Rencontre avec le Jazz-man Raphaël Imbert

Publié le 27 décembre 2016

Propos recueillis par Mireille Jauffret

Raphaël Imbert, saxophoniste jazz-man nous raconte sa musique, ses actus et ses projets.

Depuis quand faites vous de la musique et comment y êtes vous venu ?

J’ai commencé la musique à l’âge de 15 ans. Je n’étais pas vraiment destiné à faire çà ,a priori, parce que j’étais dans d’autres secteurs. Enfin j’ai une famille d’artistes mais plutôt peintres. A 15 ans j’avais un voisin qui jouait du saxophone et j’ai essayé...c’était comme si j’en avais toujours fait. Je me suis dit «c’est ça !». J’ai insisté auprès de mes parents pour qu’ils m’achètent un saxophone d’étude, de base et là j’en ai fait tout le temps. Je suis complètement autodidacte, je n’ai jamais pris de cours de saxophone.

A partir de là, le changement a été radical. Je me suis vraiment consacré entièrement à la musique.
A 17 ans, je suis entré au conservatoire de Marseille en classe de Jazz. Ce n’est pas une classe de saxophone, mais une classe d’ensemble, j’ai eu ma médaille alors que je ne lisais pas la musique!
Je n’en suis pas fier.
En même temps que le conservatoire, j’ai monté un big band avec un saxophoniste qui s’appelle Jean-Jacques Elangué, qui était aussi en classe de Jazz. J’aimais déjà l’idée de faire des groupes assez grands, des formations importantes.
A l’époque j’avais un ami, Jean-François Héron qui était chargé de mission au Conseil général des Bouches-du-Rhône et qui s’occupait d’un festival de musique sacrée à Gémenos. A ce moment là je m’intéressais à ce qu’il y a de sacré dans la musique du Jazz. J’avais commencé à travailler sur les concerts sacré de Duke Ellington et donc Jean-François m’a demandé de lui présenter un projet autour de Duke Ellington et de la musique sacrée qu’on présenterait au festival. J'ai monté une équipe à partir de cette idée et ce fût le début du Nine Spirit. C’est vraiment le premier concert de ce groupe là. Au départ c’était un groupe, un orchestre et puis c’est devenu une compagnie dans l’idée qu’on pouvait aller au-delà d’un simple groupe. Compter sur un noyau dur de musiciens auquel pouvait s’ajouter des invités et des gens que l’on peut appeler suivant les situations.
En 1999, on avait vraiment envie de travailler sur la musique de Duke Ellington. Au moment où on a monté ce spectacle on a proposé en plus de Duke Ellington, des créations et des compositions sur des thématiques précises. J’avais fait un travail sur Théodore Monod qui était un grand naturaliste, puis sur Martin Luther King. On a toujours accompagné notre travail patrimonial par un travail de création et de composition et c’est encore une marque de fabrique de ce qu’on fait.
En France il faut souvent se positionner entre Jazz de mémoire et de patrimoine et Jazz d’innovation, mais moi j’aime bien faire les deux. C’est un peu le but de cette compagnie, pouvoir travailler sur les deux aspects.

Et la compagnie Nine Spirit aujourd’hui ?

Maintenant, la compagnie est vraiment sur des schémas de jeux, de concerts très variables mais tout en gardant une entité qui est reconnaissable. On a d’un côté tout ce travail que l’on fait avec la musique classique, savante, où on intègre de l’improvisation sur du Bach par exemple. Et un autre aspect de la compagnie qui est d’essayer d’être présent dans les petits lieux du jazz, même dans des endroits un peu atypiques. C’est ce que l’on fait beaucoup par exemple avec Thomas, le bassiste, en jouant dans des petits villages des Alpes de Hautes Provence. On est très attentifs à être à la fois dans des belles salles avec un public classique et attentif et puis les publics moins attendus.
On fait du jazz et nous nous retrouvons entre deux : nous sommes beaucoup trop élitistes pour les gens qui font de la musique de variété mais on ne l’est pas assez pour ceux qui font de la musique savante.
On a une vraie image à défendre et c’est là qu’entre la dimension pédagogique de la musique. Ça nous permet de participer et être à l’initiative de projets qui permettent de transmettre notre savoir faire.

Raphaël Imbert - Music Is My Home (Project Introduction) JazzVillageMusic

Vous entretenez des partenariats avec le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, vous pouvez nous en dire quelques mots ?

