Les villes et leurs Connectivités en Méditerranée à parcourir au Mucem

Exposition semi-permanente Galerie de la Méditerranée

Publié le 11 décembre 2017 Mis à jour le 29 juin 2018

Quatre ans après l’ouverture de la Galerie de la Méditerranée, le Mucem achève la refonte totale de la seconde section avec la mise en place d’une présentation inédite sur les cités en Méditerranée et leurs connexions.

Le parcours de l’exposition se déploie en deux grandes sections : la première, consacrée aux cités dans la Méditerranée des XVIe et XVIIe siècles, nous mène à travers les ports d’Istanbul, de Venise, d’Alger, de Gênes, de Séville et de Lisbonne au temps des grands empires ; quand la seconde s’intéresse aux enjeux urbanistiques contemporains, tels qu’ils apparaissent dans les mégapoles d’Istanbul et du Caire, et dans les métropoles de Casablanca et de Marseille. Le public peut choisir son parcours : historique ou contemporain.

© N.Ammirati

Albarello, vase de pharmacie Italie 1560 - 1570 © N.Ammirati

Cités dans la Méditerranée des XVIe et XVIIe siècles

1ère partie

L’exposition reprend la méthode de Fernand Braudel, qui envisage sa thèse La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II comme une pièce de théâtre dont le personnage principal est la Méditerranée. Il y développe une méthodologie fondée sur la prise en compte d’une triple temporalité : le temps géographique (la longue durée), le temps économique et social (celui des États) et le temps événementiel.

Aux XVIe et XVIIe siècles, les protagonistes de cette histoire sont l’Empire ottoman et l’empire des Habsbourg, ainsi que leurs centres d’échanges : les villes et ports d’Istanbul, Venise, Alger, Gênes, Séville, et Lisbonne. Durant cette période, le système méditerranéen reposant sur ces deux empires est en équilibre : un monde en vase clos, alternant périodes d’échanges économiques et de conquêtes territoriales. Des événements vont perturber cet équilibre : le commerce des épices crée de nouvelles routes maritimes — et particulièrement la première circumnavigation du Portugais Magellan en 1522 — qui permettent d’éviter la Méditerranée et marquent le début de son déclin.

Le poids des armes © N.Ammirati

Connectivités © Agnes Mellon Mucem

L’Empire ottoman et l’empire des Habsbourg

La chute de Constantinople consacre l’Empire ottoman : le sultan Mehmet II la conquiert en 1453, la renomme Istanbul et en fait la capitale de son empire—lequel s’étendra jusqu’à la mer Noire au nord et du Proche-Orient au Maghreb. Après Mehmet II et jusqu’à la fin du XVIIe siècle, les sultans étendent le territoire de l’empire.
Celui-ci devient un passage obligé pour qui veut rejoindre l’Orient et ses richesses. De surcroît, les Ottomans contrôlent les ports de l’est et du sud de la Méditerranée, obligeant les Habsbourg à négocier avec eux ou à les combattre.

L’empire des Habsbourg est une mosaïque de territoires discontinus, aux histoires parfois frictionnelles. Reposant sur une politique de mariages qui agrandit son territoire (en 1477, la Franche-Comté et les Pays-Bas, en 1496, l’Espagne, Naples, les possessions espagnoles outre-Atlantique et Milan, en 1521, la Bohême et la Hongrie), l‘empire des Habsbourg est au faîte de sa puissance durant le règne de Charles Quint. Celui-ci décide d’abdiquer en 1555 et de diviser son empire en deux branches, les Habsbourg d’Espagne, dirigés par son fils Philippe II, et les Habsbourg d’Autriche menés par son frère Ferdinand, également empereur du Saint Empire romain germanique.
Ces deux empires sont les principaux pouvoirs en présence dans la Méditerranée des XVIe et XVIIe siècles.

