Retour vers le futur aux Rencontres de la photographie d'Arles

2 juillet au 23 septembre 2018

Publié le 12 juillet 2018 Mis à jour le 12 juillet 2018

Cette année, vous êtes conviez à une expérience spatio‐temporelle, à un voyage à travers les époques, sidéral et sidérant. Car la photographie est souvent le médium le mieux placé pour saisir toutes ces secousses, qui nous rappellent que le monde change, parfois juste sous nos yeux.

Avec environ 30 expositions, les Rencontres d’Arles s’affirment comme un observatoire de la création actuelle et des pratiques photographiques. Avec une programmation artistique – constellation d’expositions qui se croisent, se répondent et parfois se télescopent – qui peut devenir une formidable machine à explorer le temps pour appréhender
le futur proche à l’aune d’un passé récent, pour mettre en lumière, grâce au regard des artistes,
les grands enjeux de notre société moderne.

© N.Ammirati

Cours camarade, le vieux mode est derrière toi

1968 est indissociable des événements de mai. Pourtant, plus largement, c’est l’année des grands bouleversements ; des rares moments où le
monde bascule, déstabilisant au passage tous
ceux qui croient aux valeurs immuables. Alors,
 de Martin Luther King à Robert F. Kennedy, on assassine ceux qui dérangent (The Train)...
1968, c’est, avant la révolte, le temps de tous les possibles, cette croyance en la capacité de construire le bonheur à grande échelle, entre rêves et béton.

En France, on planifie, on développe, on urbanise.
 Le delta du Rhône, cette année‐là, concentre à lui seul trois symboles de l’aménagement moderne. À quelques mois d’intervalle, on inaugure
Fos‐sur‐Mer, emblème de la concentration industrielle et la Grande Motte, accession pour
tous au rêve balnéaire, et on initie le projet
 du Parc régional de Camargue, préservation 
– pour ne pas dire fabrication – de l’espace
 sauvage par excellence. (Paradisiaque !).

C’est cette France‐là, ce projet global d’une société qui oscille entre matérialisme et consommation, 
que conteste la jeunesse de 68, brandissant slogans et pavés. Commentée par les historiens Ludivine Bantigny et Patrick Boucheron, l’exposition 
1968, quelle histoire! tente de restituer, à travers la confrontation des points de vue (archives inédites
 de la préfecture de police, de Paris Match et de Gamma‐Rapho ‐ Keystone), le vent de révolte qui régnait alors à Paris et plus largement dans le monde.

Neil Harbisson se considère comme un cyborg. Souffrant d’une maladie rare, l’achromatopsie, qui le prive de la vision des couleurs, il s’est fait implanter une prothèse nommée Eyeborg. Intégrée à la boîte crânienne, elle capte les couleurs et les convertit en ondes sonores. Neil Harbisson plaide pour une augmentation créative de l’humain et se distancie parfois du transhumanisme, qu’il trouve trop figé dans des représentations stéréotypées ou commerciales. Il a une vision d’artiste plus que d’apôtre de la technoscience. Il se targue d’être le premier humain à apparaître avec sa prothèse sur la photo de son passeport. Munich, le 15 juillet 2015. Avec l’aimable autorisation de l’artiste, de Galerie C et de MAPS

Jonas Bendiksen. Moses Hlongwane, également connu sous le simple nom de Jésus, donnant un sermon lors de son mariage avec Angel, l’une de ses disciples. Dans la théologie de Moses, le jour de son mariage marque le début de la Fin des Temps. Afrique du Sud, 2016. © N.Ammirati

Humanité augmentée

Aujourd’hui, cinquante ans plus tard, nous sommes de nouveau au cœur d’une période qui fait débat par l’enregistrement systématique de toutes 
nos données, leur partage et leur circulation. L’avènement de l’homme numérique, tout à la fois, inquiète et fascine. Chaque jour, on annonce un peu plus la victoire de l’intelligence artificielle sur l’intelligence humaine. Chaque jour, on assiste à l’émergence d’une humanité augmentée, d’un cybermonde où la puissance numérique garantit
un nouveau bien‐être. Santé et sécurité se régulent désormais sur des écrans. Doucement, nous entrons dans le royaume des cyborgs où le transhumanisme s’affirme comme une foi inébranlable en la
 science et la technique, seules à même de
 garantir l’amélioration de la condition humaine !

