Marseille, le hip-hop et le graff, un triangle amoureux à découvrir au Mac

13 mai 2017 au 14 janvier 2018

Publié le 16 mai 2017

Après avoir "oublier" le hip-hop lors de Marseille Provence capitale de la culture en 2013, la ville se rattrape en présentant l'exposition "Hip-hop, un âge d'or" au Musée d'Art Contemporain. La multitude d'objets présentée est l'occasion d'effectuer un véritable voyage dans le temps.

"Petit frère a déserté les terrains de jeux, il marche à peine et veut des bottes de sept lieues" chantait IAM en 1997. 20 ans plus tard, le groupe marseillais et son "Ecole du micro d'argent" rameute toujours autant les foules. Pour comprendre ce succès, il faut voyager jusqu'en 1970. C'est ce que propose "Hip-Hop, un âge d'or" qui a lieu au Musée d'Art Contemporain (Mac) de Marseille jusqu'au 14 janvier 2018. Structurée en cinq chapitres, l'exposition - qui mélange collections privées et réserves du Mucem - s'intéresse à l'histoire du hip-hop, des premières block parties du Bronx à l'âge d'or marseillais. Le tout sous le commissariat de Claire Calogirou et Sébastien Bardin-Grenberg.

"Aujourd'hui, les précurseurs du hip-hop arrivent au terme de leur vie. C'est la fin d'un cycle, et afin de préserver ces souvenirs, nous avons décidé de les rassembler au travers de cette exposition", explique Thierry Olat, le directeur du Mac.

1970 : les prémices du hip-hop, du South Bronx à New-York

Les deux premiers chapitres de l'exposition s'attaquent à l'aspect historique du mouvement, et ce à grand renfort de photos, de pochettes de vinyle, de films, d'affiches et d'objets en tous genre. En 1970, dans le South Bronx, la jeunesse afro-américaine d'alors, qui connaît de réelles difficultés économiques, rêve. Et afin de survivre, elle s'amuse à inventer une nouvelle façon de faire la fête, de danser, de marquer l'espace urbain et de défier l'ordre établi. C'est là que les writers
comme JonOne dessinent sur les métro, là que les bandes organisent des block parties clandestines, là que des artistes réalisent des expositions improvisées. Au fil du temps, le hip-hop et les disciplines qu'il a fécondé (le DJing, le MCing, le graffiti, le breakdance, le rap) attirent l’attention de des professionnels. Joe Conzo, Henry Chalfant, Jamel Shabazz, Martha Cooper : nombreux sont les photographes à descendre dans la rue pour capturer ce nouveau mouvement et en raconter la genèse. "Peace, Love, Unity, and Having fun" sont les mots d'ordre de cette époque, et sont d'ailleurs l'emblème de la Zulu Nation, l’association d'Afrika Bambaataa qui oeuvre pour la prise de conscience hip-hop. Le courant finit par résonner jusqu'à New-York où il s'impose comme la nouvelle culture populaire. Les premiers DJ - Kool Herc, Grand Master Flash - pointent leur nez et la musique hip-hop envahit tous les clubs de Manhattan.

1980 : l'exportation du mouvement

Dans les années 80, le hip-hop traverse l'Atlantique, notamment grâce à Mitterand, alors président de la République, qui libéralise les ondes. Les radios pirates deviennent des radios libres. Petit à petit, les premiers DJ's français apparaissent (Dee Nasty), les émissions de télé font surfaces (H.I.P H.O.P sur TF1), des concerts de rap sont organisés (New York City Rap Tour) et les lieux de rencontres se multiplient (le terrain vague de la Chapelle à Paris). Au même moment, aux USA, la politique répressive de Reagan freine le mouvement. Seuls les artistes issus des écoles d'art s'en sortent, à l'image de Jean-Michel Basquiat, Andy Warhol, Keith Haring ou Kenny Scharf qui expose dans les galeries branchées de downtown. Mais cette dureté imposée par Reagan va réveiller les consciences et l'engagement des afro-américain, comme Spike Lee ou le groupe Public Enemy. Les labels, sentant le bon filon, transforment les MC's en véritable star, quitte à faire de cet art de rue du marketing. Désormais la succes story s'évalue au rythme des ventes de disques. Run DMC, les Beasties Boys, Ll-Cool-J, NWA et Eric B. & Rakim sont de ceux à connaître la réussite. "Les artistes passent du copyleft au copyright" constate Thierry Olat, le directeur du Mac.

1990 : l'âge d'or marseillais...