Soliman le Magnifique, huile sur toile, anonyme, France, XVIIe siècle. Galerie des Illustres du château de Beauregard, commandée par Paul Ardier (1543-1638), contrôleur des Guerres et Trésorier de l'épargne sous Louis XIII, classée au titre des monuments historiques. Parc et Château de Beauregard, Celettes (Loir-et-Cher) © Parc et Château de Beauregard

Jean-Baptiste Huysmans, Ogier de Busbecq achetant à Constantinople l'étendard royal d'Espagne à des pirates turcs, 1904, huile sur toile. Ville de Bousbecque © Alain Leprince

Istanbul, capitale d’empire

Après la prise de Constantinople par le sultan Mehmet II en 1423, l’Empire ottoman est géré de main de maître, surtout sous le long règne (de 1520 à 1566) de Süleyman II, dit le «Kanuni» (Législateur) ou Soliman le Magnifique. Cet empire est gigantesque, étalé sur trois continents, peuplé de 22 millions d’habitants dont 500 000 vivent à Istanbul au XVIe siècle.

Süleyman accorde une attention particulière à l’embellissement de la capitale. Il confie son développement à l’architecte Sinan, qui vécut 100 ans et construisit 90 mosquées, des écoles, des universités, des ponts et des aqueducs. Süleyman et ses successeurs encouragent le développement des arts islamiques traditionnels comme la céramique (d’Iznik), la calligraphie, et multiplient les ateliers de miniature et d’enluminure.

Héritier du califat, Süleyman fait transporter à Istanbul les reliques du Prophète. En tant que protecteur des lieux saints et du pèlerinage, il fait également restaurer le Dôme du Rocher puis les murs de Jérusalem et la Kaaba de La Mecque. Istanbul atteint alors l’apogée de sa puissance et de son épanouissement artistique et culturel.

École italienne, Vue de Venise (détail), XVIIe siècle, huile sur toile. Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Versailles © Agnes Mellon Mucem

Étendard ottoman pris à la bataille de Lépante, Empire ottoman, XVIe siècle, taffetas de soie. Palazzo del Principe, Gênes, Italie © N.Ammirati

Venise, ville de marchands

La richesse de Venise doit beaucoup à sa position géographique : elle est à la fois proche de l’Orient, d’où elle reçoit ses marchandises, et de l’Europe, où elle les écoule. Ses possessions (Chypre, Crète, Raguse, Split) lui assurent des relais commerciaux maritimes. Venise doit aussi sa richesse à la demande européenne pour les épices et à la mise en place des outils nécessaires pour y répondre : la construction dans l’Arsenal, qui emploie près de 3000 travailleurs, de bateaux de commerce performants. La richesse de Venise, ce sont également les marchands, les banquiers, les assureurs : la ville-État a mis en place, depuis le Moyen Âge, un système de crédit et des banques.

Lorsque Constantinople devient Istanbul, Venise s’offre au sultan pour faire la liaison avec l’Europe, en échange de quoi l’Empire ottoman lui garantit la paix, indispensable au commerce. Malgré sa « fidélité » et la signature d’un nouveau traité de paix avec les Ottomans au lendemain de la bataille de Lépante, Venise commence son déclin, qui doit autant à la perte de ses territoires qu’à la découverte, par les Portugais, de nouvelles routes maritimes vers l’Orient.

Alger, la ville aux mille canons. Musée de l'armée à Paris © N.Ammirati

Alger © N.Ammirati

Alger, Tripoli, Tunis, enjeux de pouvoirs

Avec l’affranchissement d’Alger en 1529, la mer Méditerranée s’ouvre à la puissante flotte turque, à laquelle sont ralliés les corsaires dominés par les frères Barberousse. Alger, comme Tunis, La Goulette, Jerba et Tripoli, est un poste avancé de l’Empire ottoman en Afrique du Nord, qui fait régulièrement l’objet de tentatives de possession de la part des Habsbourg.
En 1535, la prise de Tunis par Charles Quint est le prétexte pour conquérir Alger, puis à  terme, Istanbul. Son expédition contre Alger en 1541 est cependant un échec et marque la fin de son rêve méditerranéen.

Depuis 1510, les Espagnols tenaient Tripoli, qu’ils avaient offerte en 1530 aux Chevaliers de Malte. Les Turcs la conquièrent en 1551. La tentative de reprise de Tripoli par les Habsbourg se soldera par un échec devant l’île de Jerba (1560).
En 1574, la chute de Tunis met un terme à la présence espagnole en Méditerranée. Philippe II se tourne alors vers l’Amérique et l’océan Indien.