En quelques photos...

Comme en 1968 où certains opposèrent un vent de liberté, nous assistons aujourd’hui, face à la révolution numérique et à ses promesses d’un avenir post‐humain, à des tentatives de retour aux sources. Les réévaluations des fondamentaux incarnent les formes modernes de la résistance. Plus que jamais, on se soucie de la qualité de ce que l’on mange, on valorise les chaînes courtes, le développement durable. Fondées sur d’autres valeurs – écologie, spiritualité, méditation – nous réinventons nos existences. Naviguant entre les extrêmes d’une croyance commune en l’homme, du transhumanisme à l’introspection, nous avançons vers demain.

Jonas Bendiksen a suivi sept personnages de par le monde, qui considèrent sérieusement, confortés par leurs fidèles, qu’ils sont les nouveaux messies.
Cristina de Middel et Bruno Morais se sont penchés, de l’Afrique vers l’Amérique, sur la transhumance et les mutations d’Ésù, l’esprit 
qui dirige les mouvements de la vie.

L’architecte Simon Velez a construit un 
immense temple de bambous pour accueillir
 les photographies de Matthieu Ricard, moine bouddhiste, proche du Dalaï Lama.

Christoph Draeger et Heidrun Holzfeind reviennent à Auroville, la communauté indienne créée en 1968, par Mirra Alfassa – appelée
 the Mother – et construite par l’architecte Roger Anger, avec pour ambition « la réalisation de l’unité humaine ». Auroville, la communauté utopiste, accueille aujourd’hui encore près de 2 500 personnes.
Matthieu Gafsou se livre depuis quelques années, à l’inventaire de toutes les déclinaisons 
du transhumanisme. Son projet H+ s’attarde sur 
les fantasmes d’un futur probable. Un futur où les exosquelettes rendent la notion même d’invalidité obsolète, un futur où la cryogénisation lie entre eux les concepts de vie éternelle et de mort temporaire.

Notre époque inspire les photographes, 
parce qu’elle nous force à nous projeter, par anticipation, dans un monde jamais très loin de la science‐fiction. Un monde à la croisée du réel et du fantasme, de l’imaginaire et du progrès, du futur et de la fiction. Grâce aux artistes, vous découvrirez ce qui n’existe pas encore...

New York City, 1950. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la Collection Fotostiftung Schweiz.

Bus-Stop, Detroit, 1955. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la Collection Fotostiftung Schweiz.

America great again...

Il y a un autre anniversaire qui set à commémorer. Dix ans avant 68, un jeune 
homme conçoit un livre qui va profondément bouleverser notre regard sur la photographie.
 En 1958, le photographe Robert Frank et l’éditeur Robert Delpire ont respectivement 34 et 32 ans. Ensemble, ils publient Les Américains, un livre de
 84 photographies qui marquera des générations 
de photographes, d’historiens, de commissaires.
 Sa vision offre pour la première fois un regard qui tranche avec la complaisance des écoles humanistes d’après‐guerre. Robert Frank invente le road trip photographique. Il est rapide, agile, mobile.
 Il impose le décadrage comme une construction choisie. Avec lui, la photographie change d’ère, et
 la beat generation trouve son œil. Inévitablement, les critiques pleuvent. À travers la représentation d’une succession de portraits ordinaires, de situations banales, on lui reproche son utilisation méprisante de l’expression « les Américains ». On dénonce son éloge de l’ordinaire, la sacralisation du non‐événement. Où est‐elle l’Amérique du rêve et de la consommation, celle qui, portée par toujours plus de croissance, promet des lendemains qui
 chantent ? Elle est là, sous nos yeux, 
empêtrée dans ses paradoxes d’un monde
 qui consomme et s’ennuie, d’un monde qui
 change et bientôt s’opposera avec vigueur
 aux inégalités, aux injustices accumulées.
 Bien qu’absents des photos, ceux qui dix
 ans plus tard brandiront des pavés pour 
réclamer plus de justice, plus de diversité, plus d’ouverture, ne sont pourtant pas loin, bientôt 
prêts à crier leur rejet du vieux monde.

