Le Barbier de Séville, une étude sur l’humanité moderne

du 6 au 15 février 2018

Publié le 22 janvier 2018 Mis à jour le 29 juin 2018

Dix ans que Marseille n’a pas entendu Le Barbier, partition phare d’un Rossini seulement âgé de 24 ans, mais aussi du bel canto et du genre lyrique. Ces cinq représentations sont l’occasion d’entendre un plateau vocal de premier ordre ainsi que de réunir une équipe de mise en scène très inventive. La place de choix qu’occupe cette partition au Panthéon de l’école du beau chant ainsi que dans le coeur du public devrait une nouvelle fois se justifier.

Laurent Pelly aux commandes, et la divine Stéphanie D’Oustrac en Rosine, nous laissent présager d’un spectacle hors des sentiers battus car tout aussi élégant que débridé.

Roberto RIZZI BRIGNOLI

Entretien avec le maestro Roberto Rizzi Brignoli

Quelle place occupe Le Barbier de Séville dans votre carrière de chef d’orchestre ainsi que dans votre coeur de mélomane ?

D’ordinaire, le Barbier est souvent lié à la jeunesse du chef, à un début de carrière.
Personnellement, je suis très content de reprendre cet opéra que j’ai dirigé de nombreuses fois et qui est tout sauf un opéra simple. Il n’y a pas beaucoup d’espace, de liberté. Cet ouvrage a occupé toute ma carrière à des niveaux différents et y gagne avec l’expérience. Par exemple, je me trouve plus préparé aujourd’hui pour assurer le maintien d’une ligne musicale pure, propre, dynamique.

Le Barbier est un opéra que j’adore avec une musique géniale. Le travail avec les solistes est également passionnant. Le temps de répétition permet de les amener dans le style, dans la rythmique mais également de soigner le travail sur le texte. Chez Rossini, il y a beaucoup de paroles, parfois très rapides et avec une évolution dramatique. Ce travail du texte est donc une nouvelle difficulté.

Vous dites que vous avez déjà dirigé Le Barbier, comment votre relation avec cet ouvrage a-t-elle évolué ?

De manière générale, l’opéra italien du début du XIXème siècle a véritablement été construit pour la voix presque plus que pour la musique. Ici la musique est au service du texte : la dynamique, le crescendo, le rythme; tout sert le texte. L’expérience permet de trouver ensemble des choses et parfois même, une certaine alchimie inexplicable entre les artistes. L’expérience aide à écouter et à trouver des idées intéressantes en étroite collaboration avec l’ensemble des protagonistes du spectacle.

Quelles sont, pour vous, les grandes étapes musicales de l’ouvrage?

J’aurais tendance à dire : tout l’opéra ! Évidemment, l’ouverture est une étape importante car nous avons l’émotion du début de représentation ainsi que la toute première rencontre avec le public que l’on entend respirer avec nous. Mais la concentration doit permettre de maintenir la qualité tout au long de l’ouvrage, maintenir un son « rond », qui vibre sans outrance. Il y a beaucoup de passages difficiles à diriger et à jouer de la manière la plus propre possible.

Le Barbier est considéré comme un chef-d’oeuvre du genre buffa. Quelle est votre définition de l’opéra buffa ? En quoi Le Barbier dépasse-t-il ce cadre ?

Pour moi Le Barbier est un mélodrame particulier en ce que la farce permet de présenter une humanité très bien développée. Si l’on revient aux origines de ce genre, l’opéra buffa présente souvent des stéréotypes de situations et de caractères ; des clichés en quelque sorte. Les situations sont souvent prévues et le public s’attend à retrouver les mêmes enjeux comiques et les mêmes caractères de personnage. Rossini conserve cet héritage mais le dépasse par l’ajout de grandes nouveautés. Figaro, par exemple, n’est pas simplement le valet malin et entremetteur. Il se met au niveau des nobles et organise totalement l’entreprise amoureuse du Comte. Le servant est ici presque au niveau du maître. Dans cet opéra nous n’avons donc pas de buffo au sens mécanique mais davantage une étude sur l’humanité moderne. Rossini parvient par là à instaurer une nouvelle mécanique.

