Traversée onirique au musée Cantini avec Le rêve

Jusqu'au 22 janvier

Publié le 23 décembre 2016 Mis à jour le 9 avril 2019

Au cours de l’histoire, différents domaines de la connaissance se sont intéressés au phénomène mystérieux du rêve, tentant de pénétrer ses secrets, de découvrir son sens caché ou sa fonction.

"Nous sommes de cette étoffe sur laquelle naissent les rêves, et notre infime vie est entourée de sommeil". William Shakespeare, La Tempête, 1610-1611

L'Antiquité

Dès l’Antiquité, Égyptiens, Grecs et Orientaux lui attachent une grande importance et interprètent les songes, qu’ils comparent aux grands mythes collectifs et les considèrent comme un avertissement du ciel, des présages, des visions prémonitoires.

Le XIXe siècle

Au XIXe siècle, peindre le rêve est une manière de transgresser les frontières de l’art, d’élargir son domaine et d’affirmer ses nouveaux pouvoirs. Les artistes apportent des réponses fort différentes à cette voie nouvelle offerte par la peinture de la représentation du dormeur à celle du rêve lui-même. En ce sens, cette faculté de former des représentations imaginaires peut être considérée comme une métaphore de l’art même.

Le XXe siècle

Au début du XXe siècle, les écrits de Freud sur l’interprétation des rêves révèlent que le rêve est la voie privilégiée de l’accès à l’inconscient. Les artistes s’aventurent alors à la rencontre de leur dialogue intérieur, de leurs fantasmes, de ces territoires inconnus, constructions de l’imagination, théâtre des symboles, qui échappent aux contraintes du réel pour les représenter.
Le thème du rêve est devenu source d’un fantastique répertoire mêlant les domaines de l’imaginaire, de l’étrange et de l’inconscient.
À travers une centaine d’œuvres, peintures, sculptures, dessins, installations, l’exposition est une traversée onirique racontée à la manière d’un songe.

Parcours de l'exposition

Sommeil

Jean Arp "en songe" et Auguste Rodin "la voix intérieure"
Jean Arp "en songe" et Auguste Rodin "la voix intérieure"

En introduction du parcours, le visiteur traverse La Plante à sommeil (2005) de Christophe Berdaguer et Marie Péjus pour suivre les figures féminines, tour à tour Profil de lumière (1881) d’Odilon Redon, Voix intérieure (1897) d’Auguste Rodin, Femme nue assise dans un fauteuil (1897) de Félix Vallotton ou la Dormeuse aux persiennes (1936), mélancolique et sensuelle, de Pablo Picasso.

Un dormeur de René Magritte songe à la menace d’un rocher météorite (Le Cap des tempêtes, 1964), tandis que Les Amoureux au clair de lune (1962) de Marc Chagall enchantent l’horizon.

Nocturne

Dès la fin du XIXe siècle, les représentations nocturnes des artistes symbolistes entament une traversée vers le domaine de la réalité intérieure.
Les paysages nocturnes de William Degouve de Nuncques (La Forêt lépreuse, 1895) et les lumineux brouillards de Léon Spilliaert (Plage au clair de lune, 1908) annoncent le réalisme magique de Paul Delvaux (Les Suivantes, 1977).
Lieu de tous les possibles imaginaires, la forêt devient frontière du rêve magnifié par Max Ernst (La Dernière Forêt, 1970), univers inquiétant d’où surgissent d’étranges créatures emportées par l’inspiration.
Une immense araignée de Louise Bourgeois effraie et guide le visiteur, inquiétante et maternelle à la fois (Spider II, 1995).

Rêvez ! Claude Lévêque

Louise Bourgeois "Spider II"

Rêve

En 1900, la naissance de la psychanalyse, puis la publication du Manifeste du surréalisme, en 1924, offrent un nouveau répertoire iconographique aux artistes qui s’aventurent pleinement dans le labyrinthe de l’âme.
La représentation du rêve libère la subjectivité.
Victor Brauner révèle des phénomènes ésotériques prémonitoires (La Pierre philosophale, 1966), Yves Tanguy s’évade dans les étendues désertes de la pensée (L’Inspiration, 1929), Salvador Dalí, inspiré par les plages catalanes, peint des paysages paranoïaques (Rêves sur la plage, 1934) habités d’animaux mythiques (Portrait de Luli Kollsman, 1946), tandis que Man Ray rêve des lèvres de sa muse, étrange astre sensuel flottant au-dessus de l’Observatoire de Paris (À l’heure de l’observatoire. Les Amoureux, 1932).

