Après Babel, traduire ou savoir-faire avec les différences

jusqu'au lun 20 mar 2017 - Nuit Vernie le 10 février
« La langue de l’Europe, c’est la traduction » Umberto Eco

Le Mucem présente du 14 décembre 2016 au 20 mars 2017 l’exposition Après Babel, traduire.

« Babel » : en hébreu, cela veut dire « Confusion ». Babel, la diversité des langues, est-ce une malédiction ou une chance ? Réponse : une chance, à condition de traduire.

La traduction est l’un des grands enjeux culturels et sociétaux d’un monde globalisé. Traduire, c’est préférer à une communication rapide et basique dans une langue dominante plus ou moins artificielle (aujourd’hui le « global english » ou globish) un travail coûteux et parfois déconcertant sur la différence des langues, des cultures, des visions du monde, pour les comparer et les mettre en harmonie.

La traduction est d’abord un fait d’histoire : les routes de la traduction, via le grec, le latin, l’arabe, sont celles de la transmission du savoir et du pouvoir. « La langue de l’Europe, c’est la traduction », a dit Umberto Eco. Les civilisations d’Europe et de Méditerranée se sont construites sur cette pratique paradoxale : dire « presque » la même chose, et inventer en passant, à la confluence des savoirs et des langues.

C’est aussi un enjeu contemporain. La diversité des langues apparaît souvent comme un obstacle à l’émergence d’une société unie et d’un espace politique commun, mais l’exposition Après Babel, traduire inverse cette proposition et montre comment la traduction, savoir-faire avec les différences, est un excellent modèle pour la citoyenneté d’aujourd’hui.

Partant d’une abstraction—le passage d’une langue à une autre—, l’exposition donne à voir, à penser et à voyager dans cet entre-deux. Du mythe de Babel à la pierre de Rosette, d’Aristote à Tintin et de la parole de Dieu aux langues des signes, elle présente près de deux cents œuvres, objets, manuscrits, documents installations, qui manifestent de façon spectaculaire ou quotidienne les jeux et les enjeux de la traduction.

Danica_Dakic_zid_wall_installation_video_1998∏Courtesy the artist and Gandy Gallery∏Adagp Paris 2016 - copie

Quelques chiffres clés

Le nombre de livres traduits dans le monde entre 1980 et 2000 a augmenté de 50 %.

45 % des livres traduits dans le monde provenaient de l’anglais en 1980, contre 59 % dans les années 1990.

L’anglais a bénéficié notamment de la chute du russe, qui est passé de 12,5 % à 2,5 % peu après 1989.

La place du français et de l’allemand se maintient autour de 10 %.

Quelques langues comme l’espagnol et l’italien se situent entre 1 % et 3 %.
Toutes les autres langues sont en-dessous de 1 %.

Le japonais atteint presque 1 % au début du deuxième millénaire.

Le chinois et le coréen restent en-dessous du seuil de 1 % du nombre de livres traduits dans le monde.

Après la seconde guerre mondiale, le marché de traduction européen s’ouvre aux littératures non européennes, notamment grâce à un programme d’aide à la traduction des littératures latino-américaines et asiatiques mis en place par l’Unesco.

Le roman est le genre littéraire le plus traduit.

La littérature pour la jeunesse et la bande dessinée sont en forte croissance depuis les années 1990.

Entretien avec Barbara Cassin, commissaire générale de l’exposition

« Le passage d’une langue à l’autre, c’est aussi la transmission des savoirs et la transmission des pouvoirs : de la Grèce à Rome, de Rome au monde arabe...»

Pourquoi une exposition sur la traduction ? Quel est son propos ?
Cette exposition est bâtie autour de deux grandes idées. La première, c’est que « notre » civilisation s’est construite à travers la traduction, par la traduction, au moyen de la traduction. En effet, le passage d’une langue à l’autre, c’est aussi la transmission des savoirs et la transmission des pouvoirs : de la Grèce à Rome, de Rome au monde arabe... Nous allons donc montrer comment la traduction participe à la constitution même des civilisations d’Europe et de Méditerranée. Il s’agit d’autre part de mettre en évidence que la traduction, c’est un savoir-faire avec les différences. J’y vois un véritable enjeu de civilisation contemporain : si à l’école —plutôt que de dire « asseyez-vous », et « taisez-vous », ou « parlez français »—, on commençait à réfléchir « en langues », à partir de ce que les enfants savent, et à articuler leurs savoirs ; on aurait peut-être une autre manière d’appréhender la citoyenneté. C’est une exposition scientifique, mais aussi très politique.