Vous avez dirigé à de nombreuses reprises à l’Opéra de Marseille, quelle relation entretenezvous avec cette maison et son public ?

Ce théâtre est magnifique et je suis ravi de revenir. Le public marseillais est plein d’énergie et a envie d’écouter des voix et l’orchestre. Par exemple, l’année dernière nous avons joué dans un délai très court deux partitions de Donizetti en version de concert. Or ces deux spectacles ont été applaudis par de nombreux spectateurs qui, en venant, ont manifesté leur goût d’entendre l’orchestre sur scène. C’est beau de diriger dans un théâtre où le public est amoureux du répertoire, des voix et de l’orchestre. J’ai d’autant plus de plaisir à revenir que cet orchestre marseillais est d’un grand professionnalisme.

Laurent PELLY

Entretien avec le metteur en scène Laurent Pelly

Est-ce votre premier Barbier ?

Oui tout à fait c’est la première fois que je mets en scène cet ouvrage.

Pourquoi cet ouvrage mythique et particulièrement célèbre arrive-t-il à ce moment de votre carrière ?

J’ai longtemps hésité avant de mettre en scène du Rossini. Il s’agit d’une entreprise complexe dans la mesure où la musique passe souvent avant le théâtre. Dans le Barbier en particulier, les finals des actes font presque oublier l’anecdote ou la situation dramaturgique au profit de la musique.
Pour rendre cela cohérent théâtralement, il s’agit toujours d’une entreprise complexe.
Techniquement, pour les chanteurs, ces pages sont souvent très difficiles et empêchent parfois de créer du mouvement ou de placer les chanteurs dans une situation où ils ne seraient pas face au chef par exemple. J’ai donc peu travaillé Rossini car, pour moi, la principale difficulté de ses ouvrages réside dans la possibilité ou non, de faire vivre théâtralement ses partitions, notamment ses grands opéras seria. À partir du moment où il faut répéter plusieurs fois la même chose avec diverses variations, que pouvons nous faire de cela théâtralement ? C’est impossible.

Dans le Barbier, prenez le dernier air du ténor ; il est souvent coupé pour une raison simple : par rapport à l’histoire cet air ne change rien. Il est d’une telle difficulté que l’on ne peut pas demander scéniquement grand-chose au chanteur qui est concentré sur sa performance vocale. C’est pour cela que, dans ces partitions dramatiques, je préfère une version de concert. A mon sens, il n’est pas indispensable de mettre un costume à un chanteur qui effectue de telles performances vocales, presque sportives. Dans le Barbier, on a tout de même de la comédie qui permet plus d’inventions, d’audaces. On est prêt à accepter plus d’incohérences avec la comédie. Mais mettre en scène Rossini est toujours une entreprise ardue.

Comment avez-vous détourné cette difficulté ?

L’idée de cette production a justement résidé dans l’envie de « montrer » principalement la musique. Bien sûr on raconte l’histoire, bien sûr nous sommes dans l’anecdote de Beaumarchais où les personnages sont comme des archétypes de commedia dell’arte mais j’ai eu envie presque d’effacer les repères géographiques et sociaux pour visualiser la musique et faire en sorte que les personnages deviennent presque des notes sur une partition.
La musique de Rossini est extraordinaire, folle, elle déborde d’inventions et d’énergie. Prenez le final du premier acte, il s’agit d’une véritable folie.

Quelle place a joué la pièce de Beaumarchais dans la préparation de votre travail ?

Je n’ai pas cherché du côté de Beaumarchais car, de cet auteur, il ne reste que le synopsis dans le Barbier de Rossini. Déjà, chez Beaumarchais, le Barbier est bien différent du Mariage de Figaro où la critique prérévolutionnaire est très présente. Dans le Barbier de Beaumarchais, nous sommes dans une invention, une broderie, une déclinaison d’une situation extrêmement classique qui existait bien avant Beaumarchais; un canevas en quelque sorte. L’invention de Beaumarchais est beaucoup dans le rythme, dans les mots de la pièce. Or, ces éléments ne sont plus très présents dans l’oeuvre de Rossini.