Fantasme

hans Bellmer "la Toupie " et Pablo Picasso "Nu au bouquet d'iris et au miroir"
hans Bellmer "la Toupie " et Pablo Picasso "Nu au bouquet d'iris et au miroir"

Le territoire du rêve érotique met au jour les fantasmes du "regardeur".
L’univers surréaliste est peuplé de figures féminines diaphanes ou charnelles, amours fous inaccessibles qui parcourent telles des statues, les œuvres de Félix Labisse (Le Rendez-Vous aux Baux, 1955) ou se dénudent délicatement sous le pinceau de Wilhelm Freddie (Les Tentations de saint Antoine, 1939).
Oscar Dominguez décrypte alors Les Niveaux du désir (1933), lequel devient intense et sexuel pour Pablo Picasso (Nu au bouquet d’iris et au miroir, 1934).
Au-delà de "l’érotisme voilé", la philosophie du Marquis de Sade gagne les photographies suggestives d’Hans Bellmer (La Poupée, 1935) et les collages de Jindrich Styrsky (La Baignade, 1934).

L’origine du monde peu à peu se dévoile sous les crayons de couleur d’André Raffray qui revisite l’ultime chef-d’œuvre longtemps gardé secret de Marcel Duchamp (Étant donnés. 1° La chute d’eau. 2° Le gaz d’éclairage, 2006-2008).

Cauchemar

Victor Brauner "Conciliation extrême"
Victor Brauner "Conciliation extrême"

Du "sommeil de la raison" illustré par Francisco de Goya (Cauchemar, 1815) aux visions infernales de Marcel Berronneau (Orphée aux enfers, 1897), les artistes engendrent des monstres effrayants, pieuvres maléfiques, sphinges énigmatiques, serpents hybrides de Valère Bernard (Cauchemar, 1895) et autres insectes de Germaine Richier (L’Araignée I, 1946).
À l’orée du XXe siècle, le cauchemar est au cœur des œuvres d’Alfred Kubin (L’Horreur, 1903) et s’immisce derrière les masques de Victor Brauner (Conciliation extrême, 1941) et Jacques Hérold (Femmoiselle, 1945).
L’inconscient dérange, la réalité bascule dans une noirceur énigmatique.

Hallucination

Victor Vasarely "Alom"
Victor Vasarely "Alom"

Le rêve éveillé, cher aux surréalistes dans leurs activités exploratoires de l’inconscient, irrigue toutes formes d’expérimentations.
Les dessins mescaliniens d’Henri Michaux (Sans titre, 1962), les photographies de Raymond Hains (L’Idole au collier, 1948) ou les peintures de rêves aborigènes (Rêve associé au trou d’eau Kulardja, 1990) sont proches visuellement des œuvres cinétiques de Victor Vasarely (Alom, Le rêve, 1966).
Psychédélique, la Dreamachine (1961) de Brion Gysin est le "seul objet d’art à être regardé les yeux fermés", où l’on fixe à travers les paupières closes la lumière syncopée d’une ampoule, jusqu’à l’hallucination.

Réveil

Sandy Skoglund "Revenge of the Goldfish"
Sandy Skoglund "Revenge of the Goldfish"

Dans un train avec Bernard Plossu (Le Rêve, Mexico, 1966), sur un balcon renversé dans la baie de Hong Kong, selon les jeux illusionnistes de Philippe Ramette (Balcon II, 2001), dans une chambre de Sandy Skoglund entourée de poissons flottants (Revenge of the Goldfish, 1981) ou à la lueur de la pleine lune chinoise photographiée par Darren Almond (Shan Shui, pleine lune, 2008), le visiteur se réveille, au rythme aléatoire du Carillon (1997) de Pierre Huyghe, à travers lequel chacun est invité à rejouer en rêve la symphonie Dream (1948) de John Cage.

Informations Pratiques

Tarifs
Entrée entre 8 € et 5 €
Gratuit pour les moins de 18 ans
L’entrée aux collections permanentes des musées est gratuite le premier dimanche du mois pour tous

