Chagall un dialogue du noir et blanc à la couleur

du 1er novembre 2018 au 24 mars 2019

Publié le 31 octobre 2018 Mis à jour le 5 novembre 2018

L'Hôtel de Caumont présente une dimension inexplorée de l’œuvre de Marc Chagall, célébré maître de la couleur par les artistes et les critiques de son temps. L’exposition Du noir et blanc à la couleur, consacrée à la deuxième partie de la carrière de l’artiste, met en lumière son renouvellement artistique et révèle chaque étape de création de son œuvre à partir de l’année 1948 jusqu’à son décès, en 1985.
Plus de 100 œuvres (peintures, dessins, lavis, gouaches, collages, sculptures, céramiques) témoignent de l’exploration du noir et blanc vers une maîtrise revisitée de couleurs particulièrement lumineuses, intenses et profondes.

Après les expositions Turner et Nicolas de Staël, la couleur est à nouveau au rendez-vous à Aix-en-Provence, avec l’œuvre foisonnante et poétique de Marc Chagall. Artiste inclassable, Chagall a créé un vocabulaire de formes unique, qui ne manque pas d’enchanter le public à chaque exposition qui lui est consacrée, au point que l’on pourrait croire tout connaître de son œuvre. Pourtant, cette exposition aixoise est l’occasion d’en découvrir une facette tout à fait inédite, grâce au nouveau regard posé par les deux commissaires sur son œuvre « tardive », rarement mise à l’honneur jusqu’à présent.

Marc Chagall, Esquisse pour Nu mauve, vers 1967, gouache, encre de Chine, pastel, papiers de couleurs, papiers repeints et tissus collés sur papier, 24,3 x 20,6 cm, Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018

Marc Chagall, Variante de la gouache préparatoire pour la lithographie Fiancés dans le ciel de Nice, Nice et la Côte d’Azur, 1960, gouache et crayons de couleur sur papier Japon, 76 x 56 cm, Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018

Un cheminement singulier vers la couleur

Si Marc Chagall a été célébré maître de la couleur par les artistes et les critiques de son temps, le dialogue incessant dans son œuvre entre la couleur et le noir et blanc présente une démarche peu connue et pourtant décisive pour le renouvellement de son art au tournant des années 1950.


Ce dialogue commence dans les œuvres des années 1920 et 1930, où la maîtrise de la couleur, déjà affirmée chez le jeune artiste, anticipe et nourrit la conception de dessins et de gravures en noir et blanc. Dans l’après- guerre, la couleur noire, puissance sourde et vertigineuse, devient le catalyseur de souvenirs sombres mais aussi des aspirations d’une Europe en reconstruction.

Toujours à l’écoute de son temps, Chagall inverse alors son processus de création et commence un cheminement audacieux, qui, de l’exploration des subtilités lumineuses et formelles du noir et blanc, le conduira à l’épanouissement des tonalités chromatiques d’autant plus vives et intenses. Par ailleurs, l’expérience d’un espace pictural monumental, faite aux États-Unis grâce aux commandes de décors et costumes pour le ballet, éveille un nouvel intérêt pour la couleur, appréhendée en tant qu’élément de construction de volumes et d’espaces.

Marc Chagall, Personnages de l’Opéra, 1968-1971 Huile sur toile, 130 x 96,8 cm Pola Museum of Art, Hakone © ADAGP, Paris, 2018 © Pola Museum of Art, Pola Foundation

Marc Chagall, Le cirque, 1961, gouache et pastel sur papier, 57,5 x 51 cm, Pola Museum of Art, Hakone © ADAGP, Paris, 2018

Marc Chagall, La tribu de Nephtali, esquisse pour les vitraux à la synagogue de l’hôpital Hadassah, Jérusalem, 1961-1962, Encre de Chine, gouache, crayon noir et pastel sur papier Japon 66 x 51,5 cm, Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018

Un éventail de techniques explorées

Cette exposition invite le visiteur au cœur de ce processus fascinant qui se déploie dans la grande diversité des techniques que l’artiste expérimente en même temps, dès son retour de l’exil américain (1941-1947) : du lavis à la gouache, de la gravure à la peinture, jusqu’aux sculptures en marbre, en plâtre, en bronze et aux objets en céramique.