Galère du capitaine Barberousse 1978 © N.Ammirati

Vue de Malte prise du fort Saint-Elme - Alberto Pullicini XVIIIe siècle © N.Ammirati

Corsaires et captifs en Méditerranée

La course et la piraterie sont pratiquées aussi bien par les Européens que les Ottomans, qui s’emparent des marchandises et réduisent les hommes en esclavage, pour les revendre ou les rançonner. L’importation d’esclaves noirs d’Afrique repose sur un négoce codifié tandis que les autres prises relèvent des hasards des razzias. Au XVIe siècle, le port de La Valette, à  Malte, est spécialisé dans les chargements d’esclaves destinés aux galères.

Dans le même temps, Alger s’est fait une spécialité de la course avec les frères Arudj et Kheir-ed-Din Barberousse. Les renégats, chrétiens capturés lors de razzias, y participent en grand nombre. Selon leurs qualités, les captifs peuvent être placés auprès du sultan et de son entourage, telle Roxelane, qui devient l’épouse préférée de Soliman le Magnifique. Prisonnier célèbre du bagne d’Alger en 1575, Cervantes est pris avec son frère sur le bateau qui le ramène en Espagne après la bataille de Lépante. « Captif de rançon », il est racheté en 1580 par les Trinitaires pour 500 ducats.

© N.Ammirati

Gênes et les grandes familles © N.Ammirati

Gênes et les grandes familles

Le XVIe siècle fut « le siècle des Génois », et la ville connaît son apogée économique entre 1530 et 1630. Éternelle rivale de Venise, Gênes commerce activement depuis l’époque médiévale et a créé des comptoirs en mer Noire et sur les côtes anatoliennes (Phocée). Elle bénéficie du pouvoir d’Andrea Doria, grand amiral de Charles Quint, qui en fait, en 1528, une république aristocratique, puis Sérénissime, gouvernée par des doges élus tous les deux ans.

Les grandes familles patriciennes se succèdent au pouvoir : Doria, Lomellini, Pallavicini, Della Rovere... Au cours de la crise financière de 1550, les Génois anticipent les nouveaux équilibres entre les valeurs de l’argent et de l’or venus d’Amérique et s’imposent comme banquiers de l’Espagne. Richissime, s’entourant d’une imposante muraille, la ville s’embellit en construisant d’immenses palais.

La célèbre phrase de l’écrivain espagnol Francisco de Quevedo (1580-1645) « L’or naît aux Indes occidentales, meurt en Espagne, est enseveli à Gênes» traduit bien l’efficace système financier mis en place.

La papauté et les Jésuites

Le partage du monde entre Espagnols et Portugais, concrétisé par le traité de Tordesillas - (1494), s’applique aussi à l’activité missionnaire déléguée aux XVIe et XVIIe siècles par le pape aux missions catholiques des deux puissances.
La Compagnie de Jésus, fondée par Ignace de Loyola avec quelques compagnons, dont François Xavier, est confirmée par le pape Paul III en 1540 : elle s’est donné pour mission de «répandre la foi et témoigner de la justice, sous l’obéissance du pontife ».
Les missions espagnoles sont présentes en Amérique centrale et du Sud ainsi qu’aux Philippines. Les missions portugaises sont présentes en Afrique, au Brésil, en Asie du Sud, en Inde, au Japon, et en Chine. Ces missions réunissent des franciscains, des dominicains et surtout des jésuites.

Séville © N.Ammirati

Écritoire Augsbourg, Allemagne vers 1565 © N.Ammirati

Le poids du Pape, objet-reliquaire de dévotion chrétienne Italie vers 1550 © N.Ammirati

Séville, porte des Indes

Depuis 1492 et Christophe Colomb, les expéditions maritimes des Espagnols et des Portugais ont conduit à la découverte de nouveaux territoires aussitôt colonisés et exploités. Dès le début du XVIe siècle, les mines d’or ou d’argent de Colombie, du Mexique et du Pérou sont exploitées par la force de travail des Amérindiens réduits en esclavage, puis par des esclaves d’Afrique importés à la demande de Charles Quint. Ces métaux précieux sont acheminés chaque année par la flotte des Indes, composée de galions armés et de navires marchands, qui les déchargent à Séville. Abritée en bordure du Guadalquivir sur la façade atlantique et bien plaée sur la route maritime des Flandres, Séville devient le port officiel des expéditions de la Nouvelle-Espagne.

