La Favorite et Tancredi sous l'oeil des Chefs d'orchestre

du 13 au 26 octobre 2017

La Favorite de Gaetano Donizetti & Tancredi de Rossini, à l'honneur en octobre à l'Opéra de Marseille et éclairés par les points de vue des Chefs d'orchestre.

Paolo Arrivabeni

La Favorite

Les 13, 18 & 21 octobre 2017 à 20h et le 15 à 14h30

Créé le 2 décembre 1840 à l’Opéra de Paris, La Favorite a été spécialement imaginée par Donizetti pour satisfaire le goût des spectateurs français.
Dernière représentation à l’Opéra de Marseille, le 14 décembre 1968

Direction musicale Paolo ARRIVABENI
Léonore: Clémentine MARGAINE
Inès: Jennifer MICHEL
Fernand: Paolo FANALE
Alphonse: XI Jean-François LAPOINTE
Balthazar: Nicolas COURJAL
Gaspard: Loïc FÉLIX
Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille

Point de vue du Chef d'orchestre Paolo Arrivabeni

Pouvez-vous présenter les grandes étapes musicales de l'ouvrage ?

Parmi les moments les plus célèbres figurent certainement les airs de Léonor, Fernand et Alphonse, sans toutefois oublier tous les morceaux d’ensemble et le formidable final du troisième acte, que le compositeur s’est d’ailleurs auto-emprunté et qui est presque identique à celui composé cinq ans plus tôt dans Maria Stuarda. Le choeur féminin du premier acte est également tiré de ce même ouvrage.

Quels aspects de l'écriture musicale de Donizetti vous semblent incontournables et spécifiques à ce compositeur ?

L'écriture de Donizetti est reconnaissable entre mille : impulsion rythmique, veine mélodique, instrumentation magistrale.

Quelle influence la langue française a t-elle sur cette musique ? Sentez-vous dans cet ouvrage un certain regard sur l'opéra français ?

Certainement. Personnellement, je préfère de très loin la version française de l’oeuvre à la version italienne. On sent qu’elle a été écrite à dessein pour la langue française. En outre, l’instrumentation orchestrale prête également une attention particulière au style français de l’époque, avec l’ajout de deux cornets à piston au lieu des deux trompettes traditionnelles.

Comment décririez-vous la relation entre l'orchestre et les solistes dans ce type d'ouvrage ?
L'orchestration est-elle favorable aux chanteurs ? Cela ajoute t-il une difficulté au travail du chef dans le contrôle de l'équilibre entre l'orchestre et les chanteurs ?

Pour le chef d’orchestre, l’un des principaux problèmes de ce répertoire est de trouver le juste équilibre entre les voix et l’orchestre. Très souvent, la masse sonore s’avère excessive, en partie parce que les spécifications et les sons des instruments d’aujourd’hui sont sensiblement différents de ceux de l’époque. Mais le risque le plus important est d’avilir le rôle de l’orchestre. L’orchestre doit de toute façon être un protagoniste, mais discret. C’est dans cette direction que j’oriente mon travail.

Giuliano CARELLA

Tancredi

Les 24 & 26 octobre 2017 à 20h

Tancredi : le tournant de la carrière d’un « compositeur enfant ».
Tancredi est le neuvième opéra de Rossini alors seulement âgé de 21 ans. Alors qu’il a déjà composé deux opéras dans le style seria, Tancredi marque un véritable tournant et constitue le premier grand opéra seria de Rossini. Il y alterne de grandes scènes (avec aria et cabalette) avec des scènes chorales et des ensembles particulièrement majestueux. L’air chanté par Tancredi à l’acte 1 « Di tanti palpiti », dont on dit qu’il aurait été composé sur le coin d’une table dans l’attente d’une assiette de risotto, est célébré et chanté partout. Wagner lui-même en fait une parodie dans son opéra Die Meistersinger von Nürnberg plus de cinquante ans plus tard.

Tancredi n’a pas été joué à Marseille depuis 2001. Ces deux représentations sont l’occasion de célébrer un ouvrage majeur dans le catalogue de Rossini mais également, de voir de nouveau réuni sur la scène marseillaise, le duo incroyable formé par deux interprètes mythiques de ce répertoire : Daniela Barcellona et Annick Massis.

Dernière représentation à l’Opéra de Marseille, le 23 juin 2001

Direction musicale Giuliano CARELLA
Tancredi: Daniela BARCELLONA
Amenaïde: Annick MASSIS
Isaura: Victoria YAROVAYA
Roggiero: Ahlima MHAMDI
Argirio: Shi YIJIE
Orbazzano: Patrick BOLLEIRE
Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille

Point de vue du Chef d'orchestre Giuliano Carella

Lors de ces représentations de Tancredi, vous avez fait le choix de présenter la version originale dite de Venise. Pourquoi ce choix ?