L’exposition béné cie des prêts exceptionnels de L’arlequin de la Taisei Corporation à Tokyo et des Amoureux au poteau de la collection Odermatt et présente des œuvres très rarement exposées en Europe, issues de collections privées.

Certains collages de l’exposition, tous sortis de l’atelier de l’artiste après son décès, n’ont encore jamais été exposés, tels que les Esquisse pour Le concert, Esquisse pour Le clown rouge devant St-Paul et Esquisse pour Personnages de l’Opéra.

Pour la première fois, les grandes huiles des années 1968-1971 (L’arlequin, Le nu mauve et Le village fantastique) sont présentées avec leurs esquisses et collages préparatoires.

Autant de facettes d’une œuvre totale, où la compréhension des contrastes, des tonalités, du clair-obscur, des lumières, des ombres et des demi-teintes donne vie à des couleurs audacieuses, éclatantes et monumentales.

Marc Chagall, Le peintre et le coq, 1953 Encre de Chine, lavis de gris sur papier Japon, 66,2 x 52 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris

Marc Chagall, Le chandelier, 1956, encre de Chine, lavis de gris et gouache blanche sur papier colorié, 61 x 52,3 cm, Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018

Marc Chagall, L’écuyère, 1955, lavis d’encre de Chine, lavis de gouache sur papier, 105 x 75 cm, Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018

Parcours de l'exposition - Section 1 : le chant du noir et blanc

Les contes de Boccace

Dans le contexte de reconstruction de l’après-guerre, la couleur noire est pour Chagall un exutoire artistique et symbolique, partagé par de nombreux artistes, dont Jean Dubuffet et Georges Rouault. « Le noir est une couleur » est précisément le titre d’une exposition à la galerie Maeght en 1946, réunissant des œuvres de Bonnard, Matisse, Braque, Rouault, Marchand, Manessier et Geer van Velde.
En 1949, l’éditeur Tériade commande à Chagall une série d’illustrations pour la revue Verve, inspirées du Décameron de Boccace. De ce recueil de 100 nouvelles, écrit à Florence au XIVe siècle, Chagall choisit d’illustrer les vingt-six sujets exposés dans la première salle de l’exposition.

Cette série de lavis témoigne de la nouvelle orientation que Chagall donne à son art, grâce à l’exploration du noir et blanc. Les noirs profonds et les mille nuances de gris contrastent avec la blancheur du papier, dans un jeu de transparences et de clair-obscur. Personnages et animaux aux formes pleines et monumentales, évoquant l’art roman et ses bestiaires, dévoilent, d’autre part, la force sculpturale du noir et blanc.

Marc Chagall, Deux nus ou Adam et Ève ou Sculpture-colonne, 1953 Sculpture, marbre blanc veiné gris à gros grains type Carrare, 53,5 x 23 x 24 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris Marc Chagall, Le couple au bouquet, 1964 Encre de Chine, lavis de gris et aquarelle sur papier Japon, 95,5 x 61,5 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris

Marc Chagall, Deux têtes à la main ou Deux têtes, une main, vers 1964 Marbre type Carrare, veiné gris, 40 x 24,5 x 21 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris

Section 2 : Au fil des techniques, dans l'atelier de Chagall

Le processus de création mis en place par Marc Chagall dans l’après-guerre implique l’exploration simultanée de plusieurs techniques. Dès le début des années 1950, la partition du noir et blanc s’étend à la céramique. Des camaïeux de gris rythmés par de puissants contours, font écho aux lavis réalisés à la même époque. À la transparence et à l’éclat des engobes répondent les textures veloutées et les monochromes perceptibles dans les papiers vélin et Japon.

