Onefoot, du jazz futuriste made in Marseille

Publié le 27 mars 2017

En alliant le jazz au post-dubstep et à la musique électronique, Onefoot prend des risques. Et ça marche : en à peine trois ans, le trio originaire de Marseille est déjà adoubé par les plus prestigieux festivals de Jazz. A la fois hybride et futuriste, la musique de Onefoot n’hésite pas à briser les codes du genre quitte à nous emmener dans une autre galaxie sonore. Rencontre au Babel Med 2017.

Pourquoi Onefoot ?

Quand j’étais ado et que je rentrais chez mes parents, j’avais pris l’habitude inconsciemment d’enlever une seule chaussure. Et ma mère me disait toujours "hé onefoot, enlève ta deuxième chaussure sinon papa ne va pas être content quand il va rentrer". Par la suite, on a créé une mythologie autour de ça, on a même un totem unijambiste et toute une prophétie autour du Onefoot qui serait un oiseau avec une seule patte. Bref, c’est un pur délire entre nous.

Quel est votre parcours ?

Avec mon frère, on a commencé très tôt la musique en intégrant notamment un orchestre traditionnel arménien où on dansait beaucoup. Là-bas, pour les besoins d’un projet qui nécessitait un batteur, on a rencontré Matthieu. Et ensuite, à force de jammer ensemble on a fini par devenir amis et par faire autre chose que de la musique traditionnelle arménienne.

Comment expliquez-vous votre ascension soudaine ?

Concert au Mucem lors du Festival de Jazz des 5 continents. Photo Etienne de Villars
Concert au Mucem lors du Festival de Jazz des 5 continents. Photo Etienne de Villars

Je pense que si ça marche c’est parce que d’une part ça parle aux gens, et d’autre part parce qu’on a une ouverture pop que les autres groupes de jazz français n’ont pas. À la base, on s’est mis sérieusement dans ce projet parce qu’on s’est rendu compte qu’on attendait quelque chose qu’on n’obtenait jamais de la part des artistes qu’on peut aimer dans le monde du jazz. Du coup, on a décidé de le faire nous-mêmes. Ce qu’on fait aujourd’hui, je ne sais pas si c’est bon ou pas mais en tout cas on n'a pas beaucoup de concurrence parce que personne ne fait ce qu’on fait.

En fait, on est beaucoup trop confortable à Marseille : je sors le matin, il fait beau, que demander de plus ?

Le fait d’être marseillais c’est un atout ou un frein dans votre carrière ?

Je ne dirais pas que le fait d’être marseillais soit un problème parce qu’en soit tout le monde s’en fout. Par contre, le fait d’être à Marseille est un frein. On ne peut pas rester ici, c’est une évidence. C’est une ville ouverte où il y a de nombreuses cultures qui cohabitent ensemble mais qui a tendance à rester renfermer sur elle-même, de par son public et ses institutions. En fait, on est beaucoup trop confortable à Marseille : je sors le matin, il fait beau, que demander de plus ? Mais malheureusement tout est centralisé à Paris. Et de toute façon, un artiste se doit de bouger beaucoup. Donc, pour conclure, être Marseillais c’est cool mais pas d’un point de vue géolocalisé.

Comment définiriez-vous votre style ?

On fait du jazz mais esthétiquement on touche à une marge électronique et madeleine-proustienne avec la musique des jeux vidéos des années 90. En fait je dirais qu’aujourd’hui on fait écho à ce nouveau jazz qui émerge de la scène londonienne et américaine, et qui casse un peu les barrières avec les musiques actuelles.

Pourquoi avoir choisi le jazz ?

On fait du jazz parce que c’est le seul style de musique qui permet de mélanger différentes cultures de manière cohérente et de travailler de manière improvisée.

Comment se déroule le processus de création au sein de votre groupe ?

En général, un des membres du groupe vient avec une mélodie, des accords ou une situation rythmique. Ensuite, on fait ce qu’on appelle le processus de mectonisation : on s’approprie ce matériel musical et on le fait coller à nos valeurs musicales d’un point de vue esthétique - la synth-wave, la musique électro des années 80, la french touch, la post-dubstep anglais etc. Et on mélange tous ces éléments-là.

C’est quoi la mectonisation ?

