Sisley l'impressionniste du paysage

10 juin au 15 octobre 2017

Culturespaces et le Bruce Museum de Greenwich (Connecticut) coorganisent une exposition monographique itinérante sur le peintre impressionniste Alfred Sisley (1839-1899).

Une soixantaine d’oeuvres, dont certaines ont rarement été présentées au public, sont réunies pour cette exposition qui parcourt les différentes étapes de l’oeuvre de Sisley à travers les lieux de prédilection du peintre.

Du 10 juin au 15 octobre 2017, l’Hôtel de Caumont - Centre d’Art à Aix-en-Provence accueille Sisley, l’impressionniste, la première exposition monographique consacrée à cet artiste en France depuis 2002. Des institutions internationalement reconnues accordent d’importants prêts pour cet événement.
Parmi elles : le Metropolitan Museum of Art de New-York, la National Gallery of Art de Washington, le Cincinnati Art Museum, la Tate et la National Gallery de Londres, les Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles.

Alfred Sisley (1839-1899), Les Petits Prés au printemps - By, 1880-1881, huile sur toile, 54,3 x 73 cm, Tate, Présenté par un corps de souscripteurs en mémoire de Roger Fry, 1936 © Tate, London 2016
Alfred Sisley (1839-1899), Les Petits Prés au printemps - By, 1880-1881, huile sur toile, 54,3 x 73 cm, Tate, Présenté par un corps de souscripteurs en mémoire de Roger Fry, 1936 © Tate, London 2016

Plus qu’aucun autre impressionniste, Alfred Sisley s’est voué corps et âme à la peinture de paysage, demeurant toujours fidèle aux principes fondateurs du mouvement. Inspiré par Corot, les peintres de l’Ecole de Barbizon et probablement John Constable, Sisley peignait les paysages sur le motif et procédait à un repérage visuel systématique de lieux précis pour se constituer un ensemble cohérent de plans. Il notait aussi les différences entre les scènes au gré des changements de lumière, de temps et de saison.

Le talent avec lequel Sisley a su capter les effets de la lumière dansant sur l’eau, l’éclat du soleil d’hiver sur la neige et le givre, les mouvements des arbres sous le vent, la profondeur de scènes campagnardes ou l’immensité des ciels de son territoire artistique – l’Île-de-France – a fécondé son oeuvre, tout au long de sa carrière. L’exposition propose d’y porter un regard nouveau.

Couvrant l’ensemble de la carrière de Sisley, depuis les oeuvres présentées au Salon de 1866 jusqu’à ses vues du bourg pittoresque de Moret-sur-Loing dans les années 1890, l’exposition explore l’ascendance artistique de Sisley et sa relation avec ses compagnons impressionnistes. Le visiteur est invité à découvrir les stratégies picturales radicales de Sisley dans la décennie 1870, l’influence des estampes japonaises, de la photographie, de l’art hollandais du XVIIe siècle mais aussi de Constable et J. M. W. Turner sur sa pratique, ainsi que la relation entre son oeuvre graphique et sa peinture. L’accent est mis également sur les deux dernières décennies de sa vie pendant lesquelles son art de peindre en plein air témoigne d’une exécution toujours aussi vigoureuse, et une démarche toujours plus résolue.

Alfred Sisley (1839-1899), Moret-sur-Loing (La Porte de Bourgogne), 1891, huile sur toile, 65 x 92 cm, Collection particulière © Sotheby’s 2016
Alfred Sisley (1839-1899), Moret-sur-Loing (La Porte de Bourgogne), 1891, huile sur toile, 65 x 92 cm, Collection particulière © Sotheby’s 2016

Des photographies d’archives des paysages peints par Sisley sont mises en regard avec ses tableaux pour illustrer sa méthode de repérage spécifique. L’exposition se déroule de façon chronologique au fil des sites qui lui furent chers, que ce soit ceux où il vécut – Louveciennes, Marly-le-Roi, Sèvres, Veneux-Nadon, Moret-sur-Loing – ou ceux où il accomplit de brefs séjours – Villeneuve-la-Garenne et Argenteuil en 1872, Hampton Court, à l’ouest de Londres, en 1874, et la côte sud du Pays de Galles en 1897.

