LA RELECTURE INÉDITE DE TRISSOTIN OU LES FEMMES SAVANTES

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Publiée le lun 31/12/2018 - 01:00 / mis à jour le ven 08/03/2019 - 01:00

Macha Makeïeff, dans cette relecture inédite de ce chef-d’oeuvre, transpose judicieusement la pièce dans les années 70 et fait entendre avec force et malice la férocité et la drôlerie inégalée du texte de Molière.

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LA RELECTURE INÉDITE DE TRISSOTIN OU LES FEMMES SAVANTES
Rendez-vous à la Criée !

Grande comédie de moeurs sur l’émancipation des femmes, Trissotin est à la fois une critique sociale intense et la photographie d’un désastre familial. Parce qu’un parasite s’y est introduit, la maison Chrysale est au bord de l’implosion !
Folie d’une mère toute-puissante, filles sacrifiées, femmes hallucinées, stratagèmes, ruse, violence inouïe des discours misogynes conçus comme autant de programmes pour les femmes et désarroi des hommes.

Quoiqu’on die, quoiqu’on die...

Grande comédie de moeurs sur les dévoiements du bel esprit, satire de la préciosité extrémiste, dénonciation du pédantisme alors figure obligée des ouvrages engagés autour de la « nouvelle science », Trissotin ou les Femmes Savantes est le titre donné à la pièce de 1672 par Molière dès la reprise du spectacle. C’est dire le rôle central du poète flagorneur et hypocrite.

Tremblements dans un huis clos bourgeois où une famille se déchire au nom du beau langage et de ses terribles impératifs. Les clans. Les discours misogynes et autres programmes domestiques pour les femmes. Impasses de l’émancipation. Haine du corps et délices du savoir comme libido, folies féminines envahissantes qui font vriller le confort bourgeois. Désarroi des hommes et terreur du féminin conquérant. Le bal des égoïsmes et des ridicules. Manigances, complot familial, dot et dividendes, filles sacrifiées et rivales. Chimères d’une mère hallucinée et toute-puissante sous l’emprise d’un pédant ridicule, séducteur dangereux, qui veut la place dans la maison. Critique de la Cour et mépris social. Il faudra le stratagème d’un frère manipulateur, - fausses nouvelles, lettres inventées, pour dévoiler les noires intentions et dénoncer les hypocrites…

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La relecture inédite de Trissotin ou les femmes savantes

La Maison hallucinée de Macha Makeïeff

« Jouer Les Femmes Savantes c’est évidemment le plaisir de retrouver la langue et l’humeur de Molière, à qui il reste une année à vivre lorsqu’il interprète cette pièce quasi testamentaire. Un homme fatigué, trahi, admiré et détesté, - vie privée, vie publique - mais qui garde son insolence et son goût de la provocation des ordres établis, qui se rappelle Gassendi et les élans hédonistes de sa jeunesse au Collège de Clermont, refuse le sectarisme et les esprits étroits, et rit des travers d’une famille bourgeoise qui va sens dessus-dessous.

Plus que la misogynie, latente ou explicite que Molière fait entendre, c‘est cette terreur que provoque chez les hommes l’illimité du désir féminin qui m’a intriguée - ici désir de savoir, de science, de rêverie et de pouvoir - et plus encore le désarroi masculin qui en découle. Ici, les excès des femmes, chimère érotomane de la tante, folie sectaire de la mère et de la fille aînée, rébellion ardente de la cadette, insolence sauvage de la cuisinière, envahissent dangereusement et délicieusement l’espace domestique.
La maison Chrysale vrille. Les femmes de la maison se perdent dans les impasses d’une émancipation impuissante face à un mari dépassé et pleutre, un frère manipulateur, un amant hésitant et un intrus, parasite cynique et séducteur. Un vent de folie et de désastre souffle sur la maison.

Car il y a des complots, spéculations, petits intérêts à défendre du côté masculin. Membres de la famille pique assiettes et installés dans la maison et séduisants prédateurs venus de l’extérieur, ils rivalisent pour tenir la place. Même l’amour ou ce qui en tient lieu est l’objet de calculs, de manipulations en
tous genres.

Les hommes ne s’en sortent pas mieux que les femmes. Ils sont presque égaux en douleur, en impuissance, en confusion dans ce combat permanent qui pourrait facilement transformer en tragédie cette comédie au verbe fort et haut. Un verbe qui ne s’arrête jamais et qui demande des interprètes virtuoses et hantés.

Dans cette maison hallucinée, seuls la ruse, la fiction, le mensonge, le stratagème, le rire, la musique et quelques artifices, - c’est-à-dire le théâtre et ses armes - viendront à bout de la folie et de ses tourbillons. »

Infos pratiques

Théâtre national de Marseille La Criée
téléphone : 04 91 54 70 54
30, quai de Rive Neuve 13007 Marseille

Tarif B de 9 à 25€ - Grand Théâtre
Mar, Jeu, Ven, Sam 20h, Mer 19h, Dim 16h
Durée 2h15

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