À la base, c’est un total délire entre nous. En gros, quand on fait un bon truc, on est un « petit mecton », et à l’inverse, quand notre ego prend le dessus sur une situation, on est un « mectard ». Donc, quand on mectonise quelque chose, ça veut dire qu’on le rend spirituellement valable pour nous, qu’on apporte quelque chose de nouveau. Ça se traduit dans notre musique par l’apport esthétique du matériel musical qui est non stylisé à la base. Une harmonie, on peut l’arranger de 1000 façons différentes, même chose pour une mélodie ou un son. C’est ça la mectonisation.

Tigran Hamasyan [un pianiste de jazz arménien, ndlr] orientait son jazz sur le côté spirituel, c’est également le cas pour vous ?

Pas de la même façon. Tigran vient de sortir un album – magnifique d’ailleurs – qui étudie, arrange et joue la musique sacrée arménienne du Vème siècle au XXème siècle. Il s’est vraiment plongé sur la musique arménienne d’un point de vue historique et spirituel.
Nous, c’est plus une question de positionnement face à ce qu’on fait. C’est pas forcément l’étude d’un répertoire arménien spirituel, même si ça nous intéresse, mais plutôt l’attitude avec laquelle on va faire les choses, comment on va vivre une action, est-ce que l’on fait par amour ou pas, est-ce qu’on a bien pris soin d’observer avant d’agir. On essaye de faire un acte désintéressé musicalement parlant. Et cela se traduit par ce qu’on fait, par comment on s’habille, par notre attitude, par comment on vit une situation. C’est une approche plutôt philosophique-orientale-bouddhiste en fait.

Tu as dit dans une interview que le symbole du jazz c’était l’honnêteté, qu’est-ce que tu entendais par là ?

C’est le symbole de la vie je crois. Le jazz, et la musique en général, est un catalyseur. Y a pas meilleur moyen pour se regarder dans un miroir. Personnellement, jouer de la musique c’est ce qui me fait avancer dans la vie, ce qui me permet de me rendre compte de mes défauts et de mes qualités, ce qui me permet de rentrer dans une observation de moi-même très profonde.

C’est quoi vos futurs projets ?

Déjà, pour ma part, je travaille sur un projet solo autour du piano. Matthieu, le batteur, prépare également un projet d’album solo orienté électro-pop. Et sinon avec Onefoot, on finalise notre premier album qui va sortir en septembre 2017 et on bosse déjà sur notre prochain EP qui mettra en avant un style qu’on prétend avoir inventé, la musique gangsta-arménienne-folk. D’ailleurs, le dernier morceau de l’album fera écho à ce nouveau style. Et puis à part ça on est en train de tourner des clips.

Tu parlais de danse tout à l’heure, c’est quelque chose que l’on pourra retrouver dans vos clips ?

Pas sûr mais y en aura probablement. C’est quelque chose qu’on essaye de mettre en place. D’ailleurs, en ce moment, on est en résidence à la Villette à Paris, et on a fait chorégraphier la moitié de notre répertoire par une jeune danseuse du Conservatoire de Paris, Jade Janniset, qui allie la danse contemporaine au hip-hop et au voguing. Après, personnellement, j’ai toujours fait de la danse, et j’ai toujours rêvé de créer des chorégraphies, donc on verra.

http://www.onefoot.tv/

Sarah Barbier

Agenda

Concert - Opéra

Concert - Opéra

Des opéras de Marseille aux concerts lyriques au Grand Théâtre de Provence, retrouvez la liste des concerts et opéras des Bouches-du-Rhône.

Voir le guide Concert - Opéra
Nuit

Nuit

Où danser et écouter de la musique live en Provence ? Bars branchés, cafés-concerts : bons plans pour sortir dans les Bouches-du-Rhône.

Voir le guide Nuit
Tout l'agenda culturel

Autres articles

Les interactions de Alejandro Guzzetti

Les interactions de Alejandro Guzzetti

du 10 octobre 2018 au 3 février 2019

Pour le musée Ziem, Alejandro Guzzetti a créé des installations traduisant sa fascination pour la nature. Constituées uniquement de molinie bleue, plante herbacée d’une grande élégance pouvant atteindre plus de 2 m de hauteur, ses œuvres vivront le temps de l’exposition avant de disparaître traduisant ainsi la précarité de toute chose.

