Bernard Buffet, la collection Pierre Bergé à Saint-Rémy-de-Provence

du 14 avril au 23 septembre 2018

Publié le 25 avril 2018 Mis à jour le 2 octobre 2018

Une collection très particulière

Les tableaux de Bernard Buffet présentés dans cette exposition appartiennent à une collection doublement « particulière ». Pour la majorité d’entre eux, ces tableaux ont été donnés par l’artiste à son compagnon, Pierre Bergé, dont il a inscrit le nom au dos de la toile. De son côté, Pierre Bergé a acheté Les Poulets (1948), œuvre majeure des débuts de la carrière de l’artiste. Le Trompettiste lui a été offert par le frère de l’artiste et Poissons par la belle-sœur de celui-ci. A l’exception de ces trois œuvres, antérieures à leur rencontre, on peut affirmer que Pierre Bergé vit ces toiles avant que la peinture n’en fût sèche...

Plus tard, avec Yves Saint Laurent, Pierre Bergé allait devenir l’un des plus grands collectionneurs de notre époque. Selon leur souhait commun, ces collections ont été dispersées en vente publique. Mais Pierre Bergé a conservé les œuvres de Bernard Buffet après leur rupture en 1958, de même qu’il conserva les ouvrages de Giono ou de Jean Cocteau qui lui étaient dédicacés. Outre leur valeur artistique, ces œuvres avaient une signification particulière pour lui. Elles formaient une sorte de trésor secret, témoin de sa vie avec un artiste. Quelques-unes de ces toiles ont figuré dans la grande rétrospective Bernard Buffet organisée par le musée d’Art moderne de la Ville de Paris en 2016. Mais c’est la première fois qu’elles sont révélées au public avec une telle ampleur.

Bernard Buffet, Pierre Bergé, 1950, Huile sur toile,
Collection Pierre Bergé
©cliché Dominique Cohas ADAGP Paris, 2018

Bernard Buffet,
 Autoportrait sur fond noir, 1956, Huile sur toile, 130 x 97 cm Collection Pierre Bergé
©cliché Dominique Cohas ADAGP Paris, 2018

Bernard Buffet, L’atelier, 1956, Huile sur toile, 116 x 89 cm Collection Pierre Bergé ©cliché Dominique Cohas ADAGP Paris, 2018

En 1950, lorsque Pierre Bergé fait la connaissance de Bernard Buffet (1928-1999), l’artiste est déjà célèbre. Remarqué par quelques critiques dès sa première apparition à un salon de peinture en 1946, le jeune artiste s’impose par un style qui n’appartient qu’à lui. A une époque où l’art abstrait gagne du terrain, il opte résolument pour la figuration. Sa palette est restreinte, son trait est anguleux. Les sujets de ses toiles sont le reflet de son quotidien : natures mortes, portraits et autoportraits, chambres et ateliers où grelotte un modèle, paysages silencieux. C’est une peinture du dénuement, du désenchantement, une peinture qualifiée de « misérabiliste » par ceux qui, au sortir de la guerre, n’en apprécient pas l’âpre beauté.

A 18 ans, le peintre est en possession d’un solide métier. Dessinateur né, il a perfectionné sa technique au cours de dessin de Victor-Sacha Darbefeuille pendant l’Occupation. Sa formation s’est poursuivie à l’Ecole des beaux-arts, dans l’atelier d’Eugène Narbonne, peintre de nus et portraitiste. Cet enseignement traditionnel l’a mis en possession de tous les « outils » de son métier. A cette formation classique s’ajoute une connaissance approfondie des grands artistes du passé. Une connaissance acquise à la bibliothèque de l’Ecole des beaux-arts, puis, après 1945 et la réouverture des grands musées parisiens, au contact direct des œuvres, principalement au Louvre.

« Ce sont tout simplement les tableaux de notre vie ensemble, les tableaux qu’il m’a donnés. » Pierre Bergé

la leçon des maîtres

Bernard Buffet, 
Les poulets, 1948,
Huile sur toile,
Collection Pierre Bergé ©cliché Dominique Cohas ADAGP Paris, 2018
Bernard Buffet, 
Les poulets, 1948,
Huile sur toile,
Collection Pierre Bergé ©cliché Dominique Cohas ADAGP Paris, 2018

Son admiration va aux peintres de la fin du Moyen Âge et aux gravures d’Albrecht Dürer, à Rembrandt, à la grande peinture d’histoire du XIXe siècle, de David à Gros et Delacroix, à Courbet enfin. Dès ses débuts, il entend se mesurer à ces maîtres, en poursuivant la grande tradition figurative, dans un style qu’il invente pour son époque.

