Rencontre avec le Photographe-Marcheur Eric Bourret #1

Série Photographe

Publié le 27 décembre 2016 Mis à jour le 8 janvier 2019

My Provence Culture est allé à la rencontre du photographe-marcheur Eric Bourret qui photographie des paysages depuis plus de vingt ans. Une démarche artistique qui le conduit à arpenter les montagnes des Alpes, la chaîne Himalayenne et le littoral du sud de la France. C’est donc tout naturellement que le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône lui a proposé de travailler sur les paysages du département. Eric Bourret a ainsi photographié durant trois hivers les montagnes des Alpilles, de la Sainte Victoire et de la Sainte Baume. Une exposition que vous avez pu découvrir aux Archives Départementales d’Aix-en-Provence et au festival A-Part dans les Alpilles en 2013.

Pourquoi vous êtes-vous orienté vers la photographie de paysages ?

E.B : Marcher au paysage, c’est l’enjeu même du travail. En fait, sa singularité consiste en de longues marches durant plusieurs jours ou plusieurs semaines, sur des territoires dits « naturels ». Espace de moyenne ou haute montagne et littoral. J'arpente les grands espaces, sans relâche, depuis 25 ans. C’est à l’issue de ces traversées que la relation peut s’installer avec les paysages et qu'un projet photographique qui se produit via la marche se fait jour. L’un nourrissant l’autre.

Pouvez-vous nous présenter l’exposition "Le temps de la marche" ?

E.B : Cette exposition, comme l’indique son titre, est issue d’un travail que j’ai fait durant trois hivers sur les « montagnes » emblématiques des Bouches-du-Rhône à savoir les trois montagnes : le massif des Alpilles, le massif de la Sainte Baume et le massif de la Sainte Victoire. L' hiver, plusieurs fois par semaine, j’allais parcourir tout ou partie d'un massif privilégiant les zones de crêtes.
A l’origine c’est le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône qui m’a offert une carte blanche et m’a invité à travailler sur les paysages du département de mon choix. L'exposition a été labellisée Marseille Provence 2013 et un livre à été publié chez Fage édition.

Pourquoi avez-vous choisi de faire les photos l’hiver ?

E.B : Il y avait cette volonté de sortir de l'imagerie « qui colle à la peau » du paysage Méditerranéen. Chromie saturée, cigale....
Lorsque vous regardez les photographies, l'image-document nous renseigne sur la nature géologique et végétale du paysage Méditerranéen. A savoir des massifs calcaires avec une végétation basse de type rocailles. Cependant, le fait de travailler en hiver, à parcourir les lignes de crêtes, vous jouez avec l'intervention partielle de la neige, le brouillard, le mistral bien présent qui apporte cette netteté et cette chromie spécifique en période hivernale. « Descendu » au bleu délavé . Vous perturbez l’idée qu’on se fait de ces espaces et provoquez un ailleurs. Le paysage Méditerranéen dialogue avec « un autre » un ailleurs.
Certaines images renvoient aux Causses du Sud et au centre de la France, au Massif des Bauges en Savoie. Le paysage n'est plus circonscrit à un seul territoire. Il y est surtout question d’immensité. De souffle. Bien réel là haut, seul, en décembre, janvier, février.

Pouvez-vous nous décrire comment se passent vos séances photos et combien de temps elles durent ?

E.B : Mon travail est découpé en deux périodes distinctes. Une période liée à la marche et une période qui serait plutôt liée au recensement des images produites six mois ou un an avant. Les six mois dévolus à la prise de vue sont des périodes où je vais alterner des séances de marche dans les Alpes du Sud et du Nord, la chaîne Himalayenne, et le littoral du sud de la France. Les Calanques, les îles du Frioul, les montagnes de notre département et les forêts du Var sont également des terrains de jeu exceptionnels !
Si on essaie de se référer uniquement au travail présent aux Archives, j’ai découpé mon emploi du temps de la manière suivante : choix des périodes hivernales de novembre à février, arpentage de six à huit heures et retour à la nuit chez moi. Quand j’arrive au pied du massif, je fais ce que fait n’importe quel marcheur. Je vais aller tout en haut de la montagne et après je vais parcourir tout ou partie de la crête dans un sens ou en boucle. Je renouvèle l'opération une à trois fois par semaine, plusieurs fois par mois. En alternance avec le massif des Alpilles, de la Sainte Baume et le massif de la Sainte Victoire.
En un sens, j'effectue le trajet d'un randonneur mais de manière répétée afin de « frotter » mon œil-corps au motif et d’épuiser mon regard. En effet, une grande partie de ma vie est constituée de cette relation physique, intellectuelle et sensorielle avec le paysage. J’ai coutume à dire que je suis un piéton d’altitude. Je marche et enregistre le flux à l'aide d’une machine photographique. C’est dans la durée, mois et années que le travail peut apparaître. Les trois hivers qui correspondent à cette exposition représentent entre 800 et 1000 km à pied.

Quels sont les différents lieux que vous avez photographiés jusqu’à présent ?