Mordre la machine et un amour de collection au [mac]

Mordre la machine et un amour de collection au [mac]

du 26 septembre 2018 au 24 février 2019

L'exposition proposée au [mac] regroupe une vingtaine d’œuvres de l'artiste Julien Previeux, récentes ou réalisées spécifiquement pour l’occasion. C'est une véritable anthologie proposant une lecture spécifique de son travail.

Un autre regard sur l'actualité aux Rencontres à l'échelle

Un autre regard sur l'actualité aux Rencontres à l'échelle

du 7 novembre au 1er décembre 2018

Depuis 13 ans, Les Rencontres à l’échelle inscrivent dans le paysage marseillais un rendez-vous audacieux et rassembleur dédié aux esthétiques contemporaines internationales.

Coup de projecteur sur la Photographie Marseille #8

Coup de projecteur sur la Photographie Marseille #8

du 11 octobre 2018 au 26 janvier 2019

Plus d’une trentaine d’événements photo vous attendent, un véritable parcours dans la ville à la rencontre des photographes d’aujourd’hui, une programmation foisonnante pour ce 8ème festival La Photographie Marseille. Au programme : des expositions, des projections, des rencontres, des conférences…

Des histoires de vie au Théâtre du Merlan

Des histoires de vie au Théâtre du Merlan

Saison 2018 / 2019

Pour cette saison 2018/2019, la danse, le cirque, l’art du mouvement que l’on retrouve aussi dans maintes propositions théâtrales, reste une des missions phares du Merlan Scène Nationale.

Que faire pendant les vacances de la Toussaint?

Que faire pendant les vacances de la Toussaint?

du 20 octobre au 4 novembre 2018

Que faire pendant ces vacances ? Comment occuper nos petits et nous distraire sans partir à l'autre bout du monde? Voici les propositions de My Provence Culture, tout en plaisir, tout en émotion.

Les oeuvres inédites de Vasarely Plasticien

Les oeuvres inédites de Vasarely Plasticien

à partir du 6 octobre 2018

Un nouveau parcours de visite et de médiations culturelles permettront aux visiteurs de la Fondation Vasarely, de découvrir l’univers plastique du Maître, depuis ses débuts de graphiste jusqu’à la réalisation de ses intégrations monumentales.

L'indifférence vue par la Pop Philosophie

L'indifférence vue par la Pop Philosophie

du 12 au 17 octobre 2018

Les inscriptions pour la Semaine de la Pop Philosophie sont ouvertes ! Cette année « L'indifférence » par une sélection des principales institutions et associations qui s’engagent dans le débat d’idées et la promotion de la pensée contemporaine.

La Fiesta des Suds face à la mer

La Fiesta des Suds face à la mer

du 11 au 17 octobre 2018

Têtes d’affiche éclatantes, découvertes incandescentes, divas envoûtantes, artificiers sonores ou artilleurs des dance- floors, la programmation de la Fiesta des Suds 2018 embrase les nuits d’automne en ramenant les musiques actuelles mondiales à bon port.

Embarquez dans les bras du Rhône pour la Fête de la Science

Embarquez dans les bras du Rhône pour la Fête de la Science

du 6 au 14 octobre 2018

Le Gyptis fait "escale" sur le parvis du Musée départemental Arles antique les 6 et 7 octobre prochains . À cette occasion, et pour la Fête de la Science, conférence-projection, spectacle et rencontres sont au programme.

Une journée geek à Arles, ça vous dit?

Une journée geek à Arles, ça vous dit?

du 3 octobre au 16 novembre 2018

On laisse ressortir notre côté geek et on va passer une journée à Arles sur Octobre Numérique, un temps fort de rencontres digitales entre artistes, créatifs, entrepreneurs, techniciens, intellectuels et grand public.

Viva Villa a choisi Marseille

Viva Villa a choisi Marseille

29 septembre au 7 octobre 2018

Le Festival ¡ Viva Villa ! rendez-vous annuel gratuit réunit les artistes résidents de trois grandes institutions de résidences artistiques françaises, d’envergure internationale : l’Académie de France à Rome – Villa Médicis à Rome, la Villa Kujoyama à Kyoto et la Casa de Velázquez à Madrid.