Marilyn Monroe sous l’œil des plus grands photographes

jusqu'au lun 1 mai 2017

Organisée par Culturespaces, l’exposition « Marilyn » se tiendra du 22 octobre 2016 au 1er mai 2017 à l’Hôtel de Caumont - Centre d’Art d’Aix-en-Provence. Marilyn Monroe (1926-1962) est certainement la star la plus photographiée dans l'histoire du cinéma.

André de Dienes, Milton Greene, Philippe Halsman, Eve Arnold, Cecil Beaton, Sam Shaw, Ed Feingersh, George Barris, Bert Stern… les meilleurs photographes de son temps l’ont immortalisée, faisant de Marilyn l’icône que tout le monde connaît.

A travers une soixantaine de tirages photographiques, principalement issus de collections privées, et de nombreux supports multimédia, l’exposition « Marilyn » raconte l’histoire de la relation particulière que Marilyn Monroe a toujours entretenue avec la photographie et les photographes. Une relation centrale dans la construction de son image mythique.

Plus encore que la caméra, Marilyn aimait l’appareil photo et les photographes le lui rendaient bien.
On sait combien Marilyn Monroe s’est prêtée au jeu de la célébrité, renvoyant à chaque paparazzi un sourire éclatant.

Très jeune, elle dévore les magazines de cinéma dont les photos idéalisées éveillent son intérêt pour la photographie. Débutant comme modèle puis comme pin-up, elle comprend vite le pouvoir de l’image, dont elle a besoin pour lancer sa carrière cinématographique, et s’en empare. Sa photogénie exceptionnelle et son travail intensif avec les photographes hollywoodiens réputés portent vite leurs fruits et elle apparaît en couverture de nombreux magazines, contribuant au développement de sa popularité comme de son érotisme. C’est sous l’objectif des photographes publicitaires des studios que Norma Jeane Baker, petite fille à l’enfance difficile, devient Marilyn Monroe, la star. Les médias construisent l’image toute faite d’une femme joyeuse, radieuse.

Or Marilyn est multiple, complexe. Car l’icône a deux faces : celle, solaire et lumineuse, de la blonde et celle, plus sombre, d’une jeune femme perfectionniste, fragile et vulnérable.
Marilyn noue un dialogue de confiance avec les photographes, plus qu’avec les journalistes ou même les réalisateurs. Elle initie très régulièrement des séances de photographie pour façonner elle-même son image et se défaire du rôle dans lequel l’enferment les médias et les studios hollywoodiens, la Fox en particulier. Marilyn tient à contrôler chaque image – comme sur ces planches contacts de la « Dernière Séance » de Bert Stern, présentée en fin d’exposition, où elle barre les clichés qui lui déplaisent. C’est cette co-construction de son image, révélant la maîtrise du photographe autant que la sienne, qui est ainsi donnée à voir.

L’exposition bénéficie d’un double commissariat : Sylvie Lécallier, chargée des collections photo au Palais Galliera, Musée de la mode de la ville de Paris, pour la première partie et Olivier Lorquin, président du Musée Maillol à Paris, pour la partie consacrée à la « Dernière séance » de Bert Stern.

Parcours de l'exposition

SALLE 1 - I Wanna Be Loved By You

La première salle de l’exposition met le spectateur face à l’image ultraconnue de Marilyn Monroe, star de cinéma.
Une grande installation multimédia fait résonner l’une de ses interprétations cinématographiques et musicales les plus célèbres, « I wanna be loved by you », extraite de « Certains l’aiment chaud » de Billy Wilder (1959).

SALLE 2 - De Norma Jeane à Marilyn Monroe, 1926 - 1962

Une grande frise chronologique habille les cimaises de la salle 2. Un riche album photographique, des vidéos d’archive et des enregistrements sonores rappellent à la fois les points saillants de la vie privée de Norma Jeane Baker, alias Marilyn Monroe, et sa filmographie.

En parallèle s’inscrivent les grands événements historiques et culturels des Etats-Unis qui, du krach boursier en 1929 à l’élection de John Fitzgerald Kennedy en 1961, ont jalonné sa vie.

