Les Français à table dans Manger à l’œil

du 20 juillet au 30 septembre 2018

Publié le 27 juillet 2018 Mis à jour le 2 octobre 2018

L’exposition « Manger à l’œil » montre l’évolution de ce patrimoine à travers l’évolution de la photographie, de 1823 à nos jours : entre autochromes de la Première Guerre mondiale et images de #foodporn, entre photos d’amateurs et œuvres originales de grands noms, entre extraits d’émissions télévisées et fiches cuisines du magazine Elle ; « Manger à l’œil » retrace, à travers plus de 200 oeuvres, l’histoire singulière du rapport des Français avec leur repas.

Willy Ronis, La Colonie des Bernardoux, 1937. Médiathèque de l’Architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont © Ministère de la Culture - Médiathèque du Patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais / Willy Ronis

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En près de deux siècles, on pourrait dire que rien n’a vraiment changé, et que tout s’est entièrement transformé. Notre histoire à table est intimement liée à nos pratiques culturelles, à l’appar- tenance à telle ou telle classe sociale, à nos origines, à l’évolution de la société. Ainsi, le repas bourgeois, ne ressemble guère au repas paysan, ni au repas ouvrier. Mais il y a le repas du dimanche durant lequel on s’attarde, on sort les petits plats, et les plats plus riches... De tous les repas, c’est peut-être celui qui ressemble le plus au repas des Français classé par l’Unesco.

Le début du siècle voit l’avènement du Salon des arts ménagers et le développement d’innovations qui vont faciliter le quotidien de bien des femmes, mais aussi l’apparition de marques déterminantes (Kub, Blédine) qui existent encore aujourd’hui et ont marqué les repas de tous les Français. C’est le début de l’industrialisation. Les produits transformés se développent, et après la Seconde Guerre se dessine une « vie moderne », partie intégrante de toutes les stratégies de marketing. Il faut alors gagner du temps, se simplifier la vie. Le statut de la femme change, elle se « libère », comme le proclame le fameux slogan de Moulinex. Les achats dans les supermarchés se généralisent tandis que le magazine Elle invente en 1969 ses célèbres fiches cuisine. Les années 1970 marquent l’entrée de plein fouet dans une société de consommation qui oscille entre une surconsom- mation générée par l’hypermarché et, déjà, une approche d’une cuisine « santé », accompagnée des premiers mouvements bio.

Frantisek Pekar, Deux enfants léchant leur assiette, vers 1930-1940. Musée Nicéphore Niépce, Chalon-sur-Saône © Frantisek Pekar (D.R.) © Ville de Cha- lon-sur-Saône, France. Musée Nicéphore Niépce

Nora Dumas, Repas-paysans-chien, 1925-1950. Musée Nicéphore Niépce. © Nora Dumas / Gamma Rapho ; cliché : © Ville de Chalon-sur-Saône, France, musée Nicéphore Niépce

Le choix de la photographie comme support d’exposition n’est pas anodin. L’alimentation et la photographie possèdent un vocabulaire commun, des matières premières communes : ces deux domaines se caractérisent en effet par une chimie qui évolue avec la technologie. Les notions de temporalité, de multiplicités, de qualités, peuvent définir le repas comme la photographie. La recherche, l’innovation, la technique les accompagnent, les font se rencontrer et évoluer avec la société depuis près de deux siècles.

L’exposition est construite à partir d’un corpus d’œuvres classées chronologiquement de 1823 à nos jours. On y retrouve des photos originales de Doisneau, Kollar, Boubat, Cartier-Bresson ou Ronis, qui ont structuré notre imaginaire collectif autour du repas, au côté d’images moins connues.
Cette immense frise présente des œuvres originales, des œuvres reproduites en grand format, des œuvres contemporaines (Darzacq, Vitali, Alexander Verhave, Robin Lopvet), mais aussi des objets (robot ménager, malle de pique-nique, etc) ou enseignes issus de la collection du Mucem, ainsi que des vidéos.

À noter : le Mucem organise le 15 août 2018 (dans le cadre de Plan B) un grand banquet suivi d’un bal au fort Saint-Jean avec les chefs Emmanuel Perrodin, Gérald Passédat avec Sébastien Dugast qui s’inspirent des plats préférés des Français pour proposer un menu composé de mets emblématiques de la tradition culinaire.

Anonyme, Pique-nique. Alfa Romeo Giulietta Berlina 1900 (années 1960), années 1960. Fonds Roger-Viollet © Collection Roger-Viollet / Roger-Viollet

Guerre 1914-1918, scène de rue : un repas sur un camion, devant un commerce de café et de liqueurs, Paris, fin mai 1917. Fonds Roger-Viollet © Excelsior
- L’Equipe / Roger-Viollet

Entretien avec Floriane Doury et Pierre Hivernat, co-commissaires de l’exposition

« Manger à l’œil » raconte l’histoire des habitudes alimentaires des Français de 1823 à nos jours, à travers près de deux siècles de photographies : l’exposition présente donc un double propos, mêlant sujet de société et histoire de l’art ?