En 1947, le critique Pierre Descargues présente la première exposition personnelle de Buffet à la librairie Les Impressions d’Art. Son tableau Le Coq mort est acheté par l’Etat. Voilà, sinon la gloire, du moins le début de la notoriété. Son échec au prix de la Jeune Peinture l’année suivante suscite la colère d’un des plus influents collectionneurs de l’époque, le Dr Maurice Girardin. Ce grand mécène, dont la collection est aujourd’hui conservée au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, lui achète un tableau. D’autres collectionneurs commencent à s’intéresser à l’artiste. En juin 1948, Buffet reçoit le prestigieux Prix de la Critique, le « Goncourt » de la peinture, ex-aequo avec Bernard Lorjou. Il expose au Salon d’Automne. Le collectionneur André Fried met à sa disposition une villa à Garches, en échange de tableaux.

Avec Pierre Bergé

C’est à la galerie Visconti que Pierre Bergé a fait la connaissance du peintre en 1950. Il travaille alors comme courtier en livres pour le libraire Richard Anacréon, rue de Seine. En un éclair, leurs destins se lient. Buffet qui trouve qu’on parle trop de lui a hâte de fuir le tapage qui accompagne le succès. Il persuade son compagnon de fuir Paris. Les deux hommes se rendent en Bretagne puis en Provence, à Séguret où le galeriste Emmanuel David leur prête une maison. A Manosque, ils rendent visite à Jean Giono, ami de Bergé. L’écrivain met à leur disposition une petite maison, le bastidon. Ils louent ensuite une ancienne bergerie à Nanse, près de Reillanne, où il travaillera jusqu’en 1955. Les deux hommes achètent alors la propriété de Manine, dans l’Oise.

« En 1950, lorsque j’ai rencontré Bernard, je ne savais pas grand-chose.
Je suis parti dans la vie avec lui. En 1951-52, j’étais certain qu’il avait du génie,
sûr que sa carrière allait être extraordinaire. J’étais persuadé qu’il avait sa place aux côtés des plus grands artistes du XXe siècle [... ] » Pierre Bergé

Pendant huit ans les deux hommes ont vécu dans une totale complicité. C’est « Oreste et Pylade au temps de l’atome », dit un critique. Ce sont des années très fécondes pour l’artiste qui travaille tel un forçat, enfermé dans l’atelier. A Paris, l’ours mal léché devient un artiste à la mode. S’il s’est toujours défendu d’avoir une quelconque influence sur la carrière du peintre, Pierre Bergé lui ouvre les portes des derniers salons où l’on cause, celui de Marie-Louise Bousquet, de Marie-Laure de Noailles, de Florence Gould. Il publie des articles, écrit la première monographie sur Buffet en 1958. Celui-ci devient l’une des gloires du Tout-Paris. Roland Petit lui demande les décors de son ballet La Chambre, sur un argument de Georges Simenon...

L’art de Bernard Buffet au musée Estrine

Ces vingt-trois tableaux offrent un raccourci éloquent de ce que fut l’évolution de l’art de Buffet de la fin des années 1940 à la fin des années 1950. On y voit s’affirmer la suprématie du trait si caractéristique de son œuvre, ce trait noir incisif, impitoyable, qui cerne les formes. Elles permettent aussi d’évoquer tous les genres abordés par l’artiste à cette époque : la nature morte, le portrait, les nus et le paysage.

Infos pratiques

Musée Estrine
8, rue Estrine - 13210 Saint-Rémy-de-Provence
Tel : 04 90 92 34 72

contact@musee-estrine.fr
www.musee-estrine.fr

Ouvert tous les jours sauf le lundi
Avril et mai 10h-12h et 14h-18h (le mercredi en journée continue)
Juin et Septembre 10h-18h
Juillet, Août 10h-18h30

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