En 1945, c’est André de Dienes qui, le premier, a saisi Marilyn dans des conditions exceptionnelles, notamment pendant un long voyage en amoureux qu’ils entreprennent à travers les Etats-Unis. Les clichés de ce photographe présentés dans cette salle montrent une jeune Marilyn fraîche et sans fard, posant souriante sur la plage, aux tout débuts de sa carrière.

André de Dienes : le premier photographe

André de Dienes (1913-1985) est un photographe de mode, de publicité et de nus installé à Los Angeles depuis les années 1930. Lorsqu’il rencontre Norma Jeane en 1945, il est immédiatement séduit par la photogénie du mannequin débutant. A la fin de l’été il l’emmène dans un périple de plusieurs milliers de kilomètres à travers la Californie, l’Arizona, le Nevada et l’Oregon, au cours duquel le photographe tombe amoureux de son modèle.
Chaque image réalisée en plein air traduit l’émerveillement du photographe devant l’icône naissante. « Je découvrais la qualité de sa peau, lisse, polie, une de ces peaux qui irradie la lumière plutôt qu’elle ne l’absorbe. »
Le retour à Los Angeles signe le début d’une amitié fidèle. « Nous restions parfois des mois entiers sans nous voir. Puis un beau jour, elle m’appelait, souvent pour me demander de nouvelles photos. » En 1949, Marilyn vient faire la promotion du film Love Happy (La Pêche au trésor) à New-York : « J’ai une grande journée libre demain. Nous pourrons faire des tas de photos, je vais en avoir drôlement besoin, celles du studio sont tellement… tellement conventionnelles. » De Dienes court acheter deux maillots de bain, deux ombrelles, des écharpes de couleur… C’est la fameuse série sur la plage de Long Island. Il la retrouve en pleine gloire, en 1953, et une nuit de désespoir elle l’appelle pour qu’il fasse des photos d’elle dans une rue sombre de Beverly Hills. En 1960, elle débarque chez lui une dernière fois : « Si tu as encore envie de faire des photos de moi, vas-y. Je suis disponible. Demain, ce soir,
tout de suite, comme tu voudras. »

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« Mon travail avait retenu l’attention par son caractère documentaire, qui tranchait sur les portraits en studio de stars de cinéma éclairés avec soin, posés et retouchés.”

Eve Arnold, in Marilyn for ever, éd. Albin Michel, 1987, p.9

« Nos relations fondées sur l’intérêt mutuel se transformèrent en amitié. Entre nous, le lien n’était autre que la photographie. Elle aimait mes portraits et elle était assez avisée pour réaliser que c’était une manière inédite de la présenter – un regard plus libre plus intime que les portraits de studio pour lesquels elle était habituée à poser à Hollywood. »

Eve Arnold, in Marilyn for ever, éd. Albin Michel, 1987, p.9-10.

SALLE 3 - De la pin-up à la star d’Hollywood

Les premières images publiques de Marilyn ressemblent à celles de beaucoup d’autres filles rêvant d’une carrière à Hollywood et posant en pin-up pour des calendriers ou des magazines.
Mais, cette image de stéréotype féminin se transforme radicalement à mesure que Marilyn s’affirme à l’écran et dans les affiches et photos promotionnelles de ses films. C’est l’image d’une grande star de cinéma qui finit par s’imposer.

La pin-up

Norma Jeane débute sa carrière comme mannequin. En 1945 elle rejoint la Blue Book Modelling Agency et pose pour de nombreuses publicités. Parallèlement à ses débuts dans l’industrie cinématographique, Marilyn se consacre à une quantité impressionnante de photos de pin-up qui contribuent à la très grande popularité de son image ainsi qu’à son caractère érotique. Contrairement à d’autres stars du grand écran elle n’est pas un pur produit des studios. Ces derniers ne croyaient pas particulièrement en ses talents d’actrice. Marilyn a forgé sa célébrité elle-même, à force d’un travail quotidien. « Je l’avais persuadée de se montrer partout, de ne jamais refuser d’être photographiée. L’important était qu’on la voit le plus possible » témoigne De Dienes.