En quoi la pluralité des langues est-elle condition de l’enrichissement du monde ?
Une langue, c’est comme un filet qu’on jette sur le monde. Et selon le maillage du filet, l’endroit où on le jette et le moment où on le fait, on ramène d’autres poissons. Si je vous dis « Bonjour », je ne dis pas « Salam » ou « Shalom » (« Que la paix soit avec vous »). Je ne dis pas non plus, comme les anciens Grecs, « Khaire » (« Jouis », « Réjouis-toi »), qui est encore différent du « Vale » latin (« Porte-toi bien »). On n’ouvre pas le monde de la même manière. La diversité des langues témoigne de la diversité des représentations du monde et des cultures. Les langues sont autant de visions d’un même monde... mais encore faut-il le construire.

Comment s’articule l’exposition ?
Elle se déploie en trois séquences. Nous allons d’abord partir du titre de l’exposition et nous interroger sur ce qu’est « Babel » : qu’est-ce que la pluralité des langues ? Est-ce une malédiction ou une chance ? Cette première séquence fait la part belle au merveilleux (tours de Babel, lamelles d’or étrusques, pierre de Rosette, etc.). La seconde est quant à elle plus scientifique : nous allons suivre les routes de la traduction à travers une installation interactive, comme un plan de métro dont les lignes sont Aristote, Euclide, Ptolémée, Galien, les Mille et une nuits, Marx et Tintin. En suivant ces routes de la traduction, nous suivons les changements successifs des œuvres, les manières dont elles s’enrichissent et se transforment à la confluence des langues et des savoirs, et puis ce que tout cela fabrique comme objets techniques.

C’est aussi dans cette seconde séquence que vous abordez la question de la « parole de Dieu »...
Peut-on traduire la parole divine ? Nous nous sommes intéressés aux trois monothéismes pour savoir quel est à chaque fois le rapport, dans la Torah, la Bible et le Coran, à la langue de la « révélation ». Chemin fai- sant, nous verrons aussi comment via les traductions de la Bible se sont, en partie, inventés les alphabets et fixées les langues vernaculaires d’aujourd’hui : l’allemand, l’arménien, le tchèque, le cyrillique ...Tout comme le français. Nous nous intéresserons enfin à quelques contre-sens plus ou moins volontaires dans la traduction des textes sacrés : par exemple, Moïse est-il « rayonnant » ou « cornu ». Quant à Eve, a-t-elle été créée « de la côte » d’Adam ou « à côté » d’Adam ?

Les difficultés de la traduction sont au cœur de la dernière partie de l’exposition...
Qu’est-ce qu’on traduit et qu’est-ce qu’on ne traduit pas ? Ce qui ne se traduit pas, c’est le « corps des langues » : la matière sonore et signifiante, aussi singulière que la différence des caractères en typographie ... On le fait voir et entendre à travers des rébus, des œuvres musicales, poétiques et plastiques, dont un « idiotisme » de Duchamp. L’exposition se conclut par une tentative de montrer que ce qui compte, au fond, c’est ce qu’il y a « entre ». La traduction est une manière privilégiée d’inventer « entre » les langues. Tout se passe dans cet « entre » : ce n’est ni tout à fait la même chose, ni tout à fait une autre... Comme l’homme au chapeau de Markus Raetz, dont l’ombre projetée dessine... un lapin.

Signer_en_langues Nurith_Aviv_2016

Parcours de l’exposition

Le parcours de l’exposition se divise en trois moments :

Dans le premier, « Babel, malédiction ou chance : politiques de la langue », très visuel, on s’émerveillera des objets présentés, qu’il s’agisse des représentations de Babel comme l’énorme tour de Tatline, des pièces célèbres comme les vases grecs du Louvre et la pierre de Rosette, ou encore de la véhémence de l’expression socio-politique, avec Chéri Samba.

Dans le second, « Les flux et les hommes », plus historique et didactique, on comprendra le parcours en langues des œuvres qui fabriquent les civilisations de la Méditerranée, avec la traduction des textes sacrés et l’émergence des vernaculaires, avec aussi la mise en visibilité des oubliés de la culture que sont les traducteurs.

Dans le troisième, « Traduisibles/ intraduisibles », on s’interrogera à partir d’œuvres parfois énigmatiques sur ce qui résiste à la traduction.