Grâce au commissariat de MaryAnne Stevens, historienne de l’art indépendante et spécialiste internationalement reconnue de l’artiste, l’exposition Sisley, l’impressionniste livre un panorama complet de l’oeuvre de Sisley, tout en proposant de nouveaux éclairages. En mettant en évidence les qualités remarquables de son oeuvre, elle permet aussi de reconsidérer la place de Sisley au sein de l’impressionnisme et, plus largement, du milieu artistique français de la seconde moitié du XIXe siècle.

Parcours de l'exposition

Salle 1 - Le paysage au coeur de l’oeuvre

Dès les toutes premières oeuvres que Sisley expose au Salon, en 1866, Sisley affirme son engagement dans la peinture de paysage telle qu’elle a été définie à partir des années 1830 par Corot et les peintres de l’École de Barbizon. Il s’agit de simples vues du village de Marlotte, en bordure de la forêt de Fontainebleau.
Cependant, à l’instar de la jeune génération de peintres qu’il côtoie depuis 1862 dans l’atelier du peintre Gleyre, et qui donnera vie quelques années plus tard à l’Impressionnisme, Sisley est aussi attiré par les vues de Paris. Si, au milieu des années 1860, sa touche large et chargée définit fermement les objets, elle s’allège et s’assouplit au fur et à mesure que l’artiste tente d’y introduire plus d’atmosphère : la fraîcheur du matin dans une vue des Batignolles, ou la qualité limpide de la lumière reflétée par les eaux du canal de l’Ourq.

Alfred Sisley Gelée blanche - Eté de la Saint-Martin, 1874, huile sur toile, 46,5 x 55,5 cm, Museum Barberini, Coll. Hasslo Plattner, Potsdam © 2016 Museum Barberini

Salle 2 - La Seine, théâtre de l’impressionnisme

Alfred Sisley (1839-1899), L’Inondation à Port Marly, 1872, huille sur toile, 46,4 x 61 cm, National Gallery of Art, Washington, Collection de M. et Mme Paul Mellon © Courtesy National Gallery of Art, Washington
Alfred Sisley (1839-1899), L’Inondation à Port Marly, 1872, huille sur toile, 46,4 x 61 cm, National Gallery of Art, Washington, Collection de M. et Mme Paul Mellon © Courtesy National Gallery of Art, Washington

Dans les années 1870, le bassin de la Seine est un terrain commun de découverte pour Sisley et ses amis impressionnistes. En 1872, Sisley s’installe à Louveciennes, sur les bords de la Seine, entre Bougival et Port- Marly. Dans ce village vivent aussi les parents de Renoir, ainsi que Pissarro, depuis 1866. La même année, Sisley séjourne chez Monet à Argenteuil où, à différentes reprises, les deux artistes ont traité le même motif. Ces paysagistes trouvent dans cette région tout un éventail de sujets qui constituent autant des références visuelles pour leurs tableaux, destinées à bouleverser la tradition picturale de l’Académie. Entre 1872 et 1876, aux abords de la Seine, Sisley explore tout l’éventail des effets impressionnistes dans une grande diversité de motifs : la gelée blanche, la brume, le brouillard d’automne, la rosée du matin, les hauts nuages de juillet, le ciel menaçant en hiver, les averses en été. Il ne force pas la note, il n’y met pas de drame : avec un lyrisme apparemment facile, il regarde et enregistre la scène, qu’il étaye par une discrète architecture formelle.

Alfred Sisley (1839-1899), Route de Louveciennes - effet de neige, 1874, huile sur toile, 65 x 92 cm, Museum Barberini, Coll. Hasslo Plattner, Potsdam
Alfred Sisley (1839-1899), Route de Louveciennes - effet de neige, 1874, huile sur toile, 65 x 92 cm, Museum Barberini, Coll. Hasslo Plattner, Potsdam

