Onefoot, du jazz futuriste made in Marseille

Mis à jour le 8 janvier 2019

En alliant le jazz au post-dubstep et à la musique électronique, Onefoot prend des risques. Et ça marche : en à peine trois ans, le trio originaire de Marseille est déjà adoubé par les plus prestigieux festivals de Jazz. A la fois hybride et futuriste, la musique de Onefoot n’hésite pas à briser les codes du genre quitte à nous emmener dans une autre galaxie sonore. Rencontre au Babel Med 2017.

Pourquoi Onefoot ?

Quand j’étais ado et que je rentrais chez mes parents, j’avais pris l’habitude inconsciemment d’enlever une seule chaussure. Et ma mère me disait toujours "hé onefoot, enlève ta deuxième chaussure sinon papa ne va pas être content quand il va rentrer". Par la suite, on a créé une mythologie autour de ça, on a même un totem unijambiste et toute une prophétie autour du Onefoot qui serait un oiseau avec une seule patte. Bref, c’est un pur délire entre nous.

Quel est votre parcours ?

Avec mon frère, on a commencé très tôt la musique en intégrant notamment un orchestre traditionnel arménien où on dansait beaucoup. Là-bas, pour les besoins d’un projet qui nécessitait un batteur, on a rencontré Matthieu. Et ensuite, à force de jammer ensemble on a fini par devenir amis et par faire autre chose que de la musique traditionnelle arménienne.

Comment expliquez-vous votre ascension soudaine ?

Concert au Mucem lors du Festival de Jazz des 5 continents. Photo Etienne de Villars
Concert au Mucem lors du Festival de Jazz des 5 continents. Photo Etienne de Villars

Je pense que si ça marche c’est parce que d’une part ça parle aux gens, et d’autre part parce qu’on a une ouverture pop que les autres groupes de jazz français n’ont pas. À la base, on s’est mis sérieusement dans ce projet parce qu’on s’est rendu compte qu’on attendait quelque chose qu’on n’obtenait jamais de la part des artistes qu’on peut aimer dans le monde du jazz. Du coup, on a décidé de le faire nous-mêmes. Ce qu’on fait aujourd’hui, je ne sais pas si c’est bon ou pas mais en tout cas on n'a pas beaucoup de concurrence parce que personne ne fait ce qu’on fait.

En fait, on est beaucoup trop confortable à Marseille : je sors le matin, il fait beau, que demander de plus ?

Le fait d’être marseillais c’est un atout ou un frein dans votre carrière ?

Je ne dirais pas que le fait d’être marseillais soit un problème parce qu’en soit tout le monde s’en fout. Par contre, le fait d’être à Marseille est un frein. On ne peut pas rester ici, c’est une évidence. C’est une ville ouverte où il y a de nombreuses cultures qui cohabitent ensemble mais qui a tendance à rester renfermer sur elle-même, de par son public et ses institutions. En fait, on est beaucoup trop confortable à Marseille : je sors le matin, il fait beau, que demander de plus ? Mais malheureusement tout est centralisé à Paris. Et de toute façon, un artiste se doit de bouger beaucoup. Donc, pour conclure, être Marseillais c’est cool mais pas d’un point de vue géolocalisé.

Comment définiriez-vous votre style ?

On fait du jazz mais esthétiquement on touche à une marge électronique et madeleine-proustienne avec la musique des jeux vidéos des années 90. En fait je dirais qu’aujourd’hui on fait écho à ce nouveau jazz qui émerge de la scène londonienne et américaine, et qui casse un peu les barrières avec les musiques actuelles.

Pourquoi avoir choisi le jazz ?

On fait du jazz parce que c’est le seul style de musique qui permet de mélanger différentes cultures de manière cohérente et de travailler de manière improvisée.

Comment se déroule le processus de création au sein de votre groupe ?

En général, un des membres du groupe vient avec une mélodie, des accords ou une situation rythmique. Ensuite, on fait ce qu’on appelle le processus de mectonisation : on s’approprie ce matériel musical et on le fait coller à nos valeurs musicales d’un point de vue esthétique - la synth-wave, la musique électro des années 80, la french touch, la post-dubstep anglais etc. Et on mélange tous ces éléments-là.

C’est quoi la mectonisation ?

À la base, c’est un total délire entre nous. En gros, quand on fait un bon truc, on est un « petit mecton », et à l’inverse, quand notre ego prend le dessus sur une situation, on est un « mectard ». Donc, quand on mectonise quelque chose, ça veut dire qu’on le rend spirituellement valable pour nous, qu’on apporte quelque chose de nouveau. Ça se traduit dans notre musique par l’apport esthétique du matériel musical qui est non stylisé à la base. Une harmonie, on peut l’arranger de 1000 façons différentes, même chose pour une mélodie ou un son. C’est ça la mectonisation.