Yang Yongliang, Heavenly City— Skyscraper, 2008, impression jet d’encre, Shanghai © Yang Yongliang

Babel, malédiction ou chance ?

Politiques de la langue

La diversité des langues s’est nommée « Babel », « confusion ». La tour de Babel ressemble aux ziggurats dont les sceaux-cylindres de l’empire de Babylone conservent l’empreinte, et le mythe biblique est là pour dire l’échec de la tentative d’une langue et d’un pouvoir uniques pour tous les hommes.

Mais Babel, la pluralité des langues, est-ce vraiment une malédiction, un châtiment, ou bien plutôt une chance ? On explore l’alternative à travers les représentations contradictoires de Babel, comme celles d’Abel Grimmer au tout début du XVIIe siècle, tantôt roses et heureuses, tantôt étendant leur ombre noire sur le monde ; à travers aussi la mondialisation du mythe, tout aussi ambiguë, de la tour de Boulée dressée comme une cheminée d’usine à la maquette de la tour de Tatline, monument à la 3ème internationale, et de la Bibliothèque de Borgès aux explosions atomiques de Yang Yongliang...

Que se passe-t-il donc quand on fait le choix d’une seule langue, et qu’advient-il alors de l’autre et de sa langue ? Il y a plusieurs types de langue unique, de l’esperanto (affiche Marseille) au globish, ce global english de communication mondiale (dont l’ancêtre fut peut- être la langue diplomatique inventée par le pharaon Akhenaton, retrouvée à Amarna), et aux pictogrammes de la Sonde Pioneer destinée aux extra-terrestres.

Politiques de la traduction

Mel_Bochner_Blah_blah_blah_2011_Galerie_Two_Palms∏Courtesy_de_l_artiste_Two_Palms - copie
Mel_Bochner_Blah_blah_blah_2011_Galerie_Two_Palms∏Courtesy_de_l_artiste_Two_Palms - copie

Mais la langue est toujours un enjeu politique, et l’importance accordée à la traduction dépend de la manière dont on considère l’autre, l’étranger : elle implique qu’on sache articuler les différences.
Les anciens Grecs, fièrement monolingues, stigmatisent comme “barbare” celui qui ne parle pas comme soi : Blah blah blah, Mel Bochner met en scène l’onomatopée (comme Babel, babil, ou berbère) que devient la langue de l’autre, qu’il soit Perse comme sur les vases du Louvre ou «Long-nez » comme nous pour les Chinois.
On impose une langue, sa langue, par des décrets comme celui de Villers-Cotteret, ou celui sur le statut des langues régionales, par la colonisation (Chéri Samba, Les Tours de Babel dans le monde). D’autres politiques existent, à l’œuvre en Afrique du Sud par exemple, dont on présente la constitution en onze langues nationales, qui conserve partout le mot zoulou : ubuntu («réconciliation »? «fellowship »? «nous sommes donc je suis »...).

La traduction partout toujours

À vrai dire, la traduction est une évidence. Elle existe sitôt que deux langues, cultures, civilisations, entrent en contact. Le visiteur est immergé dans la visibilité de ce processus : témoignages du passé et du présent, objets et documents bilingues, trilingues, multilingues...
Des tablettes de Sumer et des lamelles de Pyrgi pour la fondation d’un temple étrusque, de la Pierre de Rosette ou de la stèle de Xi’an, aux étiquettes de vêtements ou aux menus de restaurants dans notre vie de tous les jours, la différence des langues, rendue sensible par celle des alphabets, s’accompagne de leur mise en rapport. Les objets présentés, monumentaux ou d’utilité quotidienne, font voyager dans le temps, dans l’espace, comme dans les technologies mises en œuvre (argile, pierre, parchemin, papier, tissu, métal, numérique).
Aux grands témoins, répond le biotope de notre quotidien urbanisé, avec le concours de photographies légendées « Babel contemporaine », en partenariat avec Philosophie Magazine. Enfin, avec le court film Marseille en v. o., on saisira le changement d’une langue à l’autre (dit « alternance codique »), à travers ces conversations plurilingues que nous pouvons entendre en passant dans la rue.

Les flux et les hommes

Traduction et invention des savoirs

La traduction ne se réduit pas à un simple processus de communication. Nous sommes les produits de la traduction, et c’est particulièrement sensible à Marseille, en Méditerranée, en Europe. De fait, « notre » civilisation s’est dessinée à travers ce que le Moyen Âge appelle la translation des savoirs, qui est aussi un transfert de pouvoir, d’une langue et d’une culture dominante à une autre—transferts du, et vers, le grec, le latin, l’arabe, routes de la traduction, comme il y a des routes de la soie.

