Au fil de l'Or

du 25 avril au 10 septembre 2018

Objet de convoitise et de conquête, traditionnellement symbole de pouvoir et de richesse, l’or est aussi, par sa plasticité même, le matériau de toutes les métamorphoses, qualité faisant de lui un support privilégié dans les arts.

L’or rencontre aujourd’hui un succès d’une ampleur inédite et d’un genre nouveau dans les expressions artistiques contemporaines. Il devient ainsi le support privilégié d’une nouvelle poétique, nous invitant à repenser nos approches du sacré, du politique, de l’es- thétique ou du social. Ce phénomène révèle aujourd’hui la fluidité d’un matériau qui ne s’est jamais réduit au fil de l’histoire à ses seules expressions figées.

Liza Lou, The Damned [Les Damnés], 2004. Résine, acier et perles de verre, 218,4 × 106,7 × 78,7 cm et 226,06 × 68,58 × 99,99 cm. Courtesy Galerie Thaddaeus Ropac, London, Paris, Salzburg © N.Ammirati

Liza Lou, The Damned [Les Damnés], 2004. Résine, acier et perles de verre, 218,4 × 106,7 × 78,7 cm et 226,06 × 68,58 × 99,99 cm. Courtesy Galerie Thaddaeus Ropac, London, Paris, Salzburg © N.Ammirati

Croisant histoire et création contemporaine, cette exposition rassemble des chefs-d’œuvre témoignant de la fascination des civilisations euro-méditerranéennes pour l’or depuis plus de trois mille ans, avec près de 600 pièces. Elle mêle objets archéologiques (lingots, masques funéraires, parures, etc.) et objets issus des collections du Mucem (reliquaires, objets rituels, etc.), mais aussi films, documents, œuvres d’art moderne et d’art contemporain de 43 artistes (avec des pièces d’Ossip Zadkine, Victor Brauner, Yves Klein, James Lee Byars, Louise Bourgeois, Jean-Michel Othoniel, Johan Creten, Liza Lou, Thomas Hirschhorn, Gilles Barbier, Franck Scurti...).

Pépites et parures, statues et reliques, objets de culte ou d’apparat illustrent les différentes thématiques abordées dans l’exposition : la fascination pour l’or et sa thésaurisation ; la quête effrénée de ce matériau et ses effets sur les hommes et l’environnement ; les aspects techniques liés à sa transformation (depuis les gestes les plus concrets jusqu’à l’illusion alchimique) ; ses dimensions symboliques — associées au sacré et au pouvoir ; et enfin ses aspects festifs, rituels et démonstratifs.

Loin d’une nouvelle accumulation de trésors qui ne retiendrait de ce métal précieux que son éclat mort, cette exposition propose un dialogue entre archéologie, histoire et création contemporaine, permettant d’appréhender l’or dans ses imaginaires oniriques ou politiques, et nous invite à nous plonger dans sa luminosité créatrice.

Parcours de l'exposition

L’exposition se déploie en trois parties. La première, « L’or, un trésor avant tout », rappelle les clichés liés à la thésaurisation d’un matériau suscitant toutes les convoitises ; la deuxième, « La plasticité de l’or », s’attache à mettre en valeur sa fluidité et sa malléabilité, rendant possibles toutes les transformations et métamorphoses ; quand la dernière, « La symbolique de l’or », révèle la récurrence de l’usage de ce métal dans les domaines du politique et du sacré.

Johan Creten, Why Does Strange Fruit Always Look So Sweet?, 1998-2015. Bronze patiné partiellement doré à la feuille d’or, 305 x 114 x 102 cm. Galerie Emmanuel Perrotin, Paris © Courtesy Johan Creten et Galerie Emmanuel Perrotin, Paris / Gerrit Schreurs © ADAGP, Paris, 2018 © N.Ammirati

Le pouce de César 1965 bronze poli MAC Marseille © N.Ammirati

L’or, un trésor avant tout

L’or figé et enfermé : le trésor, le lingot, le coffre-fort

Lorsque l’on évoque l’or, on pense avant tout à la matière précieuse, à sa thésaurisation, à la constitution de trésors. Cette première partie vise à identifier les dfférents clichés entourant ce métal si particulier.

À différentes périodes historiques, de l’Antiquité à l’époque contemporaine, lorsque l’on a souhaité mettre de côté une certaine quantité de richesse, se garantir une réserve, ou conserver un gain, on a souvent choisi le matériau or. Ce faisant, on a aussi voulu le soustraire à la vue, à la cupidité, aux velléités d’appropriation d’autrui et, ainsi, l’enfermer sous différentes formes matérielles (la cassette, le lingot, la tirelire) et dans différents lieux (le « Trésor », le coffre-fort, la banque, etc.). La notion même de « Trésor » vient du mot thésauros qui désigne en grec un petit monument, à l’allure trompeuse de temple, qui était en réalité un coffre-fort richement décoré, présent dans tous les grands sanctuaires du monde grec antique.