En 1946-1948 les photographies de Bruno Bernard ou d’Earle Moran correspondent aux stéréotypes de l’image de la pin-up dont le succès s’est imposé chez les soldats pendant la seconde guerre mondiale et que l’on voit fleurir pendant la guerre de Corée. Accessoires et poses ont pour but de mettre en valeur les qualités plastiques de la jeune femme et contribuent à son statut de sex symbol. Marilyn continuera de poser comme pin-up jusqu’en 1953.

La star hollywoodienne

Grâce à son premier contrat avec la 20th Century Fox en 1946, Norma Jeane Baker devient Marilyn Monroe. Ce changement s’accompagne d’une transformation physique : la starlette naissante doit correspondre à certains critères d’ordre cinématographique qui définissent l’actrice hollywoodienne à la fin des années 1940. Ses cheveux frisés sont lissés. De brunette, elle devient blonde platine à l’image de Jean Harlow qui est sa référence absolue et comme cette dernière elle peut désormais affirmer : « I am the blonde » (« Je suis la blonde »).

A partir de 1949 les photographes publicitaires tels Frank Powolny, Laszlo Willinger ou Gene Kormann, réalisent à chaque nouveau film des images de la star montante ; prises en studio avec un éclairage artificiel sophistiqué, celles-ci sont ensuite retouchées afin d’éliminer toute imperfection. Généralement photographiée en buste, les épaules dénudées, le regard langoureux et la bouche légèrement entrouverte, Marilyn, le visage toujours radieux, évolue au fil des ans de la jeune et jolie ingénue à la blonde la plus sexy d’Amérique. La construction d’une icône est à l’oeuvre, image publique, surface lisse et trompeuse d’une femme autrement plus complexe.

Le calendrier du scandale

En mai 1949, le photographe de Los Angeles Tom Kelley (1914-1984) et sa femme Nathalie proposent à Marilyn Monroe de poser nue pour un calendrier. « Tu es idéale pour ce boulot non seulement parce que tu es bien balancée, mais parce que tu es inconnue. Personne ne te reconnaitra », lui dit Tom Kelley. Marilyn manque cruellement d’argent, et en grande admiratrice de Jean Harlow, sait que cette dernière a fait de même 20 ans plus tôt, pour une série de photos prises par Edwin Hesser dans Griffith Park.

Elle accepte donc et raconte : « Je passai l’après-midi à poser » dans un petit studio sans confort. Après quelques clichés, je cessai de me sentir déprimée. Mon corps me plaisait bien. » Ces images sortent au grand jour en 1952 alors que Marilyn, star montante d’Hollywood, tourne dans Troublez-moi ce soir. Marilyn reconnut immédiatement que c’était bien elle sur la photo et s’attira la sympathie du public en déclarant : « J’avais faim ». Conséquence directe du scandale et de la popularité qu’il lui apporte, le 7 avril 1952 Marilyn fait la couverture de Life. En décembre 1953, une des photos sera publiée en page centrale du premier numéro du nouveau magazine Playboy qui se vendra à plus de 50.000 exemplaires. La série des douze nus différents correspondant chacun à un mois de l’année est désormais iconique.

« Elle s’ébat, elle pousse des petits cris avec délice, elle bondit sur le divan. Elle met une fleur dans sa bouche, soufflant sur une marguerite comme si c’était une cigarette. C’est de l’improvisation toute naturelle, pleine de verve, une folie contagieuse. Tout cela finira probablement dans les larmes. »

Cecil Beaton, in Marilyn Monroe et les caméras, éd. Schirmer Mosel, 1989, page 170

SALLE 4 - Marilyn, icône photographique

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Tout au long de sa carrière, Marilyn sollicite les photographes, dans un besoin stratégique de se montrer sous un jour différent. Du reportage classique signé par l’agence Magnum aux portraits posés en studio, du photo essay intimiste aux mises en scène, Marilyn explore différents genres loin des conventions imposées par Hollywood.
Si elle pose devant l’objectif des plus grands comme Cecil Beaton ou Richard Avedon afin de confronter son image à leur regard assuré, elle contribue également à la notoriété de nombreux jeunes photographes, à qui elle offre sa photogénie avec confiance et générosité. Devant l’appareil photo Marilyn est en effet libérée des exigences du metteur en scène et de l’angoisse de la performance. Le temps de prises de vues qui s’étirent souvent en longueur Marilyn noue ainsi avec les photographes des relations qui les marqueront tous profondément.