En France, les premiers groupes à posséder du matériel et à signer avec les majors de l'industrie musicale vont rencontrer un succès fulgurant. C'est le début de l'âge d'or marseillais. Et grâce aux photographies et aux clips de Jean-Pierre Maero, on revit l'émergence de ce rap à l'identité propre. En 1983, Philippe Subrini, fondateur de la Zulu Nation Marseille, crée Prélude, la première émission de rap marseillais sur Radio Star. Vers 1986, La Maison Hantée au Cours Julien, qui était jusque-là orientée rock, ouvre ses portes aux autres genres musicaux. Parmi les artistes présents, Massilia Sound System et IAM, rien que ça. Les deux groupes vont alors travailler main dans la main quelques années durant avant que IAM ne se tourne en 1990 vers Labelle Noir qui appartient à Virgin. A noter qu'Akhenaton et Shurik’n ont fait leur première tournée avec Massilia, et que leur première cassette, "Concept", est plus ou moins produite par eux. En 1993, IAM sort le titre "Je Danse le MIA". Le succès est sans appel, et très vite, le hip-hop à la marseillaise se développe. Fonky Family, Psy 4 De La Rime, 3ème Oeil, Le Venin, Faf Larage, ... connectée aux states, la scène phocéenne surprend de part son caractère si affirmé, sa liberté vestimentaire et son inspiration ouvertement américaine.

... et l'évolution du graffiti

Au même moment, les multi-nationales fleurent l’ampleur du mouvement. Et désormais, les marques s'associent avec les artistes ou détournent leur logo façon bling-bling. Le monde de la mode flirte avec celui du hip-hop tandis qu'aux USA, les writers réinvente le graffiti. En effet, à la fin des années 80, suite à la décision de la Metropolitan Transportation Authority, les graffeurs new-yorkais ne peuvent plus taguer les wagons de métro. Egalement rejeter du monde de l'art au profit des artistes les plus côtés, ils se retrouvent alors obligés d'investir de nouveaux supports. Et alors que les premiers tags étaient plutôt des signes d'appartenance à un gang ou à un territoire, ils évoluent en quelque chose de plus graphiques et finissent même pas inspirer bon nombre d'univers, notamment celui de l'édition et de la mode. L'exposition présente d'ailleurs une bonne partie des peintures de cette époques réalisées par A-One, Dondi, Futura 2000, Lee Quinone ou Rammellzee.

Et puis vint le succès

Pour le dernier chapitre, l'exposition s'intéresse aux diverses produits dérivés issus du mouvement hip-hop. Jeux, jouets, peluches, figurines, stickers, livres, l'intégration de cette culture dans les objets du quotidien montre l'engouement qu'elle a pu susciter au fil des années et la façon dont elle a marqué une génération entière. Aujourd'hui encore, le hip-hop, le graffiti ou le breakdance continue d'exister et de se renouveler en permanence.

Au Mucem, prolongation de l'exposition avec 1500 objets

En parallèle de l'exposition au Mac, le Mucem propose jusqu'au 8 janvier "Graff en Méditerranée" dans la salle des collections du fort Saint-Jean. Les récentes trouvailles récoltées par Claire Calogirou lors de ses enquêtes-collectes en France, en Europe et au Maghreb y sont ainsi présentées. "A la fin des années 1990, j'ai commencé à m'intéresser à la danse hip-hop. A partir de là, j'ai vite compris qu'il fallait aller vers le DJing, le rap et le graff. Et alors que je menais ces travaux de recherche, le Mucem m'a proposé de constituer une collection liée au graff", raconte la chercheuse et commissaire de l'exposition. Rassembler le plus d'informations possible sur l'histoire du graff en Méditerranée et compléter la collection du Mucem, voilà l'objectif de ces enquête-collecte.

"Tous les objets ont une histoire", précise Claire Calogirou, la commissaire de "Graff en Méditerranée".

Panneaux graffés, affiches, autocollants, vêtements, ghetto-blaster, ... 1500 objets liés au graffiti, au skate et au hip-hop sont exposés dans cette salle plongée dans le noir. Pour commencer, l'exposition met en avant le travail intime, celui que le graffeur effectue seul dans sa chambre. On découvre alors une multitude d’exquises et de dessins préparatoires. Le reste de l'étalage montre quant à lui l’achèvement de la pratique, celle qui est destinée à être partagée, à être exposée. On repère par exemple la fameuse tétine de l'artiste catalan El Xupet qui orne une planche de skate et un rideau de fer. L'originalité du logo provient du motif figuratif, inédit pour les années 80. Un peu plus loin, on peut voir un bidon de gazole graffé par le Français Seek, la veste peinte par le Barcelonais Musa ou les affiches drôles et engagées du Tunisien Jaye. "Le graff est un phénomène très récent dans les pays du maghreb, parfois en lien avec les séjours de graffeurs français d'origine arabe. L'émergence du graff a accompagné les Printemps arabes, le graff étant considéré dans le monde arabe comme une forme de contestation", expose Claire Calogirou. Autant d’œuvres qui interroge les usages de la ville, de la reconnaissance d'un espace culturel au rapport des individus à l'espace urbain.

Texte et photos par Sarah Barbier

Informations pratiques

Musée d'Art Contemporain
69 avenue de Haïfa, 13008 Marseille
Tarif : 5/3€.
www.marseille.fr

Mucem - Fort Saint-Jean
7 Promenade Robert Laffont, 13002 Marseille
www.mucem.org

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