La fin de l’empire des Habsbourg

L’empire des Habsbourg ne présenta jamais une unité de territoire, mais fut un ensemble territorial immense sur lequel « le soleil ne se couche jamais ». Il connaît son apogée aux XVIe et XVIIe siècles, sous les règnes de Charles Quint puis de Philippe II. L’éloignement géographique de ses différentes unités, la question religieuse et la moindre envergure des successeurs (Philippe III, Philippe IV et Charles II) sont autant de faiblesses de l’empire.
La réforme protestante sera un un élément fort de la désintégration de l’empire avec la guerre de Quatre-Vingts Ans (1568-1648) menée par Guillaume d’Orange qui aboutit à la scission de sept Provinces-Unies rejetant le pouvoir de Philippe II. L’indépendance du Portugal en 1640 et le traité de Westphalie ratifié en 1648 signent le déclin de la puissance espagnole et un nouvel équilibre géopolitique en Europe.

Connectivités @ Francois Deladerriere

Pot chinois à couvercle Chine, dynastie Qing - Palais dos Bicos Lisbonne © N.Ammirati

Lisbonne

Les Portugais explorent les côtes de l’Afrique du Nord dès le début du XVe siècle pour s’approprier le commerce des marchands musulmans : l’or et les esclaves.
Au large de l’Atlantique, ils s’arrogent les îles de Madère où ils développent, au milieu du XVe siècle, le commerce des esclaves avec les marchands africains dans le golfe de Guinée. En 1488, contournant le sud de l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance, ils découvrent l’océan Indien, ses îles à épices, l’Inde. Vasco de Gama ramène sa première cargaison de poivre à Lisbonne en 1499.

De leur côté, les Espagnols financent le Génois Colomb pour chercher une route des épices transatlantique concurrentielle : Colomb atteint les Antilles, qu’il croit être l’Inde. Espagnols et Portugais se partagent le monde par le traité de Tordesillas en 1494.
Au XVIe siècle, après avoir conquis le détroit d’Ormuz puis Malacca en 1511, les Portugais s’emparent des lieux stratégiques du commerce des épices, s’assurant du monopole des échanges avec les principautés musulmanes d’Indonésie (Ternate, Ambon). Ils abordent au Japon en 1543 et obtiennent un comptoir commercial en Chine (Macao) en 1557.

En 1580, Philippe II hérite de la couronne du Portugal, désormais liée aux Habsbourg. Lorsqu’en 1640, le Portugal retrouve son indépendance, il a déjà beaucoup perdu : créée en 1602, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales permet aux Hollandais de s’accaparer les territoires portugais de l’océan Indien.

La France entre deux empires

Candidat malheureux face à Charles Quint à l’élection à la tête du Saint Empire romain germanique, François 1er devient roi de France et revendique ses droits sur le duché de Milan (1515). Après sa défaite à Pavie en 1525, emprisonné à Madrid par Charles Quint, il reçoit le soutien de Süleyman avec lequel il signe une alliance (1535). Les Ottomans le soutiennent dans les guerres d’Italie et le siège de Nice : on voit même la flotte turque dans les ports de Marseille et de Toulon. Henri II puis Henri IV poursuivent cette même politique d’alliance qui avantage le commerce français en Méditerranée.

Le XVIIe siècle met les « turqueries » et l’Orient à la mode, aussi bien dans les arts que dans la littérature. Ce n’est qu’avec Louis XIII, puis Louis XIV, qu’une véritable politique maritime est développée par l’État français. Louis XIV fait mine de s’allier aux Habsbourg, avec lesquels il est parent par sa mère Anne d’Autriche et son épouse Marie-Thérèse d’Espagne. Il s’allie pourtant avec les Ottomans, qu’il incite à combattre les Habsbourg afin de développer sa propre stratégie expansionniste.

© N.Ammirati

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Les mégalopoles et métropoles contemporaines : Istanbul et Le Caire, Marseille et Casablanca

2ème partie

À partir du XVIIe siècle s’ouvre une ère nouvelle, celle des comptoirs maritimes et des grandes colonisations vers l’Amérique et l’Asie.
Laissons cette période entre parenthèses pour effectuer un saut dans le temps afin de reprendre le fil du récit au XXe siècle, et nous diriger vers le temps présent.