Explorant différentes techniques (taille, fonte) et matériaux (marbre, calcaire, pierre de Rogne), la production sculpturale de Chagall, commencée aussi dans les années 1950, témoigne de ses recherches sur le volume et la construction de l’espace. Les pierres sont taillées dans l’atelier de l’artiste à Vence, puis à Saint-Paul, avec l’aide du marbrier Lizzarelli ; les bronzes sont fondus dans l’atelier de Susse Fondeur, à Malakoff. Si le traitement des matériaux et des patines met en évidence des surfaces différentes – mates, brillantes, granuleuses, translucides – la transposition du plâtre au bronze re ète le glissement du négatif au positif, du blanc au noir, au cœur du processus de création.

Au l des techniques, le dialogue entre les œuvres donne vie à une perméabilité constante entre les iconographies et les effets plastiques, l’expérimentation pluridisciplinaire nourrissant profondément la production picturale à venir.

La bête fantastique

Marc Chagall, La bête fantastique ou L’âne ou Cheval fantastique, 1952 Sculpture, plâtre sur armature en métal, 53 x 80 x 29 cm
Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris

Marc Chagall, La bête fantastique ou L’âne ou Cheval fantastique, 1959-1960 Sculpture, bronze, épreuve en bronze 1⁄2, 52 x 80 x 20 cm
Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris
Marc Chagall, La bête fantastique ou L’âne ou Cheval fantastique, 1952 Sculpture, plâtre sur armature en métal, 53 x 80 x 29 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris Marc Chagall, La bête fantastique ou L’âne ou Cheval fantastique, 1959-1960 Sculpture, bronze, épreuve en bronze 1⁄2, 52 x 80 x 20 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris

Garant de sérénité pour le couple, enlacé le long du corps de l’animal durant ses pérégrinations, cette bête fantastique à l’œil vigilant fait appel à la fois à un animal mythique et à l’incarnation d’un migrant en déplacement incessant, symbole de l’artiste lui-même. Le corps subtilement gravé et sculpté met en exergue sa plasticité dans deux matériaux de prédilection. Il est d’abord façonné en plâtre, seule œuvre exceptionnellement conservée, mélangé à de la terre de couleur ocre, puis fondu en bronze noir dont la patine douce présente jeu de lumières et de reflets très élaboré.

Marc Chagall, La nuit verte, 1952 Huile sur toile originale, 72 x 60 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris

Marc Chagall, Vase noir, 1955 Vase, pièce tournée, décor aux oxydes sur engobes noirs, sous couverte, 38 x 29 x 21 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris

Section 3 : Formes et volumes du clair-obscur

À l’issue de l’expérimentation pluridisciplinaire du noir et blanc, la couleur fait à nouveau son apparition dans les œuvres des années 1948-1952, étroitement liée à la recherche autour du volume et de la forme. Depuis son apprentissage dans les ateliers de Jehouda Pen à Vitebsk et à l’Ecole Zvantseva de Saint-Pétersbourg, Chagall maîtrise tous les outils traditionnels pour la construction du volume en peinture : le clair-obscur, les contours noirs appuyés et les jeux des ombres.

À partir des années 1950, il les applique aussi à la sculpture et à la céramique : les ombres et les lumières produites par la masse modulée et par les traits gravés encouragent de nombreuses expérimentations qui mènent l’artiste à concevoir le volume autrement, le noir et le blanc inversant parfois leurs fonctions traditionnelles. Ainsi, même en peinture, le blanc, parfois apposé en couches épaisses ou translucides, parfois laissé en réserve, faisant respirer le papier et ses aspérités, est aussi utilisé pour construire le volume des formes de l’intérieur, à la place du noir. Progressivement, la couleur retrouve sa place dans la composition pour dynamiser les nouvelles formes ainsi conçues.

