Antoine Raspal, témoin de la vie de ses contemporains

7 octobre 2017 au 7 janvier 2018

Mis à jour le 9 avril 2019

C’est autour de la personnalité d’Antoine Raspal (1738-1811), oncle de Jacques Réattu, que le musée Réattu et Fragonard Parfumeur ont choisi de s’unir pour proposer une double exposition sur le peintre arlésien, présentée au musée Jean- Honoré Fragonard de Grasse du 12 mai au 16 septembre 2017 et au musée Réattu du 7 octobre 2017 au 7 janvier 2018.

Bénéficiant du soutien de cette entreprise emblématique du Midi de la France dont les fondateurs, Hélène et Jean-François Costa, furent de grands collectionneurs de peintures provençales du XVIIIe siècle, l’exposition fait état des recherches les plus récentes sur celui que l’on réduit parfois trop vite à la formule « Antoine Raspal, peintre des Arlésiennes ».

Elle constitue la plus importante monographie jamais consacrée à ce peintre aussi rare que singulier dans le paysage artistique provençal du XVIIIe siècle et propose de redécouvrir ses oeuvres les plus célèbres en regard de peintures qui n’ont, pour certaines, jamais été exposées au public.

Inscrite dans la lignée de l’exposition Jacques Réattu, arelatensis - Un rêve d’artiste et de l’exposition Antonelle, un arlésien dans la révolution Française, 1747-1817, l’exposition Antoine Raspal. Pinxit aborde une autre facette de l’histoire sociale et artistique d’Arles : celle d’un attachement encore sensible aux codes de l’Ancien Régime, à la haute bourgeoisie et à l’aristocratie provençale, qui constituent l’essentiel de la clientèle de Raspal en plein avènement de la Révolution française.

Reconstitution d'un costume d'Arlésienne : ensemble de jour de fête ou de cérémonie vers 1780. Coiffe dite "à la chanoinesse" composé d'un bonnet en mousseline des Indes brodée à bordure de dentelle des Flandres et d'une "veleto" en mousseline de Cambrais. Camisole en toile de coton brodée. Corps souple en taffetas de soie broché et façonné de fleurs en semis. Droulet de taffetas rose doublé de satin de soie ivoire. Jupon en toile de coton avec son lustre imrpimé à Mulhouse de raies et de petits bouquets en guirlande de fleurs. Tablier en toile de coton imprimé à Jouy-en-Josas de liserons en semis. © N.Ammirati

Le peintre et sa famille (vers 1780) Significatif du goût du XVIIIe siècle pour le portrait intime, ce tableau dresse un portrait exceptionnel de la bourgeoisie arlésienne de l'époque. Antoine y est entouré de sa mère et de ses soeurs. © N.Ammirati

Une immersion directe dans le XVIIIe siècle

Exposer Antoine Raspal à Réattu c’est une immersion directe dans son quartier, au coeur de sa vie, dans son intimité. Redéfinir les contours de sa carrière et de sa production semblait essentiel quarante ans après la dernière exposition que le musée lui avait consacré en 1977.

La diversité de sa production ne facilite pas sa compréhension. Il a fallu réattribuer, rechercher et rassembler près de 60 oeuvres et constituer un nouvel état de la recherche. Depuis leur réalisation dans le dernier quart de XVIIIe siècle, ses célèbres portraits d’arlésiennes, par leur parfait anonymat, sont encore à ce jour tout aussi énigmatiques.

Ils demeurent néanmoins fortement liés à l’activité familiale, à l’atelier de Couture, dirigé par ses soeurs Thérèse et Catherine, dont il laisse par sa représentation sur panneau de bois, un instant de vérité unique et pour l’éternité. Antoine Raspal s’avère être un peintre hors circuit mais pas hors de son temps.

Cette présentation dans les murs du musée arlésien créé par Elisabeth Grange, la petite nièce d’Antoine Raspal, s’appuie sur les relations entre les artistes et la société qui l’entourent, mais également sur le plus grand talent du peintre, celui de la représentation exacte de la mode, depuis l’atelier de Couture. Dans le cadre de cette valorisation des artistes et personnalités arlésiennes de la fin du XVIIIe siècle, Antoine Raspal se devait de refaire surface. Par son oeuvre c’est plus largement la société arlésienne de l’Ancien Régime, ses mutations, ses moeurs et ses valeurs qui nous sont décrites jusqu’aux portes de la Révolution.