Le Nine Spirit est né un peu avec le Conseil départemental, grâce à Jean-François. Ce qui appréciable, c’est déjà ce partenariat qui est lié intellectuellement et esthétiquement aux discussions et aux rencontres que l’on peut faire au sein même de l’institution. On rencontre des gens qui ont un regard critique sur le travail qu’on fait. C’est déjà un premier aspect.
Deuxièmement c’est la première institution à nous avoir conventionné, à nous faire confiance sur un laps de temps plus grand. Ils nous ont fait confiance pour nous accorder plus qu’une aide à la création sur un seul projet. Le CD13 a été le premier à miser sur notre travail. C’est important d’avoir ce retour d’une institution importante au niveau local mais aussi au niveau professionnel.

Ce partenariat s’accompagne de demandes spécifiques. Ils nous mandatent pour aller dans des collèges pour travailler avec les élèves. Ce n’est pas un travail facile. C’est épuisant d’aller dans 17 collèges en 2 mois et de passer 2h avec les enfants. Mais en même temps si on ne le fait pas, qui va le faire? Sans dire que nous le faisons mieux que les autres, mais ce n’est pas dans la culture des artistes français de faire ce genre de choses. Il y a une dimension générationnelle je pense.
Nous en tant que musiciens on se dit qu’on ne peut pas se reposer sur nos lauriers comme pouvaient le faire nos ainés qui bénéficiaient d’un statut d’artiste plus protégé. Car il ne suffit plus aujourd’hui de jouer dans un club de Jazz pour attirer les gens vers cette musique. C’est pareil pour le théâtre. Alors je ne sais pas si le résultat est palpable sur les quelques actions que l’on a fait depuis 10 ans, mais il y a quand même quelques personnes qui viennent me voir en me disant qu’on était passé dans leur collège et qui reviennent vers nous en concert. Enfin de toute façon, si on ne fait rien ce sera pire obligatoirement. C’est à la fois une demande très spécifique du CD13, mais en même temps, on apprécie vraiment de faire partie de ces projets là. La cerise sur le gâteau c’est le projet de Port-de-Bouc dans le cadre de MP2013.

Parlez nous de votre projet avec les collégiens de Port de Bouc...

C’est un bon exemple de partage et de transmission de notre savoir faire, nos envie et notre passion. C’est un projet qui a été mis en place grâce à la volonté de Luc Babirowski, directeur de l’école de musique et de danse de Port de Bouc, avec les responsables du collège Paul Eluard. Ils ont imposé aux collégiens de faire partie de ce projet, ce qui est un peu dur au départ. On leur a dit que de la 6ème à la 3ème, ils allaient faire de la musique, intégrée dans le cursus tous les lundis après-midi. On leur a mis dans les mains des instruments qu’ils ne connaissaient pas forcément.

Comme Luc est trompettiste et que son école de musique est axée sur les instruments à vent et que moi, je suis saxophoniste, on a créé un vrai Brass Band, le Youth Nine Spirit Orchestra. A partir de là, toutes les semaines, les élèves se sont retrouvés à l’école de musique, avec des professeurs de l’école de musique et des instruments achetés par le Conseil Général des Bouches-du Rhône. C’est une opération conjointe entre le collège et l’école de musique de Port-de-Bouc, le CD13 et Marseille-Provence 2013, dans le cadre des Ateliers Résidences Territoire 13.

Dans la majorité, les enfants ont été conquis. Mais comme l’initiative leur a été imposée, on s’est retrouvé avec une minorité qui n’avait pas envie de participer et qui ont finalement quitté le groupe.

Il faut se rendre compte que ces élèves ne savaient pas lire les notes de musique et que 90 % n’avaient même jamais touché un instrument de musique. Nous avons essayé simplement de retrouver un reflexe que tout le monde a (sauf en France qui apprend la musique en commençant par le solfège avant la découverte de l’instrument) qui est de faire de la musique avec d’autres personnes et en s’affranchissant des règles classiques.

L’accompagnement des partenaires du projet a été très important, et finalement les enfants sont très enthousiastes. On a été étonné lorsqu’on a proposé de faire des solos, il y en a beaucoup qui ont dit oui, et qui le font bien. Il nous a suffit de leur donner des astuces pour ne pas leur parler de notes et de gammes, ce qui les auraient complètement bloqués.
Avec cette classe, on a d’abord fait un concert de chants de noël à Châteauneuf-les-Martigues et ensuite ils ont joué au Silo, à Marseille pour l’ouverture de Marseille-Provence 2013 devant 2 000 personnes. Un vrai choc ! C’est la scène, le renvoie du public qui leur montre à quoi sert la musique. Après cette soirée, il y a eu un véritable changement dans leur attitude, ils étaient contents, fiers et à la fois impressionnés par le retour du public.