Les amoureux au poteau

Marc Chagall, Les amoureux au poteau, 1951
Huile sur toile, 96 x 128 cm
Collection Cathy Odermatt-Védovi et François Odermatt
© ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris
Marc Chagall, Les amoureux au poteau, 1951 Huile sur toile, 96 x 128 cm Collection Cathy Odermatt-Védovi et François Odermatt © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris

Cette œuvre témoigne des recherches sculpturales et monumentales de l’artiste dans ses toiles des années 1950. Sur fond sombre, évoquant le souvenir de la guerre, un couple d’amoureux attaché à un poteau est représenté dans une composition dont les courbes répondent à celle d’un grand coq blanc. Vitebsk, le village natal de l’artiste, apparaît, représenté à l’envers. Tel une image sacrificielle, le couple renvoie aux représentations de crucifixion récurrentes dans l’œuvre de l’artiste, tandis que le coq, figure bienveillante, protège les amoureux et leur rappelle leur ville natale. Ce lieu refuge est à la fois mémoire vive du passé et image du renouveau. Les figures monumentales du couple et du coq, ainsi que le jeu graphique des courbes et des arabesques, fait écho au travail de taille en sculpture et en bas-relief que Chagall expérimente à la même époque.

Marc Chagall, La tribu de Nephtali, esquisse pour les vitraux à la synagogue de l’hôpital Hadassah, Jérusalem, 1961-1962 Lavis d’encre de Chine, encre de Chine, gouache, crayon noir et pastel sur papier Japon, 66 x 51,5 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris Marc Chagall, Le Christ, 1921-1952 Stèle en pierre de Rognes ou pierre du Gard, 52 x 23 x 14,5 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris

Section 4 : la bible, un répertoire d'images infini

Inspiration originelle, renouant avec le judaïsme de ses racines, la Bible occupe une place essentielle dans toute l’œuvre de Chagall, l’interprétation du Texte étant, pour le peintre, « la plus grande source de poésie de tous les temps ». Dépeignant l’histoire millénaire de l’homme, la Bible de Marc Chagall est multiculturelle, empruntant aussi bien à la tradition orthodoxe qu’à l’art grec, estompant les frontières entre juifs et chrétiens de Palestine. Dans le contexte de la Reconstruction, les épisodes de la Bible prennent une signification nouvelle. Symboliquement liés à la n de la guerre et à la création de l’État d’Israël (1948), ils portent en eux l’espoir de réconciliation et de paix universelle. Le thème de la Crucifixion, présent dans de nombreuses compositions, renvoie, pour sa part, au martyre du peuple juif. Chagall, n connaisseur des gravures de Rembrandt, fait sienne l’intensité dramatique des épisodes bibliques, plongeant dans les méandres du noir et blanc pour révéler la lumière des prophéties. Ainsi, dans les esquisses pour les vitraux monumentaux de Jérusalem, la couleur intègre progressivement le noir et blanc dans une ode à la Terre promise.

L'exode

Marc Chagall, L’Exode, 1952-1966
Huile sur toile de lin, 130 x 162,3 cm
Dation 1988, dépôt au Musée national Marc Chagall, Nice
Centre Pompidou, Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle © ADAGP, Paris, 2018
Photo © RMN-Grand Palais (musée Marc Chagall) / Gérard Blot
Marc Chagall, L’Exode, 1952-1966 Huile sur toile de lin, 130 x 162,3 cm Dation 1988, dépôt au Musée national Marc Chagall, Nice Centre Pompidou, Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle © ADAGP, Paris, 2018 Photo © RMN-Grand Palais (musée Marc Chagall) / Gérard Blot