Empty Worlds Franck Scurti 2009 Terre cuite, or, cuir © N.Ammirati

Gilles Barbier, The Treasure Room (Fourth Stomach), 2012. Encre et gouache sur papier, 4 panneaux de 144,2 × 254,3 cm. Collection particulière, Paris © Courtesy Galerie GP & N Vallois, Paris. Photo : Jean-Christophe Lett © ADAGP, Paris, 2018 


L’or aliénant, la fièvre de l’or

L’importance accordée à la valeur de l’or a produit un phénomène de quête effrénée du minerai à sa source. Cette collecte a induit des systèmes d’exploitation générant des sou rances et des inégalités, allant de l’esclavage à différentes formes d’addiction. Des guerres de l’or sont documentées dès l’Antiquité, comme celle menée en 35 av. J.-C., par Philippe II de Macédoine, qui dépouille les Athéniens des mines d’or du mont Pangée. Différents épisodes de « fièvre » de l’or marquent également la mémoire collective, comme celui des chercheurs d’or qui, dès 1848, assaillent la Californie par centaines de milliers, désorganisant complètement la vie sociale et économique de la région.

Le pouvoir de l’or a aussi inspiré — depuis les temps anciens et sous différentes latitudes – divers mythes et fantasmes. Celui de la Toison d’or renvoie par exemple à la légende de Jason, qui, avec l’aide des Argonautes et de la magicienne Médée, parvint à dérober la toison du bélier d’or appartenant au roi Aeétès. L’origine de ce récit est sans doute liée à une technique d’orpaillage utilisée dans les rivières du Caucase pour recueillir les paillettes d’or qui s’accrochaient à des peaux de mouton.

Autre exemple : Midas, roi de Phrygie, se lave dans la rivière « Pactole » pour échapper à la malédiction du don que lui a attribué Dionysos, qui fait qu’il transforme tout ce qu’il touche en or (au point qu’il ne peut plus se nourrir).

Ossip Zadkine, L’Oiseau d’or, 1924. Plâtre peint et doré à la feuille, 98 × 20 × 23 cm. 
Musée Zadkine, Paris © Fr. Cochennec et E. Emo / Musée Zadkine / Roger-Viollet © N.Ammirati

Sebastião Salgado (Sebastiao Ribeiro, dit), Serra-Pelada, mine d’or, 1986. 40 × 30 cm. FNAC 88109. Centre national des arts plastiques © Sebastião Salgado 


L’or des autres

Le minerai d’or existe à l’état naturel sur tous les continents. Après avoir exploité l’or d’Europe à l’époque antique, les Européens sont partis à l’assaut des autres continents : l’Afrique dès l’époque médiévale, les Amériques et l’Océanie à l’époque moderne et contemporaine.

Cette section évoque l’immensité du champ géographique et historique concerné par le sujet, à travers cartes et œuvres d’artistes contemporains (Sebastião Salgado, Hassan Darsi, Olivier Lounissi).

La Chine est aujourd’hui le premier producteur mondial d’or avec 462 tonnes d’or produites en 2014, devant l’Australie, la Russie, les États-Unis et le Pérou.

Lingot (bracelet entouré deux fois en spirale), Sacoșu Mare, région de Timiș, Roumanie, XIIe siècle av. J.-C. Or, D. 3,85 cm. 
Musée national d’histoire de Roumanie, Bucarest © MNIR (photo : Marius Amarie) 


Louise Bourgeois, Nature Study, 1998-1999. Porcelaine, or, 72 x 41 x 30,5 cm. 
Cité de la céramique, Sèvres et Limoges © The Easton Foundation / ADAGP, Paris ; © N.Ammirati

La plasticité de l’or

Virtuosités

Loin de se limiter à ces questions de possession, d’accumulation et de thésaurisation, l’or est avant tout un matériau éminemment plastique, aussi bien du point de vue technique que de son usage dans la société (sa capacité à être fondu, refondu, échangé). Perçu de cette manière, il n’est plus seulement le témoignage d’une richesse accumulée, mais celui de la potentialité d’un échange.

La plasticité de l’or est liée à ses techniques de transformation : de multiples alliages sont en effet possibles avec d’autres métaux, donnant de multiples couleurs et propriétés. On peut ainsi retrouver ce même métal dans de nombreux états (massif, plaque, feuille, fil, etc.), et la transformation de l’or a entraîné l’apparition, dès l’Antiquité, de divers métiers et savoir-faire qui ont donné lieu à diverses spécialisations (orfèvre, doreur, bijoutier, joailler, brodeuse d’or, etc.). On peut lire dans le mythe de Midas, déjà évoqué, l’écho de cette qualité exceptionnelle de l’or, fascinante autant que menaçante.