Ethan, Slab city (USA), 2017. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la galerie Les Filles du Calvaire

Sioux City, Iowa, 1968. Avec l’aimable autorisation de Raymond Depardon/Magnum Photos

L’Amérique n’a finalement pas tellement changé. Elle s’indignait hier qu’un étranger puisse la représenter – Robert Frank est suisse –, elle continue aujourd’hui de stigmatiser l’autre. Tandis que, discours après discours, son actuel – et surprenant – dirigeant prône le repli sur soi, les Rencontres d’Arles vous propose une vision décentrée, preuve que la première puissance mondiale doit un peu de son image au regard des étrangers.

Robert Frank (Suisse), Raymond Depardon (France), Paul Graham (Royaume‐Uni), Taysir Batniji (Palestine), Laura Henno (France), ils sont nés en 1924, 1942, 1964, 1966, 1976. Ponctuant chaque génération, leur regard étranger s’est posé sur l’Amérique, déjouant les pièges de la photogénie. Chacun à leur manière, ils ont photographié la violence des contrastes, enregistré la puissance des récits, se sont lancés dans un road trip sans en connaître la destination finale, apportant ainsi, sans le savoir, leur contribution à la fabrique de l’image du pays. L’Amérique, plus que les autres, se nourrit de l’extérieur.

Les Rencontres d’Arles s’affirment, encore cette année, comme un lieu de partage et de découverte de 
la photographie dans sa diversité mais aussi dans son acuité à regarder le monde. Elles se veulent un outil pour comprendre, penser, construire la société dans laquelle nous vivons. Car une chose est sûre, les images aussi performent ce monde !

La garde d’honneur des cadets durant une allocution du leader tchétchène Ramzan Kadyrov, au défilé du Jour de la victoire de la Seconde Guerre mondiale, 2010.

Sinem Dişli, Tourbillon de sable, 2015. Les barrages sur l’Euphrate ont conduit à une inégalité de la distribution de l’eau entre la Syrie, l’Irak et la Turquie, et l’utilisation insensée de l’eau et des sols à Urfa à entraîner une désertification de la région qui s’étend au-delà de la frontière méridionale de la Turquie. L’enrichissement aussi soudain qu’extrême qui a accompagné la construction du barrage du côté d’Urga, c’est-à-dire des changements qui sont considérés comme caractéristiques du développement économique, est en train de transformer ces plaines sur-irriguées et sur-cultivées, notamment par le biais des tempêtes de sable qui viennent de temps en temps des régions désertifiées du Moyen Orient qui sont condamnées à la sécheresse. Ce faisant, la nature nous rappelle qu’elle est une et se moque des frontières. Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

Le monde tel qu'il va

Une plongée radicale au cœur d’une géopolitique complexe et bouillonnante grâce aux regards sur la scène contemporaine turque de l'exposition Une colonne de fumée qui présente les travaux d’artistes et photographes, qui, de Diyarbakır à un ghetto d’Istanbul, en passant par Trabzon et l’Anatolie centrale, racontent la Turquie d’aujourd’hui.
Allez faire un tour aussi à Grozny, neuf villes. Couche après couche, ce projet documentaire dévoile la réalité de la vie complexe de la capitale tchétchène. Les neuf thèmes du projet constituent une plongée dans les efforts des Tchétchènes pour trouver leur propre chemin d’accès au bonheur.
Sur une place de Shanghai, des mères brandissent des pancartes vantant les qualités de leur fils encore célibataire. Guo Yingguang, dans sa série La Joie de la conformité, s’intéresse aux mariages arrangés en Chine. À partir de son expérience individuelle et de l’expérience sociale contemporaine, Yingguang Guo mêle la photographie documentaire, la vidéo et l’installation pour nous montrer une réalité sociale encore bien marquée.