3,5 milliards de personnes à travers le monde vivent aujourd’hui dans une ville. Elles seront 5 milliards dans 15 ans et 7,5 milliards à l’horizon 2050 (source ONU, INED).
L’expansion des villes est un phénomène incontournable de nos sociétés. Les flux économiques et migratoires, les réseaux et les infrastructures, l’urbanisme et la préservation de l’environnement sont autant de grilles de lecture possibles pour comprendre les grandes cités contemporaines.

Cette section aborde la question des mégapoles et des métropoles dans la Méditerranée du XXIe siècle, à travers quatre cités : Le Caire et Istanbul, mégapoles en pleine expansion, Marseille et Casablanca, métropoles en formation et en évolution.

L’urbanisme méditerranéen au XXe siècle

Comment comprendre la ville contemporaine en Méditerranée si l’on ne s’attarde pas sur les grands courants d’idées ayant émergé au XXe siècle ? En préambule à cette section est proposé un historique de la réflexion sur la ville moderne (Charte d’Athènes, Plan Obus d’Alger de Le Corbusier, etc.) comme clé de compréhension de l’évolution contemporaine des cités.

© N.Ammirati

© N.Ammirati

Mégapoles contemporaines d’Istanbul et du Caire

La mégapole résulte de l’extension sans limites ni contrôle du territoire des villes. Istanbul et Le Caire sont de vraies mégapoles contemporaines du Sud, en pleine expansion, à l’urbanisme frénétique. Ces deux villes permettent d’aborder deux types de réponses politiques et urbanistiques à l’extension urbaine. Le Caire projette son développement à travers des villes nouvelles postées à sa périphérie.
L’exposition présente notamment des travaux réalisés par les étudiants de l’École d’architecture et de design de Zurich sur la question des feydans (zones d’habitat informel). Y font écho les regards de photographes et de vidéastes sur cette ville en expansion permanente, aux prises avec son histoire.

Istanbul est la ville aux quatre grands projets de transformation urbaine, lancés par l’État (la nouvelle ville, le troisième aéroport, le troisième pont et le Kanal Istanbul). L’exposition aborde cette mégapole par sa périphérie, mais l’interroge également en son coeur, ses places, ses agoras, lieux de prise de parole, lieux de vie propres à la cité.

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Connectivites @ Francois Deladerriere

Métropoles contemporaines d’Aix-Marseille Provence et de Casablanca

La métropole résulte d’une logique de gestion raisonnée du territoire. Elle est le marqueur d’une construction politique et volontariste. À titre comparatif, Aix-Marseille-Métropole, créée tout récemment, est mise en perspective avec Casablanca, présentée comme un exemple de maîtrise de gestion urbaine.

Capitale économique du Maroc, Casablanca est une référence dans la pensée urbaine en termes d’organisation : l’expansion de la ville y a été anticipée dès le début du XXe siècle. La politique de logement a été pensée pour répondre à la problématique des bidonvilles et de l’habitat clandestin, à l’intégration de l’habitat traditionnel dans les nouveaux types de logements (intégration de la médina dès le début de la planification comme garantie de la réussite de cette métropolisation). La question de la ville durable y est centrale (quartier de Sindibad, développement du tramway, etc.).

La métropole Aix-Marseille-Provence a été créée le 1er janvier 2016. Métropole polycentrique (10 villes aux identités fortes, 92 communes), elle est aussi une métropole de la diversité, une métropole des inégalités.
L’exposition présente notamment les résultats d’une consultation menée en 2015 auprès de trois équipes d’urbanistes, de paysagistes et de philosophes, proposant chacune différentes pistes de développement métropolitain. Photographes et vidéastes proposent par ailleurs une mosaïque de points de vue sur ce territoire singulier.
Surprenante ville-nature, Marseille peut désormais articuler sa relation désordonnée au paysage à travers un sentier de randonnée périurbain : premier du genre, le GR2013 est un point de vue sur la ville d’où l’on peut, depuis la quiétude d’une pinède, admirer l’étalement d’une zone commerciale.

