Rencontre avec le Jazz-man Raphaël Imbert

Mis à jour le 8 janvier 2019

Propos recueillis par Mireille Jauffret

Raphaël Imbert, saxophoniste jazz-man nous raconte sa musique, ses actus et ses projets.

Depuis quand faites vous de la musique et comment y êtes vous venu ?

J’ai commencé la musique à l’âge de 15 ans. Je n’étais pas vraiment destiné à faire çà ,a priori, parce que j’étais dans d’autres secteurs. Enfin j’ai une famille d’artistes mais plutôt peintres. A 15 ans j’avais un voisin qui jouait du saxophone et j’ai essayé...c’était comme si j’en avais toujours fait. Je me suis dit «c’est ça !». J’ai insisté auprès de mes parents pour qu’ils m’achètent un saxophone d’étude, de base et là j’en ai fait tout le temps. Je suis complètement autodidacte, je n’ai jamais pris de cours de saxophone.

A partir de là, le changement a été radical. Je me suis vraiment consacré entièrement à la musique.
A 17 ans, je suis entré au conservatoire de Marseille en classe de Jazz. Ce n’est pas une classe de saxophone, mais une classe d’ensemble, j’ai eu ma médaille alors que je ne lisais pas la musique!
Je n’en suis pas fier.
En même temps que le conservatoire, j’ai monté un big band avec un saxophoniste qui s’appelle Jean-Jacques Elangué, qui était aussi en classe de Jazz. J’aimais déjà l’idée de faire des groupes assez grands, des formations importantes.
A l’époque j’avais un ami, Jean-François Héron qui était chargé de mission au Conseil général des Bouches-du-Rhône et qui s’occupait d’un festival de musique sacrée à Gémenos. A ce moment là je m’intéressais à ce qu’il y a de sacré dans la musique du Jazz. J’avais commencé à travailler sur les concerts sacré de Duke Ellington et donc Jean-François m’a demandé de lui présenter un projet autour de Duke Ellington et de la musique sacrée qu’on présenterait au festival. J'ai monté une équipe à partir de cette idée et ce fût le début du Nine Spirit. C’est vraiment le premier concert de ce groupe là. Au départ c’était un groupe, un orchestre et puis c’est devenu une compagnie dans l’idée qu’on pouvait aller au-delà d’un simple groupe. Compter sur un noyau dur de musiciens auquel pouvait s’ajouter des invités et des gens que l’on peut appeler suivant les situations.
En 1999, on avait vraiment envie de travailler sur la musique de Duke Ellington. Au moment où on a monté ce spectacle on a proposé en plus de Duke Ellington, des créations et des compositions sur des thématiques précises. J’avais fait un travail sur Théodore Monod qui était un grand naturaliste, puis sur Martin Luther King. On a toujours accompagné notre travail patrimonial par un travail de création et de composition et c’est encore une marque de fabrique de ce qu’on fait.
En France il faut souvent se positionner entre Jazz de mémoire et de patrimoine et Jazz d’innovation, mais moi j’aime bien faire les deux. C’est un peu le but de cette compagnie, pouvoir travailler sur les deux aspects.

Et la compagnie Nine Spirit aujourd’hui ?

Maintenant, la compagnie est vraiment sur des schémas de jeux, de concerts très variables mais tout en gardant une entité qui est reconnaissable. On a d’un côté tout ce travail que l’on fait avec la musique classique, savante, où on intègre de l’improvisation sur du Bach par exemple. Et un autre aspect de la compagnie qui est d’essayer d’être présent dans les petits lieux du jazz, même dans des endroits un peu atypiques. C’est ce que l’on fait beaucoup par exemple avec Thomas, le bassiste, en jouant dans des petits villages des Alpes de Hautes Provence. On est très attentifs à être à la fois dans des belles salles avec un public classique et attentif et puis les publics moins attendus.
On fait du jazz et nous nous retrouvons entre deux : nous sommes beaucoup trop élitistes pour les gens qui font de la musique de variété mais on ne l’est pas assez pour ceux qui font de la musique savante.
On a une vraie image à défendre et c’est là qu’entre la dimension pédagogique de la musique. Ça nous permet de participer et être à l’initiative de projets qui permettent de transmettre notre savoir faire.

Raphaël Imbert - Music Is My Home (Project Introduction) JazzVillageMusic

Vous entretenez des partenariats avec le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, vous pouvez nous en dire quelques mots ?