Gregor Sailer - Carson City VI / Vårgårda, Suède, 2016. Avec l’aimable autorisation de l’artiste

Michael Christopher Brown - Cuba, 29 Novembre-4 Décembre 2016. Avec l’aimable autorisation de l’artiste

Les plateformes du visible

Un observatoire de la photographie documentaire pour une pratique en pleine mutation.
Yo soy Fidel suit pendant plusieurs jours le cortège funèbre de Fidel Castro, l’ancien révolutionnaire et chef d’État cubain, à la fin de l’année 2016. Michael Christopher Brown s’est penché depuis la fenêtre de sa voiture, côté passager, pour photographier les Cubains massés le long de l’autoroute pour voir passer le convoi militaire. Les œuvres exposées sont constituées d’une sélection de photographies, de vidéos, de textes et des objets.
Gregor Sailer photographie entre 2015 et 2017 les villages Potemkine modernes : des centres d’exercice militaire aux États‐Unis et en Europe aux répliques de villes européennes en Chine, en passant par des pistes d’essais de véhicules en Suède ou encore des rues entières mises en scène pour la visite de personnalités politiques. Les images de Gregor Sailer capturent ce qui se cache derrière ces façades. En révélant leur caractère artificiel, il souligne l’absurdité de notre époque.
Partant d’entretiens sur l’image que chacun a de lui‐même, et sur l’image que l’on veut donner de soi, le photographe Christophe Loiseau met en scène des « histoires‐portraits ». Les participants, dans une dynamique collective, ont pu s’approprier l’outil photographique. Le but n’était pas de produire un reportage sur la vie carcérale, « l’objet prison » n’étant quasiment jamais apparent, mais de faire exister ces représentations d’eux‐mêmes.

Canada, Montreal, 1967. René Burri © Magnum Photos

William Wegman - Décontracté, 2002

Ann Ray © N.Ammirati

Figures de styles

Motifs et leitmotivs : le photographe à l’œuvre.
Les photographies de René Burri sont pleines de clins d’œil inconscients aux pyramides : toits de maisons, tipi d’Indiens, architecture moderne, jardins zen... Féru de géométrie, il en voyait partout.
Lee McQueen, directeur artistique de Givenchy, va laisser Ann Ray tout photographier : préparatifs, défilés, moments d’intimités. 35 000 photographies argentiques sont issues de cette relation de confiance. L’exposition propose une plongée dans l’univers de celui que l’on a longtemps considéré comme l’enfant terrible de la mode, mais qui était surtout un poète visionnaire et un talentueux homme d'images.
Artiste américain aux talents multiples, William Wegman résiste à toute classification trop simple : il évolue habilement entre la peinture, le dessin, la photographie, la vidéo. À la fin des années 1970, Wegman trouva dans l’impression Polaroid grand format son moyen d’expression favori — un format d’impression parfait, des couleurs magnifiques et une « instantanéité » qui favorisait la spontanéité. Si le monde de Wegman semble tourner autour de ses braques de Weimar, est‐il pourtant question ici de chiens ? Être humain semble indiquer le contraire : ces modèles, ce sont nous ; et nous sommes eux : femme au foyer, astronaute, avocat, prêtre, ouvrier agricole, et même... promeneur de chiens ! Tandis que certains posent fièrement et avec assurance devant l’objectif, d’autres expriment doutes et vulnérabilités : tout est question d’être humain.
Baptiste Rabichon propose une pratique de la photographie qui redonne un sens à l’idée d’une matière porteuse de contenu. Son travail est un ensemble de sensations et d’impressions. Son discours se construit par l’utilisation d’outils et de protocoles de fabrication complexes, mêlant nouvelles technologies et techniques anciennes. Ils sont étranges et rares ces objets uniques, qu’il faut bien nommer photographies.

Jane Evelyn Atwood

Jane Evelyn Atwood

Joan Colom - Gent del carrer, 1993. Avec l’aimable autorisation de Foto Colectania Collection

Dialogues

De Godard à Picasso, de Pigalle au Barrio Chino : lorsque les œuvres entrent en résonance.
Bien que les disciplines que Godard et Picasso pratiquent soient étrangères à bien des titres, celui qui fut longtemps considéré comme l’enfant terrible de la nouvelle vague française et celui qui incarne une des grandes figures des arts plastiques du XXème siècle, peuvent être légitimement comparés. L’exposition se propose d’illustrer et de réfléchir à la place historique et symbolique occupée par les deux artistes au sein de leur propre discipline et au rôle d’un écrivain – Aragon – ébloui par les deux.
À vingt ans d’écart, Jane Evelyn Atwood et Joan Colom captent les pulsions urbaines de deux quartiers mythiques autant qu’interlopes de Paris et Barcelone, cœurs battants de ces métropoles européennes, hauts lieux de la prostitution mais aussi destinations touristiques ‐ le Pigalle de la fin des années 70 et le Barrio Chino des années 2000. Arpentant les trottoirs, ils racontent la rue comme théâtre du quotidien d’humanités populaires et vagabondes sur le point de disparaître. Entre plaies ouvertes et instants de grâce, ils placent l’humain au cœur des villes.