© N.Ammirati

Patrick Guns, Nous sommes 152 Que Dieu nous aide, 2014, installation, feuilles d’or sur fragments de barque, bois, métal, corde. Coproduction MAC's, Grand-Hornu (Belgique) © N.Ammirati

Clôture

La sortie de l’exposition propose un regard actuel et prospectif, à la fois à la surface de et sous la mer Méditerranée :
Sur la mer, la réalité politique des déplacements de populations.
Sous la mer, les connexions et circulations des données informatiques.
Les deux parcours, historique et contemporain, s’y rejoignent.
Les routes maritimes sont doublées de routes sous-marines, empruntées par des réseaux de câbles qui transportent les marchandises devenues les plus précieuses : les data numériques.
Aujourd’hui, une donnée numérique transite en 75 millièmes de seconde entre Marseille et Hong Kong. Entrés sur la mer, nous sortons sous les mers. Le temps long et le temps présent dialoguent : que le visiteur renouvelle sa visite sans jamais traverser deux fois la même mer.

Entretien avec Myriame Morel-Deledalle, commissaire de l’exposition

L’exposition Connectivités se déploie en deux parties, l’une historique, l’autre contemporaine… Quel est son propos général ?

Cette exposition traite de la question des villes et de leur connectivité en Méditerranée, sur deux périodes radicalement différentes.

La première partie s’inscrit dans une séquence historique et géographique bien identifiée dans le temps et dans l’espace : la Méditerranée des XVIe et XVIIe siècles, traitée à travers les connexions de six villes (trois pour l’empire des Habsbourg, trois pour l’Empire ottoman) qui sont en lien, en opposition ou en situation de pouvoir les unes par rapport aux autres. Ici, le parcours d’exposition reprend l’espace géographique de la Méditerranée : on entre à l’est par Istanbul, on circule vers Venise et Alger, avant d’aborder la partie occidentale de la Méditerranée, de Gênes à Séville, pour terminer avec Lisbonne, comme ouverture sur l’Atlantique.

Dans sa seconde partie, l’exposition présente des villes de la Méditerranée contemporaine : deux métropoles (Marseille et Casablanca) et deux mégapoles (Istanbul et Le Caire). Elles sont abordées à travers des maquettes, mais aussi des vidéos, des films et des photographies d’art contemporain ; alors que la première partie est développée avec des objets historiques issus de dépôts d’un certain nombre de musées français et européens, ainsi que des objets des collections du Mucem.

© Agnes Mellon Mucem

© N.Ammirati

La première partie mène le visiteur successivement à Istanbul, Alger, Venise, Gênes, Séville et Lisbonne, aux XVIe et XVIIe siècles. Pourquoi avoir choisi ces villes-là durant cette période-là ?

La Méditerranée des XVIe et XVIIe siècles constitue un véritable point de bascule historique et géographique : deux grands empires atteignant leur apogée s’y côtoient, celui des Habsbourg et celui des Ottomans ; en même temps que s’ouvrent de nouveaux horizons faisant de la Méditerranée une mer ouverte, inaugurant l’ère de la mondialisation. L’empire des Habsbourg se développe à partir de l’Ouest (Amériques et Asie) et l’Empire ottoman se tourne davantage vers l’Est (Asie).

Au coeur de ces empires immenses, certaines villes comme Istanbul, Séville, Venise ou Alger sont de véritables noeuds de pouvoir où se concentrent les échanges et les tensions entre les deux empires, et entre ceux des « nouveaux mondes ».
Ce cadre chronologique et historique se fonde sur la thèse de l’historien Fernand Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, socle de réflexion de cette exposition.

En quoi l’oeuvre et la pensée de Fernand Braudel (1902-1985) sont-elles encore pertinentes aujourd’hui ?

Fernand Braudel
Fernand Braudel

Fernand Braudel est un historien et géographe issu de l’école des Annales qui, dans les années 1930, avec Lucien Febvre et Marc Bloch, a initié une nouvelle manière d’appréhender l’histoire en privilégiant non pas l’histoire événementielle mais le contexte et la longue durée. C’est-à-dire la durée géographique, physique, historique, sur le long terme, des relations politiques et sociales au sein des sociétés. En effet, l’histoire n’est pas une succession d’événements, de dates et de coups de canon… C’est d’abord une affaire de contextes. Ce qu’on appelle aujourd’hui « histoire globale » ou « histoire-monde » est la suite logique de cette manière d’appréhender l’histoire.