Représentant l’épisode éponyme de l’Ancien Testament, L’Exode est associé symboliquement par Chagall à la destinée du peuple juif pendant la guerre, que le Christ en croix, figure centrale de la composition, protège de ses bras écartés. De part et d’autre de la composition, plusieurs éléments font référence à l’univers de l’artiste (Vitebsk, en bas à gauche, le coq et la pendule, en haut à droite), ou à l’histoire du peuple juif (Moïse avec les tables de la Loi et le juif errant, en bas à gauche et à droite ; l’incendie, symbolisant les pogroms, et le refuge en Palestine par la mer, en haut à droite). Cette synthèse des temps et des lieux, du microcosme et du macrocosme, du particulier et de l’universel est constitutive de l’art de Chagall après la Seconde Guerre mondiale. Le noir et le blanc intensifient le message humaniste de l’œuvre, affirmation de l’appartenance de l’artiste au peuple juif et à l’histoire universelle de l’humanité.

Devant le tableau

Marc Chagall, Devant le tableau, 1968-1971
Huile sur toile de lin, 116 x 89 cm
Fondation Marguerite et Aimé Maeght, Saint-Paul-de-Vence © ADAGP, Paris, 2018
Photo Claude Germain – Archives Fondation Maeght
Marc Chagall, Devant le tableau, 1968-1971 Huile sur toile de lin, 116 x 89 cm Fondation Marguerite et Aimé Maeght, Saint-Paul-de-Vence © ADAGP, Paris, 2018 Photo Claude Germain – Archives Fondation Maeght

Œuvre majeure de la période « tardive » de Chagall, cette toile surprend par la modernité de sa composition et par l’utilisation puissante du noir. Un artiste à tête de bouc, à gauche, peint un tableau dont le personnage crucifié n’est autre que lui-même. Double autoportrait, Devant le tableau joue avec les codes iconographiques de l’autoportrait et de l’image du peintre au travail. La composition frontale met le spectateur face au tableau, écran noir se détachant d’un fond traité en grisaille, où les silhouettes des isbas de Vitebsk apparaissent en camaïeux. Le rectangle noir, accentuant l’intensité dramatique de la Crucifixion, participe à la construction d’un espace hors du temps, dans un traitement qui rappelle les œuvres d’artistes américains, tels Barnett Newman, que Chagall découvre à New York dans les années 1940.

Marc Chagall, Les amoureux et la bête, 1957 Vase, pièce coulée, terre blanche, décor aux engobes et aux oxydes, gravée à la pointe sèche, 33 x 24 x 17 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris

Section 5 : sculpter et dessiner la couleur, élément de composition

Entre 1960 et 1980, la couleur, à nouveau au cœur de la peinture de Chagall, devient tour à tour élément et sujet des compositions. Parfois appliquée pure sur la toile, posée en aplats ou en touches rapides, elle inonde l’espace pictural avec une intensité nouvelle. Ses tonalités reflètent la luminosité du Sud de la France, où Chagall s’installe dès octobre 1949.

Sans cesse renouvelée et à l’écoute des autres techniques, la peinture de Chagall est particulièrement enrichie, à cette époque, par l’exploration des pratiques ancestrales de la céramique et du vitrail. L’apprentissage des émaux, des glaçures et des couvertes introduit une recherche de transparences et de légèreté inédite, tandis que la couche picturale semble gravée, modelée, ciselée, à l’instar de la céramique. L’exploration du verre, à partir de 1958, enrichit considérablement sa vision monumentale. Des gammes translucides et des camaïeux aériens investissent les toiles et les animent de mille transparences. La lumière, enveloppante et diffuse, semble irradier de l’intérieur les compositions.

Véritable force vitale, la couleur puise désormais l’énergie de celui qui l’applique et la partage : « En vérité, ce qui donne à l’objet sa couleur, ce n’est ni ce que l’on nomme la couleur réelle ni la couleur conventionnelle (...) C’est la vie (...) qui crée les contrastes sans lesquels l’art serait inimaginable et incomplet ».