Le Nine Spirit est né un peu avec le Conseil départemental, grâce à Jean-François. Ce qui appréciable, c’est déjà ce partenariat qui est lié intellectuellement et esthétiquement aux discussions et aux rencontres que l’on peut faire au sein même de l’institution. On rencontre des gens qui ont un regard critique sur le travail qu’on fait. C’est déjà un premier aspect.
Deuxièmement c’est la première institution à nous avoir conventionné, à nous faire confiance sur un laps de temps plus grand. Ils nous ont fait confiance pour nous accorder plus qu’une aide à la création sur un seul projet. Le CD13 a été le premier à miser sur notre travail. C’est important d’avoir ce retour d’une institution importante au niveau local mais aussi au niveau professionnel.

Ce partenariat s’accompagne de demandes spécifiques. Ils nous mandatent pour aller dans des collèges pour travailler avec les élèves. Ce n’est pas un travail facile. C’est épuisant d’aller dans 17 collèges en 2 mois et de passer 2h avec les enfants. Mais en même temps si on ne le fait pas, qui va le faire? Sans dire que nous le faisons mieux que les autres, mais ce n’est pas dans la culture des artistes français de faire ce genre de choses. Il y a une dimension générationnelle je pense.
Nous en tant que musiciens on se dit qu’on ne peut pas se reposer sur nos lauriers comme pouvaient le faire nos ainés qui bénéficiaient d’un statut d’artiste plus protégé. Car il ne suffit plus aujourd’hui de jouer dans un club de Jazz pour attirer les gens vers cette musique. C’est pareil pour le théâtre. Alors je ne sais pas si le résultat est palpable sur les quelques actions que l’on a fait depuis 10 ans, mais il y a quand même quelques personnes qui viennent me voir en me disant qu’on était passé dans leur collège et qui reviennent vers nous en concert. Enfin de toute façon, si on ne fait rien ce sera pire obligatoirement. C’est à la fois une demande très spécifique du CD13, mais en même temps, on apprécie vraiment de faire partie de ces projets là. La cerise sur le gâteau c’est le projet de Port-de-Bouc dans le cadre de MP2013.

Parlez nous de votre projet avec les collégiens de Port de Bouc...

C’est un bon exemple de partage et de transmission de notre savoir faire, nos envie et notre passion. C’est un projet qui a été mis en place grâce à la volonté de Luc Babirowski, directeur de l’école de musique et de danse de Port de Bouc, avec les responsables du collège Paul Eluard. Ils ont imposé aux collégiens de faire partie de ce projet, ce qui est un peu dur au départ. On leur a dit que de la 6ème à la 3ème, ils allaient faire de la musique, intégrée dans le cursus tous les lundis après-midi. On leur a mis dans les mains des instruments qu’ils ne connaissaient pas forcément.

Comme Luc est trompettiste et que son école de musique est axée sur les instruments à vent et que moi, je suis saxophoniste, on a créé un vrai Brass Band, le Youth Nine Spirit Orchestra. A partir de là, toutes les semaines, les élèves se sont retrouvés à l’école de musique, avec des professeurs de l’école de musique et des instruments achetés par le Conseil Général des Bouches-du Rhône. C’est une opération conjointe entre le collège et l’école de musique de Port-de-Bouc, le CD13 et Marseille-Provence 2013, dans le cadre des Ateliers Résidences Territoire 13.

Dans la majorité, les enfants ont été conquis. Mais comme l’initiative leur a été imposée, on s’est retrouvé avec une minorité qui n’avait pas envie de participer et qui ont finalement quitté le groupe.

Il faut se rendre compte que ces élèves ne savaient pas lire les notes de musique et que 90 % n’avaient même jamais touché un instrument de musique. Nous avons essayé simplement de retrouver un reflexe que tout le monde a (sauf en France qui apprend la musique en commençant par le solfège avant la découverte de l’instrument) qui est de faire de la musique avec d’autres personnes et en s’affranchissant des règles classiques.

L’accompagnement des partenaires du projet a été très important, et finalement les enfants sont très enthousiastes. On a été étonné lorsqu’on a proposé de faire des solos, il y en a beaucoup qui ont dit oui, et qui le font bien. Il nous a suffit de leur donner des astuces pour ne pas leur parler de notes et de gammes, ce qui les auraient complètement bloqués.
Avec cette classe, on a d’abord fait un concert de chants de noël à Châteauneuf-les-Martigues et ensuite ils ont joué au Silo, à Marseille pour l’ouverture de Marseille-Provence 2013 devant 2 000 personnes. Un vrai choc ! C’est la scène, le renvoie du public qui leur montre à quoi sert la musique. Après cette soirée, il y a eu un véritable changement dans leur attitude, ils étaient contents, fiers et à la fois impressionnés par le retour du public.

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