Tigran Hamasyan [un pianiste de jazz arménien, ndlr] orientait son jazz sur le côté spirituel, c’est également le cas pour vous ?

Pas de la même façon. Tigran vient de sortir un album – magnifique d’ailleurs – qui étudie, arrange et joue la musique sacrée arménienne du Vème siècle au XXème siècle. Il s’est vraiment plongé sur la musique arménienne d’un point de vue historique et spirituel.
Nous, c’est plus une question de positionnement face à ce qu’on fait. C’est pas forcément l’étude d’un répertoire arménien spirituel, même si ça nous intéresse, mais plutôt l’attitude avec laquelle on va faire les choses, comment on va vivre une action, est-ce que l’on fait par amour ou pas, est-ce qu’on a bien pris soin d’observer avant d’agir. On essaye de faire un acte désintéressé musicalement parlant. Et cela se traduit par ce qu’on fait, par comment on s’habille, par notre attitude, par comment on vit une situation. C’est une approche plutôt philosophique-orientale-bouddhiste en fait.

Tu as dit dans une interview que le symbole du jazz c’était l’honnêteté, qu’est-ce que tu entendais par là ?

C’est le symbole de la vie je crois. Le jazz, et la musique en général, est un catalyseur. Y a pas meilleur moyen pour se regarder dans un miroir. Personnellement, jouer de la musique c’est ce qui me fait avancer dans la vie, ce qui me permet de me rendre compte de mes défauts et de mes qualités, ce qui me permet de rentrer dans une observation de moi-même très profonde.

C’est quoi vos futurs projets ?

Déjà, pour ma part, je travaille sur un projet solo autour du piano. Matthieu, le batteur, prépare également un projet d’album solo orienté électro-pop. Et sinon avec Onefoot, on finalise notre premier album qui va sortir en septembre 2017 et on bosse déjà sur notre prochain EP qui mettra en avant un style qu’on prétend avoir inventé, la musique gangsta-arménienne-folk. D’ailleurs, le dernier morceau de l’album fera écho à ce nouveau style. Et puis à part ça on est en train de tourner des clips.

Tu parlais de danse tout à l’heure, c’est quelque chose que l’on pourra retrouver dans vos clips ?

Pas sûr mais y en aura probablement. C’est quelque chose qu’on essaye de mettre en place. D’ailleurs, en ce moment, on est en résidence à la Villette à Paris, et on a fait chorégraphier la moitié de notre répertoire par une jeune danseuse du Conservatoire de Paris, Jade Janniset, qui allie la danse contemporaine au hip-hop et au voguing. Après, personnellement, j’ai toujours fait de la danse, et j’ai toujours rêvé de créer des chorégraphies, donc on verra.

http://www.onefoot.tv/

Sarah Barbier

Agenda

Concert et Opéra en Provence

Concert et Opéra en Provence

Des opéras de Marseille aux concerts lyriques au Grand Théâtre de Provence, retrouvez la liste des concerts et opéras des Bouches-du-Rhône.

Voir le guide Concert et Opéra en Provence
Sortir la nuit en Provence

Sortir la nuit en Provence

Où danser et écouter de la musique live en Provence ? Bars branchés, cafés-concerts : bons plans pour sortir dans les Bouches-du-Rhône.

Voir le guide Sortir la nuit en Provence
l'agenda culturel de My Provence Culture

l'agenda culturel de My Provence Culture

Tous les événements culturels des musées et sites départementaux sont sur myprovence :

Voir le guide l'agenda culturel de My Provence Culture
Tout l'agenda culturel

Autres articles

La 4è Biennale Internationale des Arts du Cirque (BIAC) s'adapte et se transforme

La 4è Biennale Internationale des Arts du Cirque (BIAC) s'adapte et se transforme

Les "Rencontres professionnelles" sont maintenues

Sans public jusqu’à nouvel ordre, crise sanitaire oblige, la 4ème édition de la Biennale Internationale des Arts du Cirque, initialement prévue du 21 Janvier au 21 Février 2021 s'adapte.

    Concert gratuit en direct du Grand Théâtre de Provence

    Concert gratuit en direct du Grand Théâtre de Provence

    Un rendez-vous en ligne, vendredi 22 janvier 2021 à 19h

    En attendant sa réouverture et pour partager un peu de la magie de la musique, le Grand Théâtre de Provence vous invite gracieusement à écouter, confortablement installé.e.s chez vous, le concert de l'Orchestre Philarmonique du Pays d'Aix qui était prévu dans sa programmation.