Argenteuil, Villeneuve la Garenne et Louveciennes

Situés sur les bords de la Seine, les villages d’Argenteuil et de Villeneuve-la-Garenne sont relativement accessibles depuis Paris. Sisley les peint lors de trois campagnes entre le début du printemps et l’été 1872.
Il choisit des paysages qui se prêtent à des explorations spatiales ouvertes, sur les côtés comme en profondeur, comme le voulaient les conventions traditionnelles de la peinture de paysage, mais il adopte les premières techniques impressionnistes : le fond est préparé dans des tons clairs, la palette est lumineuse et les masses sont décrites par des empâtements appliqués à l’aide d’une large brosse. Les ombres sont encore marquées en noir, par opposition avec les tons bleus ou violets que les impressionnistes vont progressivement introduire au début des années 1870.
Sisley emploie aussi une large palette de verts, pour représenter les arbres qui bordent les routes et les rives herbeuses de la Seine. A Louveciennes, Sisley se fera une réputation pour ses scènes de neige, rendues dans une gamme de gris sous un ciel très couvert, comme dans Hiver à Louveciennes, ou, au contraire, dans des contrastes de tons crème et bleus intenses sous la lumière de midi, ou encore rosés et bleus par une fin d’après-midi en hiver.

Salle 3 - Au fil des saisons. Bougival

Alfred Sisley Bougival, 1876 Huile sur toile, 62,2 x 73,7 cm Cincinnati Art Museum © Cincinnati Art Museum, John J. Emery Fund.
Alfred Sisley Bougival, 1876 Huile sur toile, 62,2 x 73,7 cm Cincinnati Art Museum © Cincinnati Art Museum, John J. Emery Fund.

Depuis la fin des années 1860, Sisley connaît bien le village de Bougival et ses environs. Installé à Louveciennes en 1872, il peut facilement explorer les innombrables sujets que lui offre cette partie de la vallée de la Seine. Travaillant en plein air sur le motif, il y saisit les changements de saisons : la lumière hivernale pure qui baigne la Seine, la brise fraîche d’une lumineuse journée de printemps, ou la chaleur orageuse d’été.
Durant ces mêmes années, Sisley comprend mieux l’importance des grands espaces dans un paysage. Il exploite la présence d’une route, d’un sentier ou d’un méandre du fleuve pour entraîner l’oeil dans la profondeur de la scène, ou pour suggérer l’existence d’un espace en expansion. Suivant la volonté de l’artiste de traduire l’immédiateté de son expérience visuelle et émotionnelle face à un motif, sa touche évolue et devient de plus en plus fébrile, en forme de virgules qui décrivent de manière essentielle les fluctuations de la lumière, de l’air et des conditions météorologiques particulières

Salle 4 - Entre le ciel et l’eau : Marly-le-Roi et Pont-Marly

Dès 1872, Sisley explore le potentiel visuel de Port-Marly. En décembre, les crues de la Seine lui offrent un spectacle qui correspond bien aux préoccupations de l’impressionnisme. La progression naturelle du niveau de l’eau, qu’il étudie à nouveau quatre ans plus tard, lors d’une nouvelle inondation, lui permet de capter le passage du temps, mais aussi de saisir les changements de conditions météorologiques et la relation qui existe entre l’architecture du ciel et ses reflets dans l’eau.
A l’hiver 1874-1875, Sisley s’installe dans le village de Marly-le-Roi, dans une maison située en dessous de l’étang artificiel (l’Abreuvoir) qui fermait le système alimentant en eau les parcs des châteaux de Versailles et de Marly. Il explore le motif à partir de différents points de vue et en différentes saisons pour créer un panorama composite. Cette séquence d’oeuvres peintes à Marly-le-Roi témoigne du désir de Sisley de saisir le caractère éphémère de l’instant dans des scènes subtilement nuancées selon les saisons et les heures du jour. En 1876, l’ensemble que Sisley expose lors de la 2e Exposition impressionniste, reçoit les plus grands éloges de la critique.

Salle 5 - « Sisley, l’Impressionniste »

Interview filmée avec MaryAnne Stevens, commissaire de l’exposition autour de Sisley : sa vie, son oeuvre et sa place dans le mouvement impressionniste.