A map of good memories Stéphanie Saadé 2015 Or 24 carats au sol © N.Ammirati

© N.Ammirati

Fluidités

L’aptitude physique de l’or à se laisser transformer, l’ingéniosité technique mise au service de sa transmutation stimulent les imaginations les plus débridées, depuis la mythologie grecque (Zeus se métamorphose en pluie d’or pour séduire Danaé) jusqu’à l’art contemporain, avec Yves Klein, James Lee Byars, Louise Bourgeois, ou encore Johan Creten.

Alchimies

La malléabilité de l’or, sa propension à se mêler à d’autres métaux, et sa capacité à se travestir sous des formes diverses fascinent depuis longtemps les artistes, les philosophes, et les scientifiques, les conduisant parfois aux expérimentations les plus improbables. Il en va ainsi des alchimistes qui, au Moyen Âge, cherchaient à transformer le plomb en or.

La fabrication d’amulettes, d’ex-voto, d’objets de divination en or ou en matière dorée tient moins à sa préciosité qu’à son aptitude à mettre en relation les hommes avec les forces ésotériques. Le recours à l’or ou à l’aspect doré dans ces objets populaires ou dans les œuvres d’artistes « chamanes » comme James Lee Byars suppose que le métal précieux peut servir de médiateur avec un au-delà immatériel, avec des concepts aussi intangibles que les notions de mort, d’éphémère, d’éternité ou de perfection. Pour James Lee Byars, par exemple, perfection et indicible se recoupent. S’il se concentre sur tout ce qui est insaisissable, fragile, fugace, c’est afin d’exprimer l’essence de ce qui ne se laisse pas figer.

Why does strange fruit always look so sweet? Johan Creten 1998 - 2015 © N.Ammirati

Johan Creten © N.Ammirati

La couleur de l'or série modules bifaces Jérémie Setton 2018 © N.Ammirati

La symbolique de l’or

La présence de l’or sur différents types d’objets ou de supports revêt également une portée symbolique. Qu’elle soit pérenne, récurrente ou éphémère, l’apparition de l’or met en évidence ce qu’une société se donne comme valeurs suprêmes, comme autant de signes représentatifs d’un ordre établi. L’or prend alors une valeur de représentation pour une communauté.

Les éclats pérennes de l’or

Que ce soit dans les mythologies grecque et égyptienne, ou dans les trois monothéismes, l’or est souvent utilisé pour les représentations du sacré ou du divin. En Grèce ancienne, l’or fut longtemps l’apanage exclusif des divinités, leur garantissant une brillance sans pareille, indispensable au pacte conclu par les hommes avec eux. La statue en or et en ivoire de Zeus, à Olympie, rayonnant d’un éclat double, était comptée au nombre des Merveilles du monde. Parce qu’il est réputé impérissable, l’or confère aussi une dimension d’éternité à ce qu’il recouvre : enchâssant les restes humains de saints martyrs, il contribue à les distinguer d’ossements ordinaires. Présent dans les sépultures de personnages de rang élevé, il perpétue dans la mort l’ordre social des vivants. On pense aux masques funéraires en or de Pella (Macédoine), réservés à une élite sociale grecque archaïque, qui mettait ici pour une fois sur un pied d’égalité femmes et hommes, parés pour l’au-delà des mêmes feuilles d’or au décor estampé.

CNN - CHAIN Thomas Hirschhorn 2002 carton ruban adhésif, feuille de papier doré FRAC PACA Marseille © N.Ammirati

Robe J'adore de Dior Haute Couture par John Galliano portée par Charlize Theron 2009 © N.Ammirati

L’apparat

L’or apparaît aussi dans l’espace public pour ses propriétés ostentatoires et démonstratives : dans l’architecture, les vêtements ou les objets d’apparat. Imitant les images du divin, le pouvoir politique s’en sert comme signe de distinction, de magnicence et de pérennité, dans une monarchie aussi bien que dans les palais de la République.

Le temps de la fête, de la procession, ou du défilé, est aussi l’occasion de déployer des fastes dorés, donnant accès à un univers enchanteur transcendant notre condition, loin du trivial et du quotidien.

Le défilé de mode est ainsi l’occasion de transformer un simple vêtement de fête en une parure qui semble donner des ailes à celui ou celle qui le porte. Les robes, films publicitaires et accessoires créés dans le cadre de la campagne publicitaire « Dior j’adore l’or » témoignent de ce surmoi qu’on peut attribuer au métal jaune. L’or était plus une affaire d’ordre que d’adoration chez les Grecs de l’Antiquité.

