui habituellement « explose » les classiques. Me trouver dans une forme nouvelle est très enthousiasmant !

Terre noire ©Jean-Claude Fraicher
Terre noire ©Jean-Claude Fraicher

Le dramaturge a conçu sa pieèe comme un puzzle de trente-et-une saynètes interchangeables. Comment envisagez-vous de présenter ce puzzle ?
L’histoire se déroule sur plusieurs années, mais elle n’est pas racontée de manière linéaire : on peut faire des allers-retours permanents dans le temps et dans le destin des personnages. Cette structure de puzzle laisse une grande liberté. Stefano Massini souhaite que le metteur en scène et les artistes s’emparent de sa pièce et la jouent sous la forme qu’ils auront recomposée. Cela ouvre de nombreuses possibilités dans la mise en scène, comme de trouver la fin la plus forte, la plus théâtrale !

Que dit cette pièce de notre rapport au monde, à la Terre ?
La pièce nous plonge dans le problème de la corruption environnementale des multinationales. Elle montre jusqu’où peut aller la destruction de l’individu et de la planète. Tous ces désordres que nous créons vont finir par nous détruire. C’est inimaginable que nos dirigeants encouragent un sacrifice collectif suivant le diktat des grandes firmes. Nous détruisons chaque jour un peu plus notre relation à cette planète qui nous a tout donné depuis le début des temps. J’espère que Terre Noire pourra jouer une petite part dans une période de prise de conscience mondiale. Dans une intrigue passionnante, la piéce de Stefano Massini dénonce sans didactisme le processus d’instrumentalisation de la Terre. Tout cela pour de l’argent ! Et après ? Que restera-t-il ? On aura détruit ce qu’il y a de plus précieux...

Propos recueillis par Caroline Audibert

Massai-©P.Geslin

Selon Pierre Rabhi...

Dans cette oasis du Sud algérien où j’ai grandi, j’ai vu une petite société pastorale bouleversée par l’arrivée de l’industrie houillère. Mon père, qui faisait chanter l’enclume pour entretenir les outils des cultivateurs, a dû fermer son atelier pour s’abîmer dans les entrailles de la terre. Au Nord comme au Sud, des hommes ont été consignés pour faire grossir un capital financier dont ils n’avaient que des miettes. Ils y ont perdu leur liberté, leur dignité, leurs savoir-faire. J’avais 20 ans quand j’ai réalisé que la modernité n’était qu’une vaste imposture.

Je n’ai cessé, depuis, de rechercher les moyens d’échapper au salariat, que je considère, à tort ou à raison, comme facteur d’aliénation. C’est ainsi que je suis devenu « paysan agroécologiste sans frontières ».
Depuis trente ans, j’enseigne en Afrique des techniques que j’ai d’abord expérimentées sur notre ferme ardéchoise. Je rencontre des agriculteurs pris dans le traquenard de la mondialisation.
Des hommes à qui l’on a dit : « Le gouvernement compte sur vous pour produire des devises avec des denrées exportables. Vous devez cultiver plus d’arachide, de coton, de café. Il vous faut pour cela des engrais, des semences, des pesticides. » Dans un premier temps, on leur distribue gratuitement. Cadeau empoisonné.
Car, à l’évidence la terre est dopée et la récolte est plus abondante. Impressionné, le paysan retourne à la coopérative. Cette fois, les produits miracles sont en vente, à prix indexé sur celui du pétrole qui a servi à produire des engrais. « Tu n’as pas d’argent ? On va te les avancer et on déduira de la vente de ta récolte. » Le paysan sahélien qui cultivait un lopin familial se retrouve alors propulsé par la loi du marché dans la même arène que le gros producteur de plaines américaines ; endetté, puis insolvable. On a ainsi provoqué une misère de masse, bien au-delà de la pauvreté.

Le travail que nous faisons au Burkina Faso, au Maroc, au Mali et, depuis peu, au Bénin et en Roumanie, consiste à affranchir les agriculteurs en leur transmettant des savoir-faire écologiques et en réhabilitant leurs pratiques traditionnelles.

Pierre Rabhi Paysan, écrivain et penseur Pionnier de l’agriculture écologique en France

La journée de la planète !

Samedi 11 mars à partir de 10h - Entrée libre !

Spectacles, tables rondes, expositions et ateliers pour petits et grands. Une journée exceptionnelle dédiée à la Planète Bleue.

Une journée de réflexion et de divertissement dédiée à la Planète Bleue et à la place de l’homme dans notre monde en mutation. Comment saisir l’ingéniosité de la nature, sa force créatrice et l’immensité de ses ressources ?
Des spectacles, ateliers, rencontres et débats pour interroger nos manières de penser et d’agir.

Autour...de la Terre

Point de vue sur le Mucem le samedi 4 mars 2017 à 10h

Visite privée des collections du Mucem avec Philippe Geslin
Entrée libre sur réservation au 04 91 54 70 54

Intégrale Les Âmes Offensées au Musée du Quai Branly

Samedi 11 mars • 17h Les Inuits • 19h Les Soussous
• 20h Bord de scène avec Macha Makeïeff
Dimanche 12 mars • 17h Les Massaï

Bord de scène Vendredi 10 mars à l’issue de la représentation

Rencontre avec Irina Brook et l’équipe artistique de Terre Noire

Infos pratiques

PASS' PLANÈTE 30 € - Les guerriers Massï + Terre Noire

Renseignements et éservation : 04 91 54 70 54 ou sur le site

La Crée, Théâtre National de Marseille
30 quai de Rive Neuve 13007 Marseille

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