Le premier problème à affronter en vue d’une réalisation de Tancredi est certainement celui du choix de la version et, plus particulièrement, du choix de la fin de l’oeuvre : la fin heureuse de la version originale de Venise de 1813 ou la fin tragique de la version ultérieure de Ferrara ? La complexité de l’histoire du Tancredi rossinien ainsi que le grand nombre de possibilités alternatives laissent place à différentes solutions.
Personnellement, bien qu’admirant la merveilleuse fin de la version de Ferrara, dans laquelle le Maître décida dans un ultime revirement de revenir à l’original de Voltaire avec la mort du protagoniste, j’ai toujours ressenti une vive admiration pour la structure originale vénitienne, exquisément italienne. Une structure que je trouve complètement étrangère à toute conventionnalité et qui, au contraire, semble extrêmement compatible avec la poésie rossinienne du génie alors âgé de vingt-et-un ans. C’est la raison pour laquelle j’ai opté, pour l’Opéra de Marseille, pour présenter cette version qui, avec son optimisme sain et lumineux, nous propulse dans une véritable perspective d’espoir festif.

Dans quel cadre général souhaitez-vous inscrire votre direction musicale ? Quel visage souhaitezvous
donner à cette partition ?

J’aime énormément l’Opéra de Marseille auquel je suis lié par de magnifiques souvenirs. Au milieu de ces souvenirs, quelques réalisations rossiniennes ayant marqué les temps forts de ma carrière occupent une place très importante pour moi ; je me réfère plus particulièrement aux deux représentations de L’Italienne à Alger – la première avec Valentini-Terrani, Blake, Raimondi, Capecchi et la débutante, Inva Mula – et aux deux représentations de Sémiramis, avec Gasdia, Dupuy, Blake, Pertusi – la deuxième datant d’il y a à peine deux ans. J’espère que ces réalisations sont restées gravées dans le coeur du formidable public marseillais. Voyez, j’espère simplement laisser un nouveau souvenir avec Tancredi...

Quelles sont les grandes étapes musicales de cette partition ? Comment les décririez-vous ?

Tancredi est une partition extraordinaire remplie de pages d’une rare beauté : la Symphonie, la Cavatine de Tancredi avec son illustre « Di tanti palpiti », la scène d’Aménaïde au deuxième acte « No, che il morir non è », les airs d’Argirio, les duos, le magnifique premier final, les choeurs (il est intéressant de noter que l’on parle, même en cette occasion, tout comme dans l’Italienne et le Barbier, d’un choeur composé uniquement de voix masculines), tout est absolument incroyable. Il convient de rappeler l’admiration qu’éprouvèrent certains grands hommes de lettres à l’égard de Tancredi, comme Stendhal qui le considérait comme l’un des chefs-d’oeuvre absolus de Rossini, et Goethe, qui voyait dans le rêve rossinien d’harmonie et d’équilibre la représentation d’un monde perdu.

Quelles sont, selon vous, les caractéristiques du Bel Canto Rossinien ? En quoi se singularise-t-il ?
Quelle est la place de l'orchestre ? Comment décririez-vous l'écriture vocale ?

L’une des grandes particularités de l’écriture vocale de Rossini est certainement cette sorte de caractérisation psychologique, presque dramatique, dirons-nous, de la « coloratura » liée aux différents personnages. De ce point de vue, Tancredi représente certainement une évolution importante dans cette direction. Chaque personnage s’appuie sur un bagage expressif et technique précis qui, au-delà des prouesses pyrotechniques, correspond à un besoin théâtral précis. Le Maître évolue vers une nouvelle prise de conscience du moyen expressif et, dans ce sens, sa
vocalité en est la clé. L’Orchestre, cependant, n’est pas en reste dans ce parcours, comme le prouvent les deux merveilleuses introductions de la Cavatine de Tancredi du premier acte et de la scène d’Aménaïde du deuxième acte, de véritables bijoux instrumentaux dans lesquels la couleur la plus recherchée de l’orchestre sert à évoquer avant tout une situation psychologique et théâtrale.

Rossini n'a que 21 ans lorsqu'il créé cette partition. Que représente cette oeuvre au niveau de l'évolution de son écriture musicale ? Quel est, selon vous, le niveau de maturité de ce jeune compositeur à ce moment de sa carrière ?

Comme nous l’avons rappelé, Tancredi représente certainement l’un des sommets absolus du génie rossinien. Penser que le Maître, à cette époque, n’avait que 21 ans suscite l’incrédulité et l’émerveillement. L’incrédulité et l’émerveillement qui nous accompagnent en présence des manifestations les plus élevées de la création artistique, car avec Tancredi nous ne parlons pas de l’oeuvre juvénile d’un talent extraordinaire. Avec Tancredi, nous parlons du succès absolu d’un génie qui atteignit sa pleine maturité au cours des années qui suivirent (et avec un parcours extrêmement singulier), mais qui, déjà, à cette occasion, nous offre un témoignage de son art d’une rare perfection.

infos pratiques

TARIF DES PLACES : 13 à 75 euros
LOCATION / RENSEIGNEMENTS RÉSERVATIONS

  • À l’Opéra, du mardi au samedi de 10h à 17h30 – Angle Place Ernest Reyer / Rue Molière 13001
    ou par téléphone 04 91 55 11 10 – 04 91 55 20 43
  • À l’Odéon, du mardi au samedi de 10h à 17h30 – 162, la Canebière, 13001 ou par téléphone 04
    96 12 52 70
  • Fnac
  • Internet : http://opera.marseille.fr

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