E.B : Alpes du Sud, Alpes du Nord, chaîne himalayenne mais aussi Afrique du Sud, Asie du Sud Ouest, Europe du Nord.... Après j’ai également beaucoup travaillé sur les paysages préislamiques du proche et du Moyen Orient. Pendant six années je suis allé régulièrement sur les sites antiques en Jordanie, au Liban, en Syrie et au Yémen. J'ai fait trente jours d'affilés uniquement sur le site de Pétra ... Les Bédouins voulaient m’embaucher comme guide Français !
Là je reviens d’Islande donc les paysages et lumières du grand nord m’attirent aussi. Vous vous nourrissez des paysages que vous traversez et c’est cette expérience au paysage qui vous modifie et vous constitue également. C’est dans cette relation amoureuse que vous entretenez avec le paysage que votre travail se met en place.

Autres articles

Information spéciale

Information spéciale

La Provence vient à vous ! Restez connectés et #restezchezvous

    Les cinémas d'art et d'essai à Marseille et les festivals à ne pas rater

    Les cinémas d'art et d'essai à Marseille et les festivals à ne pas rater

    Pour tous les amoureux du septième art

    Parce qu'il n'y a pas que les multiplexes dans la vie, My Provence vous propose un tour d'horizon des cinémas d'art et d'essai à Marseille ! Avec, en bonus, les festivals à ne pas manquer !

    Que faire pour la journée internationale des droits des Femmes ?

    Que faire pour la journée internationale des droits des Femmes ?

    Le 8 mars 2020 et dates aux alentours

    Que savoir, que lire, que faire pour ne pas passer à côté de cette journée ?

    Dalí l'énigme sans fin et Gaudí aux Carrières de Lumières

    Dalí l'énigme sans fin et Gaudí aux Carrières de Lumières

    du 6 mars 2020 au 3 janvier 2021

    La nouvelle exposition immersive « Dalí, l’énigme sans fin » aux Carrières de Lumières revient sur plus de 60 années créatrices du maître catalan qui a parcouru et inventé plusieurs styles artistiques.

    Gaby Deslys, marseillaise, star mondiale du Music-Hall

    Gaby Deslys, marseillaise, star mondiale du Music-Hall

    Au centenaire de la mort de Gaby Deslys, il fallait rendre un vibrant hommage à cette marseillaise devenue star mondiale du Music-Hall, et trop oubliée. C'est fait grâce au roman de Sylvia Poncet et à l'exposition du Château de la Buzine.

    Le musée inconnu ou La boîte de Pandore

    Le musée inconnu ou La boîte de Pandore

    du 15 février au 31 mai 2020

    Le musée Réattu propose en 2020 une nouvelle présentation de ses collections permanentes sous la forme de cabinets de curiosités qui révèlent des pans parfois méconnus de l'histoire d'Arles.

    Festival d'Aix-en-Provence 2020

    Festival d'Aix-en-Provence 2020

    L'opéra, c'est jeune !

    En 2020, cela fera 72 étés qu’Aix en Provence vibre au son des concerts lyriques donnés dans le cadre du prestigieux festival d’Aix. Ne vous fiez pas aux apparences, au Festival d'Aix, l'opéra, c'est aussi pour les jeunes !

    Que faire pendant les vacances de Février ?

    Que faire pendant les vacances de Février ?

    Du samedi 15 février au dimanche 1er mars 2020

    Que faire pendant ces vacances d'hiver ? Comment distraire nos bouts de choux et nous évader sans partir forcément au ski, trouver des activités qui plaisent aux petits comme aux grands? Notre département recèle de lieux culturels à (re)découvrir de manières originales...on y va !

    Les lieux de l'Unesco à visiter en 2020

    Les lieux de l'Unesco à visiter en 2020

    Bouches-du-Rhône : sur les traces du passé

    La Provence regorge de trésors architecturaux empreints d'histoire. Situés dans notre beau département, certains d'entre eux se trouvent sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco.

    Le festival de Pâques, un festival pour tous !

    Le festival de Pâques, un festival pour tous !

    du 4 au 19 avril 2020

    Avec le festival de Pâques, Aix-en-Provence est devenue un rendez-vous majeur de la musique classique en Europe, capable d’inviter les plus grands solistes et les plus grands orchestres, mais aussi de se pencher sur un certain nombre de questions de société.

    Lumières sur le Polar à Vitrolles

    Lumières sur le Polar à Vitrolles

    du 4 au 9 février 2020

    Films, Débats, Rencontres, Exposition, Ateliers, Remise du prix de la "Gâchette d'or" au programme du Festival Polar en lumières un rendez-vous incontournable de l’agenda culturel vitrollais.

    Alexis Rosenfeld, la sentinelle des océans #11

    Alexis Rosenfeld, la sentinelle des océans #11

    Série Photographe

    Alexis Rosenfeld photographe et plongeur expérimenté enchaîne les expéditions dans les océans du monde entier. Avec l’envie de témoigner sur la nécessité de protéger les fonds sous-marins.