Le regrettez-vous ?

Pas du tout. Car lorsque je mets en scène de l’opéra, je mets en scène essentiellement de la musique, sinon je ne ferais que du théâtre. Ce qui est ici intéressant c’est avant tout le génie de Rossini et sa folie absolument géniale. Je me suis essentiellement appuyé sur la musique, moins sur le livret.

Vous signez également la scénographie et les costumes de ce spectacle, pouvez-vous nous en parler plus en détail ?

L’idée du décor est de tenter de représenter la musique. Le décor est presque abstrait. On a effacé tout le contexte historique ou géographique. On se retrouve en quelque sorte dans un rêve de musique. L’aspect onirique est très présent. C’est presque comme si il n’y avait pas de décor, comme si les personnages flottaient dans un rêve de musique. Les costumes sont sans âge, plus prêts de nous que du XVIIIème siècle mais je ne me préoccupe pas du tout du fait de réactualiser. Je travaille beaucoup en collaboration avec les chanteurs dans la fabrication des personnages et des costumes. Les costumes sont donc noirs comme des notes de musique sur une partition.

Opéra-bouffe en 2 actes
Livret de Cesare STERBINI
d’après la pièce de théâtre de BEAUMARCHAIS
Création à Rome, Teatro Argentina, le 20 février 1816
Dernière représentation à l’Opéra de Marseille, le 6 janvier 2008

Direction musicale Roberto RIZZI BRIGNOLI
Mise en scène, décors, costumes Laurent PELLY
Orchestre et Choeur de l’Opéra de Marseille

Autour du spectacle

Samedi 3 Février 17h
Conférence au foyer ERNEST REYER

Sébastien HERBECQ
Entrée libre (dans la limite des places disponibles)
Réservation prioritaire pour les abonnés : 04 91 55 11 10 ou 04 91 55 20 43

Mardi 13 février à 20h
Opéra de Marseille
Tarif ? 13 euros
Vous avez moins de 28 ans et vous souhaitez faire vos premiers pas à l’Opéra ? Nous avons pensé à tout ! À l’occasion des représentations d'Il Barbiere di Siviglia de Gioacchino Rossini, l’Opéra de Marseille vous invite à une soirée inédite!
Réservation : merci de prendre contact avant le 9 février 2018 avec Sébastien HERBECQ à l'adresse suivante: sherbecq-externe@marseille.fr

Infos pratiques

http://opera.marseille.fr/programmation/opera/il-barbiere-di-siviglia

Quand?
06 février 2018 20h
09 février 2018 20h
11 février 2018 14h30
13 février 2018 20h
15 février 2018 20h

Pour aller plus loin

Opéra de Marseille
Lieu culturel

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Marseille

Inauguré en 1787, l’Opéra de Marseille est parmi les salles actuelles, le deuxième Grand théâtre construit en province après celui de Bordeaux. Cependant, l’incendie du 13 novembre 1919 n’a épargné que les structures extérieures : les murs, la colonnade et le péristyle. Tout le reste est l’œuvre d’un collectif d’architectes et d’artistes qui ont réalisé pour sa reconstruction, entre 1919 et 1924, la plus importante salle d’architecture typiquement « art-déco » existant en France. Marseille est la première ville de province a avoir obtenu le droit de posséder « un théâtre privilégié », du vivant même de Lulli, en 1685. Le privilège s’étendait aux autres villes de Provence et comprenait pour la troupe la possibilité de rayonner jusqu’au Roussillon, au Var et à la région lyonnaise. Depuis plus de trois siècles, la place exceptionnelle que tient l’opéra dans la ville repose en partie sur la position géographique de Marseille qui a très vite été marquée par les influences italiennes, jusqu’à entendre parfois certains ouvrages avant Paris La Norma de Bellini, Le Trouvère de Verdi… Loin d’être réservé à une élite, l’opéra est très tôt devenu un élément fondamental de la culture populaire des Marseillais. Passionnés de bel canto, ils restent pour les chanteurs une référence nationale et internationale en matière de voix.

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