« Elle a jailli de l’obscurité pour devenir le sex-symbol de l’après-guerre, la pin-up de notre temps. Et même si les agences de presse, la fabrique du mythe, ont contribué à mettre la machine en marche, c’est son propre talent – si singulier – qui lui a permis de poursuivre son envol. »

Cecil Beaton, in Marilyn Monroe, Fragments, éd. Seuil, p. 260

Reconnu pour ses images de mode et ses portraits de célébrités et de la famille royale, le photographe anglais Cecil Beaton (1904-1980) fait tout pour obtenir une séance de portrait avec Marilyn Monroe à New York.
Frappé par la capacité de Marilyn à se transformer sans cesse, à ne jamais se figer dans une pose, il écrit dans ses mémoires : « Elle s’ébat, elle pousse des petits cris avec délice, elle bondit sur le divan. Elle met une fleur dans sa bouche, soufflant sur une marguerite comme si c’était une cigarette. C’est de l’improvisation toute naturelle, pleine de verve, une folie contagieuse. Tout cela finira probablement dans les larmes. » Une autre photo de la même série la montrant allongée avec un oeillet rouge est l’une de celles que Marilyn préférait. Elle en gardait plusieurs dizaines d’exemplaires pour les envoyer dédicacées à ses admirateurs.

Philippe Halsman

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Comme en témoignent ses nombreuses couvertures de Life, Philippe Halsman (1906-1979) acquiert une véritable notoriété dans le domaine du portrait. Il photographie Marilyn Monroe à plusieurs reprises, entre 1949 et 1959.
Il aime travailler dans un cadre intimiste avec des séances de pose de courte durée.
En 1952, il est envoyé par Life dans le petit studio où Marilyn habite alors à Hollywood. Il raconte :
« Finalement je lui ai demandé de se mettre dans le coin de la pièce. J’étais face à elle avec mon appareil, le reporter de Life et son assistant étaient à côté de moi. Marilyn était comme immobilisée, elle flirtait avec nous trois, et pour finir la photographie fit la couverture de Life du 7 avril 1952. »
En 1959, toujours pour une couverture de Life, Marilyn passe plusieurs heures dans le studio new-yorkais du photographe à sauter jusqu’à 200 fois pour obtenir « le saut parfait » censé révéler
sa personnalité, comme le photographe demandait de le faire à la plupart de ses modèles

Richard Avedon

Lorsqu’il photographie Marilyn Monroe dans son studio new yorkais le 6 mai 1957, Richard Avedon (1923-2004) est déjà reconnu comme un des plus grands photographes de son époque. Cette séance de prises de vues est consacrée à la réalisation de clichés publicitaires pour la sortie du film Le Prince et la Danseuse. Marilyn pose notamment dans une robe noire à paillettes. Se souvenant de la session, Richard Avedon raconte : « Pendant des heures, elle a dansé, chanté et flirté, elle a fait sa Marilyn Monroe. Et puis il y a eu la chute inévitable. Et une fois que la nuit, le vin blanc et la danse étaient terminés, elle s’est assise dans un coin, comme un enfant, tout ayant disparu. Je l’ai vue assise tranquillement sans expression sur son visage, je marchais vers elle mais je ne l’aurais pas photographiée à son insu. Lorsque je suis arrivé près d’elle avec mon appareil, j’ai vu qu’elle ne disait
pas non ».