Salle 6 - Les voyages en Angleterre

Alfred Sisley Sous le pont de Hampton Court, 1874 Huile sur toile, 50 x 76 cm Kunstmuseum Winterthur. Don du Dr Herbert et Charlotte Wolfer-de Armas, 1973 © Schweizerisches Institut für Kunstwissenschaft, Zürich, Lutz Hartmann
Alfred Sisley Sous le pont de Hampton Court, 1874 Huile sur toile, 50 x 76 cm Kunstmuseum Winterthur. Don du Dr Herbert et Charlotte Wolfer-de Armas, 1973 © Schweizerisches Institut für Kunstwissenschaft, Zürich, Lutz Hartmann

De nationalité anglaise mais ayant vécu en France toute sa vie, Sisley se rend en Angleterre à quatre reprises, tout au long de sa carrière. Entre 1857 et 1859, son père l’envoie à Londres pour se préparer à une carrière dans le commerce. Il découvre alors avec enthousiasme, dans les musées et les galeries londoniens, la grande tradition anglaise de peinture de paysage. En juillet 1874, Sisley accompagne Jean-Baptiste Faure, célèbre baryton de l’Opéra-Comique, pour un nouveau séjour à Londres. Préférant des lieux moins urbanisés, Sisley remonte le cours de la Tamise jusqu’à Hampton Court, localité connue par son palais royal, son pont en fonte et ses écluses et barrages qui fournissent des conditions idéales pour la navigation et la baignade. Ces motifs lui inspirent quelques compositions parmi les plus radicales de son époque impressionniste, comme Sous le pont de Hampton Court, qui correspond, selon l’historien de l’art Kenneth Clark, au « moment parfait de l’impressionnisme ».

Durant son quatrième séjour en Angleterre et au pays de Galles, au cours de l’été 1897, Sisley aborde des sujets qui donnent une nouvelle orientation à son oeuvre. Ne trouvant pas de motifs convenables à Falmouth, en Cornouailles, Sisley se rend dans le sud du pays de Galles, où il peint la vue des falaises en direction de la rade de Cardiff.
Les motifs vertigineux des falaises normandes de Monet, peints de façon intermittente de 1881 à 1897, ont peut-être aussi éclairé le choix des points de vue adoptés par Sisley à Penarth, où le flanc de la falaise et sa plage de galets en contrebas sont disposés de façon asymétrique au premier plan de la composition.

Salle 7 - Sisley, gardien de l’impressionnisme

Alfred Sisley À la lisière de la forêt – Les Sablons, 1884-1885, Huile sur toile, 54,5 x 65,5 cm Collection particulière © Koller Auktionen AG
Alfred Sisley À la lisière de la forêt – Les Sablons, 1884-1885, Huile sur toile, 54,5 x 65,5 cm Collection particulière © Koller Auktionen AG

En 1880, dans une série de trois articles, l’ancien défenseur des impressionnistes, Émile Zola, reproche à ces artistes de ne pas créer de chefs-d’oeuvre capables de survivre à l’épreuve du temps. La situation incite les impressionnistes à remettre leur programme en question, mais, contrairement à Monet, Renoir et Pissarro, qui, chacun à sa façon, se retirent dans leur atelier pour produire des oeuvres inspirées à la fois par l’art japonais, par la peinture classique et par une réflexion approfondie sur les implications de la théorie des couleurs, Sisley demeure fidèle au programme impressionniste.
Toute sa vie, il continuera à peindre directement sur le motif afin de saisir les effets particuliers de la lumière et des conditions météorologiques sur ce qui reste son sujet principal : le paysage. Néanmoins, il commence à s’interroger aussi sur son approche de la composition et sur sa technique, et à repenser sa manière de traduire la lumière en couleurs. Ainsi, au cours des années 1880, Sisley va régulièrement briser les conventions du paysage qui régissent la succession des plans vers l’horizon. Souvent, il remplace certaines composantes habituelles du paysage – une route ou un cours d’eau qui entraîne le regard dans le lointain – par des arbres qui bloquent la progression logique dans la profondeur, ou par un terrain très pentu qui domine le devant de la composition. Parallèlement, il renforce sa palette et radicalise le principe de juxtaposition de couleurs complémentaires : des violets intenses se heurtent à des jaunes, les verts à des rouges, les oranges à des bleus, créant une profusion de tonalités qui expriment toute l’intensité et les variations de la lumière naturelle.