Pierre Hivernat : Toute l’histoire a commencé avec le classement en 2010 au patrimoine immatériel de l’Unesco du « repas gastronomique des français ». Les habitudes alimentaires des Français devenaient donc un « patrimoine ». Ça interroge, non ? Mais pour rendre compte d’un patrimoine immatériel – certains préfèrent le terme anglo-saxon « intangible » –, il faut un medium. Et c’est là que la photographie, plus que l’écrit, nous permet de rendre compte des constantes et des ruptures de cet héritage en évolution.

Floriane Doury : L’exposition « Manger à l’œil » présente l’évolution des usages du repas des Français et de leur représentation depuis la création de la photographie. Le patrimoine photographique et le patrimoine gastronomique sont liés à travers deux siècles d’histoire. Nous débutons ainsi l’exposition par la première photographie de repas réalisée par Nicéphore Niépce en 1823, et la clôturons par deux vidéos : celle d’une performance de Thomas Mailaender qui mange une photographie (2013), et celle de Robin Lopvet, qui présente un montage d’images de #foodporn recueillies sur Instagram (2018).

Banquet de mariage, France, vers 1920. Fonds Roger-Viollet © Roger-Viollet

En quoi le repas des Français est-il un témoin pertinent pour évoquer l’évolution de nos sociétés ?

P.H.: Le repas ou, plus largement, ce que l’homme ingère pour se nourrir est un fait culturel. Les touristes que nous sommes parfois ne s’y trompent d’ailleurs pas. Dès l’arrivée dans un pays étranger, il est fréquent de goûter la nourriture locale a n d’appréhender au mieux la culture de nos hôtes. Le repas des Français a notamment une forte caractéristique temporelle. Nous passons en e et de nombreuses heures à table contrairement par exemple à un Nord-Américain. Certains considèrent d’ailleurs cela comme démesuré. Observer l’évolution de ce repas est donc très révélateur de notre société. Il en va de même pour la photographie : de l’autochrome au smartphone, l’évolution de ce médium en dit long sur celle de nos habitudes culturelles...

F.D.: L’alimentation et la photographie possèdent un vocabulaire commun, des matières premières communes : nous sommes, pour ces deux domaines, dans une chimie qui évolue avec la technologie. Les notions de temporalité, de multiplicités, de qualités, peuvent dé nir le repas et la photographie. La recherche, l’innovation, la technique les accompagnent, les font se rencontrer et évoluer avec la société depuis deux siècles. L’usage de la photographie est aujourd’hui bien di érent de ses usages antérieurs, et le smartphone est, entre autres, l’un des grands responsables de cette évolution. L’image est devenue une communication instantanée. Même la notion d’instantanéité est différente aujourd’hui : du Polaroïd à Snapchat, il y a un vrai fossé.

Stéphanie Lacombe, Le roi lion, Paris, mai 2007, série La table de l’ordinaire, 2006-2008 © Stéphanie Lacombe / stephanielacombe.com

Qu’avez-vous appris de plus étonnant en préparant cette exposition?

F.D.: L’évolution de la place de l’homme et de la femme autour de la table et dans l’image est intéressante. Le « patriarche », présent au centre des photographies au début du XXe siècle, – ces dernières étaient réalisées par des photographes professionnels –, tend à disparaître lorsque la photographie se démocratise : Monsieur passe derrière l’objectif. La technologie et la société, qui ont « libéré » la femme de la cuisine, lui permettent, dans les années 1970, de prendre des photographies, et Monsieur retrouve une place centrale dans l’image. Depuis deux siècles et en fonction de sa classe sociale, la femme voyage entre la cuisine et l’objectif. Aujourd’hui, le sel e génère de nouveaux comportements. « Manger à l’œil » est une exposition qui aurait pu se développer sur des milliers de mètres carrés tant, du repas et de la photographie, émanent des thématiques importantes.

P.H.: À l’origine de cette exposition, il y avait l’idée d’observer empiriquement le rapport des Français avec l’alimentation à travers une collecte de photographies d’amateurs, et non à travers l’œil des sociologues, historiens, artistes ou institutions muséales. Pour préparer l’exposition, nous sommes finalement allés, sans objectif précis, aux Archives nationales, à la médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine, au musée de la Photographie, au Mucem... Et notre surprise a été d’y trouver un corpus d’images dont l’incroyable qualité, tant artistique que documentaire, nous a donné envie de renforcer la dimension « photographique » de l’exposition !

Infos pratiques

Infos pratiques

Infos 04 84 35 13 13 de 9h à 18h 7j/7
Tarifs : Billets Mucem - Expos permanentes et temporaires 9,5€/5€ et famille 14€ (valable pour la journée) L’accès aux espaces extérieurs et jardins du Mucem est libre et gratuit dans les horaires d’ouverture du site. L’accès aux expositions est gratuit pour tous, le premier dimanche de chaque mois et pour les - 18 ans.
Horaires d’ouverture : Ouvert tous les jours sauf le mardi
 - En Août, ouvert tous les jours. De 10h à 20h (du 7/7 au 2/9)
 de 11h à 19h (3/9 au 4/11)

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