Milton Greene

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Lorsqu’il rencontre Marilyn Monroe à Hollywood en août 1953 pour le magazine Look, Milton Greene (1922 – 1985) est un photographe reconnu pour ses portraits de célébrités. C’est le début d’une exceptionnelle collaboration de quatre ans (environ 50 shootings) alors que Marilyn est au sommet de sa carrière. Il devient son photographe principal mais aussi son conseiller artistique, son agent et son partenaire en affaires, qui lui permet de revoir son contrat avec la Twentieth Century Fox.
Ensemble ils fondent les Marilyn Monroe Productions Inc., qui produisent les films Bus Stop et Le Prince et la danseuse. C’est aussi une histoire d’amitié. Marilyn vit quelque temps avec la famille de Milton Greene dans le Connecticut. A New York, Greene organise de nombreuses sessions de prises de vues dans son studio sur Lexington Avenue. Marilyn y apparaît détendue et sexy, dans certaines des images qui sont les plus emblématiques de la star. « Je n’ai jamais vraiment aimé la manière dont j’étais photographiée jusqu’à ce que je voie les photos de Milton. Milton a un don… ce n’est pas seulement un photographe c’est vraiment un artiste. […] L’une des choses qui en fait un tel artiste est sa sensibilité, son sens de l’introspection.
C’est la première fois que je n’avais pas à poser. Il me laissait réfléchir mais son appareil était sans cesse en action. Je ne m’en rendais pas compte. » En 1957, suite à son mariage avec Arthur Miller, Marilyn met fin à leur collaboration. Leurs dernières photos datent du mois de janvier.

Eve Arnold

Eve Arnold (1912-2012) est l’une des rares femmes à suivre Marilyn Monroe plusieurs années. Elle la photographie à 6 reprises en 10 ans et fait partie des photographes envoyés par l’agence Magnum sur le tournage des Désaxés en 1960. Marilyn avait fait appel à Eve Arnold en 1952 après avoir vu l’un de ses reportages sur Marlene Dietrich dans Esquire. « Nos relations fondées sur l’intérêt mutuel se transformèrent en amitié. Entre nous, le lien n’était autre que la photographie. Elle aimait mes portraits et elle était assez avisée pour réaliser que c’était une manière inédite de la présenter - un regard plus libre, plus intime que les portraits de studio pour lesquels elle était habituée à poser à Hollywood. » Souvent appelée au dernier moment pour l’accompagner lors de déplacements officiels, Eve Arnold, qui a su gagner la confiance de la star, saisit dans ce portrait les quelques minutes de repos que Marilyn s’accorde alors qu’elle a été en représentation toute la journée. A la parution de l’ouvrage Marilyn for
ever en 1987, Eve Arnold avoue : « 25 ans après sa mort, je suis toujours hantée par elle, telle qu’elle apparaissait devant mon objectif. »

Sam Shaw

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Sam Shaw (1912-1999) débute comme photographe de plateau, préférant photographier ses modèles de
manière spontanée à l’opposé des stéréotypes du glamour hollywoodien. Il photographie Marilyn Monroe à plusieurs occasions entre 1954 et 1957, la première fois sur le tournage de 7 ans de réflexion, et sa photographie de Marilyn sur la bouche de métro deviendra iconique. Pour le magazine Look, il retrouve la star au cours de l’été 1957 qu’elle passe avec son mari Arthur Miller dans leur cottage à Roxburry dans le Connecticut.
Pour cette série, le photographe se souvient comme il était difficile pour Marilyn d’accepter des prises de vues au naturel, sans maquillage. Pourtant il est l’auteur de certains des plus belles images de Marilyn, notamment sur la plage d’Amagansett le même été. « Je voulais juste montrer cette femme fascinante, quand elle baisse sa garde, au travail, à l’aise hors de la scène, dans les moments de joie dans sa vie et, comme elle était souvent, toute seule ».