Pavillon

Matthieu Ricard, Foule de moines allant accueillir un grand lama, Népal, 1995. Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

Programme associé et Grand‐Arles‐Express

Des institutions, d'autres festivals du département et des lieux arlésiens sont également associés à la programmation des Rencontres.
Comme le Festival International de Piano de La Roque d'Anthéron avec la venue du moine bouddhiste Matthieu Ricard, les 28 et 29 juillet, pour un concert lecture avec Maria-João Pires au piano, dans le cadre magnifique du théâtre antique d'Arles. Et qui propose une rencontre inédite entre musique et méditation. Ces soirées exceptionnelles prolonge l’exposition des photographies de Matthieu Ricard dans un pavillon en bambou de 1000m2 installé au bord du Rhône et spécialement créé par l’architecte colombien Simon Velez. Initiative hybride qui allie photographie, architecture et musique, l'exposition Contemplation vise à faire de l’art une porte d’entrée vers certaines des valeurs fondamentales de notre époque : la sérénité, l’altruisme, la responsabilité à l’égard de la vie...

Véronique Ellena - La Grenade, série Natures mortes, 2008

Véronique Ellena - Le cycliste, série Ceux qui ont la foi, 2003. Avec l’aimable autorisation de l’artiste

Le Musée Réattu, quant à lui, propose une exposition de Véronique Ellena. Témoin passionné de la vie quotidienne dont elle révèle la spiritualité et magnifie la dimension rituelle à travers ses séries, photographe des choses simples auxquelles elle confère beauté et noblesse dans ses portraits, paysages et natures mortes délicatement mis en scène. Et une exposition d'Alfred Latour, peintre, graveur, dessinateur, designer, illustrateur et photographe. Artiste moderne, qui a eu soif de représenter le monde, de créer un style propre. Son œuvre photographique qu'il rangeait dans des boîtes a été découverte en 2016 seulement. On trouve jusque dans ses dernières images prises dans son village d’Eygalières un travail de témoignage sociologique saisissant. Toujours, le sensible l’emporte sur l’extraordinaire.

Gilbert & George © N.Ammirati

Pipilotti Rist, Pixel Forest, 2016. Vue de l’installation 'Pipilotti Rist: Sip my Ocean', Musée d’Art contemporain de Sydney, Australie, 2017. Photo : Anna Kucera. Avec l’aimable autorisation de l’artiste, Hauser & Wirth et Luhring Augustine.

À l’heure où Gilbert & George ont pris le parti de mettre un terme à leur production afin de se pencher sur leur collaboration unique des cinquante dernières années, la Fondation Luma présente une rétrospective majeure conçue par les commissaires d’exposition Hans Ulrich Obrist et Daniel Birnbaum, qui permet d’appréhender leur univers complet. L’exposition comprend une sélection d'œuvres historiques considérées par les artistes comme les plus représentatives de leur carrière.
Autre installation immanquable au Parc des Ateliers, c'est Pixel Forest présentée pour la première fois en France. Une des œuvres les plus récentes de l'artiste Pipilotti Rist. L'installation se compose de 3 000 lumières LED et ressemble à un écran de cinéma qui aurait explosé dans l'espace, plongeant le spectateur dans une vidéo en trois dimensions à l’échelle d'une pièce. En marchant dans cette forêt de lumières, les murs alentour semblent disparaître. La vidéo est utilisée comme une source de lumière qui se fond dans l’espace et brouille les lignes entre objet, environnement, image et lumière.
Toujours à la Fondation Luma, Arthur Jafa, réalisateur et artiste visuel acclamé par la critique, présente son film APEX (2013) pour la première fois en France. Ce film de 8 minutes, rythmé par une musique envoûtante, offre un scénario où différentes histoires inspirées de la culture afro‐américaine prennent une dimension universelle. Autre film, celui de Amar Kanwar qui fait une chronique attachante de la résilience des populations les plus vulnérables d’Inde. Il emploie la lumière pour écrire des histoires où les ténèbres ne règnent jamais en maîtresses et où les hommes se soumettent rarement voire jamais à l'obscurité.