C’est à une véritable cosmétique de l’or que les femmes s’adonnaient. Bracelets, boucles d’oreilles, diadèmes, colliers étaient les outils de cette cosmèsis définie par les Grecs comme une (re)mise en ordre de soi. Aussi fondamentale que la conduite de la guerre, dans l’ordre masculin.

Le collier or Jean Michel Othoniel 2017 Verre de murano, feuille d'or, inox © N.Ammirati

Le collier or Jean Michel Othoniel 2017 Verre de murano, feuille d'or, inox © N.Ammirati

Grande chrysocale Guillaume Leblon 2006 © N.Ammirati

Les éclats éphémères, 
instantanés et factices

L’or fait à nouveau son apparition pour sa valeur expressive dans la vie quotidienne.
 Omniprésent dans la publicité, les objets de commerce, les enseignes, il est massivement imité, pastiché, détourné dans la mode, les objets de décoration ou de fête. Symbole du monde du luxe, il contribue à donner à des objets banals une valeur en trompe-l’œil. À l’opposé de l’or convoité pour être thésaurisé, il est alors porté, exposé, exhibé dans des actes dynamiques qui mettent en valeur sa polysémie, sa fluidité, ses capacités de métamorphose et l’impossibilité de le réduire à une matière statique.

Les univers du cirque, de la magie, de la tauromachie, du carnaval ont régulièrement recours à cette capacité à en mettre fugacement plein les yeux, à ce pouvoir ironique et de dérision : tout ce qui brille n’est pas d’or.

En guise de conclusion, deux œuvres de Liza Lou et d’Évariste Richer nous confrontent à notre condition de mortels face à l’or.

Une installation in situ et inédite de gethan&myles

gethan&myles, Lazare / The Space Between How Things Are, And How We Want Them To Be, 2018. 20 × 20 cm. Production Mucem © gethan&myles 

gethan&myles, Lazare / The Space Between How Things Are, And How We Want Them To Be, 2018. 20 × 20 cm. Production Mucem © gethan&myles 


Tout au long du parcours est présentée une création de gethan&myles réalisée pour l’exposition : le duo d’artistes a racheté des bijoux au Crédit municipal de Marseille (Mont de Piété), dont ils vont, pas à pas, nous raconter l’histoire.
Il s’est agi pour eux de retrouver les personnes qui ont apporté ces bijoux au Mont de Piété, de recueillir leurs témoignages sur l’histoire, l’importance de ces objets dans leur histoire familiale et de les restituer au public. Les bijoux sont présentés au Mucem dans une installation éphémère qui irrigue toute l’exposition, avant d’être restitués à leurs anciens propriétaires : gethan&myles ont en effet souhaité consacrer leur budget de production à ce rachat-restitution.

Signe (le vent) Victor Brauner 1942 - 1945 Centre Pompidou © N.Ammirati

© N.Ammirati

Le saviez-vous ?

Histoire

Saviez-vous qu’en janvier 2018, une cuvette de toilette en or massif 18 carats a été proposée au président des États-Unis à la place d’un tableau de Van Gogh, demandé en prêt pour orner la Maison-Blanche ? Il s’agit de l’œuvre America, réalisée en 2016 par l’artiste italien Maurizio Cattelan pour le musée Guggenheim de New York. Cette proposition a été refusée par Donald Trump.

Saviez-vous que dans l’Antiquité, les Romains ont mis en place un système permettant de détruire entièrement une montagne de manière à exploiter l’or qui s’y trouvait ? Il s’agit du site de Las Médulas en Espagne.

Connaissez-vous la légende qui évoque la profusion de l’or en Afrique de l’Ouest au Moyen Âge ? On disait, à propos de cette région, que « l’or pousse dans le sable comme les carottes pour être cueilli au lever du soleil ».

Connaissez-vous Mansa Musa, roi des rois de l’Empire malien au XIVe siècle, tellement riche en or que ses cadeaux offerts au cours d’un voyage à La Mecque provoquèrent un effondrement du cours de l’or ?

Saviez-vous qu’un récit populaire du XVIe siècle, lié à la découverte des Amériques, prétendait que les grosses pépites d’or roulaient des collines dans les rivières, où les indigènes n’avaient qu’à les prendre dans leurs filets ?

D’où vient la notion de Toison d’or ? Il s’agit des premières méthodes de collecte des paillettes d’or alluvionnaires sur des peaux de mouton flottant à la surface des rivières. De cette technique concrète naquit la légende de Jason et les Argonautes, au pays de la Colchide (actuelle Géorgie).