    Prolongation de l'exposition de la série «Télécran» d’Emmanuelle Germain

    Prolongation de l'exposition de la série «Télécran» d’Emmanuelle Germain

    Jusqu'au 31 janvier dans les jardins du Mucem

    Vous rappelez-vous de cette ardoise magique rouge pour enfants sur laquelle on pouvait dessiner à l’aide de deux boutons blancs ? C’est le télécran! Au cours du premier confinement / déconfinement, Emmanuelle Germain, photographe marseillaise, a accompli une série de dessins sur cet objet enfantin. Une exposition extérieure à découvrir dans les jardins du Mucem

    Week-end «Folklore» au Mucem

    Week-end «Folklore» au Mucem

    Concerts, spectacles et rencontres en ligne

    Ringard, le folklore ? Pas tout à fait, quand on voit le nombre d’artistes et de danseurs qui se saisissent aujourd’hui des pratiques traditionnelles et populaires dans leurs spectacles.

    Chroniques, la biennale des imaginaires numériques

    Chroniques, la biennale des imaginaires numériques

    samedi 16 janvier 2021

    Le festival d'art numérique, Chroniques, qui établit un lien entre la création contemporaine et les nouvelles technologies se termine ce weekend. Au programme, tables rondes et conférences autour des imaginaires, entre l'éternité et le vivant.

    Incollable sur l’Antiquité ? C’est ce qu’on va voir avec le jeu concours du Musée Départemental Arles Antique

    Incollable sur l’Antiquité ? C’est ce qu’on va voir avec le jeu concours du Musée Départemental Arles Antique

    Jusqu’au 25 janvier 2021

    Derrière ses portes closes, le Musée Départemental Arles Antique reste en contact avec vous et organise depuis le 11 janvier 2021, un jeu-concours sur vos connaissances des collections du musée.

    Les Rencontres d'Averroès, 27e édition : balade sonore dans les villes de Méditerranée

    Les Rencontres d'Averroès, 27e édition : balade sonore dans les villes de Méditerranée

    Un podcast en 5 épisodes pour entendre la 27e édition autrement

    Faute d’avoir pu se tenir en novembre 2020, la 27e édition des Rencontres d’Averroès se matérialise à travers une série de cinq podcasts, imaginés comme des balades sonores sur la thématique « Cités à la dérive ? ».

      COMPLET - Du 14 janvier au 4 février, visitez le Musée départemental Arles antique en live

      COMPLET - Du 14 janvier au 4 février, visitez le Musée départemental Arles antique en live

      Inscrivez-vous gratuitement aux Jeudis Culture de My Provence

      Inédit ! Pour ses premiers "Jeudi Culture", My Provence s'associe à My Tour Live pour une visite immersive et interactive du Musée départemental Arles antique. Inscrivez-vous à la visite en direct et posez vos questions à un conservateur du musée. Le buste de César n'aura plus de secrets pour vous.

      Le Rocher Mistral : les premières images

      Le Rocher Mistral : les premières images

      Voyage au coeur de la Provence du XVIIè siècle

      Mi-décembre, nous avons reçu une invitation qui a retenue toute notre attention. La promesse : revenir aux origines des traditions de Provence et plonger en immersion au cœur de l’histoire d’un lieu emblématique de la région.
      Ni une, ni deux, nous avons pris la route, direction Le Rocher Mistral en avant-première !

      Conte de Provence : L'histoire de Jeannet le Simplet

      Conte de Provence : L'histoire de Jeannet le Simplet

      La fève de tous les possibles

      Parmi tous les contes et légendes qui bercent la Provence, il y a l’Histoire de Jeannet le Simplet, un garçon ordinaire au destin peu commun !

      Tous en sons ! L'édition 2020

      Tous en sons ! L'édition 2020

      Tous chez soi, en musique

      Le festival de musique jeunesse "Tous en Sons" offre jusqu'au 20 décembre 4 spectacles en live depuis Aix et Marseille ainsi qu'un replay pour le public et les scolaires.

        Comment fabriquer soi-même sa crèche de Noël ?

        Comment fabriquer soi-même sa crèche de Noël ?

        DIY Provençal

        Santons, décor, cueillette du houx… Chaque année, des centaines de Provençaux participent à des concours de crèche de Noël. Vous souhaitez vous lancer ? On vous donne des conseils pour perpétuer la tradition provençale et accueillir vos santons de Noël comme il se doit !