Hope - Fondation Manuel Rivera‐Ortiz © N.Ammirati

Hope - Fondation Manuel Rivera‐Ortiz © N.Ammirati Sur le mur de gauche, Patrick Willocq, The bridge between peoples / Le pont entre les peuples Dans ce tableau, l’artiste montre que les migrations sont des cycles qui se répètent : à la fin des années 30, il y a eu, dans la région [en Occitanie], une immigration espagnole importante. De nombreux Saint-Martoriens sont aujourd’hui d’origine espagnole. Maintenant les migrants traversent la Méditerranée et, comme à l’époque de la Retirada, tous veulent aussi grimper sur le pont, afin de trouver refuge en France, terre d’asile, sous la protection de la Marianne, devenue Européenne. Aujourd’hui comme à l’époque, des mains se tendent pour aider les nouveaux-venus mais pas toutes : certains sont catégoriquement opposés à la présence de migrants dans leur village. Dans ce tableau, chacun a joué son rôle : les « pour » et les « anti », ceux qui tendent la main comme ceux qui tournent le dos, les descendants de migrants espagnols et les demandeurs d’asile prêt a rejouer un épisode dramatique de leur vie. « Je ne suis pas là pour juger, mais pour raconter une histoire universelle, celle de peuples amenés à vivre ensemble sans l’avoir demandé » - explique Willocq.

Hope - Fondation Manuel Rivera‐Ortiz © N.Ammirati

La Fondation Manuel Rivera‐Ortiz partage avec vous l’énergie créatrice de la scène documentaire internationale. Avec Hope, elle présente la photographie comme une expérience, comme un partage. Elle présente le travail d’hommes et de femmes qui ont choisi de réaliser des images, parfois en parallèle de leur profession, pour influer sur leur vie et leur environnement.

Le FRAC Provence‐Alpes‐Côte d’Azur à Marseille et le FRAC Grand Large – Haut‐de‐France initient en 2018 un partenariat autour de la photographie, mettant en résonance leurs collections réciproques et l’organisation d’une première exposition consacrée à Bruno Serralongue. Interrogeant la notion d’objectivité dans une veine proche du documentaire, Bruno Serralongue photographie depuis 1993 des événements politiques ou médiatiques. Réalisées en séries, ses images sont présentées de manières autonomes ou par ensembles jusqu'au 19 août.
Autre exposition visible au FRAC à Marseille, Koropa de Laura Henno, un film qui s’échappe de la forme documentaire pour dessiner un drame antique, où deux figures mutiques, celles du père et du fils, deux corps partagent un périple au seuil du pays des morts sur un océan peuplé de fantômes. Une traversée qui en rappelle beaucoup d’autres dans un monde où la mer se dresse comme une frontière en forme de tombeau. Jusqu'au 23 septembre 2018.

Frantisek Pekar, Deux enfants léchant leur assiette, vers 1930-1940. Avec l’aimable autorisation de la ville de Chalon sur Saône, France. Musée Nicéphore Niépce.

Stéphanie Lacombe, Le roi lion, Paris, mai 2007, série La table de l'ordinaire, 2006-2008. Donald est plasticien, Aurélien, réalisateur. Ils ont la trentaine et sont colocataires à Paris. Les courses sont fréquemment faites à l'improviste avant la fermeture du Monoprix à 22H. Le repas est pris sur la table basse en regardant un film projeté au mur. Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

Au Mucem, l'’exposition Manger à l’œil montre l’évolution de la représentation de la France à table
 parallèlement à l’évolution de la photographie, de 1900 à nos jours. Entre autochromes de la
 première Guerre mondiale et images de #pornfood, entre photos d’amateurs et œuvres originales de grands noms (Robert Doisneau, Marc Riboud, Martin Parr, pour n’en citer que quelques‐uns), entre extraits d’émissions télévisées et fiches cuisines du magazine Elle, Manger à l’œil retrace l’histoire singulière du rapport des Français avec leurs repas. Du 19 juillet au 30 septembre 2018.