Réservation
Musée Cantini
04 91 54 77 75
Plus d'infos ici

Pour aller plus loin

Musée Cantini
Lieu culturel

Musée Cantini

Marseille

Cet hôtel particulier, édifié en 1694 par la Compagnie du Cap Nègre, fut acheté en 1709 par la famille de Montgrand qui le conserva jusqu'en 1801. Il connut par la suite plusieurs propriétaires, restant pendant plus d'un demi-siècle le siège du “Cercle des Phocéens” installé en 1836, avant d'être acquis par Jules Cantini, important marbrier qui prit part à la construction de nombreux édifices civils et religieux à Marseille sous le Second Empire. Grand amateur d'art, Jules Cantini en fit don à la ville en 1916, afin qu'il devienne un musée consacré à l'art de notre temps. Ce prestigieux établissement culturel marseillais est consacré à la période dite " moderne " du vingtième siècle, laquelle s'étend entre 1900 et les années 1960. La collection compte quelques grandes individualités qui marquèrent profondément le vingtième siècle, comme Henri Matisse, Oskar Kokoschka, Pablo Picasso, Jean Arp, Alberto Giacometti, Balthus, Antonin Artaud et Francis Bacon. Elle propose quelques belles séquences autour du fauvisme (André Derain, Charles Camoin, Émile Othon Friesz, Alfred Lombard), des premières expérimentations cubistes (Raoul Dufy, Albert Gleizes) et des courants post-cubistes ou puristes des années 1920-1940 (Amédée Ozenfant, Fernand Léger, Le Corbusier, Jean Hélion, Jacques Villon). Certaines de ces oeuvres révèlent la fascination de nombreux artistes au début du vingtième siècle pour la lumière et les paysages méridionaux (Cassis par Derain en 1907, le Paysage méditerranéen réalisé par Friesz la même année, et l'Estaque peinte, sur les traces de Cézanne, par Dufy en 1908). La révolution surréaliste - dont la plupart des représentants, rassemblés autour d'André Breton et de sa femme Jacqueline Lamba, passent par Marseille sur la route de l'exil vers les États-Unis en 1940-1941 - constitue un axe majeur de la collection, comme en témoignent les oeuvres de Victor Brauner, Matta, André Masson, Jacques Hérold, Max Ernst et Joan Miró. Signalons enfin le " Jeu de Marseille " réalisé par les membres du groupe surréaliste à la Villa Air-Bel en 1940-1941, offert au musée Cantini par Aube et Oona Elléouët-Breton en 2003. L'abstraction lyrique ou gestuelle est représentée par des oeuvres de Nicolas de Staël, Camille Bryen, Simon Hantaï, Arpad Szenès, Maria Elena Vieira da Silva. Le musée conserve également un ensemble d'oeuvres du groupe japonais Gutaï, qui fut actif dans les années 1955-1960 et entretint des liens étroits avec le mouvement informel français grâce au critique et théoricien Michel Tapié. Les décennies ultérieures sont illustrées par l'expérience " matiériste " de Jean Dubuffet, Antonio Saura, Antoni Tàpies, Jean-Paul Riopelle et les paysages abstraits aux formats amples d'Olivier Debré, Raoul Ubac, Pierre Tal-Coat et Hans Hartung. Les collections photographiques proposent enfin un panorama de l'histoire de cet art, depuis la période la plus historique (Édouard Baldus, Olympe Aguado, les frères Bisson, Charles Nègre, Gustave Le Gray, Francis Bruguière), la photographie moderniste autour du Pont Transbordeur de Marseille vers 1930-1940 (Laszlo Moholy-Nagy, Herbert Bayer, René Zuber, Florence Henri, Man Ray, Germaine Krull, André Papillon, etc.) jusqu'aux années 1960-1970 (Jean-Pierre Sudre, Jean Dieuzaide, Linda Benedict Jones, Ralph Gibson, Martine Franck, etc.). En fonction des normes de conservation ou des demandes de prêts toutes les oeuvres de la collection ne sont pas présentées en permanence .

Musée d'Art Contemporain (MAC)
Lieu culturel

Musée d'Art Contemporain (MAC)

Marseille

Le Musée d'Art Contemporain est fermé l'année 2019 pour des travaux de transformation, en vue d'accueillir l'événement biennal Manifesta 13 in Marseille. Forte de presque 800 oeuvres, la collection du [mac] s'appuie sur celle du musée Cantini qui fut scindée en deux lors de la création du [mac] en 1994. Les Nouveaux Réalistes, qui s'étaient affirmés par leur déclaration commune le 27 octobre 1960, décidant de travailler avec les matériaux nouveaux que la modernité proposait ( affiches, objets de la société de consommation, nouvelles matières : plastiques, néons...) furent choisis pour la rupture que leurs propositions apportaient. Sur cette rupture s'élabora la césure dans les collections marseillaises donnant naissance à celle du [mac]. La collection du [mac] rend compte ainsi de l'essentiel de la production de la seconde moitié du XXe siècle et du début du XXIe. Elle est constituée d'oeuvres d'une grande qualité qu'il s'agisse de celles des Nouveaux Réalistes, de Support Surface, de l'Arte Povera, du Land Art ou encore du mouvement Fluxus. La Figuration Narrative est pour sa part représentée par un ensemble de peintures remarquables alors que plusieurs installations (en sculpture, photo et vidéo) révèlent l'originalité de l'art de la performance et de l'art corporel. Dans le jardin attenant au musée plusieurs oeuvres de Jean-Michel Alberola, Julien Blaine, César, Erik Dietman et Fabrice Gygi complètent la présentation.

Marseille

Marseille

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