George Barris

Le photographe de presse George Barris photographie Marilyn Monroe pour la première fois à New York en 1954 lorsqu’il est envoyé sur le tournage de 7 ans de réflexion. Cette rencontre signe le début d’une longue amitié.
A l’initiative de l’actrice, ils organisent plusieurs séances de prises de vues au cours des mois de juin et juillet 1962. Ces photos devaient servir à illustrer une sorte de biographie qui aurait permis à Marilyn, selon ses propres termes, « de mettre les choses au point ». Elle avait ainsi accordé une interview à Barris qui venait la retrouver dans sa maison de Brentwood, où la star était plutôt isolée. George Barris sera le dernier photographe à la prendre en photos le 13 juillet 1962, sur la plage de Santa Monica. Il se souvient : « En fin d’après-midi, il faisait froid et Marilyn était fatiguée. Nous avions travaillé dur. Elle ne se plaignait pas, cependant, et restait assise sur la plage enveloppée dans un chandail de pêcheur. J’ai mis une couverture sur elle. Elle a tendu ses lèvres et a dit « Ceci est juste pour vous, George », puis elle a soufflé un baiser pour moi. C’est la dernière photo que j’ai prise d’elle ».

Ed Feingersh

Ed Feingersh (1925-1961) est un jeune reporter peu connu installé à New York lorsqu’il est engagé par Milton Greene qui s’occupe de l’image de Marilyn Monroe en sus de ses affaires, pour la suivre pendant une semaine.
Du 24 au 30 mars 1955, il photographie ainsi Marilyn sous forme d’un reportage intimiste. Il capte des moments à l’hôtel Ambassador où elle habite, au cours de répétitions théâtrales, marchant dans les rues de Manhattan, prenant incognito le métro, se maquillant ou se parfumant d’une goutte de Chanel n°5… Le reportage d’Ed Feingersh livre ainsi l’image d’une femme sans fard qui apparaît parfois joyeuse, rêveuse voire vulnérable. Le sujet paraît dans le numéro de juillet du magazine Redbook, the magazine for young adults, avec ce titre en couverture : « Marilyn Monroe comme vous ne l’avez jamais vue. Un nouveau photoroman exclusif sur la femme la plus provocante d’Amérique ».

« Je n’ai jamais vraiment aimé la manière dont j’étais photographiée jusqu’à ce que je vois les photos de Milton. Milton a un don… ce n’est pas seulement un photographe c’est vraiment un artiste. (…) l’une des choses qui en fait un tel artiste est sa sensibilité, son sens de l’introspection. C’est la première fois que je n’avais pas à poser. »

Marilyn Monroe, in Positif, n°48, octobre 1962, p.9-10

SALLES 5, 6 ET 7 - Marilyn et Bert Stern : La Dernière Séance

A l’étage, la seconde partie de l’exposition est entièrement consacrée aux célèbres photographies de Marilyn Monroe réalisées par Bert Stern en 1962, un mois avant la mort de l’actrice, série connue comme « La Dernière séance ».
Dans un film de quelques minutes, le commissaire de l’exposition, Olivier Lorquin, ayant connu personnellement le photographe, raconte le déroulé très particulier de cette séance de pose.
Dans les deux salles suivantes, une sélection de plus de 50 tirages originaux de cette série ferme le cycle commencé avec « la première séance » de De Dienes : quelques jours d’intimité passés avec le photographe dressent un portrait vulnérable et émouvant de l’icône avant sa disparition.

Marilyn et Vogue

La séance de photographies qui débute à Los Angeles à l’hôtel Bel-Air pour l’édition américaine de Vogue est la première que le magazine consacre à Marilyn Monroe. Séduit par les premières images en couleur réalisées par Bert Stern, Alexander Lieberman, le directeur artistique des publications du groupe Condé Nast, décide de consacrer 10 pages en noir et blanc à la star. Vogue envoie ainsi Babs Simpson, sa meilleure rédactrice de mode avec un ensemble de robes et d’accessoires pour une nouvelle séance.
Sur près des 2700 photos réalisées par Bert Stern, 8 images seront publiées à titre posthume dans le Vogue américain de septembre 1962 que l’on trouve présenté dans les salles d’exposition. Aucune image de nu. Si la série est pensée à l’origine comme un shooting de mode avec des modèles de grands couturiers (Dior notamment), elle se transforme en un hommage à Marilyn dont la mort est annoncée au moment du bouclage du magazine ; chose rarissime dans Vogue, les noms des couturiers ne sont pas cités. Mises à part la première et la dernière image du sujet, les photos de Marilyn publiées dans Vogue semblent pourtant apprêtées. Car si l’actrice a débuté comme modèle, sa beauté irradiante lui permet une réelle indifférence aux vêtements ou aux accessoires dont on l’affuble. En cela elle est l’exact opposé du mannequin professionnel ; elle n’a nullement besoin de la mode pour exister devant l’objectif.