Personnages de l'opéra

Marc Chagall, Personnages de l’Opéra, 1968-1971 Huile sur toile, 130 x 96,8 cm
Pola Museum of Art, Hakone
© ADAGP, Paris, 2018
© Pola Museum of Art, Pola Foundation
Marc Chagall, Personnages de l’Opéra, 1968-1971 Huile sur toile, 130 x 96,8 cm Pola Museum of Art, Hakone © ADAGP, Paris, 2018 © Pola Museum of Art, Pola Foundation

Cette toile est une variation autour du travail pour le plafond de l’Opéra de Paris, inauguré en 1964. Les personnages principaux, au centre de l’œuvre, se réfèrent à l’opéra de Berlioz, Roméo et Juliette, tandis qu’à l’arrière-plan se dessine la silhouette du palais Garnier. Réalisée d’après un collage préparatoire et construite sur l’association d’aplats colorés marqués et de transparences légères, effleurant à la surface de la toile, cette œuvre est un exemple des expérimentations techniques de l’artiste à la n des années 1960. La force de sa composition, la monumentalité des personnages et le traitement du fond, en légères touches rapprochées, permet aussi de lire l’influence du travail que Chagall réalise à la même époque en sculpture et en céramique.

Les vitraux

Marc Chagall, Couple au dessus de Saint-Paul, 1970-1971 Huile, tempéra et sciure sur toile, 145 x 130 cm
Collection particulière
© ADAGP, Paris, 2018
© Archives Marc et Ida Chagall, Paris
Marc Chagall, Couple au dessus de Saint-Paul, 1970-1971 Huile, tempéra et sciure sur toile, 145 x 130 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris

Dans l’atelier Simon-Marq de Reims entre 1958 et 1982, Chagall réalise 86 vitraux dans de nombreuses églises, cathédrales, synagogue, musées et aux Nations-Unies. Cette collaboration permet à l’artiste de traduire sa vision monumentale, tout en révolutionnant le traitement de la lumière dans son œuvre. Sur invitation des maîtres verriers, Chagall renoue notamment avec la tradition de la grisaille. Cette technique, employée dans l’art du vitrail au XIIIe et au XVIe siècle, consiste à mélanger des d’oxydes métalliques dans la pâte de verre, avant cuisson, afin d’obtenir des nuances et des effets de clair-obscur dans une composition monochrome. Pour Chagall, « le vitrail, ça a l’air tout simple : la matière, la lumière ». S’inspirant de cette technique, des gammes translucides, des camaïeux de gris aériens et une compartimentation rythmée investissent les surfaces peintes.

Les céramiques

Marc Chagall, Le songe, 1952
Vase, pièce moulée, terre blanche, décor aux engobes et aux oxydes, gravée au couteau et à la pointe sèche, émail partiel au pinceau, doublée de couverte à l’intérieur, 33,7 x 23,3 x 23,3 cm
Collection particulière
© ADAGP, Paris, 2018
© Archives Marc et Ida Chagall, Paris
Marc Chagall, Le songe, 1952 Vase, pièce moulée, terre blanche, décor aux engobes et aux oxydes, gravée au couteau et à la pointe sèche, émail partiel au pinceau, doublée de couverte à l’intérieur, 33,7 x 23,3 x 23,3 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris

À proximité des villages Biot, Antibes et Vallauris, berceaux d’une antique tradition potière, Marc Chagall rejoint en toute indépendance cet artisanat en pleine effervescence, exploité à la même époque par des artistes peintres tels Matisse, Braque, et Picasso. Engagé dans les arts du feu pour enluminer la terre et lui conférer une forme plastique, Chagall réalise de 1949 à 1962, environ 200 pièces uniques, dont 62 plats et assiettes décorés et gravés à la forme traditionnelle provençale, 10 plaques en terre chamottée, 16 céramiques murales (d’un à 90 carreaux) et 51 pièces de formes. L’apprentissage des émaux, des glaçures et des couvertes offre à cette matière un aspect toujours différent : lisse, granuleux, empâté, mate ou brillante. Il introduit, même dans les toiles, une recherche de transparences et de légèreté, de brillances et d’opacité inédite dans l’œuvre picturale de Chagall.