Saviez-vous que Zeus s’est transformé en pluie d’or pour féconder Danaé ? De cette union naquit Thésée.
Saviez-vous qu’on estime la quantité totale d’or extraite depuis la Préhistoire à environ 182 400 tonnes ?

Dieu élamite, dit « dieu à la main d’or », Élam (actuel Iran), Suse, début du IIe millénaire av. J.-C. Cuivre et or, 17,5 × 5,5 cm. 
Musée du Louvre, département des Antiquités orientales © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Mathieu Rabeau 


Moulage des mains d'Edith Piaf réalisé par Bebko avant 1965 © N.Ammirati

Statuette de satyre, Vani, Géorgie, IIIe siècle av. J.-C.Bronze, or, H. 28,10 cm.Musée national de Géorgie, Tbilissi © Georgian National Museum, photo Mirian Kiladze 


Étalon-or

Saviez-vous que l’étalon-or était un système monétaire dans lequel l’unité de compte (étalon monétaire) correspondait à un poids fixe : l’émission de chacune des monnaies avait sa contre-partie en or.

De 1946 (accords de Bretton-Woods) à 1971, les monnaies étaient indexées sur le dollar américain, seule monnaie directement indexée sur l’or : 35 $ US l’once d’or. 
Le 15 août 1971, le président Nixon mit fin à la convertibilité du dollar en or.

Depuis 1976 (accords de la Jamaïque entre tous les pays), il y a une fluctuabilité des monnaies, le cours des monnaies varie donc au jour le jour.


En ce qui concerne l’or, il n’y a plus de référence monétaire.
En revanche, l’or continue à être un instrument d’épargne — au même titre que les actions, les obligations, les biens immobiliers... – choisi parce que facile à conserver, stable et monnayable. Aujourd’hui (12 février 2018), un lingot en or de 1 kg = 34 810 €.

Collections du Mucem

Saviez-vous que l’or a donné lieu à une multitude de métiers et de savoir-faire ?
 Le Mucem possède des fonds d’ateliers de doreur sur bois, doreur sur verre, doreur sur devanture, marchand de couleurs, brodeuse d’or, orfèvre, joaillier, bijoutier, fabricant de fleurs artificielles.

Saviez-vous que le Mucem possède une collection unique de 434 reliquaires catholiques, pour la plupart réalisés en métal ou en bois doré et mettant en valeur des reliques de plusieurs centaines de saints grâce à un usage subtil de l’or fin ?

Saviez-vous que le Mucem possède la robe de Miss France 1980 cousue de fils d’or ?

Masques d’Osiris Végétant, époque ptolémaïque. Or, 16 × 7 cm. 
Musée d’Archéologie méditerranéenne, Marseille © Ville de Marseille, Dist. RMN-Grand Palais / David Giancatarina 


Évariste Richer, South Face / North Face (détail), 2010. Panneaux de 231 × 156 cm. © Courtesy de l’artiste. Photo : Philippe De Gobert / ADAGP, Paris 2018

Casque en bronze et masque en or du guerrier de la tombe T 692, « Archontiko », après 530 av. J.-C. 30,5 × 22,5 × 20,5 cm (casque). 
Musée archéologique de Pella, Grèce © Musée archéologique de Pella, Grèce 


Propriétés matérielles

Saviez-vous que l’or est incorruptible et inaltérable, grâce à son insensibilité à l’oxydation ?

Que l’or est d’une rare densité (un volume d’un litre d’or pèse 19,3 kg), ce qui optimise sa capacité à être stocké ?

Que 182 400 tonnes d’or (quantité totale d’or extraite depuis la Préhistoire) représentent un cube de seulement 21 mètres de côté ?

Que l’or est très malléable et ductile ? Il se laisse aisément transformer en feuilles et fils qui possèdent un très bon rapport minceur / solidité ; poids / surface couverte ; coût / effet visuel produit.

Qu’il fond à 1 064 °C et qu’il peut être transformé à l’infini, ce qui lui donne d’immenses facultés de métamorphose, d’échange et de commercialisation ?

Qu’il présente en outre une excellente conductivité électrique et thermique tout en étant totalement amagnétique ?

Qu’il se mêle sans dfficulté à d’autres métaux, ce qui permet de faire varier son aspect, sa couleur, sa densité, sa qualité de manière très large ? De cette aptitude au mélange vient l’usage de la mesure de quantité d’or dans un alliage : de 6 à 24 carats (24 carats correspondant à l’or pur).

© N.Ammirati

Pavor forma devorare ouroboros mirabilis Emilie Schalck 2018 Mue de serpent feuille d'or 24 carats © N.Ammirati

Données contemporaines

Saviez-vous que la Chine est le premier producteur mondial d’or avec 462 tonnes d’or produites en 2014, devant l’Australie, la Russie, les États-Unis et le Pérou ?

