Persona, oeuvres d’artistes roumains

du 5 avril au 23 juin 2019

Mis à jour le 30 septembre 2019

L’exposition « Persona. OEuvres d’artistes roumains » questionne les notions d’identité et d’identification à travers différents motifs, tel le masque.

Traditionnel ou contemporain, celui-ci peut intervenir dans le processus de construction ou de déconstruction d’une identité. Support de création, de déguisement ou de dissimulation, il ouvre de nouveaux horizons à celui qui le porte. En Roumanie, la pratique du masque est une tradition ancienne, remontant aux rites païens célébrant les cycles de la vie et des saisons, faisant appel aux dieux et aux démons.

Prenant le motif du masque comme point de départ, l’exposition, imaginée par la curatrice Diana Marincu, propose une nouvelle approche de la question des identités multiples.
Mêlant art contemporain, folklore et arts populaires, elle confronte des objets traditionnels roumains issus des collections du Mucem avec les créations de huit artistes roumains de générations différentes : Ioana Bătrânu, Anca Benera & Arnold Estefan, Răzvan Botiș, Mircea Cantor, Olivia Mihălțianu, Anca Munteanu Rîmnic, Ioana Nemeș. Artistes de la diaspora, artistes travaillant en Roumanie, artistes de générations différentes et utilisant des techniques variées, ils contribuent tous à cette exposition, conjuguant leurs points de vue sur la production culturelle visuelle contemporaine.
Elle présente dessins, installations, sculptures, photographies, vidéos et oeuvres inédites créées spécialement pour ce projet.

Anca Munteanu Rîmnic, Simulanta III, 2017. 190 × 160 cm. Tirage C-Print © N.Ammirati

Ioana Nemeș, The White Team (Satan) [L’équipe blanche (Satan)], 2009. Technique mixte (fourrure, cuir, cornes, or, époxyde, peinture, laque, bois). Courtoisie de Ovidiu Șandor Collection © Tamás G. Juhász. Art Safari Bucharest

L’exposition aborde dans un premier temps les liens entre le patrimoine ethnographique et les rites folkloriques et mythologiques, avant de proposer un vaste examen critique autour des appartenances nationales, culturelles ou ethniques. Constituée de différents récits questionnant les nuances entre particularité locale et caractère universel, elle présente un panorama des engagements artistiques les plus significatifs de l’art roumain d’aujourd’hui.

Les principales thématiques de l’exposition sont, d’une part, l’incontestable faculté des sociétés à pouvoir cultiver un mythe et préserver leur histoire et, d’autre part, la réinvention permanente ou la réécriture fictive à partir de ces récits.

Pour mieux juger de la réalité et de l’authenticité de ce qui est montré dans l’exposition, il sera utile d’amorcer une réflexion sur la capacité d’un élément visuel à raconter une histoire et à créer un espace intemporel. En effet, en supprimant les frontières entre l’histoire et le présent, les oeuvres présentées rendent possible la réconciliation entre des discours opposés.
Cela est particulièrement visible dans la série de photographies Simulanta d’Anca Munteanu Rîmnic, où la lutte d’un personnage tirant, étirant et repoussant un tapis traditionnel moldave représente la lutte métaphorique entre la pesanteur des traditions héritées et la nécessité de s’en libérer.

© N.Ammirati

Olivia Mihălțianu, Winyan Kipanpi Win (The Woman Who Was Waited For) [La femme que l’on attendait], 2013. Impression numérique sur toile, 45 × 30 cm © Olivia Mihălțianu

En explorant les fonds roumains de la collection conservée au Mucem, il est vite devenu évident que le motif du masque constituait le plus récurrent, mais aussi le plus fascinant souvenir des anciennes coutumes et traditions populaires.

L’une des chercheuses du musée du Paysan roumain de Bucarest, l’ethnologue Ioana Popescu, souligne que le masque recouvre le visage des personnes dans l’unique but de les rendre libres : en portant le masque, « l’homme ne se sépare pas de quelque chose, mais va vers quelque chose ». Pour elle, l’intérêt des rituels impliquant des masques réside dans leur « capacité à dissoudre le rideau opaque qui sépare un individu d’un autre, un monde d’un autre monde ». Le masque efface les lois du temps et de l’espace, il appartient au domaine des rituels cosmogoniques anciens, des cérémonies et des rites païens.

Depuis les pratiques rituelles et magiques jusqu’aux implications sociales ultérieures, les communautés pratiquant ce type de rites collectifs les relient généralement à la vie et à la mort, aux moments clés de l’existence humaine, afin d’éloigner les mauvais esprits.

Anca Benera & Arnold Estefan, Isa, por ës homou vogymuk (We are all dust and ashes) [Nous ne sommes que cendres et poussière], 2017-en cours. Sculpture (bois), dessins, dimensions variables © Courtoisie des artistes

Mircea Cantor, Airplanes and Angels [Avions et anges], 2016. Tapis en laine tissé main, 270 × 400 cm / Anca Munteanu Rimnic Céramique émaillée © N.Ammirati

Ioana Bătrânu, extrait d’une série de croquis sur les masques roumains au musée du Paysan roumain de Bucarest, 1990. Encre sur papier, 40 × 30 cm © N.Ammirati

Entretien avec Diana Marincu, commissaire de l’exposition

« Artistes de la diaspora, artistes vivant et travaillant en Roumanie, artistes de différentes générations, artistes d’origines ethniques différentes, artistes utilisant des techniques très variées ; chacun d’entre eux présente un point de vue particulier et une approche critique qui, ensemble, constituent le puzzle de cette exposition à plusieurs niveaux de lecture. »

Pourquoi avez-vous choisi le motif du masque, pour amorcer votre réflexion sur la notion d’identité ?