Arlésienne au ruban noir (vers 1795 - 1800) © N.Ammirati

Croix Maltaises ou Maintenon du XVIIIe siècle, émail, or, argent, diamants © N.Ammirati

Ses oeuvres

Le corpus de ses oeuvres connues, assez restreint – et dont le musée Réattu conserve la part la plus importante – en fait un artiste rare et précieux qui attise, dès le XIXe siècle, la curiosité des collectionneurs, des amateurs d’art et des musées de la région.

Au-delà de ses inoubliables portraits d’Arlésiennes, Raspal révèle une oeuvre plus variée qu’il n’y paraît, faite de compositions religieuses et de commandes consulaires. Il peint notamment de grandes compositions sur le thème de la vie de la Vierge dont l’exposition dévoilera une oeuvre majeure, restaurée pour l’occasion et présentée pour la première fois au public. Il reçoit aussi la commande de dessins d’après les antiques d’Arles, diffusés par la gravure et qui viennent témoigner de l’intérêt des édiles locaux pour l’histoire et le patrimoine archéologique de la ville.

L'atelier de couture (après 1781). Atelier situé rue du Sauvage appartenant à sa soeur aînée Thérèse.

Témoin attentif de la vie de ses contemporains, Raspal a légué à l’histoire de l’art un petit chef d’oeuvre prenant la forme d’un instantané quasi-photographique de la vie de l’atelier de couture tenu par ses soeurs Thérèse et Catherine. D’une délicatesse infinie, ce petit panneau de bois constitue l’une des rares représentations connues d’un atelier de couturières au XVIIIe siècle. Clé de voûte de nombreuse recherches sur la représentation et le commerce du textile, sur les pratiques sociales et professionnelles de l’époque, passionnant les historiens de la Provence, les historiens de la mode et du costume, la peinture est prise pour modèle en 1939 par le conservateur des musées d’Arles Fernand Benoît, qui souhaite étendre les présentations du Museon Arlaten en restant fidèle à la pensée de Frédéric Mistral. Il crée pour l’occasion un nouveau diorama, dont la réalisation est confiée au sculpteur arlésien Claude-André Férigoule.

Cet exemple souligne le remarquable pouvoir d’évocation de cette oeuvre dont les artistes d’aujourd’hui continuent de s’inspirer, à l’image de Christian Lacroix, qui a pour l’oeuvre une tendresse toute particulière.

Ses inoubliables portraits d’Arlésiennes qui étaient pour certains exposés dans les salons de couture pour donner des idées aux clientes © N.Ammirati

Carnet de dessins (dernier 1/4 du XVIIIe) Pierre noire sur papier - Collection du Museon Arlaten. Carnet attribué par erreur jusqu'à août 2017 à Jacques Réattu © N.Ammirati

L'artiste

Héritier d’une formation classique (acquise à Paris entre 1762 et 1768) qui lui permet de se confronter à tous les sujets – académie, drapé, scènes inspirées de l’Antique, peinture religieuse – c’est toutefois dans une production plus intime de portraits et de scènes de la vie quotidienne qu’Antoine Raspal trouve sa singularité de peintre : une manière unique, nourrie de références aux maîtres de la Renaissance et à l’âge d’or de la peinture hollandaise au XVIIe siècle, qui teinte son oeuvre d’une patine surannée.

Issu d’une lignée de sculpteurs et d’orfèvres comptant entre autres les sculpteurs Jean et Pons Dedieu, Antoine Raspal excelle dans l’art du détail, de la représentation des matières et particulièrement des textiles, et c’est avec une adresse remarquable qu’il copie les tenues créées par ses soeurs au sein de leur atelier de couture arlésien.
Semblant vivre au coeur de cet atelier, il favorise ainsi l’émoi créatif d’une famille pour qui la mode et sa représentation sont un véritable langage.

© N.Ammirati

Globe et soleil de bronze de l'obélisque d'Arles - Jean Dedieu (1646 - 1727) © N.Ammirati

infos pratiques

Musée Réattu
10 rue du Grand Prieuré 13200 arles
04 90 49 37 58
www.museereattu.arles.fr

Horaires
du 1er mars au 31 octobre : 10h-18h
du 2 novembre au 28 février : 10h-17h
Ouvert du mardi au dimanche. Fermé le lundi
Fermé : 1er janvier, 1er mai, 1er novembre et 25 décembre

Tarifs
Tarif plein : 8€ / Réduit : 6€ / arlésiens : gratuit

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