Qu’au Japon, l’idéogramme « or » a été élu pour désigner l’année 2016 en raison du nombre élevé de médailles d’or gagnées par des athlètes japonais aux Jeux olympiques de 2016 à Rio de Janeiro ?

Que la dernière mine d’or a été fermée en France métropolitaine en 2004 ? Qu’une dizaine de projets de nouvelles exploitations de métaux précieux, dont l’or, sont à l’étude actuellement ?

Que trois sites miniers sont actuellement en cours d’exploitation en Guyane française et qu’un projet d’intensification de cette exploitation fait polémique, en raison de son impact environnemental (pollution, destruction des forêts, destruction de l’écosystème) ?

Que les propriétés uniques de l’or dans les nanotechnologies ouvrent un nouveau filon pour les scientifiques ? Santé, environnement, électronique miniaturisée... les chercheurs travaillent à divers projets et produits potentiellement révolutionnaires (encres, peintures réagissant à la chaleur, pots d’échappement catalytiques, gels pour tests médicaux, nanotubes d’or pour matériel électronique, molécules à base d’or pour la destruction sélective de cellules cancéreuses...).

Que les excréments humains peuvent valoir des millions ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, les excréments contiennent en effet des métaux précieux comme l’or, l’argent et le platine. Des chercheurs travaillent actuellement pour tenter de les récupérer.

Coupe de style Mycénien Liban Musée du Louvre © N.Ammirati

Nicolas Mignard, Le Jugement de Midas, 1667. Huile sur toile, 83 × 154,5 cm. Palais des Beaux-Arts de Lille © PBA, Lille, Dist. RMN-Grand Palais / Francis Dubuisson 


Entretien avec Jean-Roch Bouiller, Philippe Jockey, Myriame Morel-Deledalle, Marcel Tavé,
commissaires de l’exposition

Quel est le propos général de cette exposition ?

Philippe Jockey et Marcel Tavé : L’or, depuis les premières traces de sa transformation vers 3000 av. J.-C., demeure associé au pire comme au meilleur de l’histoire de l’humanité : souffrances, inégalités et guerres intestines sans merci, appropriations colonialistes illégitimes, violences écologiques à l’échelle mondiale. La fièvre de l’or est une impasse qu’illustre le mythe de Midas — qui transforme tout ce qu’il touche en or et manque en périr.

Alors, pourquoi lui consacrer une exposition ? La réponse est donnée par les artistes, et ce, depuis toujours. Car l’or est, dans l’art aussi, un matériau d’exception, à la plasticité unique. Sacralisant, dématérialisant et sublimant, il permet des échanges et des métamorphoses infinis, ce dont le mythe de l’âge d’or avait eu précisément l’intuition. À condition qu’il circule à nouveau sans entraves. Il faut pour cela rompre avec la tradition multimillénaire d’accumulation égoïste et de thésaurisation, synonyme d’impasse sociale et humaine, et encourager à nouveau sa fluidité originelle. Celle-là même à laquelle Yves Klein nous invite, dans sa performance célèbre où il disperse des feuilles d’or dans la Seine.
À partir de là, l’or devient révolutionnaire, dans l’art comme dans la société. C’est pour nous le propos principal de l’exposition.

Jean-Roch Bouiller : La une du Monde du 15 décembre 2017 était consacrée à l’accroissement des inégalités, qualifié de « fléau mondial ». Questionner la place de l’or dans nos sociétés, les valeurs qu’on lui prête, la symbolique qu’il véhicule, ou encore les hiérarchies qu’il induit, contribue à cette réflexion sur l’inégale répartition des richesses. D’un côté, l’or continue à être associé à l’idée de fortune, de pouvoir financier inaccessible à la plupart d’entre nous ; de l’autre, l’or en paillettes, le doré, le faux or ou l’or feint sont omniprésents dans notre quotidien (la publicité, les magazines et les magasins), essentiellement pour alimenter notre imaginaire de consommateurs, enclins à associer à cette matière les notions de luxe, de qualité, d’éternité...

L’idée de cette exposition est de se confronter à ces clichés, à ces fantasmes, à ces symboles pour comprendre leur enracinement profond dans l’histoire et les déconstruire ou les voir sous un autre jour. L’idée de trésor, d’accumulation, ou de thésaurisation est ancienne ; mais c’est peut-être moins pour sa rareté que pour sa grande fluidité, sa capacité à se laisser transformer à l’infini, que l’or revêt son pouvoir d’attraction et de séduction.