Salle 8 - A l’apogée de son art : Moret-sur-Loing

Alfred Sisley (1839-1899), Moret-sur-Loing (La Porte de Bourgogne), 1891, huile sur toile, 65 x 92 cm, Collection particulière © Sotheby’s 2016
Alfred Sisley (1839-1899), Moret-sur-Loing (La Porte de Bourgogne), 1891, huile sur toile, 65 x 92 cm, Collection particulière © Sotheby’s 2016

Du vivant de Sisley, Moret-sur-Loing comptait un peu plus de 2 000 habitants. On y trouvait de nombreux bâtiments du Moyen Âge, la vie y était tranquille et l’environnement naturel très beau.

Certains tableaux de Moret-sur-Loing datent de 1881, mais c’est quand il s’installe définitivement dans la ville, en 1889 (et jusqu’à la fin de ses jours) que Sisley exploite tout le potentiel de cette localité pittoresque.
Pour saisir la ville et ses rives plantées de peupliers, Sisley adopte une approche quasi cinématographique, choisissant des emplacements qui lui permettent de couvrir 360 degrés et d’interpréter son sujet dans une succession de points de vue. Par cette exploration d’un lieu à partir de multiples points de vue, Sisley se révèle aussi novateur que Monet. Plutôt que d’imiter le principe des séries adopté par d’autres peintres impressionnistes comme Monet et Pissarro à partir de la fin des années 1880, Sisley trouve sa propre réponse à la nécessité de donner une stabilité à ses compositions en abordant son motif dans une optique séquentielle. À Moret, Sisley a aussi recours au principe de la série pour donner la stabilité nécessaire à des compositions nées de moments fugitifs.
Entre 1893 et 1894, il se concentre tout particulièrement sur les façades de l’église gothique Notre-Dame, exécutant quatorze toiles à différentes heures du jour et dans différentes conditions météorologiques (quatre oeuvres de cette série sont réunies dans l’exposition).

Salle 9 - La Symphonie des ciels. Saint-Mammès

Alfred Sisley À Saint Mammès (confluence du Loing et du canal du Loing), 1892 Huile sur toile, 66 x 92,5 cm Museu nacional d’art de Catalunya, Barcelone © Museu Nacional d’Art de Catalunya, Barcelona (2016) / Photo : Jordi Calveras
Alfred Sisley À Saint Mammès (confluence du Loing et du canal du Loing), 1892 Huile sur toile, 66 x 92,5 cm Museu nacional d’art de Catalunya, Barcelone © Museu Nacional d’Art de Catalunya, Barcelona (2016) / Photo : Jordi Calveras

Depuis 1880, Sisley est installé au confluent du Loing et de la Seine, dans une région bordée à l’ouest par la forêt de Fontainebleau. Les bourgades, petites et tranquilles, lui permettent de vivre comme il l’entend, travaillant sans cesse et vivant dans la discrétion. Sisley refuse désormais régulièrement des invitations à se rendre à Paris, même s’il reçoit toujours la visite de ses amis, comme Berthe Morisot et Stéphane Mallarmé.
La touche de Sisley, déjà plus fracturée dans les toiles de la fin des années 1870, subit une nouvelle transformation. La pâte est appliquée de façon beaucoup plus gestuelle, dans une sorte de tissage de couleurs riches. Pour bien rendre les vastes étendues du ciel et du paysage fluvial de Saint-Mammès, Sisley entreprend de créer un panorama composite de la ville depuis l’autre rive de la Seine, déplaçant son angle de vision de 180 degrés pour peindre une suite de tableaux qui se répondent. La séquence commence à gauche avec une vue du pont et se poursuit avec trois paysages fluviaux dominés par le ciel à différents moments de la journée et avec des nuages variés.

Plus que jamais, les toiles peintes à Saint-Mammès, confirment l’importance accordée au ciel en tant qu’élément central de la composition, à travers le choix de quelques perspectives spectaculaires capables de bouleverser les conventions traditionnelles de la peinture de paysage.

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