Le masque est un prétexte pour explorer un sujet plus vaste : je pense en effet que lorsque nous parlons du masque du point de vue des croyances anciennes et des cultures populaires, nous devons également aborder les thèmes de l’appartenance, de l’identité culturelle et des particularités nationales. En tant que support de création, de destruction ou de déguisement, le masque peut ouvrir de nouveaux horizons et de nouvelles identités, compte tenu de ses multiples fonctions.
Son utilisation remonte aux rituels préchrétiens, où le fait de rejouer le diable ou une force positive (motivé par des superstitions et des croyances païennes) était en lien avec le rythme de la nature, les cycles de la vie, et la connexion entre le ciel et la terre. L’une des questions découlant de cette recherche est de savoir ce qui peut être considéré comme « national » et ce qui devient universel.

masque © N.Ammirati

Masque de pope, Galați, Moldavie roumaine, XXe siècle. Carton, maïs, peau de mouton, peau de lapin, laine, tissu, matériau d’origine végétale, 61,5 × 43 cm. Collection d’ethnologie d’Europe, Muséum national d’histoire naturelle, en dépôt au Mucem © N.Ammirati

masque ours © N.Ammirati

Le masque est-il un élément fort de la culture traditionnelle roumaine ?

Oui, le masque trouve ses origines dans les rituels anciens, préchrétiens et païens. Et aujourd’hui encore, la fabrication de masques se poursuit dans certaines communautés villageoises en Roumanie. Cela s’explique certainement par le fait qu’une telle activité permet de souder la communauté, car tout le monde participe à la décoration des masques nouvellement créés.

C’est le fonds de masques roumains conservé au Mucem qui a éveillé mon intérêt pour ce type d’objet. Ils constituent en effet une part majeure de la collection roumaine du musée.
Les différentes façons dont un masque peut faire office d’instrument dans la construction et la déconstruction d’une identité – qu’il s’agisse d’un symbole traditionnel ou d’un camouflage temporaire, sont liées à sa faculté de libération (il nous permet de « quitter » notre corps), et aux pouvoirs conférés par cet objet magique. L’espace fictif dessiné par le masque efface les lois du temps et de l’espace, ainsi que la couche opaque qui sépare les hommes des autres mondes.

Le propos de cette exposition va bien au-delà de la question du masque…

L’exposition utilise différents éléments issus des recherches en ethnographie, mais son propos est plus large. Il ne s’agit pas seulement de faire un détour mythologique à travers les croyances et rituels anciens, mais aussi et surtout d’évoquer des problématiques majeures d’aujourd’hui. C’est une façon de « remettre à jour » certaines connaissances autour des traditions, mais aussi de déconstruire certains clichés liés à la notion de patrimoine culturel.

Răzvan Botiș, Cashmere thoughts [Pensées du Cachemire], 2016. Céramique, 50 × 37 cm. Grecu Collection, Bucharest © N.Ammirati

Anca Munteanu Rimnic Paysans © N.Ammirati

Entre art contemporain et ethnographie, cette exposition se cherche-t-elle aussi une identité ?

L’exposition repose ouvertement sur l’idée d’une image à deux faces, ou, si vous préférez, d’une histoire en deux versions. C’est le coeur de la proposition. Il deviendra rapidement évident pour le visiteur que cette exposition est un moyen de remettre en question ce que nous savons être des faits établis, ainsi que d’intégrer des récits fictifs à l’histoire.
Si nous devions nous limiter au seul niveau esthétique, nous supposerions que toutes les pièces présentées sont de simples références à une recherche ethnographique. Mais nous serons parfois confrontés à d’infimes et insignifiantes variations donnant un sens totalement nouveau à un objet ou une image. Prenons par exemple le totem artisanal des artistes Anca Benera et Arnold Estefan, qui se révèle être une déclaration subversive, un vocabulaire critique à l’égard des postures nationalistes.

Comment avez-vous choisi les artistes sélectionnés pour ce projet ?

C’est justement le choix des artistes qui m’a menée vers l’élaboration du propos de l’exposition.
Je souhaitais avoir des positionnements artistiques forts et, depuis le départ, je recherchais des artistes réellement intéressés par le thème de la production culturelle en lien avec d’autres champs de recherche, et pas seulement les arts visuels. J’avais aussi à l’esprit une sélection d’artistes qui ne « représentent » pas au sens strict l’identité roumaine. Artistes de la diaspora, artistes vivant et travaillant en Roumanie, artistes de différentes générations, artistes d’origines ethniques différentes, artistes utilisant des techniques très variées ; chacun d’entre eux présente un point de vue particulier et une approche critique qui, ensemble, constituent le puzzle de cette exposition à plusieurs niveaux de lecture.

Infos pratiques

Infos pratiques

Fort Saint-Jean, Bâtiment Georges Henri Rivière Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée 7 promenade Robert Laffont (esplanade du J4) 13002 Marseille
04 84 35 13 13 de 9h à 18h 7j/7
Tarifs : Billets Mucem Expositions permanentes et temporaires 9,5€/5€ (valable journée) / Billet famille 14€ / gratuit moins 8 ans
L’accès aux espaces extérieurs et jardins du Mucem est libre et gratuit dans les horaires d’ouverture du site.
L’accès aux expositions est gratuit pour tous, le premier dimanche de chaque mois.
Horaires d’ouverture : Ouvert tous les jours sauf le mardi et le 1er mai
De 11h à 18h (jusqu’au 22 avril) / De 11h à 19h (du 24 avril au 5 juillet)

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