Cette méthode, Fernand Braudel l’a illustrée dès 1949 avec sa thèse La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II. C’est une oeuvre de référence, certes incomplète—y compris au niveau des sources—mais dont la méthodologie jette les bases d’une réflexion nouvelle sur l’histoire. Une exposition est différente d’un ouvrage, mais en utilisant la méthode braudélienne, on voit bien qu’il est possible d’articuler le propos muséal autour des liens qu’entretiennent ces « espaces-mondes » que sont les villes et les empires aux XVIe et XVIIe siècles.

© Agnes Mellon Mucem

© Agnes Mellon Mucem

La seconde partie de l’exposition s’intéresse quant à elle aux villes méditerranéennes contemporaines, en distinguant mégapoles et métropoles…

Selon l’ONU, 3,5 milliards de personnes à travers le monde vivent aujourd’hui dans une ville. Elles seront 5 milliards dans 15 ans et 7,5 milliards à l’horizon 2050. Il nous a ainsi paru intéressant d’interroger le phénomène urbain actuel, à travers un focus sur quatre villes méditerranéennes, présentant des modes d’évolution bien distincts.

D’une part les métropoles, qui essaient de mettre en place des modes de gestion raisonnée des flux, des circulations, et du développement urbain et économique. C’est le cas de Marseille et Casablanca.
D’autre part, les mégapoles qui résultent d’une extension du territoire sans limites, sans contrôle, sans intervention ou gestion politique. Nous avons identifié Le Caire et Istanbul comme les deux plus grandes mégapoles méditerranéennes. Soit 15 millions d’habitants pour ces deux villes, qui ont connu une croissance démographique exceptionnelle en seulement quelques années. Ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes…

Dans l’exposition, nous présentons donc quatre maquettes de Marseille, Casablanca, Istanbul et Le Caire, toutes à la même échelle et qui mettent en évidence quatre facteurs : la topographie, la tache urbaine, les circulations et les infrastructures. Chacune de ces villes fait aussi l’objet d’un focus particulier avec quelques nouvelles maquettes, comme pour la question de l’habitat informel au Caire ; mais aussi avec les travaux d’artistes contemporains qui permettent aux visiteurs de se plonger dans la réalité physique de ces villes à travers des films, des vidéos et des photographies.

Ymane Fakhir, Route El Jadida, Casablanca, Maroc, 2006 © Adagp, Paris, 2017

Connectivites @ Francois Deladerriere

Dans la section traitant des métropoles, Casablanca est présentée comme un exemple de gestion urbaine… Qu’en est-il de Marseille ?

Nous avons fait le choix de prendre une métropole du Sud pour illustrer la gestion raisonnée d’une métropole. Casablanca est une référence dans la pensée urbaine en termes d’organisation : l’expansion de la ville a été anticipée dès le début du XXe siècle. Celle ci est certes liée à une histoire coloniale. Avant, pendant et après l’indépendance, différents architectes-urbanistes (Prost, Écochard, Candilis...) ont travaillé sur l’aménagement de Casablanca avec une forme de continuité, poursuivie de nos jours par la municipalité. Cette ville présente aujourd’hui un schéma d’organisation intéressant car il est assez multiple et diversifié dans sa conception d’un développement urbain, avec, notamment, la question centrale de la ville durable.

À Marseille, il y a une volonté politique affirmée de la métropole. Nous présentons dans l’exposition le fruit d’une consultation menée en 2015 auprès de trois équipes d’urbanistes, architectes et philosophes, proposant chacun différentes pistes de développement pour ce territoire singulier. Certains misent sur la mise en valeur du patrimoine naturel, d’autres insistent sur les infrastructures… Ce sont des projets d’orientation à destination des élus; des choix de développement possibles. En attendant de les voir aboutir —ou pas –, l’exposition s’intéresse aussi au sentier de grande randonnée GR2013, qui invite à la traversée de ce territoire à travers la figure originale du « marcheur métropolitain ».