Marc Chagall, Esquisse pour Nu mauve, vers 1967 Gouache, encre de Chine, pastel, papiers de couleurs, papiers repeints et tissus collés sur papier, 24,3 x 20,6 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris Marc Chagall, Esquisse pour Le Rappel, 1968-1971 Gouache, encre de Chine, pastel, crayon noir, tissus imprimés, papiers repeints collés sur papier, 16 x 16,2 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris

Section 7 : la couleur monumentale

Par son exploration de la couleur et des matériaux, l’œuvre dite « tardive » de Marc Chagall est empreinte de liberté et d’indépendance. Les collages de papiers et tissus, réalisés sur de petits formats, sont utilisés par l’artiste comme esquisses préparatoires pour des compositions monumentales où s’articulent formes géométriques et couleurs vives, parfois presque crues tant la densité des pigments utilisés est grande. Le jaune solaire ou citron côtoie le bleu indigo, rose magenta, violet mica ou vert absinthe.

Par son approche ludique et sensorielle, héritant de la sculpture et de la céramique, le médium de la peinture s’enrichit de sable, de sciure, de végétaux, révélant une matière plastique vibrante et organique, à l’écoute des éléments. Montée en aplats, en relief ou en strates superposées, la couleur fait sortir de la matière des formes libres et bouillonnantes qui semblent repousser les limites spatiales imposées par la toile. La couleur fait désormais fusionner l’intérieur et l’extérieur, le passé et le présent, le microcosme et le macrocosme, dans un kaléidoscope monumental peuplé de géants circassiens et d’éclats multicolores.

L'Arlequin

Marc Chagall, L’Arlequin, 1968-1971
Huile sur toile, 136 x 98 cm
Taisei Corporation, Tokyo © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris
Marc Chagall, L’Arlequin, 1968-1971 Huile sur toile, 136 x 98 cm Taisei Corporation, Tokyo © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris

Œuvre à la force monumentale, L’Arlequin consacre les recherches plastiques et formelles de l’œuvre de Marc Chagall des années 1970. Sur un fond bleu affirmant la puissance et la modernité du monochrome, se détache l’Arlequin aux bras grands ouverts qui embrasse la composition et lui donne son assise. Le contraste marqué entre le fond et le sujet accentue la puissance colorée du personnage, figure sculpturale composée de formes géométriques imbriquées. Cette scène nocturne renvoie aux représentations circassiennes récurrentes dans l’œuvre de l’artiste, intimement liées à la marche du monde et à son questionnement métaphysique. L’Arlequin est aussi symboliquement associé à une figure prophétique, par le cortège des anges et des musiciens, représenté en haut à gauche de la composition.

Le village fantastique

Marc Chagall, Le village fantastique, 1968-1971
Huile, tempéra et encres de couleurs sur toile, 92 x 64,7 cm
Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris
Marc Chagall, Le village fantastique, 1968-1971 Huile, tempéra et encres de couleurs sur toile, 92 x 64,7 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris

Sur un fond rose vif, se détachent les silhouettes d’une femme à tête de coq et d’un personnage chevauchant un oiseau multicolore. À l’arrière-plan, les réminiscences des isbas de Vitebsk et de la végétation luxuriante du Sud de la France, où l’artiste a établi son atelier. Ce fond audacieux, où la couleur rose envahit l’espace, est traité en une multitude de touches juxtaposées, travail divisionniste évoquant à la fois les temperas et les monotypes sur lesquels Chagall travaille simultanément. Exposée à côté de l’esquisse préparatoire, cette œuvre atteste le processus de l’artiste, qui conçoit ses grands formats à partir de collages de petite taille. Les papiers collés et découpés, ainsi que les coupons de tissus, positionnent les formes et les motifs dans l’espace, avant le passage à la peinture et au grand format.