Plat en or avec anneau de suspension, « Trésor de Lava », IIIe siècle apr. J.-C. Or, 23,5 × 16 × 7,5 cm. DRASSM-MC, Marseille © Teddy Seguin 


Yves Klein, Cession d’une zone de sensibilité picturale immatérielle à Dino Buzzati. Série n°1, zone 05 (IMMA 013). 26 janvier 1962, Pont au Double, Paris, France. © Succession Yves Klein / ADAGP Paris, 2018 © Photo : Harry Shunk - John Kender - J. Paul Getty Trust. Getty Research Institute, Los Angeles (2014.R.20) 


En quoi l’or est-il un sujet d’exposition pertinent pour le Mucem ?

Myriame Morel-Deledalle : L’or est un matériau qui joue un rôle important dans toutes les sociétés — ou presque –, à toutes les époques et sous toutes les latitudes. En ce sens, c’est un sujet de civilisation, de société, ce qui est le propos du Mucem.
 Le sujet de l’or est traité pour ses aspects symboliques et de représentation sans oublier l’aspect humain, en particulier la pénibilité du travail des hommes pour son extraction, jusqu’à la mise en esclavage.

Les métiers, les savoir-faire et les créations sont aussi des faits de société, qui seront notamment évoqués, dans une partie spécifique de l’exposition. 
Des techniques de transformation de l’or à l’alchimie, ce sont toujours des hommes qui incarnent ces métamorphoses : alliages, métiers spécialisés incarnés par des outils, fantasmes...

Lingot en forme de disque plat, Élam (actuel Iran), Suse, tell de l’Acropole, temple d’Inshushinak. Époque médio-élamite, vers 1500-1200 av. J.-C. Or, 1,9 × 1,5 × 0,7 cm. 
Paris, musée du Louvre, département des Antiquités orientales, Sb 5739 D © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Raux 


Médée, Jason et Pélias, scène d’un cratère en calice à gures rouges, attribué au Peintre des Enfers, 2e moitié du IVe siècle av. J.-C. 45,7 × 39,6 × 29,4 cm. 
Musée du Louvre, Paris © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski 


L’une des particularités de cette exposition réside dans le dialogue inattendu entre histoire et art contemporain...

Philippe Jockey et Marcel Tavé : Oui, c’est vrai. Mais ce dialogue, tout inattendu qu’il paraisse à première vue, est né d’un constat que nous partageons, et qui nous a décidés à proposer cette exposition sous cette forme : l’étonnante parenté entre les usages de l’or dans ses expressions artistiques les plus diverses à travers les siècles passés et la création contemporaine.
Il est vrai que l’or est le matériau par excellence de tous les savoir-faire et de leur transmission, de toutes les expérimentations, de toutes les traditions. Il possède une dimension universelle. Quand bien même on pourrait juger cette affirmation paradoxale, au vu de sa solidité et de son inaltérabilité légendaires, l’or est, nous le répétons, le matériau plastique par excellence. Il n’y a donc aucune surprise dans l’intérêt porté par les plasticiens contemporains pour ces qualités, inscrites dans une tradition multimillénaire.

L’art contemporain a toutefois une liberté que n’ont jamais eue les productions artistiques antérieures. Il va au bout des expérimentations que les contraintes religieuses et sociales avaient interdites aux artistes précédents, si audacieux fussent-ils. Il fallait pour cela en comprendre les codes. Il nous semble que les artistes d’aujourd’hui sont de manière évidente les commentateurs les plus acérés de l’art antique. Qu’ils en possèdent une connaissance érudite ou seulement intuitive, peu importe, cela a pour conséquence une meilleure compréhension des créations du passé par leur truchement.

Israel Rouchomowsky, Tiare de Saïtapharnès, n du XIXe siècle. Or repoussé, ciselé et ajouré, D. 18 cm ; H. 17,5 cm. 
Musée du Louvre, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines © N.Ammirati

Boucles d’oreilles, IIIe siècle av. J.-C. Grènetis et ligrane, 2,8 × 2 cm. 
Musée d’Archéologie méditerranéenne, Marseille © Ville de Marseille, Dist. RMN-Grand Palais / David Giancatarina 


Quelles sont les pièces les plus remarquables au sein de l’exposition?

Myriame Morel-Deledalle : On peut signaler des objets résultant d’une maîtrise technique élaborée, comme les décors raffinés des bijoux antiques prêtés par les musées nationaux de Géorgie (le berceau de la Toison d’or), de Roumanie, et du Louvre — qui nous prête le fabuleux cratère grec de Jason et la Toison d’or. À signaler aussi, l’extraordinaire histoire de la tiare de Saïtapharnès, autre prêt du Louvre, qui témoigne du savoir - faire exceptionnel d’un artiste joaillier du début du XIXe siècle. Autre prouesse technique puisant ses racines dans l’Antiquité romaine, les bols de verre à fond d’or et les tesselles de mosaïque dorées : cette spécialité des ateliers de Venise fait l’objet d’un remarquable lm documentaire produit par le Mucem.
D’autres productions antiques, comme celles conservées par le Musée national géorgien de Tbilissi, témoignent de la maîtrise de la métallurgie et de l’usage de l’or dans la symbolique funéraire (notamment les exceptionnelles statuettes inhumées de Vani en fer, bronze et or).