Wolfgang Tillmans - Yulan Grant, 2016

Christian Lutz Série, Tropical Gift, 2010. Avec l’aimable autorisation de l’artiste

Thu Van Tran, Les Pieds de la République, 2017 Avec l’aimable autorisation de l’artiste et Meessen De Clercq, Bruxelles

À Nîmes, 3 expositions à découvrir au Carré d'art avec l'un des plus importants artistes de sa génération, Wolfgang Tillmans, qui depuis le début des années 90, réalise des images qui rappellent parfois les genres historiques que sont les natures mortes, les paysages, les portraits mais aussi l’abstraction. Et l’exposition Un désir d’archéologie, perspectives sur le futur qui regroupe quatre jeunes artistes dont les œuvres portent sur l’archéologie au sens large. Et dans la bibliothèque, Candida Höfer, qui dès les années 70, a fondé sa démarche artistique en photographiant les lieux publics lorsqu’ils sont inoccupés. Parmi ceux‐ci, les établissements culturels ont donné matière à des séries célèbres. Bibliothèques, théâtres, musées, archives, opéras... Par ses vues tirées en grand format, qui offrent un luxe de détails spectaculaire, elle invite le visiteur à pénétrer dans l’espace représenté. Du 5 mai au 16 septembre 2018.

À Avignon, la Collection Lambert, présente le travail de l’artiste suisse Christian Lutz. Qu’il s’intéresse aux coulisses de la politique internationale en photographiant les déplacements de délégations diplomatiques suisses (Protokoll, 2007), aux conséquences néfastes du commerce du pétrole au Nigeria (Tropical Gift, 2010) ou qu’il s’immerge dans une communauté évangéliste (In Jesus’ Name, 2012), Christian Lutz agit en photographe embarqué au plus près des relations de pouvoir. Du 4 juillet au 4 novembre 2018.

Infos pratiques

© N.Ammirati

Infos pratiques

Expositions : tous les jours de 10h à 19h30.
Réservez vos badges et forfaits en ligne et profitez d'un tarif avantageux.
Forfait toutes les expos : une entrée par lieu valable du 2 juillet au 23 septembre
Juillet/août : 35 € en ligne (42 € sur place) Septembre (à partir du 27 août) : 29 € en ligne (36 € sur place)
Forfait journée : Juillet/août : 28 € en ligne (35 € sur place)
 Septembre (à partir du 27 août) : 26 € en ligne (33 € sur place)
Gratuit pour les moins de 18 ans.

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Festivals et concerts gratuits cet été en Provence

Vous avez des week-ends surbookés tellement il y a d'événements culturels ? Mais un porte-monnaie pas vraiment extensible...On vous aide à ne pas devoir choisir ! Découvrez notre sélection de festivals et concerts gratuits cet été en Provence!

Où voir des films en plein air en Provence?

Où voir des films en plein air en Provence?

Ah l'été, son soleil, sa chaleur. Avec un temps pareil, pas question de s'enfermer dans une salle de ciné. Fort heureusement, des associations organisent des séances en plein air dans tous le département. L'occasion de découvrir des chefs d’œuvres du 7ème art comme des films méconnus.

La Provence territoire du Jazz avec le festival Marseille Jazz des Cinq Continents

La Provence territoire du Jazz avec le festival Marseille Jazz des Cinq Continents

le festival 18 au 27 juillet / Les rdv du 19 juin au 4 août 2018

Du jazz et encore plus de jazz pour cette 19ème édition !
 Le Marseille Jazz des cinq continents retrouve ses quartiers marseillais avec 9 soirs de concerts mais aussi 40 rendez-vous dans le département pour d’autres beaux moments.

La Canebière est à vous ! À nous de jouer!

La Canebière est à vous ! À nous de jouer!

dimanche 24 juin 2018

L’avenue emblématique de Marseille est une nouvelle fois à la fête ! « À nous de jouer ! » revient avec de l’inédit, de l’improvisation, de la poésie, du rêve... pour entraîner le public dans un mouvement de surprises et un tourbillon d’émotions.