Infos pratiques

Infos pratiques

Hôtel de Caumont - Centre d’Art

3, rue Joseph Cabassol 13100 Aix-en-Provence Tél. : 04.42.20.70.01

Ouvert tous les jours y compris les jours fériés de 10h-18h

Plein tarif : 14 € / Tarif réduit 11 € / Tarif jeune (7 à 25 ans) : 9.5 €

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du 8 novembre au 15 décembre 2018

Pendant plus d'un mois, Chroniques, biennale des imaginaires numériques, s’installe à Aix-en-Provence et Marseille. Événement international dédié à la création contemporaine à l’ère numérique, Chroniques invite connaisseurs, curieux ou néophytes à explorer les voies de la Lévitation

Où commémorer le Centenaire de l’Armistice de 1918 ?

Où commémorer le Centenaire de l’Armistice de 1918 ?

Novembre 2018

De nombreuses manifestations sont organisés en Provence pour commémorer le Centenaire de l’Armistice de 1918.

3 écomusées à visiter en Provence

3 écomusées à visiter en Provence

Mieux comprendre son territoire

Parce qu’il est important de savoir où on met les pieds quand on est en vacances et où l’on vit quand on est résident, visitez les 3 écomusées que nous avons dans les Bouches-du-Rhône.

C'est gratuit ! Les Tops du mois

C'est gratuit ! Les Tops du mois

NOVEMBRE 2018

Découvrez chaque mois notre sélection de spectacles, festivals gratuits à ne pas rater. Nos coups de coeur, nos incontournables et des idées de soirées originales.

Top spectacles pour Enfants

Top spectacles pour Enfants

NOVEMBRE 2018

Découvrez chaque mois notre sélection de spectacles ou propositions pour enfants, à passer en famille et à ne pas rater ! Nos coups de coeur, nos incontournables et des idées de sorties originales.

Le TOP des Tops

Le TOP des Tops

NOVEMBRE 2018

Découvrez chaque mois notre sélection de petits concerts, de pièces de théâtre, de fêtes traditionnelles, de spectacles de danse ou pour enfants et de petites expos à ne pas rater. Nos coups de coeur, nos incontournables, nos pépites et des idées de soirées originales.

Top des petites Expos

Top des petites Expos

NOVEMBRE 2018

Découvrez en avril notre sélection de petites expos à ne pas rater. Nos coups de cœur, nos incontournables, nos pépites, de petites surfaces ou des lieux insolites.

Top des spectacles de Danse

Top des spectacles de Danse

NOVEMBRE 2018

Découvrez chaque mois notre sélection de spectacles de danse à ne pas rater. Nos coups de coeur, nos incontournables et des idées de soirées originales.

Top des pièces de Théâtre

Top des pièces de Théâtre

NOVEMBRE 2018

Découvrez chaque mois notre sélection de pièces de théâtre, de spectacles dans des lieux insolites à ne pas rater. Nos coups de coeur, nos incontournables et des idées de soirées originales.

Top des petits Concerts

Top des petits Concerts

NOVEMBRE 2018

Découvrez chaque mois notre sélection de petits concerts à ne pas rater. Pas de têtes d'affiches, ni de festivals (sauf les soirées gratuites) mais nos coups de cœur, nos incontournables, nos artistes émergents préférés et des idées de soirée originales.

Jazz sur la Ville rythme notre automne

Jazz sur la Ville rythme notre automne

5 novembre au 2 décembre 2018

Jazz sur la Ville cette année représente 80 événements dont une partie en entrée libre et fêtera les 100 ans du jazz.

Le Jazz en Provence

Le Jazz en Provence

Le jazz est né il y a 100 ans. Il a rythmé et imprégné la Provence durablement grâce aux structures et festivals qui le font rayonner toute l'année.