Jean-Roch Bouiller : Dans le domaine de l’art contemporain, nous présentons des pièces d’une grande diversité, de cette petite note manuscrite sur la tirelire, de Marcel Duchamp, à l’aquarelle monumentale de Gilles Barbier représentant un trésor, et du pop-corn doré de Sylvie Fleury à la sculpture d’Adam et Ève grandeur nature par Liza Lou. Le visiteur est donc invité à un double aller-retour : du plus petit au plus grand, de l’art moderne (Zadkine, Picabia, Lipchitz, Brauner, Klein...) à l’art contemporain (James Lee Byars, Louise Bourgeois, Jean-Michel Othoniel, Franck Scurti, Évariste Richer...). Les supports et médias sont également très variés : tableaux mythologiques, art abstrait et poétique, films documentaires et art vidéo, design et mode (Dior). La curiosité et la perspicacité du visiteur seront aussi piquées par des jeux d’accumulation réalisés à partir des collections du Mucem : tirelires, outils des métiers liés à l’or, amulettes, ex-voto et porte-bonheur, reliquaires, coiffes folkloriques, couronnes de mariées...

Jean-Laurent Mosnier (attribué à), Danaé, 1786-1808. Huile sur toile, 148 × 129 cm. Musée des Beaux-Arts de Rouen © Musée de la Métropole Rouen Normandie 


Reproduction du masque dit d'Agamemnon 1900 - 1911 © N.Ammirati

Le sablier d'or Olivier Lounissi 2017 © N.Ammirati

Autour de l’exposition

Pépites de cinéma

Du mercredi 2 au dimanche 6 mai
Installations vidéo, projections, ciné-conte et ciné-concert, ateliers jeune public et goûters

Le Mucem et Aflam, coproducteurs des Rencontres internationales des cinémas arabes, proposent une programmation de films en écho à l’exposition « Or ».
 Destiné à un public familial autant que cinéphile, le programme de ces Rencontres inédites rassemble un corpus de films, toutes époques et formats confondus, mettant en dialogue références archéologiques, politiques et historiques, contes et légendes, imaginaires oniriques et créations contemporaines afin d’appréhender « l’or », sa splendeur et son ambiguïté. Le programme sera décliné autour de trois thématiques : « Trésor », « Chair des dieux », et également l’évocation de « l’or noir » qui s’est imposée comme l’écho contemporain de la quête de richesse des chercheurs d’or des siècles passés.
Chaque jour, ateliers et visites des installations plongent les participants dans l’univers des films.

Mais où est donc Or ?

Du 25 avril au 10 septembre 2018

Jeu dans la ville autour de l’exposition « Or »

100 pépites d’or se promènent dans Marseille : d’Est en Ouest et du Nord au Sud, elles s’accrochent aux murs et transportent des familles de mots en « or » : trésor, ordures, Orphée, raptor, veau d’or... La chasse aux pépites est ouverte le 25 avril. Ouvrez l’œil ! Le but du jeu est d’en trouver un maximum et de faire le meilleur score, sur la petite application dédiée. Une remise des prix aura lieu fin août, pendant le grand événement de l’été, « Plan B ».

© N.Ammirati

Symboles Isabelle Barruol 2017 © N.Ammirati

Infos pratiques

Réservations et Renseignements
04 84 35 13 13 de 9h à 18h 7j/7 reservation@mucem.org / mucem.org

Tarifs
Billets Mucem
 Expositions permanentes et temporaires 9,5€ / 5€ (valable pour la journée)
Billet famille
 Expositions permanentes et temporaires 14€ (valable pour la journée)
Gratuité des expositions pour les moins de 18 ans

L’accès aux espaces extérieurs et jardins du Mucem est libre et gratuit dans les horaires d’ouverture du site.
L’accès aux expositions est gratuit pour tous, le premier dimanche de chaque mois.
Tarif réduit pour les personnes munies d’un billet plein tarif musée Regards de Provence, FRAC (datés de la semaine) et musée Granet.

Horaires d’ouverture
Ouvert tous les jours sauf le mardi et le 1er mai
Au mois d’août : ouvert tous les jours

De 11h à 19h (du 2 mai au 6 juillet)

De 10h à 20h (du 7 juillet au 2 septembre)

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