Autres articles

Jean-Pierre Moulères, albums de famille sur la Canebière #8

Jean-Pierre Moulères, albums de famille sur la Canebière #8

Série Photographe

Jean-Pierre Moulères est l’initiateur du projet “En descendant La Canebière” qui a permis de collecter 800 photos auprès des Marseillais constituant un fonds photographique inédit qui raconte les petites et la grande histoires de la Canebière entre les années 30 et 60.

Patrick Bosso, sans accent mais avec talent

Patrick Bosso, sans accent mais avec talent

du 20 au 22 décembre au Théâtre du Gymnase

Acteur, comédien, humoriste, Patrick Bosso jongle avec ses multiples casquettes depuis plus de 20 ans. Marseillais de naissance et fier de l’être, il a fait de ses origines une inépuisable source d’inspiration dont il se sert, encore aujourd’hui, pour alimenter son dernier spectacle “Sans accent”. Rencontre avec ce Marseillais dont la popularité a dépassé les frontières de la Provence.

Le Marius et Fanny de Vladimir Cosma

Le Marius et Fanny de Vladimir Cosma

Les 20 & 21 décembre 2018

À l’affiche des fêtes de fin d’année, un événement unique : l'Opéra Jazz d’après « Marius et Fanny » l’oeuvre de Marcel Pagnol de Vladimir Cosma. Un big Band de 20 musiciens, un groupe vocal très swing, des solistes prestigieux et un comédien chanteur, tous rassemblés sous la baguette d’un fabuleux compositeur…la promesse d'un grand spectacle musical !

Drôles de Noëls féériques à Arles

Drôles de Noëls féériques à Arles

du 21 au 24 décembre 2018

Quatre jours de festival et un rendez-vous familial, original et populaire unique où la magie et l'humour se mélangent harmonieusement pour offrir aux visiteurs des moments festifs avant le grand soir du réveillon. Plus de 90 rendez-vous gratuits avec 19 compagnies professionnelles.

L'Art et la manière des grands maîtres du XVIIIe

L'Art et la manière des grands maîtres du XVIIIe

du 23 novembre 2018 au 24 février 2019

L’Art et la Manière, dessins français du XVIIIe siècle est une présentation inédite organisée par le musée des Beaux-Arts de la Ville de Marseille, de plus de 150 dessins des grands maîtres du XVIIIe siècle français, conservés dans ses collections et celles du musée Grobet-Labadié.

L'armée de Rome, la puissance et la gloire

L'armée de Rome, la puissance et la gloire

du 15 décembre 2018 au 22 avril 2019

L'expansion de Rome n'aurait jamais pu être aussi forte, sur un temps aussi long et sur un territoire aussi vaste sans la puissance et le professionnalisme de son armée. L'exposition du Musée départemental Arles antique présente l'organisation, la technicité et la puissance de l'un des piliers fondamentaux de la civilisation romaine.

Laterna Magica s'éparpille aux quatre coins de Marseille

Laterna Magica s'éparpille aux quatre coins de Marseille

du 7 au 16 décembre 2018

Une vingtaine de lieux complices accueillent expositions, projections, spectacles, rencontres et ateliers. Ouvrez l'oeil, de la Plaine à Sormiou, de Belsunce à Aix-en-Provence, il se passe tout un tas de choses, petites ou grandes !

Le TOP des Tops

Le TOP des Tops

DÉCEMBRE 2018

Découvrez chaque mois notre sélection de petits concerts, de pièces de théâtre, de fêtes traditionnelles, de spectacles de danse ou pour enfants et de petites expos à ne pas rater. Nos coups de coeur, nos incontournables, nos pépites et des idées de soirées originales.

Top des petites Expos

Top des petites Expos

DÉCEMBRE 2018

Découvrez en avril notre sélection de petites expos à ne pas rater. Nos coups de cœur, nos incontournables, nos pépites, de petites surfaces ou des lieux insolites.

Top des spectacles de Danse

Top des spectacles de Danse

DÉCEMBRE 2018

Découvrez chaque mois notre sélection de spectacles de danse à ne pas rater. Nos coups de coeur, nos incontournables et des idées de soirées originales.

Top des pièces de Théâtre

Top des pièces de Théâtre

DÉCEMBRE 2018

Découvrez chaque mois notre sélection de pièces de théâtre, de spectacles dans des lieux insolites à ne pas rater. Nos coups de coeur, nos incontournables et des idées de soirées originales.

Top des Réveillons du Jour de l'An

Top des Réveillons du Jour de l'An

Où fêter la Saint-Sylvestre en Provence ?

Envie de danser, d'écouter de la bonne musique, de rire et s'amuser ? Parce qu'entre amis c'est mieux, on vous a sélectionnée des événements et les meilleures soirées à ne pas rater pour vous éclater le soir du réveillon du nouvel an. Etes vous prêt(e) à dire adieu à 2018 et "bienvenue 2019"