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« Marilyn est un fantasme. Si elle s’immobilise un seul instant, sa beauté va s’envoler. Photographier Marilyn, c’est comme photographier la lumière même. Elle se révèle beaucoup plus complice que je l’aurais supposé. Au bout d’une heure environ, je vois à peu près où je vais. Toutes sortes de thèmes me traversent l’esprit et elle les attrape au vol, les interprète pleinement. Je n’ai pas besoin de lui dire ce qu’elle doit faire. Nous n’échangeons pratiquement pas un mot. Les choses se font naturellement. J’ai photographié plein de femmes et Marilyn est la meilleure. Elle réagit sur une idée. Vite, un clic et le stroboscope fuse comme un flash – pchhhh – et l’image est dans la boîte en un milliardième de seconde. »

Bert Stern, in La Dernière séance, Bert Stern, édition Gallimard, p. 50

SALLE 8 - Marilyn, Le Mythe

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« Aussitôt qu’on entreprend de cataloguer Marilyn avec trop de netteté, elle n’est plus que phosphorescence et poussière. » (Norman Mailer, 1974)

Pour l’écrivain Norman Mailer toute tentative de définir l’actrice semble vouée à l’échec. A partir d’une photo de Gene Korman de 1952, Andy Warhol la fit sérielle et bâtit sa postérité sur une icône démultipliée à l’infini.
Aujourd’hui, au-delà de cette icône qui inspire inlassablement les artistes, il reste de Marilyn un flux d’images présentes dans notre imaginaire collectif, bien souvent au détriment de ses films et de son talent d’actrice. Déclinée sur les supports les plus divers, elle est réduite à un commerce de clichés bon marché, à des stéréotypes où chacun projette ses fantasmes. Cependant, à bien regarder les images de ces grands photographes auxquels Marilyn a à chaque fois donné un peu d’elle-même, elles construisent par fragments une femme plus réelle, plus proche, à l’instar de ses carnets intimes qui, au-delà de la surface, livrent une personnalité complexe. Car Marilyn avait fait de la photographie l’outil d’une introspection lucide, tout à la fois joyeuse et douloureuse, dans une continuelle et exigeante quête d’elle-même.

« En 1962, Bert Stern est un photographe reconnu pour la qualité de ses portraits ; c’est un chasseur d’icônes qui croque les stars les unes après les autres.
Dans l’avion qui le ramène de Rome où il vient de photographier Liz Taylor sur le tournage de Cléopâtre, il caresse un rêve, celui de photographier Marilyn Monroe. Dès son retour à New-York, il propose à Vogue un reportage photos sur Marilyn Monroe. La rédaction du magazine accepte cette idée avec enthousiasme. Les événements s’enchaînent rapidement, Marilyn accepte de poser pour lui. Bert Stern peut réaliser son rêve.

Plutôt que de la photographier en studio, il préfère s’installer dans une suite de l’Hôtel Bel-Air à Los Angeles. L’éclairage est minimal, il attend Marilyn avec inquiétude. Viendra ? Viendra pas ?
Marilyn est connue pour ses sautes d’humeur et ses caprices ; elle est devenue très fantasque.
Elle vient seule, elle n’a que 5 heures de retard. La séance peut alors commencer.
Marilyn accepte de poser nue, le corps sans maquillage. Un rapport puissant, presque amoureux, s’installe entre le modèle et son photographe.
Il la photographie douze heures sans s’arrêter. Le résultat est exceptionnel, mais trop dénudé pour Vogue qui propose à Bert Stern de la rephotographier, mais cette fois maquillée et plus habillée.
Marilyn accepte de poser une nouvelle fois pour Bert Stern.
Elle meurt un jour avant la sortie de son reportage dans Vogue. »