Infos pratiques

Réservations & renseignements
T 04 84 35 13 13—De 9h à 18h 7 j / 7
reservation@mucem.org / mucem.org

Tarifs
Billets Mucem expositions permanentes et temporaires 9,5 € / 5 € (valable pour la journée)
Billet famille Expositions permanentes et temporaires 14 € (valable pour la journée)

Gratuité des expositions pour les moins de 18 ans.
Tarif réduit pour les personnes munies d’un billet plein tarif musée Regards de Provence, FRAC (datés de la semaine) et musée Granet.
L’accès aux expositions est gratuit pour tous, le premier dimanche de chaque mois.
L’accès aux espaces extérieurs et jardins du Mucem est libre et gratuit dans les horaires d’ouverture du site.

Horaires d’ouverture
Ouvert tous les jours sauf le mardi, le 25 décembre et le 1er mai
de 11h à 18h (novembre-avril)
De 11h à 19h (mai-juin et septembre-octobre)
de 10h à 20h (juillet-août)
Le vendredi jusqu’à 22h (mai-août)

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Utopie & Métamorphoses de Georges Rousse

Du 7 septembre 2018 au 10 mars 2019

L’exposition Anniversaire des 5 ans du Musée Regards de Provence propose de faire revivre en images immersives le chantier de la métamorphose du musée inauguré en 2013.

Actoral définit l'écriture sous toutes ses formes

Actoral définit l'écriture sous toutes ses formes

Du 25 septembre au 13 octobre 2018

Actoral interroge les écritures contemporaines dans tous les domaines artistiques et propose de découvrir chaque automne à Marseille, à travers le travail d’une cinquantaine d’artistes, la richesse et la diversité des écritures d’aujourd’hui.

Des lieux insolites à visiter pour les journées du patrimoine

Des lieux insolites à visiter pour les journées du patrimoine

Les 15 & 16 septembre 2018

Les 35e Journées européennes du Patrimoine auront lieu les 15 & 16 septembre autour du thème «L'art du partage». Une belle occasion d’explorer le patrimoine de Provence, musées, gratuités, animations, spectacles… Découvrez notre sélection de visites historiques ou insolites dans des lieux exceptionnellement ouverts au public pour l'occasion

Une Saison aux Salins

Une Saison aux Salins

Saison 2018 / 2019

Reflet de la multiplicité des propositions qui existent dans le spectacle vivant, voici la programmation des Salins pour cette nouvelle saison 2018/2019. Tout y est : danse, cirque, musique, théâtre et bien entendu spectacles à voir en famille.

C'est gratuit ! Les Tops du mois

C'est gratuit ! Les Tops du mois

SEPTEMBRE 2018

Découvrez chaque mois notre sélection de spectacles, festivals gratuits à ne pas rater. Nos coups de coeur, nos incontournables et des idées de soirées originales.

Top de la culture provençale

Top de la culture provençale

SEPTEMBRE 2018

Découvrez chaque mois notre sélection des rendez-vous culturels incontournables de la culture provençale en Provence, fêtes traditionnelles, festivals folkloriques, avec l'accent !

Le TOP des Tops

Le TOP des Tops

SEPTEMBRE 2018

Découvrez chaque mois notre sélection de petits concerts, de pièces de théâtre, de fêtes traditionnelles, de spectacles de danse ou pour enfants et de petites expos à ne pas rater. Nos coups de coeur, nos incontournables, nos pépites et des idées de soirées originales.

Top des petites Expos

Top des petites Expos

SEPTEMBRE 2018

Découvrez en avril notre sélection de petites expos à ne pas rater. Nos coups de cœur, nos incontournables, nos pépites, de petites surfaces ou des lieux insolites.

Top des spectacles de Danse

Top des spectacles de Danse

SEPTEMBRE 2018

Découvrez chaque mois notre sélection de spectacles de danse à ne pas rater. Nos coups de coeur, nos incontournables et des idées de soirées originales.

Top des pièces de Théâtre

Top des pièces de Théâtre

SEPTEMBRE 2018

Découvrez chaque mois notre sélection de pièces de théâtre, de spectacles dans des lieux insolites à ne pas rater. Nos coups de coeur, nos incontournables et des idées de soirées originales.