Le dispositif interactif « Les routes de la traduction » permet de suivre, comme si c’étaient des lignes de métro, les trajets de quelques grandes œuvres qui constituent la matrice des savoirs, des techniques, de l’imaginaire, de la pratique, à travers la Méditerranée et au delà. Les lignes ont pour nom Aristote, Euclide, Ptolémée, Galien, les Mille et une Nuits, Marx et Tintin ; les stations et les changements sont Athènes, Rome, Constantinople, Alexandrie, Bagdad, Tolède, Padoue ou Londres...
Au fil des traductions, manuscrits et objets techniques à l’appui, le visiteur est conduit à mettre en œuvre la perspective, à polir les lentilles d’une lunette, à fabriquer un astrolabe, à interroger l’intérieur du corps humain. Certaines œuvres, comme Les Mille et une Nuits, sont même fabriquées par leur traduction. D’autres, Marx par exemple, les affiches en témoignent, se répandent immédiatement comme des traînées de poudre. Quant à Tintin, le reporter du Petit Vingtième, il est traduit en autant de langues que la Bible.

Traduire la parole divine ?

Mais peut-on traduire la parole de Dieu, révélée dans une langue par là même sacrée ? Entre interdit et prosélytisme, les livres des trois religions révélées, Torah, Bible et Coran, entretiennent avec la traduction un rapport très différent que rendent visible les manuscrits et les éditions. A travers la tradition juive et son foisonnement herméneutique, on perçoit l’émergence de la notion même de traduction : le texte hébreu est presque toujours accompagné du targum, en araméen ; Talmud, Midrach, Hallakah, font partie intégrante de la transmission ; et la Septante, traduction en grec de la Torah, est une commande juive —les quelques soixante-dix sages commis à cette tâche auraient même rendu un texte identique au mot près (lettre d’Aristée et plafond de Versailles)...

La Bible chrétienne se déploie en langue latine avec la Vulgate de Saint Jérôme, patron des traducteurs que l’on représente à l’infini (portrait par Georges de La Tour, gravure de Rembrandt, mur des Saint-Jérôme); ses traductions sont à l’origine ou à la consolidation des langues vernaculaires et parfois des alphabets, avec Mesrop Mashtots pour l’arménien, Cyrille et Méthode pour le cyrillique, ou Luther pour l’allemand (portrait par Cranach). Le Coran, quant à lui, doit rester dans la langue de sa Révélation, l’arabe ; mais on peut en traduire « le sens », comme en témoignent les premières versions juxtalinéaires, avec un mot sous un mot, en persan par exemple.

Comment d’ailleurs être sûr du sens ? Les traductions, qui jouent sur les équivoques linguistiques, n’ont rien d’innocent. On en prend trois exemples, magnifiés par de grandes œuvres. Moïse karan, était-il « cornu », et un peu diabolique, comme celui de Michel-Ange, ou bien « rayonnant », comme chez
Chagall—ou un peu des deux, comme Millet dans son « Autoportrait en Moïse »?
Et Eve, est-elle née de la côte d’Adam, en femme soumise à l’homme dont elle est une partie, comme dans la plupart des enluminures, ou bien a-t-elle été créée «à côté » de lui, comme montre Rodin dans La Main de Dieu ?
Et à quoi ressemble donc l’arbre du bien et du mal ? Est-ce un « pommier » par simple mégarde traductive -parce qu’en latin, malum avec un a court signifie « mal », et avec un a long « pommier » ! Ou plutôt un figuier comme chez Blake, voire un champignon hallucinogène comme dans la magnifique petite abbaye de Plaincourault ?

Antoni Muntadas, On Translation : The Games, 1996, installation video, Atlanta College of Art Gallery. Barcelone, courtesy Antoni Muntadas © ADAGP, Paris 2016

Le traducteur invisible : du drogman à l’artiste

Enfin, toutes ces traductions sont liées à des hommes, professionnels du doublage, interprètes, traducteurs, passeurs, qu’on fera sortir de leur invisibilité en proposant une cimaise de portraits, de Cicéron à Amadou Hampâte Bâ. L’installation de Muntadas joue avec le métier d’interprète.
On pénètrera dans l’atelier du traducteur, avec Baudelaire, Mallarmé, Artaud, Pessoa qui réinventent Edgar Poe dans leur langue et pour leur compte de poète, chacun son «Corbeau », comme en témoignent les manuscrits et les ouvrages, en dialogue avec Manet et Odilon Redon. L’exposition et ses ateliers permettront à chacun de faire l’expérience critique du traduire, tant en dialogue avec des traducteurs qu’en interaction avec des machines, dont on verra l’ancêtre – le «cerveau mécanique » de Georges Artsrouni.