Olivier Lorquin in La Dernière séance, Bert Stern, édition Gallimard, p. 9

Informations Pratiques

3, rue Joseph Cabassol 13100 Aix-en-Provence
Tél: 04 42 20 70 01
message@caumont-centredart.com

Entrée
Tarif plein : 13 euros
Tarif réduit : 10 euros (Pass Provence Aixperience, porteurs du Pass Education, étudiants, titulaires d'une carte d'invalidité et demandeurs d’emploi)
Tarif jeune : 5 euros (7 à 25 ans)
Offre famille : entrée gratuite pour le 2e enfant âgé de 7 à 17 ans, avec 2 adultes plein tarif et 1 enfant payant.
Livret de visite exposition temporaire : 1 euro

L'Hôtel de Caumont est ouvert tous les jours.
Du 1er mai au 30 septembre : 10h-19h - Nocturne le vendredi jusqu'à 21h30 pendant l'exposition // du 1er octobre au 30 avril : 10h-18h.
Dernière entrée 30 minutes avant la fermeture.

La Librairie-boutique culturelle est ouverte aux horaires du centre d'art.

Le Café Caumont est ouvert à partir de 11h30.
Dernier accès 30 minutes avant la fermeture (sauf les jours d’ouverture du Lounge).
Soirées Lounge de mai à septembre, du mardi au samedi, de 19h à 23h (dernière entrée à 22h30).

Le site

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11 expos à ne pas rater en 2017 dans le département !

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Alfred Sisley, Van Gogh, Jack London, Félix Ziem, Robert Doisneau, Lucien Clergue. La programmation des expositions 2017 est pour le moins alléchante !

Histoires de sports dans les Bouches-du-Rhône

Histoires de sports dans les Bouches-du-Rhône

du 3 février au 29 avril 2017

L’exposition présente près de 180 objets, trophées et documents ainsi que des reportages audiovisuels dans une scénographie dynamique, numérique et interactive.

Arts et Modernité de David Dellepiane

Arts et Modernité de David Dellepiane

Jusqu'au 19 mars 2017

Le Musée Regards de Provence met à l’honneur le peintre, affichiste, lithographe, portraitiste, illustrateur et décorateur, David Dellepiane, provençal singulier, dont l'approche mêle tradition et expérimentation.

Trames d’Aubusson le renouveau de la tapisserie contemporaine

Trames d’Aubusson le renouveau de la tapisserie contemporaine

jusqu'au sam 15 avr 2017

Le centre d’art Les Pénitents Noirs s’associe à la Cité Internationale de la Tapisserie - Aubusson pour présenter une exposition, inédite en région, de tapisseries de grands maîtres du XXe siècle et de contemporains.

Yazid Oulab, ouvrier de l'art contemporain

Yazid Oulab, ouvrier de l'art contemporain

Teinté de poésie, ses oeuvres parlent du travail et de la pensée. Elles les mélangent, les entrelacent pour nous faire comprendre la vie de l'artiste et son cheminement. Plus que des objets, ce sont des questionnements sur la vie, la religion, la famille, les origines.

Rencontre avec le Photographe-Marcheur Eric Bourret

Rencontre avec le Photographe-Marcheur Eric Bourret

Nous sommes allé à la rencontre du photographe-marcheur Eric Bourret qui photographie des paysages depuis plus de vingt ans. Eric Bourret a ainsi photographié durant trois hivers les montagnes des Alpilles, de la Sainte Victoire et de la Sainte Baume.

Rencontre avec le Graffeur DEUZ

Rencontre avec le Graffeur DEUZ

"Ce que j'apprécie le plus, c'est de traduire une émotion. C'est un véritable dialogue graphique qui s'établit, un moment où l'on ressent les personnes, les visages, les caractères de manière particulière."

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