Jean-Paul Belmondo, une vraie histoire avec Marseille

Publié le 4 juillet 2017

Jean-Paul Belmondo, 84 ans, a accordé une interview exclusive à Accents de Provence, à son domicile parisien, pour évoquer “Marseille fête Belmondo”. Une rétrospective inédite organisée au Château de la Buzine, de juillet à novembre, en hommage à sa carrière et à celle de son père, Paul, grande figure de la sculpture française.

Sur le canapé, dans le salon lumineux d’un hôtel particulier, l’acteur Charles Gérard, l’ami de toujours, dévore les premières pages du quotidien L’Equipe. Jean-Paul Belmondo est assis à côté de lui, dans un grand fauteuil, avec ce sourire immense, dont il ne se sépare jamais. La gouaille n’est plus la même, mais «L’homme de Rio” se raconte avec une incroyable vivacité. D’un regard, il vous replonge dans ses plus belles aventures, dans ses plus belles histoires, celles qui l’ont porté sur le sommet du 7e art. Avec une simplicité et une gentillesse rares, la légende du cinéma français évoque ses passions, son rapport au cinéma, sa relation avec l’autre monstre sacré, Alain Delon et son désir de faire revivre la mémoire de son père.

Le musée Paul Belmondo consacré à l’oeuvre de votre père a ouvert à Boulogne-Billancourt il y a déjà 6 ans. Pourquoi ce projet vous tenait-il à coeur ?

Jean-Paul Belmondo : Nous nous sommes battus durant des années avec ma soeur Muriel et mon frère Alain pour que ce musée voie le jour, afin que l’oeuvre de notre père puisse être découverte par le plus grand nombre. On nous a longtemps promis beaucoup de choses, sans que cela ne se concrétise. L’ouverture de ce musée a été pour nous une immense fierté afin de pouvoir rendre hommage à notre père.

Le 30 juin prochain la ville de Marseille organise l’événement “Marseille fête Belmondo”. Quel lien avez-vous avec Marseille ?

J.-P. B. : J’ai une vraie histoire avec cette ville. J’ai tourné mon premier film à Marseille, avec un petit rôle. ça s’appelait “Drôle de dimanche”. Je me souviens, je descendais au Grand Hôtel Noailles, avec Arletty, Danièle Darrieux et Bourvil. On faisait la fête (rires) ! Et puis, il y a eu sept films tournés à Marseille, comme “Le Marginal”, “Un nommé La Rocca” et “Borsalino”. La première scène de “A bout de souffle”, c’était sur le Vieux-Port, ça laisse des traces. J’ai aussi fait des tournées en tant que comédien avec Galabru et Annie Girardot, mais je ne me souviens plus dans quel théâtre on avait joué… Mon père aussi avait ses habitudes là-bas, il venait souvent.

Votre père était un des grands sculpteurs français. Que vous a-t-il légué qui a compté dans votre carrière d’acteur ?

J.-P. B.: Mon père, comme ma mère d’ailleurs, m’ont d’abord appris la volonté, la persévérance. Dans le cinéma, on ne voulait pas de moi au début, mais j’y suis arrivé !

Comment expliquez-vous qu’aujourd’hui, vous restez l’acteur français le plus populaire ?

J.-P. B. : J’en sais rien (rire) ! Je crois qu’il n’y a pas de raison. C’est le naturel qui fait la différence. Et si je connaissais la recette, si je vous disais quel est mon secret, ce ne serait plus naturel d’ailleurs ! La popularité que j’ai acquise, je ne m’en suis rendu compte qu’il y a peu de temps. Je ne m’attendais pas du tout à ça. C’est la relation avec le public qui a construit ça. Cet amour-là, il est venu en fin de carrière et j’en suis très content !

On vous a vu très ému, récemment, lors de l’hommage qui vous a été rendu à la cérémonie des César. Qu’est ce qui vous apporte les plus grandes émotions aujourd’hui ?

J.-P. B. : C’est le public qui me porte beaucoup. Quand je vois des gens s’arrêter dans la rue, pour moi, ça me fait chaud au coeur. À 84 ans, cela me touche toujours autant. Et puis il y a les enfants et les petits enfants. Ça, c’est de l’émotion pure.

Vous ne vous êtes jamais engagé politiquement, à la différence d’autres acteurs. Pourquoi ?

J.-P. B. : Les acteurs jouent pour tout le monde. Je vote, j’ai mes opinions, mais je trouve que nous ne sommes pas dans notre rôle en nous engageant. Encore une fois, on joue pour tous les publics. On ne peut pas faire des clans quand les gens viennent vous voir au cinéma. Je pense que ça énerve les spectateurs quand on prend position.

Vous connaissez Marseille et sa région depuis plus de soixante ans. Comment analysez-vous leur évolution ?

J.-P. B. : Je crois d’abord qu’il y a moins de gangsters, non (rires) ? Oui, c’est plus calme. Mais il y a toujours cette vie, cette gaieté, malgré les drames qui peuvent toujours se produire. Vous n’avez pas eu d’attentat. C’est terrible de vivre ça. J’étais à Nice, le 14 juillet dernier, comment peut-on s’attendre à ça ?

Quels sont les acteurs que vous appréciez et dans lesquels vous vous retrouvez ?

J.-P. B. : Il y a de bons jeunes. Je pense à Jean Dujardin, à Albert Dupontel et à Guillaume Canet, j’aime cette génération. Ils ont envie de faire les choses eux-mêmes, ça me ressemble. Les trois sont venus me voir, on a discuté gentiment. Les acteurs français sont bons. Ce sont les scripts qui ne sont pas au niveau. Tourner avec Verneuil, passer aussi facilement du classique à la comédie, c’était extraordinaire.

Avec quels réalisateurs ou quels acteurs avez-vous aimé tourner ?

J.-P. B. : D’abord avec Georges Lautner, Jacques Deray, Philippe de Brocca et Henri Verneuil, on s’entendait vraiment bien. Jean-Luc Godard aussi, mais il était différent au début, il faisait vivre les personnages. Après, celui qui reste, c’est Jean Gabin. On n’a fait qu’un film ensemble, “Un singe en hiver”. Au départ, quand on ne se connaissait pas bien, il disait sur les plateaux : “Faites moi un jambon-salade”. Après, c’était plutôt : “Je vais prendre un petit whisky”. Il en prenait quelques autres... C’était le bon temps…

Pourriez-vous tourner dans un nouveau film ?

J.-P. B. : Un acteur ne doit jamais dire : “C’est la fin”, alors ce n’est pas fini. Si on me propose un film sur 14-18, dans un rôle de Poilu, je prends (rires) ! Mais je baigne toujours dans le monde du cinéma, je vois des films, des acteurs.

Vous êtes toujours ami avec Alain Delon ?

J.-P. B. : Oui, je le vois assez souvent, il n’y a pas d’animosité entre nous. Il m’a offert cette sculpture, là. C’est l’artiste qui a réalisé le christ rédempteur à Rio (il se tourne vers la cheminée et montre un bronze représentant un boxeur à genoux). C’est Georges Carpentier, au 4e round, contre Jack Dempsey. Un combat historique. Moi, je lui ai donné un tableau de Vlaminck. Je pense qu’il n’a pas perdu au change. En fait, il est content de ma réussite et je suis content de la sienne (rires) !

Propos recueillis par Romain Luongo

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