Traduisible / intraduisible

L’intraduisible corps des langues

Les difficultés de traduction sont au cœur de la dernière partie de l’exposition. Les « intraduisibles » sont les symptômes de la différence des langues ; c’est pourquoi ils sont si précieux : à travers eux, on enrichit et on complique sa propre perception du monde. On le montrera de manière très concrète et souvent ludique.
C’est d’abord le « corps des langues » qui fait obstacle, matière sonore et signifiante, matière visuelle aussi via la typographie (El Lissitsky, « Veshch- Gegenstand-Objet »).
On le rend perceptible au moyen des onomatopées, des idiotismes, des rébus, des chansons, tous les jeux sur le son et le sens (Dario Fo, qui a seulement l’air de parler anglais, allemand, italien...).
Comment chante un coq anglais, comment miaule un chat chinois ? Et la pluie qui tombe : des cordes et des hallebardes (en français), des pierres (en wolof), ou des chats et des chiens (en anglais) ?
Avec le signifiant et l’équivoque, matérialisés dans les rébus, on touche au rêve et à l’absurde.
Duchamp dessine un idiotisme, Pulled at four pins, qui n’a de sens qu’en français !
Un juke-box permet d’entendre « Comme d’habitude », « My way » en anglais, dans une dizaine de langues, et « Lili Marlene » passe avec sa traduction-transformation du nazisme à la résistance.

Le malin génie des langues

On touche ainsi à l’encombrant problème du « génie » des langues, rapport langue- peuple-culture, lieu par excellence des idées reçues. Pour les défaire ou les réinventer, nous proposons un détour, avec Nurith Aviv et Emmanuelle Laborit, par les langues des signes, qui signent différemment le « ciel » et le « bleu », la « culture » ou l’« amour », en japonais, en américain ou en français.
Et Bertrand Lavier, dans Polished, en montre l’emprise sur le quotidien en fabriquant sept diptyques qui confrontent un protocole de fabrication et l’objet correspondant ; le protocole dans sa version originale est en français, puis il est traduit et mène à la réalisation d’un deuxième objet, puis la traduction est traduite, etc. Des génies singuliers, mais sans nationalismes. Une pluralité qui complique l’universel et fabrique un monde avec du divers.

Entre le même et l’autre

Chaque langue est d’abord une somme singulière d’équivoques, d’ambiguïtés motivées, évidemment incomparables, mais pourtant appropriables d’une langue à l’autre. Une langue, ça n’appartient pas, ça se partage, ça s’apprend, ça se vole. La littérature, brésilienne en particulier, avec “l’anthropophagie” d’Oswald de Andrade, et “l’intraduction” des Frères Campos, va jusqu’à ingérer la langue des Tupis comme celle de Gertrud Stein. La traduction est une manière privilégiée d’inventer entre les langues.
Ce qui compte, au fond, c’est ce qu’il y a « entre ». Tout se passe dans cet « entre » : ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. C’est toute la problématique de la représentation, au fondement de la peinture, qui se trouve pour finir sollicitée, en deux scansions extrêmes écartées dans le temps : le triple autoportrait de Johannes Gumpp, et l’homme au chapeau de Markus Raetz, dont l’ombre projetée dessine... un lapin. On sort en traversant une représentation de «La représentation impossible » de Magritte, où l’homme de dos face au miroir se reflète encore de dos. Y a-t-il un original ?

Informations Pratiques

Entrée
Tarifs expositions permanentes et temporaires Billet MuCEM tarif plein 9,5 € / tarif réduit 5 €
Billet famille 14 € (valable pour 5 enfants maximum accompagnés de 2 adultes) : les adultes non accompagnés d'enfants mineurs ne pourront pas accéder aux salles avec ce billet.

Le Mucem est ouvert tous les jours sauf le mardi.
Novembre / avril : de 11h à 18h
Dernière entrée dans les salles : 45 minutes avant la fermeture des expositions.
Fermeture des salles d'exposition : 15 minutes avant la fermeture du site

Réservation
Musée des Civilisations d'Europe et Méditerranée MuCEM
04 84 35 13 00
le site

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